BABALOU

† † †

Pour une mauvaise, c'était une mauvaise idée !

Celle de ma mère, bien sûr. Mon père ne se montrait jamais aussi sentimental, même envers sa propre famille. Sans doute avait-elle jugé que ses propres tombes, régulièrement fleuries année avec année, pouvait bien pour une fois céder le pas aux dalles ignorées de sa belle-famille. Qui n'était pas plus sentimentale que mon père, même envers ses propres morts.

Seul avantage, j'échappais aux longs et étouffants repas de famille de la Toussaint. Trois heures à table, à entendre chaque année ressasser les mêmes souvenirs, les mêmes anecdotes sur des gens que je n'avais jamais connus.

Mais cela restait tout de même une mauvaise idée.

† † †

La maison que mon grand-père partageait avec ma tante célibataire se dressait au milieu de champs vallonnés qui étendaient à perte de vue leur marqueterie vert, blond, brun et bistre. La route communale, qui y menait presque par hasard, n'était empruntée qu'une à deux fois par jour par la camionnette du facteur ou la Deux-Chevaux du voisin le plus proche.

L'été, je me plaisais assez à la ferme : je passais l'essentiel de la journée à explorer les environs, courser les poules ou pêcher dans des trous d'eaux. La brise dans les branches, le stridulement des criquets, le chant des oiseaux et le bourdonnement des insectes troublaient seuls le silence ; une senteur d'herbe sèche et de terre craquelée montait du sol. Quand la chaleur devenait trop forte, je pouvais m'abriter sous les grands arbres qui ombrageaient la maison ou dans le hangar avachi, où mourraient lentement un vieux tracteur rouillé et des outils grippés. On y trouvait d'énormes araignées, aussi larges que ma main quand elles étendaient leurs pattes velues, dans leurs tunnels de soie tissés dans les anfractuosités du mur.

Parfois, j'empruntais les escaliers branlants qui menaient au second niveau du hangar, dans lequel il m'était interdit de me rendre à cause des trous qui béaient entre les planches pourries. Je savais pourtant suivre le chemin le plus sûr, le long des murs puis au-dessus des poutres, vers l'issue qui menait aux combles de la maison.

† † †

Vue de l'extérieur, la vieille bâtisse ne payait pas de mine : quatre murs de pierre colmatés de terre, recouverts d'un enduit écaillé, un toit de tuiles terni par la mousse. Y entrer revenait à plonger dans la pénombre d'un hall mal éclairé pavé de tomettes lézardées, qui sentait l'encaustique et la volaille. Elle résonnait de milles bruits dont aucun être humain n'était la cause : sans doute pouvaient-ils s'expliquer par le craquement des poutres ou la cavalcade des souris... Cependant, ces pensées rationnelles peinaient à s'imposer à mon esprit. La ferme me faisait l'effet d'une maison hantée, que les morts n'avaient jamais quittée. D'après ma tante, il y en avait eu un dans chaque pièce et elle pouvait revenir sur chacun de ces décès des heures durant, avec une myriade de détails.

Fort heureusement, ces pièces étaient peu nombreuses : trois chambres au papier peint tâché, une cuisine où s'alignaient un poêle à bois, une antique cuisinière et l'unique bac d'un évier douteux, une salle de bain avec une baignoire sabot et un lavabo entartré dont les robinets d'eau froide et d'eau chaude vivaient des vies séparées.

Tout au fond, s'ouvrait la porte qui menait vers la cave, la pièce où je n'allais jamais seul : le domaine de ma tante, que j'accompagnais parfois sur sa requête pour l'aider à remonter des bocaux de poule à la graisse ou une bouteille poussiéreuse. Un espace sombre, envahi de caisses et d'étagères, dont les limites imprécises échappaient à la lueur d'une ampoule solitaire. De petites créatures furetaient entre les étagères où s'alignaient les pots abandonnés, les fruits qui finissaient de mûrir – ou de pourrir, quelques courges et autres citrouilles joviales qui se desséchaient lentement.

Enfin, juste à côté de cette bouche qui menait aux profondeurs, un escalier de bois filait vers un grenier encombrés de boites en cartons, de journaux noircis, de berceaux rouillés et d'autres reliefs de vies passées. Le domaine des chats aux yeux luisants et des rats qu'ils poursuivaient sans relâche. Le seul lieu de la maison où je me sentais totalement à mon aise.

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La présence bourrue de mon grand-père ne faisait rien pour atténuer ce sentiment. Celle de ma tante, moins encore. Ils étaient, comme le disait souvent ma mère (l'étrangère, la citadine) des « gens de la campagne ». Durs, rudes, méfiants. Je me demandais souvent comment mon père, au physique blond et élancé de héros hollywoodien, pouvait être issu du même sang. Surtout, du même sang que sa sœur aîné, avec sa silhouette alourdie, ses cheveux noirs que pas un seul fil blanc ne ternissait et ses yeux durs et sombres comme le granit poli des pierres tombales. Ils partageaient des traits communs : menton carré, lèvres fines, nez vigoureux... Mais à mes yeux d'enfants, ils apparaissaient aussi différents que le jour et la nuit. Elle avait été belle jadis, d'une beauté sans délicatesse, mais la dureté de la vie, l'isolement, la frustration avaient remodelé son corps et son esprit.

