Bonjour ! Cet OS a été écrit dans le cadre de la 23e nuit du FoF, pour le thème « soupe » à écrire en une heure. Pour plus de précisions n'hésitez à m'envoyer un MP.

Bises – C'est mon premier original ; ne soyez pas trop dures !


- Et alors, elle a dit : "Madame Duboïs, voulez-vous des petits poïs ?"

Toute la table se gondole.

Moi je soupire d'énervement, de fatigue et surtout de lassitude. Je suis chez mes grands-parents, il fait moche, les gens sont con, faire des balades et jouer au Monopoly le soir avec papa-maman et toute la smala, ça me pète le cul. Mais à un point ...

Je fixe mon assiette en songeant à la somme que je donnerai pour me retrouver dans le café Thoumieux en bas de chez moi, avec ma bande d'amis, un verre et une clope à proximité.

- Léa, tu finis ton assiette ? Me réprimande ma mère en pinçant ses lèvres.

Je me réveille et touille la soupe aux potirons trop chaude de ma grand-maman Charlotte. Ouais, je suis d'accord, Charlotte c'est quand même chelou comme nom pour une grand-mère. Elle s'est faite lynchée toute son enfance parce que son prénom était "démodé" et que ses amies s'appelaient Cunégonde, Jacqueline et Chantale.

Un comble.

Bref, de toutes les façons ce n'est pas le problème présent.

Le problème présent, c'est que la soupe, je déteste ça. Et oui. Même quand on a 19 ans et qu'on en a vu d'autres, la soupe reste quand même un problème majeur.

Surtout quand on a bouffé tellement de légumes pendant la semaine qu'on a l'impression de faire "floc floc" à chaque pas et qu'on tuerait pour ingurgiter un peu de gras.

Je me mets à divaguer à propos de toute la bouffe que je pourrais m'enfiler à Paris. J'irais doucement, Snickers par Snickers, et Granola par Granola.

Parce que là, les Invalides, ça m'a juste l'air de la Polynésie tellement c'est loin.

- LÉA ! Crie ma mère en abattant son poing sur la table.

Je sursaute.

- Ça suffit, maintenant, continue maman, soit tu bois ta soupe, soit tu montes te coucher.

Nan mais elle me prend pour une gosse, là ? Je n'ai plus 6 ans non plus. Quoique même à 6 ans je ne mangerais pas de soupe. C'est tellement fade. Et tellement peu consistant. Je dis Adieu aux Snickers et déglutis bruyamment avant de porter une cuillère rase à mes lèvres.

Euuuuurk.

Seigneur, donnez-moi une Malboro ! Et une Vodka Orange. S'il vous plaît.

Je me répète en boucle Malboro-Vodka, Malboro-Vodka, Malboro-Vodka pendant que je bois ma soupe.

- Et dépêche-toi, s'il te plaît, insiste ma mère. Mais elle m'em-merde ! Je lui lance un regard noir, et dans un dernier coup de cuiller, je finis le malheureux bol.

- C'est bien, Léa, me fait ma grand-mère en me tapotant les cheveux.

Je ne suis même pas sure que sa main soit propre. Grh, je vais devoir me les laver ce soir. Il faut savoir quelque chose à propos de mes cheveux. Je suis une obsessionnelle. Donc je déteste que mes cheveux ne soit pas nickel-chrome. Je les lave tout les jours, d'ailleurs. Oui, je sais, c'est mauvais pour le cuir chevelu, bla, bla, blaaaa.

Moi je dis que tant qu'on a du fric et des cheveux, on fait ce qu'on veut avec. Mais ce n'est que mon humble avis. Je fais un faux sourire à ma grand-mère et me lève de table.

- J'ai plus faim, je peux sortir de table ?

- Bien sur, ma chérie, me dit Grand-maman avec un sourire mignon.

Je cours dehors appeler Candice.

- Allo ?

- Candice ! C'est moi !

- Salut ma Léa ! Toujours pas morte ?

- Je veux tellement rentrer ...

- Tu as encore combien de jours à tenir ?

- Deux.

- C'est pas la mort.

- Mais tu te rends pas compte, c'est la dèche ici. J'ai faim. Il fait pas beau. Les gens puent. Mes parents sont chiants. Ça doit faire 15 jours que je me suis pas bourré la gueule. Et j'ai pas niqué depuis un mois !

- Et tu peux pas te faire le fils du fermier d'à coté ?

Je ne sais plus comment elle le sait ni dans quelles circonstances je lui en ai parlé, mais je l'en suis reconnaissante de s'être souvenue des abords de ma vie misérable à la campagne.

- Il est dégueu ! Il pue de la gueule et je suis sure qu'il est encore puceau.

- Mais il a quel âge ?

- 24.

- Woh, putain.

- Mais tu vois !

- Léa, vient desservir !

Je pose mon iPhone sur le banc et hurle en réponse :

- Mais nan, je suis pas chez moi, je dessers pas !

- Tu ne discute pas !

- Putain, mais j'ai plus 10 ans, c'est à Antoine de desservir ! De toute façon j'ai pas fini ma clope !

Maman rentre à l'intérieur en traînant des pieds. Quelle chieuse.

- Allo, alloo !

- Désolée, je crois que je vais étriper ma mère. On se demande pourquoi j'ai déserté de chez moi.

- De toute façons, je dois raccrocher, on y va, là.

- Ou ça ?

- Chez Cindy. On a la flemme de sortir ce soir. C'est pizza-film.

Je gémis.

- Et y aura qui ?

- Nina, Aude, Thibault. Amaury, peut être Céline.

- Je vous déteste.

- Bisous ma puuuce !

- Bye.

Quand je raccroche, mon téléphone affiche un message d'Amaury : Courage !

Dans deux jours, je me barre d'ici.