Note : Romance / Friendships /adventure / Fantastique / Angst

Précédemment nous avons pu voir que Gauthier Franc se posait des questions sur Guillaume Loises, le second d'Arthur. Nil, quant à lui, prend peur en ayant rencontré celle qui, selon les légendes aurait pris le cœur de son ami. Nous avons aussi eu l'arrivé des élus ainsi qu'une étrange apparition au pied de l'arbre… qui ne sera pas encore révélé. Bonne lecture à tous !

Merci pour la review en anonyme !... ça fait toujours sourire :)


Chapitre 4


L'emblème des élus

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Le souffle du vent sembla transporter chaque pas que Nil faisait pour rejoindre au plus vite leur lieu de résidence. Très vite, il se fondit au milieu des airs pour se retrouver, la seconde suivante, devant la bâtisse. Guillaume et les élus s'éclipsèrent à leur tour et, de leurs regards livides, ils contemplèrent l'enceinte qui prenait entièrement feu. Leurs respirations s'entrecoupèrent par la vision qui se dévoila devant eux et, en dévisageant le jeune Rémys, des hurlements provenant des flammes déchirèrent la nuit.

Nil, la colère sourde et prête à exploser, balaya rapidement les alentours de son regard paniqué et, en lâchant un cri de désespoir, il hurla : « Non, non, non, Non ! ». Tous ses membres tremblotèrent en même temps que sa vue se brouillait. Le souffle extrêmement saccadé, son visage se déforma en une grimace d'impuissance puis, le regard déterminé, sa magie qui le suivait ardemment au gré de sa rage, d'un mouvement de la main, il éteignit rageusement le feu dont des lignées de fumées noires s'envolèrent jusqu'au ciel. La peur qui envahit effroyablement son corps l'empêcha soudainement de faire le moindre mouvement. Immobile, il n'osait pas affronter la réalité de cet instant. A la lumière des quelques lampadaires qui éclairaient les alentours, ses yeux restèrent scotchés sur ces murs brulés.

Le bruit de pas à ses côtés, le sortit de sa perdition. Il tourna ses yeux assassins sur une dizaine d'hommes armés jusqu'aux dents qui commençaient méchamment à s'approcher de lui. Le regard haineux, ses prunelles grises reflétèrent une lueur émeraude avant d'être comblé par l'obscurité la plus totale. Nil ne contenait plus sa colère. Elle prenait possession de son âme, elle était furieuse, elle était incontrôlable… elle désirait venger ses morts ! Elle voulait venger la mort d'Arthur ! Les mains abaissées, paumes au ciel, Nil n'écoutait plus personne. Guillaume avait beau hurler d'arrêter, rien n'y fit.

Le jeune druide leva lentement ses mains et, devant les élus, des éclats de terre se soulevèrent puis, en visualisant l'emplacement de chacun des hommes dont un sourire victorieux s'affiché sur leur visage, Nil poussa un hurlement rempli de haine. Ils atteignirent, telles des projectiles, le cœur des assaillants. Leurs morts instantanés ne le calmèrent pas pour autant car, Nil ne ressentait plus la présence de son ami… de son meilleur ami.

Sans un regard aux élus, le torse comprimé, il courut à travers les décombres de la bâtisse. Tout en s'approchant de la chambre du jeune Pendraig, il discernait des corps criblés de balles et, les lèvres déformées par un rictus de colère, il accéléra son pas de course. Le souffle court, lorsqu'il pénétra dans la chambre, il crut que son cœur aller cesser de battre : Géraldine était morte au pied du lit tandis qu'Arthur, allongé sur le matelas, était mort d'une balle sur son front.

« Non ! » hurla Nil en s'approchant de son meilleur ami. Le corps tremblant de spammes incontrôlées, il prit Arthur dans ses bras et, en laissant un autre hurlement franchir de sa gorge, les murs se mirent à trembler avec violence. La douleur était si poignante qu'il n'arrivait plus à maitriser sa magie. Elle partageait sa peine mais, sa tristesse était si lourde à supporter qu'un énorme fracas résonna tout autour de lui. Les murs ne tenaient plus debout et, comme si un vent invisible avait tout balayé de l'intérieur, un vent glacial vint virevolter au milieu de la pièce inexistante. Le visage au creux du cou de son ami, il éclata autant de sanglots que de colère. La gorge prise par cette peine innommable, ses épaules se secouèrent au rythme de ses pleurs.

« — Il ne devait pas mourir ! tonna-t-il…»

Le regard sombre, Nil n'arrivait plus à se détacher du corps inerte et, en se mordant rageusement la lèvre inférieure, il toisa froidement les quelques élus qui pénétrèrent dans ladite pièce dépourvu de murs :

« — Dites-moi ! Dites-moi à quoi cela me sert-il… d'avoir des pouvoirs, si je ne peux… tenta-t-il de cingler entre ses sanglots,… je ne peux rien faire s'il n'est pas avec moi ! Je ne veux pas…

— Merlin, coupa un des élus qui enleva sa capuche pour dévoiler un visage asiatique,… je suis Aki Kazami,… il faut que vous sachiez qu'Arthur n'a aucun avenir avec vous…

— Non ! brailla Nil de toutes ses forces tout en grinçant agressivement de ses dents puis, en resserrant jalousement la dépouille de son ami, il ajouta,… je me fous de savoir ce que je suis censé faire dans ce monde ! Je me fous de connaitre mon rôle !… larmoya-t-il en laissant à nouveau ses perles dévaler ses joues,… je veux juste qu'il revienne, souffla-t-il en fixant Guillaume lorsqu'il s'agenouilla devant lui.