Mon grand-père, quant à lui, était trop usé, trop tanné, trop racorni pour que l'on puisse discerner quelle part de lui-même il avait légué à ses enfants. Il n'y avait pas une once de tendresse en lui et le regard qu'il posait sur moi montrait trop souvent son mépris pour le petit « citadin » faible et gâté qu'il voyait en moi... Fût-il son petit fils. Je restais à ses yeux le fils de la citadine et du « presque » traître devenu « presque » citadin. Pas un héritier valable, même en primogéniture mâle.

Autant dire que la traditionnelle semaine d'été « chez grand-père » ne faisait pas partie de ces occasions annuelles qu'un enfant attendait avec impatience... et je n'avais aucun désir de la voir devenir bisannuelle.

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Quatre jours. Nous ne devions rester que quatre jours, dont deux très largement entamés par le voyage interminable sur des départementales encombrées puis des communales constellées de nids de poule. La Simca blanche bringuebalait sur la route, titubant sous le poids de la valise ficelée sur sa galerie. Par la fenêtre, je regardais défiler la tristesse des mois noirs : les champs éventrés, leur terre sombre et froide mise à nu sous le ciel bouché, les bosquets brunâtres auxquels s'accrochaient encore quelques feuilles roussies. Les arbres en grande partie dénudés servaient de lieu de rassemblement à des hordes de corbeaux qui rivalisaient de coassement sonores. Bientôt, un crachin persistant commença à brouiller ma vitre, déjà opacifiée par la buée que je m'efforçais régulièrement d'essuyer du revers de ma manche.

Je n'étais pas spécialement pressé d'arriver ; quand la ferme apparut entre les vallons, je ne pus m'empêcher de ressentir un poids au creux de mon estomac. Quand la voiture s'arrêta sur le bout de chemin, devant l'appentis abritant la vieille Renault de mon grand-père, mon estomac se tordit douloureusement. Comme à l'accoutumée, personne ne vint nous accueillir sur le palier. Ce ne fut qu'après une série de coups vigoureux à la porte qu'un pas lourd se rapprocha et que le battant s'ouvrit, laissant apparaître ma parentèle paternelle.

Dire que mon grand-père et ma tante étaient fidèles à eux-mêmes n'aurait pas été exact. L'automne qui s'effilochait vers l'hiver semblait avoir accentué leurs particularités : ma tante devenait plus revêche et plus dure, mon grand-père plus chenu et grognon. C'est à peine s'ils tenaient compte de notre présence, vaquant à leurs occupations routinières comme pour nous faire comprendre que ce n'était que par sens de la famille que nous n'étions pas jetés dehors.

Ni la région, ni la ferme n'étaient faites pour l'hiver. Les murs de terre et de pierre laissaient passer des courants d'air glacé, que le poêle ne parvenait pas à dissiper. Les hôtes des lieux tentaient d'y pallier en allumant dans la cheminée une flambée qui enfumait toute la maison. En ce soir de 31 octobre, veille de la Toussaint, j'aurais donné ma collection de billes pour me trouver ailleurs, entre les murs lisses et propres de notre petit pavillon de banlieue ou dans la maison chaude et agréablement odorante de mes grands-parents maternels.

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Alors que la lumière baissait, que mon grand-père devenait plus taciturne encore et que ma tante maugréait dans son coin, un coup de fil fit basculer la soirée dans un registre sinistre. Le frère aîné de mon grand-père, parrain de mon père, sollicitait la venue de son filleul avec cet autoritarisme ingénu propre à la vieillesse. Mon père dut se soumettre à une invitation à dîner et ma mère se résigna à l'accompagner, même si elle se savait considérée comme une sorte de parasite que l'on ne pouvait détacher sans provoquer la mort du sujet. Il fut vite jugé que ma présence indisposerait l'ancêtre indirect... Et faisant preuve d'un dévotion fraternelle inattendue, ma tante se porta volontaire pour me garder jusqu'au retour de mes parents.

Je me sentais partagé entre le soulagement de ne pas avoir à subir l'obligation de me tenir tranquille, une soirée durant, à la table du vieil oncle, et la vague inquiétude de devoir passer cette même soirée seul entre mon grand-père et ma tante. Heureusement, comme souvent les gens de la campagne, ils dînaient tôt, ce qui me permettrait de me réfugier après un rapide « bonsoir » sans effusion dans la chambre d'amis. La bibliothèque d'enfance de mon père et de sa sœur recelait une belle collection de livres d'aventures, dans laquelle, contrairement à eux, je puisais avec bonheur. Après quelques effusions et la promesse – pas totalement de pure forme, pour une fois – d'être bien sage, je regardai disparaître sur la petite route déjà noyée de pénombre les feux de la Simca.

