Je cours pour ma vie, je le sens, je le sais. Je suis poursuivi par quatre hommes jusqu'à ce que j'arrive devant un hôtel de luxe, j'y entre, pas pour avoir une de leur superbe chambre, mais pour me cacher. Un homme arrive à côté de moi et me prend le bras, je n'ai pas peur, je me sens en sécurité avec lui. Il me traine jusqu'au comptoir où il sort une réplique tout droit sortit d'un film :

« - Mon amie et moi voulons une chambre. Sa voiture a des problèmes, mais le réparateur ne s'en occupera que demain. »

Pour confirmer le tout, je vois une voiture qui m'a tout l'air d'être abandonnée au loin. J'ignorais que j'avais une voiture et pourtant, j'ai l'impression qu'elle m'appartient vraiment.

Après avoir payé la chambre, mon sauveur me tient toujours au bras et me fait signe de continuer vers l'ascenseur.

- J'ai une surprise pour toi là-haut, Gisèle!

- Comment connaissez-vous mon nom?

Le regard énigmatique, il sort dès que la porte de l'ascenseur s'ouvre et nous dirige vers la chambre inscrite sur la clé magnétique. L'homme inconnu à mes côtés ouvre la porte, me donne la clé et me souhaite une excellente soirée avec un sourire étrange sur le visage, tout autant que lui devrais-je le préciser.

J'ai un sac à main qui sort de nulle part, une valise qui ne doit même pas m'appartenir. Je range le tout près de la porte. Et je me dis que tant qu'à avoir cette chambre autant en profiter. Je me dirige vers la salle de bain qui passe totalement inaperçu à mes yeux, tout ce que je vois c'est une baignoire où je compte me prélasser pendant aussi longtemps qu'il le faudra pour que ma peau devienne ratatinée. Je fais couler l'eau bouillante, me dévêt devant le miroir et regarde mon reflet. Je ne suis pas une top model, mais je peux dire que j'apprécie mon corps.

Je suis peut-être un peu grande, mais je n'ai pas de problème de poids comme lorsque j'étais jeune. Je peux affirmer que j'ai des yeux perçants et magnifiques. Des yeux bruns, classiques, mais avec des traces d'orange qui changent tout. Et je me fixe dans le miroir, me faisant le concours de « celui qui détournera le regard en premier ». Je perds bien évidemment alors que je remarque que la baignoire c'est très bien remplie.

Mon corps est à peine immergé que je sens une présence avec moi dans la salle de bain. Je fais le tour de la pièce et y voit une armoire en bois foncé, un comptoir où je pourrais dormir aisément tellement il est grand, ensuite vient la cuvette cachée par le comptoir et la douche en coin à ses côtés. Mais personne, pas âme qui vive!

Je sors de mon bain tel que je l'ai dit, ratatinée! J'enfile le peignoir de l'hôtel puisque je n'ai pas emmené de vêtement de rechange et me souviens de la valise que j'avais à la main tout à l'heure. J'avance vers le grand bagage et sors quelque morceaux qui ont l'air de m'appartenir vu la grandeur.

J'enfile une petite robe noir très classe. Elle m'arrive à mi-cuisse en général car à quelques endroits elle descend plutôt jusqu'à mes genoux. Je n'ai pas mis de sous-vêtements, de toute façon, je n'en ai pas trouvé et je ne compte pas sortir avec les quatre hommes qui me suivaient tout à l'heure.

- Tu ne devais pas savoir qui j'étais vraiment… me dit une voix. Car je ne vois personne.

Je cherche un peu dans la chambre, la salle de bain, le petit salon quand je me rend compte qu'il y a quelqu'un sur une des chaises du patio à l'extérieur.

- Je ne peux donner ma véritable identité. Les personnes que j'aide ne font que se souvenir d'une ombre. Toi, tu as été plus forte que les autres, tu as été plus importante que les autres. Je suis réellement tombé amoureux de toi, Gisèle.

L'homme qui était devant moi avait hanté mes rêves pendant très longtemps, je ne l'avais jamais vu, mais je me souvenais de chaque trait de son visage. Je savais maintenant qu'il avait été réel. Très réel, car de cette amour que je croyais à sens unique m'avait donné un magnifique petit garçon.

- Je sais que c'est mon fils aussi, mais je n'avais plus aucun droit sur lui, sur toi. Mon frère m'a empêché de retourner te voir, de vous voir. Je savais qu'il avait raison, alors j'ai écouté ses conseils et attendu au moment où tu aurais besoin de moi. Comme ce soir!