— Nil,… murmura doucement ce dernier d'une voix vibrante d'émotion,… tu es Merlin, tu es celui qui doit restaurer la… »

Le jeune druide se releva en lâchant délicatement le corps du jeune Pendraig et, les ténèbres gagnant son cœur, il sentait sa fureur se joindre à sa peine. Peu importait ce qu'il était, sa vie n'avait de sens que si Arthur restait auprès de lui. Il s'essuya piteusement les joues en le dévisageant d'un regard froid :

« — Je n'ai jamais demandé d'acquérir ses pouvoirs ! coupa-t-il sans mâcher ses mots, je n'ai jamais rien demandé à qui conque ! continua-t-il en balayant d'un geste de la main sur le côté,… Si tu les veux, tu n'as qu'à les prendre ! »

Quel destin l'attendait sans la présence d'Arthur ? Quel mystère entourait sa venue ? Qui était-il pour ces hommes ? Pourquoi son meilleur ami n'avait aucun avenir à ses côtés ? Les questions se bousculèrent tant dans sa tête qu'il avait cette sensation d'avoir été trahi. Les poings durement serrés, la souffrance était telle, qu'il aurait préféré mourir et, de cette terrible pensée, il savait que cela n'arrangerait rien car, quoi qu'il fasse, cela ne lui ramènerait pas Arthur… Il s'en voulut subitement d'être parti en courant parce qu'il n'avait pas su gérer ses sentiments qui le tiraillaient. Les yeux gris de Nil redevinrent plus calmes et, d'une profonde détresse, ses larmes continuaient à lui bruler les joues.

Après quelques minutes de silence, Guillaume posa une main compatissante sur l'épaule du jeune druide lorsque Nil planta soudainement son regard noir dans les siens :

« — Ne me dis rien,… murmura-t-il en souhaitant rester seul avec son ami,… s'il te plait,… laisse-moi,… bredouilla-t-il en inclinant sa tête en direction du corps d'Arthur. »

Cependant, le jeune Loises tenta de lui relever le visage mais, il fut propulsé brutalement contre le mur fracassé.

— Je t'ai dit de te taire ! hurla le plus jeune dont le regard redevenait à nouveau sombre et humide. »

Guillaume grogna en se redressant avec difficulté et, sans le lâcher de ses yeux gris, il bloqua d'une main la seconde volée que Nil allait lui envoyer. Ce dernier, complètement étonné, lui demanda comment il pouvait parer un sort. Guillaume retroussa sa manche et, devant les yeux grands ouverts du jeune Rémys, il lui dévoila la marque sur son poignet gauche : une plume…

« — Les élus ont cette marque sur la poitrine,… chuchota-t-il,… ils sont tes protecteurs, tes conseillers,…

— Mais toi ! ragea Nil en se sentant trahi de n'avoir rien su,… qui es-tu ? Un soldat ? interrogea-t-il en ancrant ses yeux sur le poignet.

Le jeune Loises l'obligea à le regarder et, en posant une main sur la joue du jeune druide qui parut perdre sa colère, il lui demanda :

— N'as-tu pas écouté ce que je t'ai dit ce matin ?... sur l'origine de ton prénom ?

Nil s'en rappelait bien mais, la peine trop grande à éloigner de lui, il n'avait pas besoin d'énigme alors, il secoua seulement de la tête.

— Quand tu te regardes dans une glace, ne vois-tu pas que j'ai les mêmes yeux que toi ?

Le jeune Rémys, le corps tremblant, commença à comprendre et, en déglutissant, il écouta l'aveu :

— Je suis ton grand-frère…»

Nil, le cœur déjà meurtri, en avait marre de pleurer mais, cette vérité sembla le poignarder encore plus atrocement quand, lui, il se croyait abandonner. Il avait donc un frère ? Il n'était pas le seul de sa famille et, la gorge nouée, il avait toujours cru que ses parents biologiques ne voulaient pas de lui…

« — Pourquoi,… bafouilla-t-il en tiraillant encore plus sa gorge brulée par les cris précédents,… pourquoi maintenant ! Pourquoi tu ne m'as rien dit ! pourquoi… s'écria-t-il en tambourinant le torse de son ainé.

— Tu veux qu'Arthur revienne ? lui demanda-t-il sans lui répondre. »

Nil, immobile, se tut et, en fixant les yeux de Guillaume, le sérieux de son visage ne semblait pas se jouer de sa personne. Il hocha de la tête en séchant ses larmes mais, à cet instant l'élu Aki s'avança, une main sur l'épaule du jeune Loises :

« — Nous savons qui vous êtes mais, avez-vous trouvé celui qui canaliserait vos pouvoirs ?

En apercevant le regard interrogateur du jeune Merlin, il ajouta :

— Votre frère a un pouvoir qui reste incontrôlable,… lui expliqua-t-il,… d'où ce bracelet qui est indestructible et qui ne se détachera de lui-même que lorsque son gardien se présentera à lui,… affirma-t-il en fixant Guillaume dont les yeux le fuirent étrangement trop vite,… donc vous l'avez trouvé ? conclut-il…»

Un silence embarrassant s'invita entre les trois personnes avant que Nil ne le scrute :

« — Guillaume ?

— Il ne sait rien,… avoua-t-il en baissant son visage,… quand j'ai su qui il serait,… je savais que ce ne serait pas possible ! insista-t-il avant de planter un regard décidé sur son jeune frère,… mais, je suis prêt à te donner ma vie !

— Je,… je ne comprends pas,…bredouilla Nil en reculant de quelques pas fébriles et qui sentait à nouveau la mélancolie le reprendre.

Le jeune druide passa ses yeux d'Aki à Guillaume et, d'une main tremblante, il saisit le poignet de ce dernier pour caresser la marque avec son pouce.

— Je peux t'aider à effectuer un bond dans le passé, de quelques heures mais, cela requiert énormément de pouvoirs,… dit-il en sentant la chaleur de son cadet,… combinés au tiens, tu ne craindrais rien…

— Mais ? questionna Nil en relevant son visage inquiet sur son ainé.