Il restait à peu près une demi-heure avant le repas ; je décidai de me livrer à une rapide toilette devant le lavabo de la chambre – évitant ainsi d'occuper la salle de bain et de bousculer les habitudes de mes irascibles logeurs. J'étais prêt à temps pour le repas et les cheveux encore humides, revêtu de mon plus beau pyjama et d'une épaisse robe de chambre, je me glissai silencieusement derrière une assiette où flottaient mollement quelques vermicelles, dans un bouillon constellé d'yeux jaunâtres.

« On t'entend pas beaucoup ce soir ! Me lança mon grand-père au bout d'un bon quart d'heure – ses premières paroles de la soirée. T'as perdu ta langue ? »

Ma tante posa sur moi le regard incisif de ses yeux noirs et perçants, en serrant ses lèvres minces barbouillées de carmin. Je bafouillai quelque chose d'inaudible et replongeai le nez dans mon assiette, qui contenait à présent des abats de poulet avec des patates. Mon grand-père haussa les épaules en grommelant quelque chose sur « les gamins de la ville », puis la conversation passa sur l'achat d'un nouveau coq et la réparation de la roue du tracteur. Entre chaque bouchée péniblement mastiquée, je consultait l'œil-de-bœuf, comptant chaque minute qui me séparait de ma libération… le coucher à huit heure trente, pas une seconde de plus, après une vaisselle succincte.

C'est alors que se produisit le drame, avec cette singulière concordance qui fait qu'un tel événement se produit toujours quand toutes les circonstances sont réunies pour l'aggraver. Mon grand-père, qui était retombé dans le mutisme depuis dix bonnes minutes, bascula sur le côté et s'effondra, entraînant sa chaise dans un fracas retentissant. Ma tante, qui débarrassait la table, laissa tomber le faitout et le reste de pommes de terre, qui roulèrent sur le sol dans toutes les directions, pour se ruer vers son père.

Tandis que je restai médusé dans mon coin, elle commença administrer ce qui, à mes yeux d'enfant, ressemblait à de vigoureuses claques. Quand enfin il rouvrit les yeux, elle s'efforça, non sans mal, de le remettre sur ses pieds en grommelant de vagues encouragements. J'espérais qu'elle ne me demanderait pas de l'aider, tout en me sentant coupable de mon inutilité : je choisis de me faire oublier, en fixant sans les voir les abats de poulets repoussés sur le bord de mon assiette.

Enfin, elle parvint à le hisser sur des jambes flageolantes ; en le guidant vers la porte, elle attrapa son manteau, sa canne et sa casquette et le prépara comme un enfant ; il se laissa faire, le regard dans le vague, quand elle l'entraîna vers la petite auto qui prenait la poussière sous l'appentis. Je la suivais de loin, sans trop savoir ce que je devais faire, ni même ce que je devais ressentir. La porte me claqua au nez ; je demeurai debout dans le hall, les yeux baissé vers le carrelage lézardé. Au bout d'un moment, le battant se rouvrit brutalement. Ma tante manœuvra sa lourde silhouette vers moi et me considéra en silence avant de lâcher :

« Toi ! »

Je sursautai au son de sa voix. Elle se pencha vers moi et articula :

« Je vais conduire Papa à l'hôpital. Tu vas mettre la vaisselle dans l'évier puis aller te coucher. Tu m'entends ?

- Oui, Tata », répondis-je en un murmure soumis.

Elle hocha la tête avec satisfaction, attrapa sa lourde veste de de laine et se dirigea vers l'extérieur. Juste avant de sortir, elle se retourna une dernière fois :

« Tu as intérêt à te tenir tranquille ! Ou sinon... »

Un sourire étira les fines lèvres d'un rouge ensanglanté :

« … ou sinon, Babalou viendra te prendre ! »

Puis le battant claqua, définitif, impitoyable.

† † †

Je demeurai interloqué. A dix ans, j'avais passé l'âge de croire au croquemitaine. Même au croquemitaine familial, transmis de génération en génération. Cependant, tout dans l'allure et le ton de ma tante semblait confirmer la menace. Y croyait-elle réellement ?

Dans les alentours, on la disait parfois... limitée. En fait, elle possédait sous des dehors obtus une dose de ruse qu'on sous-estimait trop facilement. Ses cheveux de jais, ses yeux de pierre noire, le rouge agressif tartiné sur ses lèvres minces lui conféraient une allure inquiétante. Sa fascination pour le malheur, que ce soit le sien ou celui des autres, suffisait à la faire passer pour une sorte de sorcière... Peut-être aurait-elle trouvé ce qualificatif flatteur.