J'avais eu, à cette époque, un sentiment d'abandon de ma famille. Il ne savait pas ce que j'étais, qui j'étais. Et enfin, lorsque je l'ai découvert, il ne voulait pas l'accepter. J'ai tout laissé derrière moi pour partir loin d'eux, de mon environnement de travail que je n'appréciais plus, de mes amis qui ne faisaient que vivre avec mon moi passé.

J'avais envie de respirer, sans ce poids incessant sur les épaules. Je devais toujours réfléchir à comment agir, comment parler, quoi dire, quoi faire… Que de pensées pour seulement vivre, ou plutôt survivre.

J'avais préparé une seule valise de tous mes vêtements et j'étais partit au volant de ma toute nouvelle Honda CR-V 2004, autre chose que ma famille n'aimait pas. J'avais fait plus de route que dans toute ma vie pour me rendre dans une ville où j'ignorais quoi y faire.

J'avais cherché un appartement, un travail. Mon appartement, un petit studio se trouvait à environ dix minutes à pied d'où je travaillais, une épicerie.

Je ne réussissais pas à penser à autre chose que tout ce que j'avais abandonné derrière moi. Et pourtant, je savais que c'avait été le bon choix.

Un des employés avait commencé à discuter avec moi de ma raison dans cette ville, pourquoi ce travail et tout, mais je restais toujours évasive. Jusqu'au jour où cet homme m'avait demandé de sortir avec lui pour boire un verre et discuter en dehors du travail.

- Gisèle, tu sais que tu peux tout me dire. Je ne compte pas aller étaler ta vie dans les journaux, je veux que tu puisses compter sur quelqu'un dans cette ville. Que tu te sentes moins seule, car crois-moi, je suis passé par là moi aussi.

Et il me raconta que son père voulait qu'il continue de gérer l'entreprise familial et lui et son frère avaient refusé. Pourtant, ses cinq autres frères étaient prêts à continuer, ce qu'il n'avait pas accepté. Ils s'étaient donc enfui.

- Je sais, je t'ai menti, mais pas totalement. Creg et moi, on s'est vraiment enfuit à une époque. Ça n'a pas été trop dur pour lui de nous retrouver, mais il nous a laissé un bon moment seuls face à nous-mêmes.

- Pourquoi est-ce que tu m'as aidé? J'imagine que tu n'es pas supposé interagir avec les gens que vous aidez.

- Je te l'ai dit, ça été très différent avec toi Gisèle.

- Est-ce que je dois te croire cette fois-ci William?

L'homme qui paraissait réel tout à l'heure se lève trop rapidement, s'approche trop rapidement de moi. Il colle son front sur le mien, nous avons toujours été de la même grandeur, ce que j'aimais à l'époque.

- Moi aussi, j'aime bien ça! Je t'en pris Gisèle, crois-moi!

Tant de souffrance dans ce regard que je ne peux pas continuer de le soutenir et tourne la tête. Mais ce geste qui avant était instinctif est maintenant habituel, je mets ma tête dans son cou et inspire son odeur qui m'avait tant manqué. Il place ses bras sur mes hanches, comme avant. Oui, mais nous ne sommes plus ensemble!

- Pardonnes-moi, je t'en pris!

Et il se jette à genou devant moi et me tient toujours la taille. Il réclame ardemment mon pardon de toutes les façons qui soient.

Je pose un doigt sous son menton et relève sa tête. Je lui lance un petit sourire et lui chuchote, de peur de briser le silence qu'a laissé ses paroles :

- Je ne t'en ai jamais vraiment voulu. Benjamin est tout simplement le meilleur cadeau que tu aurais pu me faire. Il est merveilleux, drôle, attentif, affectif, autant que toi.

Je lance mes phrases en souriant espérant lui redonner le sien qui m'a tant manqué, mais il est plus lugubre que tout à l'heure. Je fronce les sourcils me demandant ce qui ne va pas.

- J'ai été absent trop longtemps dans la vie de mon fils. Je reviens…

Et il disparait, encore une fois! Mais alors que la première fois, il n'était pas réapparu, son frère s'assoit à mes côtés. Ne semblant pas vouloir m'expliquer, je me tourne vers lui et avant de poser la moindre question, il me dit tout de suite :

- Il revient tout de suite, il doit régler un problème avant! Je ne fais que te surveiller en attendant qu'il revienne. Je sais, tu n'aimes pas le baby-sitting, mais il est très protecteur envers toi et Benji!