— Moi… reprit-il en plantant son regard serein dans ceux de son frère, je peux y laisser la vie,… sauf, si mon gardien est présent à mes côtés…

— Le gardien doit lui offrir la perle d'éternité,… coupa froidement Aki pour que Nil comprenne les enjeux de cet acte,… pour que Guillaume survive et récupère lentement sa magie pour qu'elle devienne plus domptable… »

Nil tentait d'assimiler toute la conversation et, en se tournant sur le corps d'Arthur, un rictus de peine se dessina sur ses lèvres. Pouvait-il demander à son frère qu'il venait à peine de reconnaitre en tant que tel, d'échanger sa vie pour un autre ? Pouvait-il égoïstement penser à lui ? Les paupières closes, il savait que non et, le cœur brisé, des larmes dévalèrent à nouveau. Il avait cru qu'il était là pour Arthur tout comme il avait imaginé rester tout au long de sa vie auprès de lui.

Il secoua vivement la tête en hurlant à Guillaume qu'il ne devait pas sacrifier sa vie pour un autre avant de se laisser lourdement choir à genoux. Nil s'étendit au sol comme si la vie venait de le quitter. Le regard dénué d'étincelle, il se sentait partir loin de son corps. Les yeux fermés, il entendait encore le rire d'Arthur… le rire d'autrefois qui charmait ses oreilles. Son meilleur ami n'était plus là et, trop jeune pour supporter cette terrible perte, il ne voulait plus ressentir cette affreuse déception qu'était devenue sa destinée.

Une paume sur le plancher, Nil murmura un « Je t'aime » qu'il aurait dû lui avouer depuis bien longtemps. Un simple ''Je t'aime'' et cela même si Arthur ne lui retournait pas les sentiments. Il avait tant de regrets,… tant de non-dits,… il aurait tellement voulu qu'il sache combien il l'aimait…

... ... ...

''Un léger vent doux lui effleura le visage. Une étrange plénitude parut envahir son âme et, les paupières toujours closes, il sourit en écoutant les éclats de rire qui provenaient d'une époque révolue. Rêvait-il ou imaginait-il tout cela ? Peu importait, son corps semblait s'apaiser et puis, il n'avait nullement envie de bouger. Le parfum de bois brulés fut remplacé par une odeur comparable à celle de la rosée matinale. Il était en paix… reposé comme si tout cela ne s'était jamais produit… ou bien, peut-être était-il mort ?

« Pour avancer jeune homme, tu dois saisir l'instant présent et le garder au fond de toi,… écoute-le,… accepte ses décisions,… car, le bonheur est celui de savoir, ce que tu as toujours souhaité entendre,… mais, le prix, jeune homme, est d'être patient… parce que, ce sera à lui de faire le pas… surtout, souviens-toi : ensemble vous êtes plus fort, vous vous complétez… vous êtes indissociable… autant par vos vies que par vos sentiments…» entendit-il du vieux Merlin… juste d'une voix aimante qui le soulageait encore plus que ce qu'il n'aurait pu croire. Un timbre qui sonnait comme une promesse…

« — Nil ? reconnut-il de la voix de son meilleur ami lorsqu'il osa ouvrir ses yeux. »

Le cœur palpitant, il cligna plusieurs fois des paupières avant d'empoigner la main tendue d'Arthur. Nil le scruta en se relevant et, ce dernier qui gardait sa main dans la sienne, le força à le suivre. Le jeune Rémys reconnaissait le jardin où, dans leur jeunesse, ils avaient passé beaucoup de temps à se chamailler. Sans dire un mot, Arthur l'attira tout contre son torse et, en lui caressant le dos tout en dessinant des cercles, il lui murmura à l'oreille :

« — Te souviens-tu du jour où je t'ai annoncé mon départ pour l'armée ?

Nil se mordit la lèvre inferieur,… évidemment qu'il s'en souvenait comme si cela datait de la veille : il se rappelait bien de sa colère contre Arthur. Il hocha de la tête. Une paume contre la poitrine de son ainé, Nil sentait sa chaleur l'envelopper avec douceur.

— Il y a une chose que tu as oublié cette nuit-là… dit-il en s'asseyant sur l'herbe verdoyante. »

Nil le suivit dans son mouvement et, en posant ses fesses, Arthur l'intima à rester face à lui. Il enroula donc ses jambes autour de la taille de ce dernier. Dans les yeux bleus du jeune Pendraig, il y trouvait une note de tendresse puis, la peur qu'il ne soit là que pour lui dire au revoir, Nil désira subitement s'écarter de lui. Cependant, Arthur l'étreignit de toutes ses forces.

« — Cette nuit-là,… lui souffla-t-il à l'oreille, nous avons fait l'amour…

La respiration coupée, Nil, le regard interrogateur, tenta d'échapper à son emprise en lui hurlant :

— Ne me fait pas ça !... pourquoi tu me mens !... »

Elles étaient chaudes et humides contre ses lèvres… Arthur venait de déposer un baiser sur la bouche. Nil, le cœur battant avec frénésie, ressentit tout un assortiment de sentiments au souvenir d'une nuit où, sous la couverture de leur tente, il s'était donné à lui… Nu l'un contre l'autre, les mains d'Arthur le caressaient avec tendresse et, en fixant le regard de son ainé, il se souvint de tout…

« — Pourquoi je…

— Tu ne devais pas t'en souvenir, dit le jeune Pendraig qui lisait de l'incompréhension au fond de ses yeux gris,… j'ai prié pour que tu… oublies… »

Nil venait de recevoir un coup de poignard. Il baissa son visage pour éviter de le regarder et, un rictus de peine sur ses lèvres, il cala sa joue droite contre le cœur de son ami.

« — Tu ne m'aimes pas,… c'est pour ça… dit-il en bloquant rageusement des larmes au bord des yeux.