Je retournai dans la cuisine ; mes yeux se posèrent sur le contenu du faitout répandu sur le sol. Ma tante m'avait juste demandé de mettre la vaisselle dans l'évier ; cependant, une intuition me soufflait que si je m'en tenais aux ordres stricts, j'allais au devant de graves ennuis. Je commençais donc à ramasser du bout des doigts les patates graisseuses et tiédasses et les morceaux de volailles épars. Avec une cuillère, je grattai la sauce qui avait coulé entre les carreaux avant d'aller chercher le seau et la serpillière dans la salle de bain vétuste.

J'essuyai le reste de graisse à l'aide de la toile mouillée, sous la lumière blafarde de l'ampoule poussiéreuse qui pendouillait du plafond, le son de ma propre respiration luttant difficilement avec les autres bruits de la maison.

Je laissai la serpillière tremper dans l'eau au fond du seau, qui avait pris la même apparence que le bouillon du dîner, sans les vermicelles. Mon pyjama propre arborait de grandes tâches douteuses et une odeur de graillon imprégnait la peau de mes mains. Je déposai le faitout par terre à côté du seau, puis je disposai les assiettes au fond de la cuvette avant décider que j'avais fait plus que ma part de travail.

Mes yeux fusèrent vers l'œil-de-bœuf : malgré les péripéties de la soirée, il n'était pas plus de neuf heures et demie. Le moment où ma lampe de chevet se devait d'être officiellement éteinte. Cependant, je n'avais aucune envie de dormir. Même avec du recul, en creusant au plus profond de ma conscience, je ne saurais dire si l'inconfort qui me taraudait était lié au malaise de mon grand-père, ou bien à l'idée d'être seul dans une maison isolée en plein coeur de la campagne, avec pour seule compagnie la présence tacite des morts – un dans chaque pièce. Il ne me venait pas à l'idée que ma tante aurait dû immédiatement prévenir mes parents ou m'emmener avec elle, ce qui ne lui avait sans doute même pas traversé l'esprit.

J'occupai mes premiers instants de liberté à piller la bibliothèque : hélas, ni London, ni Curwood, ni Toudouze ne parvinrent à m'offrir une compagnie adéquate. Puis je trainai dans le couloir, vaguement surpris de me tenir au milieu passage sans être rabroué ou chassé. Machinalement, je commençai à me livrer à l'une des occupations favorites de l'enfant livré à lui même : fureter. Dans le buffet du hall, rempli de vaisselle dépareillée, dans le placard de la cuisine où une vieille boîte de chocolats, dont le couvercle figurait un tableau de maître, achevait de se périmer. Mes pas me menèrent progressivement vers les lieux interdits. La chambre de mon grand-père...

Je ne me souvenais pas y avoir jamais jeté un coup d'oeil et j'étais presque surpris de ne pas la trouver verrouillée. La porte s'ouvrit en grinçant ; je retins mon souffle, précaution idiote quand il n'y avait personne pour me surprendre. Le vieil interrupteur fit gicler une lumière jaunâtre sous un abat-jour de verre dépoli, dévoilant des lits jumeaux couverts d'édredons trop courts pour être remontés jusqu'au menton sans découvrir les pieds. Une vieille armoire se dressait comme un cercueil vide – elle en avait quasiment la taille et certainement l'allure. Au dessus de la petite cheminée, une pétoire sans âge montait la garde.

Je me sentais un peu déçu que ce viol d'intimité ne dévoile rien de plus remarquable... qu'une simple chambre dans une ferme de campagne. La déception m'enhardit. Je refermai lentement la porte pour me diriger vers un lieu plus secret... Plus dangereux.

† † †

La chambre de ma tante. L'antre de la sorcière. Pas plus verrouillée que ne l'était celle de mon grand-père. Cette fois, ce fut en apnée totale que je poussai le battant, pour relâcher bruyamment ma respiration quand les gonds pivotèrent en silence. Le plafonnier laissait filtrer une luminescence verdâtre, qui teintait d'une aura maladive les fleurs des champs répandues sur le papier jauni, dont des lais entiers semblaient sur le point de se détacher du mur.

Pour le reste, elle ressemblait étrangement à une chambre de jeune fille, ou du moins à ce à quoi devait ressembler une chambre de jeune fille vingt ou trente ans plus tôt. Un lit de métal ouvragé, dont la peinture blanche s'étoilait de rouille. Deux tables de chevet, l'une supportant une lampe avec un abat-jour à frange décoloré, l'autre, une pile de livres écornés. Une armoire similaire à celle de mon grand-père, mais ornée d'une glace ovale au tain piqué. Une commode où s'entassaient d'improbables bibelots, souvenirs de rares escapades loin de ce désert rural : sujets en coquillages, assiettes touristiques, une vierge de faïence émaillée au nez ébréché. Enfin, dans un coin, une coiffeuse de merisier, le meuble le plus ouvragé de toute la demeure.

