Il y a des jours... et il y a des nuits. Une parabole de la condition de l'auteur. Ou de l'humain, tout simplement. Ecrit en 2010.

LES MENDIANTS MAGNIFIQUES

Un humain est-il une île ?

Existe-t-il sans le regard des autres ?

Vaut-il mieux rester superbement seul, Robinson assis sur la plage ou tendre pitoyablement les mains pour la manne d'un regard, d'une parole ?

Certains jours, une suite de mots vient perler le tissus de nos songes.

Voilà pourquoi ce sont des jours.

Certaines nuits, nos songes nous semblent magnifiques, mais ils sont avalés par le serpent de l'indifférence et de l'oubli.

Voilà pourquoi ce sont des nuits.

Comme chacun le sait, il faut des jours, il faut des nuits pour que le monde tourne, mais parfois, l'on se demande pourquoi certains vivent plus de nuits que d'autres.

En regardant à travers le miroir, j'ai vu bien des songes : des songes éthérés, des songes mystiques, des songes choisis, des songes réalistes (oui, aussi...)

Des songes mesquins, superficiels et faciles, vers lesquels confluait un grand concours de peuple, les yeux vides comme ceux des mythiques lotophages.

Un humain est-il une île ? Peut-il rêver d'appartenir à un archipel, au-dessus duquel flottent ses songes ?

Un rêve est-il magnifique quand les regards le fuient ?

Parfois, il n'y a pas d'autre choix que tendre les mains et mendier, mendier un regard, car c'est de regards que se nourrissent les songes les plus magnifiques.

L'humain est une île. Et au-dessus flottent ses songes. Mais le vent effiloche les songes et les éparpille aux quatre vents.

Parce que c'est la nuit.