— Si, justement Nil,… répondit-il en l'obligeant à le fixer,… je t'aime Nil,… je t'ai toujours aimé,…

C'en était trop pour son cœur. Il avait toujours cru ne jamais entendre ses mots et, entre ses hoquets qui lui nouèrent la gorge, il lui murmura un ''je t'aime'' rempli de tout son amour. Blotti chaudement tout contre Arthur, il lui demanda alors la raison de cette prière.

— Il le fallait… pour que tu puisses… un jour devenir : Merlin… mais, je t'avouerais que… j'ai conservé ce souvenir… pour nous… »

Nil se foutait totalement de connaitre ''le comment du pourquoi'' son ami savait pour son statut car, la seule chose qu'il désirait n'était plus à sa portée. La mélancolie le reprit si rapidement que ses épaules se secouèrent au rythme de ses pleurs. Sans lui, Nil ne désirait plus vivre.

« — Je ne veux pas que tu t'en ailles,… sanglota-t-il avec douleur,… je veux que tu reviennes,… je te promets de me taire, je te promets que je t'attendrais… je te promets… »

En sentant les bras le resserrer fortement, il empoigna le haut de son ami et, en relevant son visage, les lèvres d'Arthur se posèrent contre les siennes. La langue du jeune Pendraig se fraya un chemin à travers sa bouche et, comme une très longue attente, il gémit en passant ses bras autour du cou d'Arthur. Un baiser dont Nil savoura chaque seconde. Un baiser au gout de paradis. Leurs langues se caressèrent en s'enroulant tendrement entre elles. Le souffle court, perdu au milieu de ses sensations, les mains d'Arthur parurent s'ancrer sur sa peau.

Un échange qui lui raviva le souvenir effacé… il se rappelait enfin de cette fameuse nuit… son corps contre le sien, le visage empourpré de son ami au-dessus de lui… leurs doigts tendrement entrelacés… leurs cris qui ne dissimulaient pas leur plaisir… leurs caresses qui cherchaient à imprimer chaque parcelle de peau… leurs baisers enfiévrés et humides… Leur ''Je t'aime'' suivi de roulades… Une simple nuit où, plusieurs fois, ils firent l'amour jusqu'à épuisement… Ils étaient : Arthur et Nil… Nil et Arthur… pour toujours…

Lorsqu'ils s'écartèrent, Nil se mordit la lèvre inférieure en l'écoutant lui chuchoter :

« — Pardon,… j'ai été stupide d'avoir supplié ta magie de tout supprimer de ta mémoire…

— Non, Arthur,… s'il te plait, ne t'en va pas,… Je t'aime tellement !

Le jeune Pendraig l'étreignit encore plus fortement tout contre lui.

— Je ne peux rien faire Nil…souffla-t-il désespéré de le voir dans cet état.

— Je ne peux pas,… bredouilla-t-il en serrant des dents,… demander à Guillaume de sacrifier… sa vie pour toi ! Je suis… bloqué ! Tout ça… c'est injuste ! Je ne… comprends rien ! Rien à ce… que je dois faire ! Le vieux Merlin m'a dit… qu'on était indissociable ! J'ai besoin… de toi ! J'ai besoin que…tu sois avec moi !

Un cri s'échappa soudainement de la gorge d'Arthur qui commença à devenir invisible et, le cœur affolé, il embrassa une dernière fois tendrement Nil puis, il lui souffla :

— Nil,… N'oublie jamais que, quoiqu'il arrive… quoique je te dise… quoique je fasse… il n'y a que toi qui comptes…

— Non ! s'écria le jeune druide en tentant de garder son ami entre ses bras mais ce dernier semblait disparaitre…

— Je t'aime ! » ''

... ... ...

Pendant que Nil restait allongé sur le sol, Aki fit comprendre à Guillaume que l'esprit de ce dernier était parti quelques instants dans un monde où lui seul pouvait accéder. Le jeune Loises décida alors de prendre les choses en main. Il était hors de question pour son jeune frère de choisir à sa place. Un second élu, une femme à la peau très mate, qui se présenta comme Nayane lui suggéra de bien réfléchir car, si Guillaume prenait le risque de retourner dans le temps avec Nil, il pourrait y laisser sa vie.

« — Nil a besoin d'Arthur comme nous avons besoin d'air pour respirer…

— Guillaume, lui murmura Nayane,… je vous comprends mais, vous êtes aussi important que Nil… »

Le jeune Loises secoua vivement la tête et, en fixant le corps de son petit-frère, il leur indiqua que cette décision, il la prenait pour le bien de leur communauté. Si, Nil continuait de vivre sans son meilleur ami, au vu des pouvoirs qui lui ont suffi par la simple colère de tuer les attaquants, il ne donnait pas cher de leur peau s'il passait du côté obscure de la magie. Les ténèbres n'avaient pas besoin qu'il leur offre Merlin sur un plateau.

« — Nil a bien plus de capacité qu'il ne nous laisse croire, il a juste besoin de savoir qu'Arthur est à ses côtés… reprit Guillaume avec calme,… Mordred ne croit pas en la naissance de Merlin et, si jamais, il apprend qu'il est affaibli par la perte de son ami, alors,… que fera Nil ? Le sentiment le plus dévastateur saura guider ses pas et,… je ne veux pas être celui qui vivra cette déchéance…

— Nil…

— Non ! coupa durement Guillaume, il est jeune et influençable ! Ne comprenez-vous pas que sans Arthur, il ne survivra pas et,… je veux croire en leur destinée commune ! Même si le roi n'a plus de place parmi nous, il en a une auprès de Nil ! finit-il par dire en s'essoufflant… »

Les yeux marrons glacé de la jeune femme semblèrent heureux de sa réponse. Elle ne le contredira pas, tout comme elle acceptera son choix. Elle lui sourit en lui caressant une joue puis, en se retournant sur le reste des élus, ces derniers enlevèrent leur capuche. Guillaume qui les détailla rapidement fut ému par leur regard rempli de compassion. Leur présence apaisait sa magie qui commençait à bouillir au fond de lui.