Je m'approchai lentement et contemplai les pots et les flacons de verre rose disposés sur le marbre du plateau. Mon regard s'arrêta sur un coffret de bois ouvragé. Je laissai le bout de mes doigts effleurer le couvercle sculpté de fleurs grossières. Puis, mu par cette curiosité maladive qui est le propre des jeunes de l'espèce, je le soulevai lentement, dévoilant...

… dévoilant un collier de fausses perles, de petites boucles d'oreille dorées, quelques bagues bon marché... un papier plié en quatre, que j'effleurai juste du bout du doigt, sans oser cependant pousser plus loin la forfaiture. Je laissai retomber le couvercle avec un soupir.

Il n'y avait rien de mystérieux dans la chambre de ma tante : pas de corbeau ni de chat noir empaillé, de balai ou de grandes robes sombres... pas de toiles d'araignées pendues au plafond ou de draperies couleur de sang. Juste les pauvres témoignages d'un vie sans relief, piégée au milieu d'une campagne déserte, de vieilles pierres imprégnées de mort, d'un père vieillissant, de voisins peu charitables. Une boule se format au creux de mon estomac : comment pourrai-je faire de nouveau face à ma tante, après avoir ainsi exposé sa vie ? Il était plus que temps que j'aille me coucher, dans la chambre d'ami où mon arrière-grand-mère était jadis décédée, dans le lit le plus proche de la fenêtre.

Lentement, je pivotai sur mes talons et lançai un dernier regard en arrière pour être sûr que chaque chose était à sa place. C'est alors que je les entendis...

... des pas.

† † †

Des pas lourds, sous lesquels s'élevait la plainte de marches vermoulues. La chambre de ma tante, la dernière sur la gauche, se trouvait juste à côté des deux escaliers de la maison, celui qui s'élevait vers les combles et celui qui s'enfonçait dans les profondeurs de la cave. Mais dans mon idée, rien de menaçant ne pouvait venir du grenier. Par contre, de la cave...

Je serrai les poings, m'efforçant de respirer calmement : ma tante avait soigneusement verrouillé la porte avant de sortir. Dans les campagnes, circulaient de sombres rumeurs sur des brigands, des vagabonds, des « chauffeurs » qui s'attaquaient aux maisons isolées et aux personnes âgées pour s'approprier le pécule que les campagnards méfiants conservaient dans toutes sortes de cachettes (du pot à farine au trou dans le mur, en passant par le matelas – ces gens ne se fiaient pas aux banques). Voyant la voiture de ma tante se lancer sur la route, un voleur avait-il décidé de tenter sa chance ? Sans doute ignorait-il tout de ma présence, puisque la Simca de mes parents s'était également envolée.

Je ne pouvais non plus écarter la possibilité d'un retour anticipé de ma tante, que je n'avais pas entendu, tout occupé à mon furetage. La boule dans ma gorge s'élargit : la perspective d'être surpris par un brigand m'inquiétait bizarrement moins que celle de justifier face à ma terrible parente l'indiscrétion que je venais de commettre. J'essayai de réfléchir rapidement : me serait-il possible de filer vers la chambre d'amis avant que la porte de la cave ne s'ouvre ? Plus j'hésitais, plus les précieuses secondes fuyaient irrémédiablement.

La dernière marche craqua et gémit, sous un poids nettement plus lourd que celui de ma tante. N'y tenant plus, je me ruai hors de la chambre en tentant vaguement de rabattre la porte derrière moi, pas assez vigoureusement pour qu'elle revienne à sa place. Le hall était plongé dans l'ombre ; je ne savais plus si je l'avais laissé ainsi ou si l'ampoule fatiguée avait choisi ce moment pour claquer. Le fait que je sois encore capable de discerner quelque chose attira mon attention sur la lumière qui filtrait par la porte entrouverte : j'avais laissé la chambre de ma tante allumée. Une nouvelle raison de rester immobile, figé par l'hésitation, au milieu du hall tandis que la poignée tournait lentement.

« Tata, c'est toi ? »

Aucune réponse, juste une respiration rauque et profonde, qui me fit penser à un soufflet de forge – je n'avais jamais entendu le son véritable, mais la référence littéraire m'était familière.

J'avisai alors la clef rouillée coincée dans la serrure : elle n'avait pas bougé depuis dix ans, peut-être vingt, mais je devais tenter ma chance.

Bondissant vers le battant, j'attrapai la clef à pleine main et tentai de la faire bouger ; comme je m'y attendais, elle résista... Je m'arc-boutai, pesant de toutes mes faibles forces... Juste au moment où les gonds commençaient à gémir, le pêne se débloqua et la clef tourna brusquement, meurtrissant ma main. Je relâchai enfin mon souffle, en espérant que je ne venais pas d'emprisonner ma tante dans la cave ! J'entendais déjà le son de sa voix s'élever en un chapelet de récrimination. J'aurais même été soulagé de l'entendre, en fait.

