Un mois sans publication ! Tabernacle ! Je suis sincèrement désolée, mais j'ai juste pas vu le temps passer, j'espère que ce chapitre vous plaira au moins. Histoire de me rattraper. J'ai mis trois jours à l'écrire, tellement je restais bloquée sur tout un tas de choses mais il faut bien que je passe par là. J'ose même pas le relire à vrai dire de peur de le reprendre une énième fois. Je le trouve terriblement bancal et mal foutu donc n'hésitez pas à donner vos critiques, mais j'espère qu'il ne vous rebutera pas trop tout de même. Ce serait un peu triste mais possible.

Sinon, je pense qu'on s'approche doucement mais sûrement du clap final. Trois chapitres, je pense, peut-être quatre mais pas plus.

Et enfin, je voulais vous remercier tous autant que vous êtes, que vous laissiez des reviews ou que vous lisiez tel un ectoplasme dans un manoir écossais de me suivre et d'apprécier ce que je fais. Ça me fait frétiller le cœur tellement je trouve ça adorable et que ça me met dans tous mes états huhu.

Enfin (bis) bref, merci un billionième de fois et après ce long message inutile, je vous souhaite une excellente lecture.

Gros bisous !

Coddy -

V.

Mathis alluma une cigarette et balança la tête en arrière. Dom l'observait depuis le fond de son atelier, les mains enfoncées dans les poches de son pantalon à pinces. Comme d'habitude il avait pas aimé. Trop triste, trop déprimant. Enfin Mathis pourquoi tu m'écoutes jamais ?

- Bordel même là tu m'écoutes pas !

Il haussa les épaules et écrasa sa cigarette dans un pot en céramique.

- ….Milo !

Le peintre sursauta et se décolla de son bout de mur. Dom le regarda en haussant les sourcils.

- Quoi c'est ça le mot magique pour que t'arrêtes de faire ta diva ?

- C'est bon Dom. Pas la peine d'être désagréable… J'ai pigé. Tu veux autre chose… Tu me le dis tout le temps.

- Alors pourquoi tu le fais pas ?

Mathis ne répondit rien et haussa les épaules. Il avait envie de foutre le camp, loin du regard noir de Dom qui le fusillait depuis trois quarts d'heure.

Peut-être retourner en France, dans son orphelinat plein de souvenirs et de conneries de mômes.

Peut-être.

Il pourrait toujours devenir prof d'arts plastiques là-bas et s'occuper de gamins abandonnés et plein de creux à combler. Il savait être un type compatissant. Surtout quand il savait de quoi on lui parlait. Tant qu'il était loin de Milo, en fait, il pouvait tout faire.

Milo et ses yeux trop sombres, son visage trop inexpressif. Milo qui couchait avec lui et qui le regardait froidement le lendemain.

Même quand il dormait près de lui, c'était toujours de dos. Loin, sur le bord du lit, comme si son contact le brûlait. Bordel, il détestait ça.

- ….tu viens hein ?

- Hein ?

- Putain Mathis… Tu sais quoi, viens pas ! Laisse tomber !

- Comme tu veux…

- Mais bien sûr que je veux que tu viennes ! Le vernissage de Frederico !

- Ah…

- Oui ah… Tu viendras ?

- Si ça peut te faire plaisir.

- C'est que t'es magnanime aujourd'hui… J'peux savoir ce qu'il t'arrive ?

- Milo s'est battu.

C'était le premier truc qui lui était venu à l'esprit.

Parce qu'avouer qu'il couchait avec Milo c'était peut-être pas quelque chose de très concret. Même pour un type comme Dom.

Puis c'était pas faux. Milo avait rien dit, comme d'habitude. Il s'était réveillé le matin, la bouche pleine de croûte et un foutu cocard à l'œil gauche, puis il était parti. Il l'avait même pas suivi. Il était quasiment sûr que s'il l'attrapait dans la cuisine c'était pour lui en mettre une.

Pourtant la veille… Il secoua la tête en essayant d'oublier l'image de Milo dans l'encadrement de sa porte et son regard plein de rien dans l'obscurité qui le suppliait d'y trouver quelque chose.

Mais bien sûr qu'il y avait rien. C'était Milo. Y avait jamais rien eu à l'intérieur de lui. Rien de bien définissable en tout cas.

- Ah bon ? Pourquoi ?