Maedoc avait donc vu juste, ils étaient là pour servir Nil et, bien qu'il ne détienne qu'un pouvoir inferieur à son frère, il ressentait avec admiration à travers leurs yeux : un dévouement sans faille. Guillaume s'agenouilla à côté de Nil et, en lui prenant la main, il fixa Nayane qui acquiesça pour le laisser repartir quelques heures avant l'attaque. Des lucioles émeraude et bleu scintillèrent tout autour de leur deux corps puis, le temps d'une seconde en mêlant sa magie à celle de Nil, ils se retrouvèrent chacun dans leurs corps, à l'endroit même où ils se trouvaient chacun auparavant.

... ... ...

Nil ouvrit ses yeux et, au milieu du dortoir, son cœur s'affola lorsqu'en fixant sa montre, l'objet lui indiqua seize heures trente : Guillaume avait dû user sa magie. Il était arrivé quelques minutes après qu'Arthur fut soigné par sa magie et, le corps tremblant, il sortit en courant. Le souffle court, dans la pièce à côté de la sienne, il se figea devant la scène qui se déroula devant ses yeux.

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Quelques minutes avant le réveil du jeune druide, Gauthier discutait avec Guillaume dans le second dortoir.

« — Bon,… se contenta de dire calmement Gauthier,… pourrais-tu me laisser partir ?

Puis, devant le silence de son interlocuteur, il ajouta :

— Je ne dirais rien,… »

Il continua à observer Guillaume. Ce dernier planta son regard durci dans les siens et, le cœur palpitant, il y avait au fond de ses prunelles une lueur qui le fit frémir des pieds à la tête. Jamais pareil sensation ne le troubla autant qu'à cet instant. Quelque chose en lui le maintenait immobile et muet. Tremblant, il suivit Guillaume qui s'approcha dangereusement de sa personne mais, durant quelques minutes de silence, rien ne se passa.

Stressé, Gauthier le regarda ouvrit la porte lorsqu'une aura émeraude se dessina à nouveau autour de ce dernier et, le reflexe rapide, il rattrapa très vite Guillaume qui s'évanouit d'un seul coup. Les jambes flageolantes, le jeune Franc s'assit et, tout en le contemplant, il ne comprenait pas la raison subite de cet endormissement. Terrifié, il commençait sérieusement à en avoir ras-le-bol de ses moments de solitude. Entre Nil qui rajeunissait et ce militaire hargneux qui lui vouait une colère non contenue, il se demandait ce que celui-ci allait lui pondre.

« — Guillaume ? tenta-t-il en le giflant sur l'une de ses joues.

La seule chose dont Gauthier était certain était d'y aller mollo parce qu'il n'avait aucune envie de se prendre une nouvelle raclée. Il se mordit la langue avant de murmurer, le sourire moqueur aux coins des lèvres, à l'oreille du jeune Loises :

— Bon, allez, miss… tu ne veux tout de même pas que je t'embrasse comme la belle au bois dormant ? »

Guillaume, les paupières closes, sentait les bras du jeune Franc le maintenir puis, en l'écoutant, il aurait bien ouvert les yeux pour lui dire sa façon de penser mais, la chance de son côté, il n'avait plus de force en lui. Sa magie n'était plus là,… partie,… il avait cette sensation d'avoir été brusquement abandonné. Le souffle lent, une larme glissa sur l'une de ses joues : il avait sauvé Arthur… donc, par la même occasion son petit frère. Gauthier ne riait plus. Il avait beau ne pas le porter dans son cœur, le fait de voir le visage soudainement pâle de celui-ci, une peur inconnue s'insinua en lui. Il y avait dans les traits du jeune Loises une impression de calme, comme si la mort allait le prendre et, sans comprendre ce qu'il ressentait à cette minute, il tressaillit en bégayant :

« — Putain, qu'est-ce que... tu me fais ?... T'as intérêt de... revenir à toi ! Tu dois quand... même me dire ce truc que tu ne voulais pas me dire ! essaya-t-il en dissimulant ses tremblements. »

En apercevant une larme tomber au sol, son cœur se serra subitement et, le corps en alerte, il sentait que Guillaume était important… pour qui, il ne le savait pas mais, il devait vivre. Un étau invisible sembla lui enserrer la poitrine et, en approchant son visage de celui de Guillaume, il lui souffla :

« — Qu'est-ce qui t'arrive ?... »

La gorge nouée, il le secoua violemment en tentant de hurler pour que quelqu'un vienne l'aider or, en se retrouvant sans voix, ses jambes se mirent à trembloter effroyablement. La poitrine parcouru de picotements, il se sentit réellement dépassé par cette situation puis, en reniflant, il réalisa qu'il pleurait en découvrant cette étrange lueur émeraude qui apparut une nouvelle fois autour d'eux.

« — Merde,... t'arrives autant à me faire peur que de pleurer... »

Guillaume était au bord du gouffre, prêt à s'en aller lorsqu'il entendit une voix douce lui murmurer : ''La perle d'éternité… ton gardien ne la verse que pour toi,… il t'est lié comme tu l'es avec lui '' Son cœur sembla reprendre doucement un rythme régulier et, en bougeant ses doigts, il réussit à trouver la nuque du jeune Franc. Attiré comme un aimant, il leva enfin ses paupières pour tomber sur les yeux noisette de Gauthier qui le fixait intensément.

Perdu dans le regard gris de Guillaume, le jeune Franc parut rêver ce moment. Etait-il bien réveillé ? Pourquoi les yeux du soldat semblèrent capturer les siens ? Et, sa main, pourquoi l'avait-il posé sur sa nuque ? Complétement en transe, assis avec Guillaume entre ses bras, il ne se rendait pas compte de l'image qu'ils offraient tous les deux. Le jeune Loises, aussi troublé que son vis-à-vis, ne savait plus comment réagir. Ses yeux descendirent directement sur les lèvres de Gauthier mais, en se rappelant de la manière dont il lui adressait la parole, il se reprit piteusement en lui déclarant d'une voix qu'il se voulait moqueuse :

« — Ben alors ?... ce baiser ? »

Le jeune Franc sursauta et, sans comprendre cette phrase qui le perturba quelques secondes, il tressaillit encore plus en ayant souhaité gouter à ses lèvres. Puis, il entendit Guillaume lui dire d'une voix rieuse :

« — Tu ne viens pas de me comparer à la belle au bois dormant ?