Mais aucun juron ne fut proféré, ni par ma tante, ni pas un quelconque brigand : je percevais juste cette respiration rauque et puissante. Le battant se mit à craquer sous les efforts de celui qui se trouvait de l'autre côté pour la forcer. J'avais beau me dire que je ne risquais rien, que je me trouvais à présent en sûreté, je me doutais que le bois fatigué et les huisseries rouillées ne supporteraient plus très longtemps ce traitement. Je jetai un coup d'oeil vers la cuisine, où se trouvait le téléphone, en me disant que je devrais peut-être appeler la police. En vérité, je n'avais aucune idée de la façon dont je devais m'y prendre. A la maison, il y avait à côté du combiné une liste des numéros d'urgence, mais rien de tel chez mon grand-père. Peut-être en cherchant dans la pile de journaux et de prospectus que ma tante rapportait des courses et laissait mourir sur le buffet...

Soudain, une des vis rouillée qui tenait la serrure tomba au sol. Le hurlement qui était resté tapis au fond de ma gorge depuis plus longtemps que je ne le pensais choisit ce moment pour surgir ; j'avais l'étrange impression que c'était une autre personne qui criait de frayeur. Mes instincts de survie prirent le dessus. Je bondis vers les marches du grenier et grimpai la volée de marche. Cependant, la curiosité gagna la lutte contre la peur et me figea à mi-chemin. Je m'accroupis, scrutant entre les barreaux de la rampe grossière pour voir ce qui allait surgir de la cave.

Une seconde vis tinta contre le sol, puis la serrure toute entière s'arracha, emportant de longues esquilles de bois blafard avant de heurter le carrelage en un choc assourdissant. La porte s'ouvrit.

Une silhouette s'avança...

† † †

Elle se tenait en contre-jour, devant la lueur qui filtrait de la chambre. Ce n'était certainement pas ma tante, mais quelqu'un de plus grand, de plus large, de plus imposant. Il se tourna légèrement, mais je ne parvenais pas à distinguer plus qu'une tâche d'ombre vaguement humanoïde, dont les bords étrangement flous paraissaient comme effilochés. Je frottai rapidement mes yeux, pour éclaircir ma vision, avec pour seul résultat de la brouiller un peu plus.

L'énorme silhouette pivota vers l'antre de ma tante en tendant son cou massif. Il émit un reniflement sonore, puis se tourna lourdement vers l'escalier du grenier. Elle semblait progressivement prendre de la substance, mais j'avais peine à distinguer ses traits : tout ce que je pouvais discerner était l'aspect étrangement proéminent de sa face et des yeux qui brasillaient comme deux tisons verts. Tout le reste demeurait noyé dans l'ombre.

Le mufle imprécis se tourna vers la gauche, puis vers la droite, avant de se lever vers moi. Tétanisé sur ma marche, je tentais de respirer le moins possible : il ne faisait aucun doute que cette... chose me cherchait. Et dans ma logique d'enfant, elle était venue me punir de ma transgression. Peut importait le temps passé à nettoyer la cuisine ou ma discrétion de tous les instants depuis mon arrivée. La créature issue de la cave était venu « me croquer en salade », comme mon arrière-grand-mère le répétait inlassablement à ses petits-enfants indisciplinés. Comme des générations de membres féminins de la famille avant elle.

Je laissai échapper malgré moi un petit gémissement. Aussitôt, les deux braises vertes se levèrent vers moi et me transpercèrent de leur luminescence. La créature se mit en mouvement vers les premières marches qui menaient au grenier. Réprimant les sanglots qui menaçaient de m'étrangler, je filai vers les combles, la seule retraite qu'il me restait. Survolant le reste de l'escalier, j'ouvrai brutalement la porte du grenier, me glissai à l'intérieur et la refermai énergiquement derrière moi. Je demeurai plaqué quelques secondes contre le battant, dans l'obscurité totale, écoutant les battements anarchiques de mon cœur.

Au delà de cette mince cloison de bois, l'escalier geignait sous le poids du visiteur. Les plaintes croissaient en intensité et je savais que dès la première poussée la porte, qui n'avait même pas de serrure, s'ouvrirait en m'envoyant valdinguer. Je pris une respiration profonde et me précipitai au cœur de la pénombre, en me heurtant aux caisses et aux cartons qui meurtrirent douloureusement mes jambes, prenant parfois appui sur les obstacles qui laissaient sur mes doigts une épaisse couche de crasse. Mon pyjama devait être irrémédiablement sali... mais à vrai dire, je n'y pensai que furtivement, juste avant que mon épaule ne prenne rudement contact avec le mur du grenier. Je n'avais plus vraiment notion de l'espace où je me trouvais. Embrumé de confusion, je me pelotonnai dans l'espace entre deux piles de vieux cageots, les narines et la gorge encrassées de poussière.

