Chapitre 1 : Des frangins turbulents

PDV Selene

Je m'éveillais, entendant le carillon de l'horloge de la salle à manger. Je m'étirais longuement et passais mes mains sur mon visage, comme si je souhaitais ôter ma fatigue. Je remarquais que mes cheveux couleur chocolat étaient détachés. Je refis ma queue de cheval et quittais le canapé. Je jetais un œil distrait au cadran. 17h.

-Merde !, jurais-je.

J'étais rentrée de cours en début d'après-midi et je m'étais allongée sur le canapé, à cause d'un mal de tête. Je m'étais assoupie. Je devais vraiment être fatiguée. Je passais devant le miroir du couloir. Mes yeux verts semblaient être dévitalisés, mes cheveux étaient réellement coiffés à la va-vite. J'avais un visage fin et régulier, un nez parfait. C'était comme ça que me décrivaient mes proches. Je pris la direction de ma chambre et montais les escaliers quatre à quatre. Je devais faire mes devoirs avant que mon frère aîné arrive. Je pense qu'il faut que je vous explique. Nous sommes une très grande famille. Mon père et ma mère sont des Hunters. Vous connaissez certainement l'existence des créatures fantastiques. Mes parents sont des chasseurs de vampires. Et comme tous bons chasseurs de vampires, ils ont initié leurs enfants à ce genre de pratique. Comme beaucoup de mes frères et sœurs refusaient d'être des Hunters, nous nous sommes retrouvés à être une grande famille. Actuellement, nous ne sommes plus que cinq à vivre dans la maison familiale. Notre frère aîné, le plus âgé de la famille, Kevin. C'est un grand gaillard de 29 ans, des yeux bleus à en tomber par terre, aussi carré qu'un rugbyman. Ensuite, il y a ma sœur Adeline, 20 ans, le genre de fille qu'on n'aime pas trop. Beaucoup trop prétentieuse. Des cheveux blonds platine ondulés tombant en cascade sur ses épaules. Nathan, mon autre frère, âgé de 19 ans. Pour faire simple, Kevin en moins brun et en moins carré. Il a un caractère très peu facile à vivre. Mais une fois qu'on le connait, on arrive à le cerner. Et enfin, mon frère jumeau Andy. Des cheveux bruns inégalement coupés, dans un effet décoiffé. Un look gothique très prononcé. D'ailleurs, plus prononcé que le mien. Je me considère plus dans la catégorie des gothiques Lolita. Bref, ce n'était pas la question. Je pris mon sac de cours et commençais à descendre les marches. J'eus juste le temps de m'écarter avant de voir une tornade blonde monter et aller s'enfermer dans sa chambre en claquant la porte. Je devinais que tout le monde était rentré. Effectivement, je vis que mes frères rentraient dans le hall dans la maison. Je m'arrêtais à leur hauteur. Andy se posa à mes côtés, les bras croisés. Je compris qu'ils étaient en pleine dispute. Je lâchais mon sac de cours et tous m'observaient d'un air crédule.

-Oups…

-Que se passe-t-il ? Aurais-tu attrapé la polio des phalanges ?, me demanda Kevin d'un ton rieur

-Non pas du tout. Je cherchais un moyen de vous faire taire.

Mes frères m'observèrent maintenant avec un air consterné. On avait tellement vécu de choses ensemble qu'il était si facile de les embêter. Kevin haussa les épaules et continua son chemin, les bras chargés de courses. J'en avais déduit qu'il venait d'aller les faire et avait récupéré mes frères sur le chemin. J'haussais les épaules et passais mon chemin. Il valait mieux les laisser régler leurs comptes entre eux. C'était plus prudent. Je m'installais sur la table de la salle à manger et entrepris de faire mes exercices d'anglais. Je m'étais tellement avancée dans mes devoirs que j'avais largement le temps de faire ceux que les profs nous donnaient en ce moment. Andy entra le premier dans le salon et s'installa sur la chaise en face de moi tandis que Kevin alla dans la cuisine les bras chargés de paquets. Nathan semblait complètement perdu au premier abord. Mais je le connaissais. Je savais qu'il préparait une bêtise. Et elle ne se fit pas attendre. Il s'approcha d'Andy qui était en train de se balancer sur sa chaise et voulut le faire tomber. Sauf qu'on ne la fait pas à un chasseur de vampires. Andy prit appui sur la table et dans un spectaculaire salto arrière, il se retrouva dans le dos de Nathan.