— Je… bredouilla-t-il en se sentant subitement idiot. »

Gauthier le lâcha carrément à terre pour se relever.

« — Petit joueur,… ne put s'empêcher de souffler Guillaume qui se sentit soudainement tirer par le haut. »

Gauthier venait de le soulever en le tirant par son sweat et, d'un geste rapide, il plaqua ses lèvres contre les siennes. Le cœur palpitant, le jeune Loises savait que ce dernier avait mal pris sa pique. Lorsque le ''parisien'' s'écarta de lui, ses jambes ne le maintenaient plus et, en vacillant, Gauthier le rattrapa en lui murmurant d'une voix froide :

« — Wouaw ! Voilà tout l'effet que je te fais ! »

Guillaume grogna quelques secondes mais, effrayé de ne pas sentir ses jambes, il croisa les yeux noirs du jeune Franc :

« — Ne sois pas stupide ! tenta le soldat en grinçant durement des dents,… je… »

Nil qui observait la scène du baiser sourit car, son frère avait enfin trouvé son gardien. Guillaume avait beau paraitre distant, il avait cette sensation qu'avec Gauthier, ce dernier allait réussir à briser sa carapace. Il pénétra alors dans la salle et, sans demander quoique ce soit, il posa une main sur le torse de son grand-frère. Tout en redonnant des forces à Guillaume, il chuchota à son ami :

« — Je veux que tu restes avec lui,… il est trop faible pour le moment et,… dit-il en plantant un regard qui en disait bien long s'il ne l'écoutait pas,… c'est un ordre…

Gauthier fit une moue de désapprobation mais, Nil n'avait pas le temps d'expliquer la situation car, les hommes de Mordred allaient arriver.

— Ne me demande pas comment, mais, je veux que tu restes à ses côtés et cela, même si tu entends des coups de feu ! Tu veilles sur lui ! dit-il en levant un doigt.

— Mais,… bredouilla-t-il d'un air pitoyable, tu sais bien qu'il me déteste… »

Devant le sérieux dont le jeune Franc ne reconnaissait pas sur le visage de Nil, il se résigna à ''surveiller la belle au bois dormant '' se disait-il, en hochant seulement de la tête pour ensuite l'entendre lui révéler :

« — Je suis sûr que tu auras beaucoup de choses à raconter à,… mon grand-frère, finit-il par dire en posant un index sur les lèvres comme pour garder ces mots secrets… »

Gauthier s'adossa contre le mur de la fenêtre en grommelant rageusement :

« — Je vous hais tous autant que vous êtes !... des frères !... si je pouvais t'en mettre une sans m'en ramasser une derrière… »

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Nil fit sonner un coup de sonnerie pour ne pas déranger Arthur qui devait encore dormir et, le cœur battant, les soldats et quelques hommes arrivèrent dans la salle d'armes.

« — Que se passe-t-il Nil ? demanda Brayan essoufflé.

Le regard rempli de sérieux du jeune druide sembla intimider le monde devant lui et, en montant sur une table, il commença à leur expliquer qu'une dizaine d'hommes ne tarderaient pas à arriver pour tout mettre à feu. Il leur distribua à tous une oreillette et, de leur choix, les hommes prirent des armes.

« — Bien, Gaël et Brayan vous emmenez quatre hommes avec vous et, je veux que vous alliez vous poster sur les toits en restant à couvert…

Nil les regarda s'en aller puis, en se tournant sur l'un des anciens chevaliers, il continua :

— Paul et Vincent, vous allez me conduire les femmes et les enfants dans la cave de la cantine… et restez avec eux !

— Bien, répondirent-ils en hochant de la tête.

— Les autres, dispatchez-vous sur les deux étages et postez-vous à chacune des fenêtres qui donnent accès à l'entrée… »

Nil testa les oreillettes et, content que sa courte période de jeunesse les remit en état, il monta les escaliers jusqu'à atteindre le toit. Il fut rejoint par Bastian et Maedoc qui lui demandèrent des explications. Nil leur expliqua brièvement ce qui s'était passé et, sans voir le visage décomposé du plus âgé, il les rassura en leur disant que Guillaume avait son protecteur à ses côtés. Comme Nil avait besoin de se concentrer, Bastian descendit retrouver sa femme Liz tandis que Maedoc se maintenait prêt à l'épauler.

Liz était à côté du lit d'Arthur et, en voyant son mari arriver en fermant la porte à clef, il lui fit part des informations qu'il venait d'avoir. Le sourire aux lèvres, elle lui chuchota d'une voix émue :

« — Merlin est là…

— Oui,… souffla-t-il,… tu verrais comme il me parait si… sûr de lui,… dit-il en l'embrassant tendrement,… Nil va remettre un peu d'ordre dans ce chaos… »

Maedoc scruta le jeune druide qui paraissait avoir subitement muri. En écoutant son récit, il comprit qu'Arthur était au courant pour lui. Il n'avait jamais su si le jeune Pendraig serait mis au courant pour Nil puis, en souriant, il se permit de penser que l'ancien roi avait besoin d'un semblant de réalité… celui d'avoir son meilleur ami à sa portée… car, Nil… qu'il devienne Merlin ou non, restait à ses yeux l'enfant qui avait grandi avec lui.