Devant mes yeux, des images passaient et repassaient comme un mauvais film : les lèvres fines, barbouillées de rouge de ma tante, articulant inlassablement les mêmes mots :

« Tu as intérêt à te tenir tranquille ! Ou sinon... ou sinon, Babalou viendra te prendre ! »

Savait-elle ce qui rôdait dans les tréfonds de la cave ? Pensait-elle réellement qu'il viendrait « me prendre » à la moindre bêtise ? C'était une peine bien excessive, mais en cette néfaste soirée, je ne m'étonnais plus. Je voulais juste éviter que Babalou ne me prenne.

† † †

Hasardant un regard au delà de mon refuge, je vis dans la pénombre absolue les lueurs vertes flotter, cherchant, traquant dans la rumeur insistante du souffle rauque qui déchirait l'air glacé du grenier. Frissonnant dans mon pyjama trop léger – avais-je perdu ma robe de chambre au passage ? - je serrai les dents pour les empêcher de claquer.

La créature se déplaçait dans les ombres comme en terrain familier. Le bruit de ma respiration, les battements de mon cœur résonnaient de façon assourdissante à mes oreilles. Les deux tisons verts se tournèrent dans ma direction, impitoyablement. Je n'avais plus le choix : si je restais dans mon recoin, il mettrait la main... la patte, quel que soit cet appendice, sur moi... et tout serait fini. Que diraient mes parents, quand il trouveraient mon corps sans vie, à moitié dévoré ? Me trouveraient-ils seulement ? Ou mon corps irait-il pourrir au fin fond des ténèbres de la cave ?

Était-ce ainsi qu'avaient fini les enfants morts de la famille ? Le petit frère de mon grand-père, victime de la typhoïde ? La jeune cousine tombée du fenil, dont ma tante m'avait raconté le drame avec tant de complaisance ?

Je sautai sur mes pieds et détalai en aveugle, trébuchant au milieu des objets qui s'effondraient sur mon passage. Je demeurai plus rapide que lui, mais je ne pourrais lui échapper indéfiniment. La fatigue me terrasserait avant que la lumière du jour ne vienne dissiper les terreurs de la nuit. Je frôlai le mur, machinalement... puis je me souvins soudain pourquoi : l'entrée mal verrouillée qui donnait sur le second niveau du hangar constituait mon seul espoir. Si je parvenais à l'atteindre...

L'avancée semblait interminable. Je n'osais même pas me retourner de peur d'apercevoir ces yeux phosphorescents braqués sur moi. Enfin, après une éternité, je sentis sous ma main le bois du battant. En tâtonnant frénétiquement, je trouvai le crochet qui le maintenait en place et le manœuvrai maladroitement. Malgré ma petite taille, je dus franchir l'ouverture à quatre pattes, en sachant que mon poursuivant mettrait plus de temps que moi à se faufiler dans l'issue étroite. J'évitai de me redresser, connaissant trop bien les dangers du plancher défoncé ; je rampai le long du mur, espérant qu'au bout de mon périple je trouverais l'escalier qui descendait vers le hangar... puis vers la liberté. Espérant... en fait, pas grand chose, car si je savais courir vite, je ne pouvais maintenir longtemps l'allure et cette créature me traquerait sans mal dans la campagne dépouillée.

J'avais parcouru la moitié de la distance quand le souffle graveleux s'éleva de nouveau et s'intensifia, ainsi que de sinistres raclements, puis les craquement du bois éclaté et de la pierre qui s'effritait en gravas. Enfin, une inspiration caverneuse me fit savoir que mon poursuivant s'était dégagé. Je sentis un sanglot remonter du plus profond de ma poitrine, me coupant le souffle et me figeant sur place.

Un pas...

Mes épaules se mirent à trembler.

Deux pas...

Je me recroquevillai en une boule de détresse...

Trois pas...

Et d'un seul coup, d'un seul, retentit ce craquement terrible, qui évoquait celui de centaines d'ossements brisés, suivi du choc atroce d'un corps heurtant le sol, un étage plus bas, au milieu de l'amas d'outils abandonné. Le souffle se mua en râle guttural.

Je ne pris pas le temps de déterminer si la créature était blessée, mourante, mortelle. Tout ce que je savais, c'était que mon poursuivant se trouvait en bas et je n'allais certainement pas y descendre. Moitié marchant, moitié rampant, je retournai sur mes pas, vers les combles de la maison. Je devais mon salut à un plancher vermoulu et aux longues heures que j'avais passées, été après été, dans un espace interdit. Jamais l'être ne pourrait le retraverser. A moins qu'il ne fût capable de passer à travers les murs, j'étais de nouveau à l'abri dans la maison. Du moins, jusqu'au retour de ma tante.