Il ouvrit la bouche puis la referma en fixant une toile vierge qu'il avait foutu en vrac au fond de la pièce. Il en avait aucune idée. Pour quelle genre de raisons Milo se battait ? Parce qu'on l'avait empêché d'allumer sa clope ? Parce qu'on avait insulté sa mère ?

Il finit par hausser les épaules et tira la grimace. C'était juste pas son genre à ce môme.

- J'en ai aucune foutue idée…

Dom hocha la tête, compatissant et lui posa une main sur l'épaule.

- Tu sais, les gars sont comme ça. A se battre sans qu'on sache pourquoi. Regarde Tony au lycée… C'est un gamin, il a pas besoin de raison pour faire des conneries. C'est de son âge. Alors te prends pas trop la tête, ok ?

Mathis observa Dom qui continuait à lui parler de son fils, les yeux dans le vague. Il osait pas lui dire que Milo avait jamais vraiment été un gamin.

.oOo.

- Une coupe ?

- Volontiers !

Andreï en attrapa deux et en tendit une à Milo qui la but d'un coup, les sourcils froncés et l'air vaguement préoccupé.

- Tu tires la gueule, Milo ?

L'italien le fusilla du regard et Andreï esquissa un sourire pour tempérer la situation. Le visage encore plein de plaies, Milo avait l'air encore moins fréquentable que d'habitude.

- C'est sympa de m'avoir invité.

- …Remercie Mathis.

Mathis. Maintenant qu'il y pensait, il ne l'avait même pas vu. Il le chercha dans la salle et comprit automatiquement les préoccupations de Milo qui continuait de s'enfiler des coupes de champagnes en fronçant les sourcils.

- Dis Milo…

- Hm ?

- Tu veux qu'on y aille ?

Milo haussa les épaules et posa une énième coupe vide sur la table derrière eux. Andreï l'observa fouiller ses poches à la recherche de son ticket de vestiaire puis disparaître dans la foule. Il prenait ça pour un oui. Il suivit le mouvement et se retrouva rapidement dehors à scruter Milo qui restait fermement droit sur ses jambes à donner l'impression de ne rien regarder.

L'italien lui fît un vague signe de la tête et commença à marcher. Probablement que ça voulait dire au revoir, mais comme Milo était pas forcément un gars très clair, Andreï décida de le suivre. Il entendit distinctement Milo jurer en italien mais fît comme si de rien n'était.

- On crève de chaud ce soir, tu veux qu'on aille boire une bière ?

- …

- Ou sinon, on peut se caler chez moi sur ma terrasse. J'ai un pack au frais.

- …

- Tu voulais faire quoi quand t'étais gamin ?

- …

- Milo ?

- …

- Je vais partir Milo. Je sais que tu diras rien, mais je voulais te le dire.

- …

- Tu t'en fous, hein ?

Milo poussa un long soupir et enfonça les mains dans les poches de son jean déchiré au genou, la sangle de son casque dans le creux du coude.

- C'est ta vie Andreï, tu fais c'que tu veux.

- C'est vrai… J'pense que je vais retourner chez mon père à Paris.

- Hm.

Andreï regarda Milo et n'ajouta rien. Il savait pas quoi lui dire. Merci de m'avoir sauvé la vie ? Il en savait rien. Il lui avait déjà dit. Il savait même pas si Milo l'aurait bien pris.

Il avait appelé Angelo hier, lui en avait parlé pendant une longue demie heure. Ça faisait déjà une semaine qu'il était pas venu bosser. Angelo avait compris, lui avait quand même dit de réfléchir. Mais c'était déjà tout pensé. Il avait aucune raisons de rester. Pas de copains, pas d'amis, pas de familles, même pas un job de rêve.

Juste des mauvais souvenirs, comme d'habitude.

Comme lorsqu'il se faisait tabasser, il eût envie de pleurer, le visage enfoui dans le col de son t-shirt mais se retint. C'était plus un gamin, il pouvait pas pleurer dès que l'envie lui prenait. Puis Milo aurait pas compris.

Peut-être même qu'il aurait rien dit comme d'habitude. D'un côté, ça aurait pas été si mal. Plutôt réconfortant même. Milo et sa présence bancale et mal foutue. Complètement à côté de la plaque de la vie.

L'italien s'était arrêté, la clope au bec et Andreï remarqua qu'il l'avait ramené jusqu'à chez lui.

- J'aime beaucoup les animaux.

Andreï haussa les sourcils et continua d'observer Milo qui parlait de son ton habituel et monotone.