-Grillé ma poule !, dit Andy avec un sourire victorieux

-Oh ta gueule !, bougonna Nathan

-Dites, ça vous dérange qu'il y en ait qui voudraient bosser ?, m'énervais-je

L'effet fut immédiat. Nathan quitta la pièce sous le regard courroucé de Kevin qui venait d'entrer. Ni une, ni deux, Andy se rassit à sa place et fit mine de m'aider à faire mon anglais. Je jetais un coup d'œil en coin vers Kevin. Cela l'avait fortement fait sourire. Et il y avait de quoi. J'étais largement plus forte qu'Andy en anglais. Il s'approcha de nous et jeta un coup d'œil sur mon cahier.

-Vous voulez manger quoi ce soir ?

-Je ne sais pas, je mange de tout. Vois avec les difficiles, lâchais-je

-Je m'en fiche, je dors chez ma copine ce soir, répliqua Andy

-Bien, un difficile en moins. Adeline n'est pas là non plus, elle est déjà partie chez son copain. NATHAN ?

On entendit un bruit sourd à l'étage et des pas précipités dans les escaliers. Mon frère apparut dans l'encadrement de la porte, totalement essoufflé.

-Quoi ?

-Tu manges là ce soir ?

-Non, je dors chez un pote ! Je peux y aller ?

-Oui, vas-y, soupira Kevin.

Nathan quitta la pièce aussi vite qu'il était arrivé. Kevin eut un rire un tantinet abruti.

-Un souci ?, demandais-je

-Non. Je compte faire du colin d'Alaska à la sauce hollandaise avec du riz. Je ne te demande pas si tu n'y vois pas d'inconvénients, je sais que non, répondit Kevin.

-Berk, pas de chance Sely.

-Excuse-toi, Dydy. Moi j'aime le poisson.

-Sans commentaires…

Kevin retourna dans la cuisine dans un fou rire mémorable. Andy et moi, nous nous regardions avec un haussement de sourcil. Il était pourtant habitué à nos habituelles mauvaises manies de nous charrier sans arrêt. Nous avions certainement dû avoir une mauvaise tête. Je ne voyais que ça. Je ne cherchais pas plus loin et fermais mon cahier d'anglais. Andy se leva et s'étira. Il jeta un coup d'œil à la pendule et soupira.

-Pas motivé ?

-Oh que non. Je dois aller chercher le cadeau d'anniversaire à l'autre Pétaouchnock. Tu lui as pris quelque chose toi ?

-Non, j'allais donner ma contribution à Kevin.

-Alors donne. C'est moi qui m'en charge. Ça m'arrange, car il manquait un peu pour lui prendre l'abominable parfum avec lequel il inonde la salle de bains.

-Ok, ne bouge pas, c'est dans ma chambre.

Je rangeais mes affaires et montais dans ma chambre. Je pris l'argent dans ma tirelire et allais retrouver mon frère dans le salon. Je lui tendis le billet qu'il prit en riant. Il le rangea dans son porte-monnaie et se rassit sur sa chaise. Je repris place devant lui. Je le trouvais quelque peu étrange ces derniers temps. J'avais l'impression qu'il me faisait des cachotteries. Il remarqua mon regard suspicieux et me demanda ce qui m'arrivait.

-Soucieuse, frangine ?

-Je pensais aux contrats que je vais recevoir ce soir.

-Oh là ! Pas question que tu ailles seule faire des contrats. Et le frangin ne peut pas venir avec toi. Il n'est pas un membre des Hunters. Crois-moi, ça te fera du bien de te reposer ce soir.

-Ecoute, si toi tu veux prendre du bon temps avec ta chérie, c'est ton problème. Mais les contrats ne peuvent pas attendre. Le nombre de vampires qui dégénèrent augmente chaque jour. Je ne peux pas me permettre de laisser tomber la guilde.

-Certes, mais tu devrais décrocher de temps en temps, ça te ferait du bien.

-Merci du conseil, maman, ironisais-je

Il se leva, haussa les épaules et monta dans sa chambre. Kevin revint dans le salon et prit la place qu'occupait mon jumeau quelques instants auparavant. Il jouait avec les franches du napperon de la table. Je le regardais avec un sourire consterné. Ils étaient tous des grands enfants dans cette famille.

-Tu ne fais pas notre poisson ?

-Je ne t'ai pas attendue. C'est déjà dans le four en train de chauffer. Tu ne comptes quand même pas partir seule en chasse ce soir ?

-Ai-je le choix ?

-Concernant ta survie et ton existence dans ce monde, je pense que oui. Tu devrais rester ici Selene.