† † †

Je ne sus jamais réellement comment j'avais regagné la maison... Quand je repris conscience de ce qui m'entourait, je me trouvais dans la chambre de mon grand-père, la seule à posséder un loquet intérieur – et la présence rassurante de la pétoire, même si je n'avais aucune idée de la façon de la charger. Après avoir verrouillé la porte, je me glissai dans le lit qui avait été celui de ma grand-mère, que par habitude ma tante continuait à faire. Les draps de lin rêche sentaient le renfermé, mais même cette légère odeur de moisi était étrangement sécurisante. Laissant la lumière grande ouverte, j'enfouis mon visage dans l'oreiller, écoutant les battements de mon cœur, jusqu'à ce que le sommeil vienne m'entraîner dans les abîmes de l'inconscience.

Quand je m'éveillais le lendemain, je me trouvais toujours dans le lit de ma grand-mère, sale, meurtri. Sans les traînées de poussière sur mon pyjama, les quelques ecchymoses et griffures qui marquaient mon corps, j'aurais cru avoir rêvé. Peut-être avais-je rêvé, d'ailleurs... Rassemblant toute ma volonté, je me décidai à faire face aux explications et aux accusations qui ne manqueraient pas de tomber.

En entrant dans la cuisine, je trouvai mes parents murés dans un silence maussade. Le peu de paroles échangées entre eux et ma tante me confirmèrent qu'ils lui en voulaient de m'avoir abandonné seul en pleine campagne, même compte-tenu des circonstances. Ils étaient de toute façon trop préoccupés pour m'accabler de reproches, pour être parti jouer dans le grenier puis m'être couché dans la seule pièce où je devais me sentir en sécurité. La condition de mon grand-père, plus grave que je ne l'avais supposé, faisait oublier toute idée de réprimande.

Mes parents proposèrent à ma tante, pour le principe, de rester avec elle tant que son père serait hospitalisé, mais elle refusa net. Si le séjour fut écourté, je n'en ressentis aucune joie. Au terme de cette ultime visite à la ferme, ma dernière vision fut celle d'une maison hantée, habitée par une femme qui était peut-être bien une sorcière, entourée d'arbres dénudés sur lesquels des grappes de corbeaux remplaçaient le feuillage défunt et d'un potager ravagé ou seules quelques citrouilles languissaient dans la lumière blafarde.

Mon grand-père décéda quinze jours plus tard ; quand mes parents descendirent pour l'enterrement, ils me laissèrent, à mon grand soulagement, à la garde de ma grand-mère maternelle. Ma tante vendit la ferme - et sa cave - quelque mois plus tard pour acheter une petite maison dans la bourgade la plus proche. Les querelles de succession assurèrent une rupture définitive entre elle et mon père.

Je n'ai jamais raconté à personne les événements de cette étrange nuit, veille d'une Toussaint sans chrysanthèmes. En partie parce qu'en lançant un regard vers la serrure de la cave, je l'avais découverte toujours aussi rouillée, mais intacte, tout comme le bois dans lequel elle se trouvait enchâssée. Mais quand j'avais fait mes adieux à ma tante, elle m'avait fixé droit dans les yeux, avait étiré ses lèvres fines en un sourire froid et murmuré, pour moi seul :

« Je t'avais bien dit que Babalou viendrait te chercher... »

† † †

Le temps a passé. Je ne suis plus un petit garçon et mon fils aîné a atteint l'âge que j'avais lors de cette nuit qui demeure l'une des plus insolites – et effrayante – de toute ma vie. Un peu trop âgé, peut-être, pour craindre les croquemitaines, mais il rit toujours aux larmes, tout autant que ses cadets, lorsque mon père, à l'heure du coucher, monte d'un pas lourd l'escalier en poussant des hurlements gutturaux. Il se cache toujours sous les draps quand ma mère s'écrie « Attention, Babalou arrive ! » et que mon père leur tire les pieds à travers les couvertures.

Ses cheveux dorés ont grisonné, l'âge et les repas trop riches ont eu raison de sa silhouette de jeune premier ; quand je le vois avancer dans la pénombre du couloir, un étrange malaise me prend et sans un mot, je regagne ma propre chambre.

Mes petits-enfants grandiront sans croquemitaine.

† † †

Post-scriptum

Babalou le croquemitaine est un vieux personnage, comme en témoigne ce passage de la Wikipedia : « Babau (Babaou, barbaou, barbeu, et multiples variantes) est le nom du croque-mitaine dans de nombreuses régions de France. Dans son Dictionnaire infernal (1828), Collin de Plancy indique que le Babau est une espèce d'ogre ou de fantôme, dont les nourrices menacent les petits enfants dans les provinces du midi de la France [..] »

« Babalou » est le seul héritage de la branche gasconne de la famille de mon père. Beaucoup d'aspects dans cette histoire (les lieux, certains personnages) sont droit tirés de ma propre enfance, même si l'imaginaire y tient une grande place. Je m'excuse pour cette vision un peu dure d'une certaine ruralité : elle est proche de cette que j'ai connu dans mon enfance, lors de mes visites chez mon grand-père – qui heureusement n'étaient pas aussi sinistres.