- Les animaux sont plein de bonnes attentions. Alors quand j'étais môme je voulais devenir vétérinaire.

Il resta un long à le regarder sans rien dire. Qu'est-ce qu'il pouvait répondre à un truc pareil ? Milo leva les yeux vers lui, toute son antimatière concentrée dans ses yeux et Andreï poussa un long soupir :

- Bordel Milo… T'es vraiment à côté de la plaque.

Milo haussa les épaules et écrasa sa cigarette.

.oOo.

Mathis jeta un regard à Milo qui buvait du champagne en fronçant des sourcils à côté d'Andreï. Ça lui allait pas. Il avait l'air d'un mafieux avec ses cicatrices sur les joues, ses yeux sombres et sa croûte à la lèvre. Il avait même pas fait l'effort de s'habiller convenablement.

Ça avait fait marrer Dom. Il aimait bien ce genre de trucs. Milo, le teint doré, ses cheveux auburns emmêlés au-dessus de son visage trop sérieux et son jean déchiré qui buvait du champagne. Milo et son étrange capacité à toujours rendre sa présence légitime.

Dom pressa une main sur son épaule et lui adressa un clin d'œil en le secouant.

- T'as fini de le surveiller ton petit protégé ?

Frederico esquissa un sourire vague, alors que la femme avec qui il parlait lui adressa un regard mitigé. Mathis secoua la tête et sourit. Il voyait bien à quoi elle pensait. Mais il avait pas envie de lui dire qu'elle avait raison.

Il était plein de culpabilité ce soir. De repenser à Vivi comme ça. Il crevait de honte. Il savait même pas pourquoi ce foutu vernissage lui évoquait tout ça. Peut-être parce qu'il avait un peu trop bu, ou que Frederico lui rappelait l'époque où il avait une vie à peu près normale, une vie comme les autres avec Vivi et son marmot qu'il adorait et qui le détestait.

Il passa une main sur ses yeux et jeta un regard à l'endroit où était censé être Milo, occupé à le fixer, mais il avait disparu, avec son russe. C'était bien son genre, ça, tiens.

Il eût un rire jaune et se rapprocha de la fenêtre. Il avait envie de vomir, de rentrer chez lui et de boire encore. Dom le remarqua et s'approcha de lui en fronçant les sourcils.

- Ca va Mathis ?

Il fît un vague geste de la main et se détacha du petit groupe en soupirant. Qu'est-ce qu'il fichait encore ici ? A faire semblant de mener une vie qu'il ne possédait plus depuis longtemps. Il retourna les poches de son pantalon noir à la recherche de son ticket de vestiaire mais ne le trouva pas.

A quoi bon de toute manière ? Il faisait une chaleur caniculaire et Dom trouverait bien le moyen de récupérer sa veste pour lui. Il sortit de la galerie sans adresser la parole à personne et s'enfonça dans les rues illuminées par les lampadaires.

Il revoyait encore Milo, assis à côté de la pompe à essence, à neuf ans qui fixait les automobilistes en fronçant les sourcils, le regard vide, ses mains enfoncées dans les poches de son pantalon retroussé.

Il s'était arrêté. Parce que ça lui avait rappelé l'orphelinat, de voir un gamin seul en train d'attendre, d'espérer qu'on viendrait le chercher. Ça lui avait rappelé lui, au même âge, les dimanches matins quand les hypothétiques parents passaient. Lui, toujours souriant, qui attendait qu'on l'emmène.

Mais on l'avait jamais emmené. C'était pas si mal. Il avait été heureux comme ça. Dom disait qu'il était mal foutu, rempli de besoins de gamins. Mais il s'en fichait.

Il avait été heureux comme ça.

Il ferma la porte derrière lui et jeta ses clefs sur le comptoir de l'entrée. Il avait envie d'un verre. Histoire de se changer les idées.

La lumière de la cuisine l'aveugla un moment et il se frotta les yeux en cherchant à tâtons sa bouteille de whisky bon marché, cachée au fond des placards. Il la trouva, dévissa le bouchon et s'en servit un verre.

Un petit, juste histoire de.

La baie vitrée était ouverte, comme tous les soirs au mois d'août laissait filtrer un air chaud et humide qui lui donnait envie de s'endormir sur la table de la cuisine. Mais il abandonna bien vite l'idée en entendant le bruit de la porte d'entrée et en remarquant la silhouette de Milo dans l'arche de la pièce.