Sur toute la longueur du toit, Brayan et Gaël se regardèrent en se demandant ce qui avait bien pu arriver à leur jeune druide. Pendant ce temps, Paul qui s'en voulait encore de l'avoir blessé, s'interrogeait sur l'étendue des pouvoir de Nil. Peu importait ce qui passerait, il était fier d'avoir rejoint ses rangs et, le cœur battant de respect, il sut que le jeune druide saurait apporter l'espoir que tous les hommes attendaient de lui.

Le vent se tut soudainement. Les feuilles de papier journaux ne s'envolaient plus. L'atmosphère était tendue,…lourde,… comme si elle portait l'espoir de Merlin. Un silence sinistre qui précède une mort certaine planait tout autour des hommes. Nil, le corps tremblant mais, plein d'assurance, chercha au fond de lui cette colère qu'il avait ressentie à la mort d'Arthur. Il appuya sur l'oreillette en intimant tous les hommes de se maintenir prêt et de n'attaquer que s'ils étaient les premiers à tirer.

Tout sembla se dérouler comme prévu : une dizaine d'hommes se pointèrent devant la bâtisse. Leurs regards semblèrent n'apercevoir aucun homme de Nil puis, lorsque l'un d'eux lança plusieurs grenades, Nil se releva en les dévisageant froidement. Au souvenir du cadavre d'Arthur qu'il avait gardé contre lui, il plaça ses paumes au ciel et, en figeant les petites bombes, il les renvoya à leur envoyeur. Ces derniers s'écartèrent sans pour autant abandonner. Au contraire, ils se mirent à hurler en tirant bruyamment contre les fenêtres. Maedoc, plus vif, pointa une main en direction de deux hommes pour faire détonner les quelques grenades qui étaient accrochées à leur ceinture.

Pendant ce temps, les soldats tirèrent sur les assaillants lorsqu'un homme aux regards perçant ricana d'un sadisme qui le fit tressaillir :

« Nous ne sommes pas seuls ! » Nil, le cœur palpitant, comprit brusquement qu'ils étaient bien plus nombreux mais, loin de se laisser aller, il lui répondit d'un simple sourire qui fit blanchir son interlocuteur. Le jeune druide était tellement concentré à surélever plusieurs morceaux de terres qu'il ne vit pas l'un d'entre eux lui tirer une balle. Tout le monde était occupé à éloigner les hommes qui arrivaient en maintenant en surnombre et, sans avoir le temps de réagir, Nil entendit le hurlement de Brayan :

« — Nil ! Baissez-vous ! »

Cependant, confiant aux capacités que détenait ce dernier, le jeune druide continua en sachant qu'il ne pouvait pas se permettre de s'arrêter au milieu d'un sort qui lui demandait beaucoup de concentration. Il sourit quand toutes les balles tirées par l'un des brigands furent figées pour retomber immédiatement au sol. Maedoc à ses côtés eut une seconde de panique lorsqu'il aperçut le geste affolé du jeune soldat puis, en regardant soigneusement Nil, il suivit chacun de ses mouvements avec attention. La plupart des hommes adverses étaient déjà terre, touchés ou mort. Les yeux de Nil semblaient calculer le nombre restant puis, les éclats de terres atteignirent prestement toutes les cibles.

Nil tomba à genoux pendant que les derniers hommes battirent en retraite. Néanmoins, il réussit à emprisonner l'un d'eux en sortant des racines de la terre. Soudainement fatigué, sa magie avait dû tellement puiser dans sa propre essence pour revenir en arrière qu'il en ressentit l'effet néfaste. Cependant, pour rien au monde, il ne s'en plaindrait. Elle était en lui, vivante et rassurée tout comme son maitre car, la magie de Nil n'avait nullement besoin de force. Elle avait seulement besoin de la foi inébranlable que les gens lui portaient parce qu'elle avait une valeur importante : celle de croire en la naissance de Merlin. Le regard posé sur Maedoc, il lui sourit avant de s'évanouir, épuisé par cette longue soirée.

... ... ...

Pendant la durée du combat, Guillaume grimaça en sentant des courbatures sur tout le corps. Il serra légèrement une main en forme de poing pour juger sa force qui, content de lui, revenait doucement. Il ouvrit ses yeux lorsqu'il entendit le raclement d'une gorge. Gauthier dont le visage parut plutôt froid ne le perturba pas le moindre du monde mais, en s'apercevant qu'il était encore dans les bras de ce dernier, il s'écarta vivement de lui. Tous les deux côte à côte, adossés contre le mur, le jeune Franc lui demanda :

« — Tu comptais me le dire quand que Nil était ton frère ?

— Ben, maintenant que tu le sais…

— Ce que tu peux être con des fois ! s'écria Gauthier qui s'énerva, t'étais à deux doigts de mourir par je-ne-sais-quel-souci et, tu trouves quand même le moyen d'être…

— Merci…

— … aussi stupide que tous les mili… »

Gauthier se tut en écoutant un remerciement du plus âgé et, en hochant seulement de la tête, il préféra rester muet. Il passa une main lasse sur le visage en se demandant pourquoi, il tomber que sur des os ? C'est vrai,... il avait fallu qu'il devienne celui qui gardait des secrets... et quels secrets ! Un silence embrassant sembla prendre doucement dans la pièce lorsque le jeune Franc tourna son regard sur la main de Guillaume. Il lui saisit le poignet gauche pour contempler la marque.

« — Pourquoi as-tu la marque ?

— Je ne peux pas te le dire…

— Va te faire foutre ! râla-t-il en lui lâchant la main.

— Ha, là, je te reconnais bien, Gauthier… rit Guillaume.

— Bon,… la belle au bois dormant,… grinça-t-il entre ses dents,… tu peux au moins m'expliquer le changement radical de ton petit-frère ?

— Tu vas arrêter avec ta belle au bois machin ! ragea le jeune Loises en le toisant,… sinon je vais te montrer lequel de nous deux est la demoiselle !

— Ah ! ah !... tiens, fais-moi peur ! nargua-t-il.»