Une heure vient de s'écouler. Sans nouvelle de William, Creg et moi avons discuté un peu de leur vrai travail. Il m'a expliqué qu'ils faisaient tous une sorte d'ange gardien pour les personnes qui le méritaient sur terre, moi comprise. C'était Creg au départ qui devait prendre mon dossier, comme il l'appelle, mais il avait duré trop longtemps sur le précédent et William avait été appelé en renfort. Leur père avait donné mon nom et toutes les informations importantes pour me faire avancer dans la vie. Il n'était pas écrit que nous tomberions amoureux l'un de l'autre, encore moins que nous aurions un enfant.

- Mais tu sais, j'aime bien me dire que, à quelque part, je suis un oncle et que c'est grâce à moi. J'adore Benji! Je vais le voir aussi souvent que possible, tout en restant dans l'ombre, je ne voudrais pas qu'il hurle s'il voit un inconnu… Je voulais aussi te dire que… tu as fait un super bon boulot avec lui. Il est génial, le petit.

Du si ténébreux Creg, j'ai retenu le compliment en hochant la tête dans sa direction. William m'avait beaucoup parlé de Creg, le plus jeune des frères, mais aussi le plus intrépide. Leur père avait beaucoup de difficulté à lui faire comprendre les aspects de l'entreprise. Je comprenais maintenant pourquoi. Aucune vie, aucun sentiment, aucun intérêt pour l'avenir, du moins pour eux.

- J'ai maintenant un intérêt pour l'avenir. Mon neveu, ma « belle-sœur ». Vous êtes maintenant tout pour Will' et moi. Nous avons besoin de savoir que vous êtes en vie et heureux.

Je suis heureuse de constater que Creg n'est pas contre le fait que nous ayons eu un enfant, dans leur dos. Il semble adorer notre fils autant que nous. Je le vois hocher la tête en réponse à mes pensées. Alors que je veux continuer la conversation, William nous interrompt.

- Je peux officiellement dire que je pardonne à mon père tout ce qu'il a pu me faire par le passé.

- Pourquoi?

La question vient de Creg, mais c'est seulement parce qu'il a été plus rapide que moi. Il me lance un sourire en coin et retourne son regard vers son frère, ce que je fais à mon tour.

- Parce qu'il me permet de rester cinquante ans avec eux. Avec toi, il rajoute ces deux mots en me regardant droit dans les yeux. Je vais pouvoir rester avec Ben et toi pour les cinquante prochaines années. Oh! Creg, il m'a dit de te dire que tu pourrais venir nous voir quand tu voudrais.

- J'y crois pas, c'est une blague, c'est ça?

Il secoue la tête de droite à gauche pour réponse. Je sautille sur place depuis l'annonce, mais là, mon cœur ne fait qu'un saut et je suis dans les bras de Creg. Je sais qu'il a toujours voulu être près de nous, comme il me l'a dit durant notre conversation. Je le regarde enfin, j'ai les larmes aux yeux et je l'embrasse fort sur les joues, trop heureuse pour lui. Après un dernier câlin, il me place de force dans les bras de son frère qui commençait à être impatient.

- C'est ça, c'est moi qui revient, mais c'est mon frère qui a les câlins…

Je sais qu'il dit cette phrase à la blague, mais je peux ressentir sa jalousie. Il était possessif aussi lorsque nous étions ensemble. Mais j'adorais voir qu'il avait besoin de moi et moi seule dans sa vie… Quoique maintenant, il aura aussi besoin de son fils.

- Nous pourrions retourner chez toi demain. Ce soir pourrait nous être réservé?

Comment peut-il encore me poser des questions aussi stupides? Je soulève mes épaules, alors qu'il sait très bien que j'ai toujours attendu nos moments ensembles avec impatience.

Je regarde autour de nous, la terrasse est peut-être devant plusieurs bâtisses, mais aucune n'égale la hauteur à laquelle nous nous trouvons. Je ne découvre que maintenant que Creg a disparu.

- Il voulait nous laisser seuls à nos retrouvailles.

- Merci Creg, car maintenant je sais qu'il peut m'entendre.

William s'assoit sur la chaise où il se trouvait tout à l'heure et me tire pour que je sois assise en amazone sur lui. Mes jambes l'entourant, je peux ressentir tout ce qu'il veut de moi.

Il s'approche de moi, il a un bras sur ma taille, le second qui rapproche mon visage du sien. Nos lèvres se touchent pour le première fois depuis bientôt trois ans et le contact est tout simplement parfait. Je ne me souvenais pas qu'il avait les lèvres si douces, si pressantes.