L'italien jeta un regard au verre vide et à la bouteille et haussa les sourcils. Mathis ne répondit rien et se servit un autre verre. Juste assez pour pas lui en foutre une.

Il le rendait dingue. Lui donner envie de vomir et de s'enfermer dans son atelier. Qu'est-ce qu'il était en train de foutre ? Milo c'était son beau-fils. Le fils de Vivi. Et lui, lui, il couchait avec lui. Et pourquoi ?

Pour rien.

Strictement pour rien. Milo n'était rien. Rien dedans, rien dehors. C'était à peine s'il pouvait le qualifier d'être humain.

- Mathis ?

Il sentit la main de Milo effleurer son épaule et il se dégagea si brusquement qu'il tomba de sa chaise dans un bruit sonore qui résonna dans toute la pièce.

- NE ME TOUCHE PAS !

Milo le fixa sans ciller, debout face à lui et une douleur vive lui traversa la main comme un couteau chauffé à blanc. Il regarda sa paume et sentit l'odeur du whisky embaumait l'air. Ce connard l'avait tellement surpris qu'il s'était cassé la gueule sur sa bouteille. Il se releva difficilement en tenant sa main ensanglantée contre sa chemise et secoua la tête. Il avait la migraine à avoir gueulé comme ça.

- S'il te plaît…

- Comme tu veux.

Milo avait fait un pas en arrière et le fixait sans ciller, les mains dans les poches de son jean.

- Je vais me coucher, je suis fatigué. Oublie pas de soigner ça.

Il fît un signe de tête en direction de sa main pleine de sang et d'alcool et tourna les talons. Mathis attendit de longues minutes avant de relever les yeux et de se rasseoir en tremblant. Milo avait raison, il fallait qu'il soigne ça.

Mais avant, il allait juste prendre un dernier verre.

.oOo.

Milo alluma une cigarette et s'appuya contre l'évier. Il n'avait pas allumé la lumière et était allé se préparer un café dans l'atelier. Il avait pas eu envie de réveiller Mathis. Pourtant il était revenu. Juste pour le regarder.

Il s'était endormi sur la table de la cuisine, du sang de partout, dans le bois, sur sa main, son visage, sa chemise blanche. Y en avait même sur son verre et sur la bouteille à moitié vide.

S'il était même pas capable de se soigner, c'était son problème. Mathis était plus un gamin et il avait fait assez de B.A dernièrement sans avoir à en rajouter une couche sur son karma.

Le peintre souffla dans son sommeil, balayant ses cheveux qui cachait son visage et Milo trouva qu'il ressemblait à un môme comme ça. L'air tranquille. Un truc qu'il avait plus vu chez lui depuis leur première rencontre.

Il poussa un long soupir et posa sa tasse dans l'évier. Il allait le rendre dingue.

.oOo.

- Merci…

Milo haussa les épaules et continua de rincer les verres jeter un regard à Mathis qui venait de tirer un tabouret au bar. C'était devenu une habitude chez les autres de le remercier pour rien. Lui, il détestait ça, ça lui donnait l'impression qu'on lui était redevable.

- Milo ?

Le peintre passa sa main bandée devant lui et l'italien fût contraint de lever les yeux vers lui.

- C'est gentil de m'avoir soigné. Merci.

- De rien.

- Je peux avoir un café ?

Milo hocha la tête et attrapa une tasse en se tournant pour s'occuper de la cafetière. Le ronronnement de la machine emplit la pièce tranquillement comblant le silence entre lui et Mathis et il sentit son cœur ratait un battement en remarquant le sourire qu'il lui adressait.

Rater un battement. Il posa la main sur sa cage thoracique et haussa les sourcils. C'était un truc qui lui arrivait jamais en temps normal. Sûrement Andreï et son côté fleur bleue qui déteignait sur lui. Il tira la grimace et posa la tasse d'un coup sec.

- Un euro.

- Sacré service.

Mathis rigola un moment et posa la monnaie sur le bar en essayant d'attraper le regard de Milo qui semblait particulièrement ailleurs.

- Tu sais pour hier…

Milo haussa les épaules et s'appuya contre le bar en soupirant.

- Te prends pas la tête avec ça.

Mathis soupira et finit par abdiquer en buvant son café d'une traite. Lui non plus de toute manière, il avait pas envie d'en parler. Il avait aucune idée de quoi dire.