-Je sais me débrouiller, Kevin. Je ne suis pas stupide au point de ne pas savoir me défendre. Je sais que c'est extrêmement dur d'aller en mission seule, mais j'ai deux contrats à régler ce soir. Je dois faire un transfert de prisonniers. Je serais accompagnée par deux membres de la guilde. Donc tu n'as rien à craindre pour moi.

-Je sais que je peux compter sur les membres de la guilde. Mais dis-toi que tu ne pourras pas toujours compter sur eux pour tes missions. C'est dans cette perspective que nous vous avons inscrits tous les deux. N'oublie pas l'esprit d'équipe !

-Je sais ! Bon, on mange ?, demandais-je pour couper court à la discussion et suite au bruit du minuteur qui nous indiquait que c'était prêt.

Je me levais sans attendre sa réponse et allais mettre la table. Un raffut épouvantable se fit entendre à l'étage. Au sourire qu'arborait mon frère, je compris que Nathan et Andy devaient encore être en train de se chamailler. Ce jour-là, j'aurais vraiment dû jouer à la loterie. J'aurais peut-être décroché le jackpot. Nathan fut le premier à descendre, s'époumonant tant qu'il en aurait fait trembler les murs de la maison.

-C'est ça débilos ! J'me casse avant de t'emplafonner !

-Vas y fuis, vil lâche !, en rajouta Andy.

-Là, ça en est trop !

Je n'eus pas le temps de réagir. Nathan avait déjà sorti sa rapière de Hunter, Phoenix Tail. Une belle rapière toute fine, entourée de fils qui la rendaient encore plus dangereuse. Elle était de couleur verte pomme, une garde dorée. Je levais les yeux vers mon jumeau. Comme je m'y attendais, il avait son fouet à la main. Le Belment. Non, je ne me suis pas trompée ! Le Belmont, le légendaire fouet des chasseurs de vampires appartenait à notre père, Tim Alucard. Andy n'en possédait qu'une réplique. D'où le nom. Belment. Ils se sautèrent dessus avec une violence inouïe. Un grand fracas d'armes en acier qui se percutent retentit bruyamment dans la maison. Kevin s'était interposé avec la lance qui ornait le mur.

-Bien, maintenant on se calme les filles. Toi, tu dégages chez ton pote maintenant. Et toi, tu vas chercher tes affaires et tu files chez ta copine avant que je ne commette un fratricide !

Kevin était tellement énervé que mes frères rangèrent leurs armes sans broncher et exécutèrent l'ordre au pas de course. J'allais mettre la table, le sourire aux lèvres. Depuis le temps que ça leur tournait autour. Fallait que ça tombe. Je me demandais comment mon frère avait-il bien pu contenir une telle colère pendant autant de temps. Nathan et Andy étaient vraiment des plaies. Quand ils étaient ensemble, l'ambiance tournait toujours au vinaigre. Mais quand seul l'un était dans la pièce, il était absolument adorable. Je me posais à ma place après avoir sorti le plat du four. Je me servais et Kevin arriva dans la cuisine. Il s'installa sur sa chaise et soupira un bon coup.

-Ils vont finir par me tuer ceux-là !

-Je ne te le fais pas dire. Sers-toi tant que c'est encore chaud.

-Merci Selene.

Je mangeais avec appétit tandis que mon frère peinait à manger. Je me demandais ce qui l'ennuyait le plus. Le fait que nos frangins ce soient encore disputés ou le fait que j'avais décidé d'aller quand même faire mes contrats seule. J'optais plus pour la seconde option. Je finis mon assiette et la mis dans le lave-vaisselle avec le reste de mes couverts.

-Tu as encore besoin de moi ? Ou je peux y aller ?

-Non, ça ira.

-A demain. Repose-toi. T'en as bien besoin.

Il me répondit par un signe de la main assez négligé et se replongea dans le contenu de son assiette. Je n'étais pas très rassurée de laisser mon frère seul ce soir, mais je devais y aller. Je montais dans ma chambre et me changeais. J'avais maintenant mon habit de chasse sur les épaules : un ensemble cintré noir, des bottes à talons simili cuir noir. Je mis ma cape noire sur mes épaules. J'attrapais mes étuis. Ah oui ! Je pense que je ne vous en ai pas encore parlé. Comme vous l'avez remarqué quelques instants plus tôt, Andy et Nathan ont des armes assez singulières. Pour ma part, je préfère me battre à distance. Je possède deux pistolets à double et triple canons. J'attachais mes étuis et quittais ma chambre après avoir bien pris soin de ne pas oublier ma carte de Hunter. Je quittais ma chambre, descendis les escaliers et sortais de la maison. Je sentais que ma nuit allait encore être courte.