Gauthier se retrouva, sans trop savoir comment, en dessous de son interlocuteur qui, bien plus entrainé que lui, le bloqua de tout son poids. Il ne l'aimait pas du tout… mais, alors pas du tout. Un caractère des plus insupportables et, en plus, il continuait à jouer les dures. Pourtant, dans les yeux gris de Guillaume, il y avait une curieuse lueur qui l'émerveilla. Il sourit inconsciemment et, en sentant soudainement ses poignets enrouler par les doigts de son vis-à-vis, son visage s'empourpra. Grâce au ciel, la nuit était tombée.

Le jeune Loises maudit cet écervelé de Gauthier. Pourquoi fallait-il qu'il rentre dans son jeu ? Ce n'était pas le moment de s'amuser et, en resserrant ses poignes avec nervosité, il croisa les yeux noisette de ce dernier. Le cœur palpitant, il était heureux qu'il lui ait offert la perle d'éternité… un symbole que très peu connaissaient et, en soupirant, Gauthier ne savait ce qu'il avait fait pour lui. Guillaume n'appréciait pas sa manière d'être collé à son frère puis, en réalisant qu'il était celui qui l'aiderait à mieux canaliser ses pouvoirs, il comprenait la raison de cette étrange attirance… ou pas ?

« — Qui c'est, maintenant la belle ? osa tout de même dire Guillaume qui se mordit la langue tout en se traitant d'idiot.

— O-kay,… répliqua froidement le plus jeune, comme je joue la demoiselle tu n'as qu'à m'embrass… »

Gauthier, les yeux grands ouverts, fut interrompu par les lèvres de Guillaume qui se déposèrent rapidement sur les siennes.

« — Et voilà ma belle ! tenta de rire le jeune Loises dont le cœur se mit à tambouriner dans sa poitrine.

Cependant, Gauthier se releva brutalement en le poussant puis, sans un regard au militaire, il lui tonna en sortant :

— T'es vraiment qu'un sale petit con ! »

Guillaume s'étendit de tout son long contre le sol. Gauthier… il le préférait quand il collait son frère car, il savait pourquoi il le détestait…

... ... ...

Lorsque Nil se réveilla, il découvrit le visage d'Aki. Derrière lui se tenaient d'autres élus qui s'agenouillèrent devant lui.

« — Nous sommes les élus,… dirent-ils en le contemplant,… pour vous servir, Merlin…

— Je sais, leur répondit-il en se redressant confortablement dans son lit d'appoint, … Aki Kazami, continua-t-il en comprenant qu'aucun d'eux ne se souvenait du bond temporel, j'imagine que vous êtes le porte-parole des élus ? »

Un asiatique assez grand et bien bâti lui sourit cordialement et lui présenta donc brièvement les dix-neuf autres élus. Ils étaient présents pour le guider et le soutenir car, l'avenir semblait encore plus sombre. Certains de ces hommes et de femmes étaient prêts à partager leur savoir avec les anciens chevaliers parce qu'ils étaient aussi importants dans la réussite de cette destinée. Avant d'engager la conversation, les élus lui dévoilèrent la marque sur le haut de leur poitrine.

« — L'emblème des élus est la plume du phœnix,… commença Aki,… il est le…

— Le symbole de l'immortalité et de la résurrection, reprit Nil d'une voix vibrante en repensant à l'adolescente qui lui en avait parlé. »

Le regard brillant, Nil se sentait si soudainement bien entouré qu'il en aurait pleuré de joie mais, la fierté le retenant, il se mordit un coin de la lèvre.

« — Merlin, lui chuchota Nayane en posant une main sur son épaule, nous avons appris pour tout à l'heure,… comment vous sentez-vous ?

Nil n'aimait pas que les gens le surnomme ainsi, alors, il rectifia en leur demandant de bien l'appeler par son vrai prénom.

— J'aurais juste une question,… demanda-t-il en fixant la femme qui l'invita à la lui poser, est-ce qu'Arthur ne doit pas faire partie de mon avenir ?

Nayane sembla perplexe puis, en soupirant, elle tenta de lui expliquer du mieux qu'elle pouvait ce que les élus savaient :

— Arthur n'a aucune importance pour nous mais, se reprit-elle en apercevant une lueur de déception au fond des yeux de Nil,… si il en a pour vous, nous sommes vos protecteurs et donc par la même occasion, veillerons sur lui si c'est ce que vous désirez…

— Ai-je seulement le droit de vous le demander ? interrogea-t-il en passant son regard sur chacun des membres qui composaient le groupe,…

— Nil,… Nous ne sommes pas là pour vous juger et, ce n'est pas à cause de votre âge que nous allons vous défier, lui expliqua Aki,… tu es Merlin,… celui qui doit redonner un sens à la vie, celui qui doit réconcilier la terre-mère aux hommes…

— Nous veillerons sur Arthur, répondit gentiment Nayane en lui ébouriffant les cheveux noirs,… parce que nous ne savons surement pas tout du plan qui a été longtemps prévu pour vous… »

Nil discuta un petit moment avec eux avant de les emmener à la rencontre de Maedoc qui fut totalement bouleversé de voir qu'enfin, la destinée du jeune druide prenait une nouvelle tournure. Dans les yeux de son guide, le jeune Rémys sentait une joie qui l'envahit. Les embrassades qui se dévoilèrent devant sa personne, lui embaumèrent le cœur et, encore plus lorsque Liz et son mari arrivèrent les larmes bloquées au bord des yeux. Ils n'étaient plus seuls… Nil non plus…

... ... ...

Nil les laissa pour se diriger dans la direction de l'infirmerie où son meilleur ami dormait. Il croisa en chemin la jeune Géraldine qui lui sourit et, le cœur rassuré, il n'avait plus peur…. Car, il savait que son ami l'aimait puis, en rougissant, il se rappela exactement de toute cette fameuse nuit comme si cela s'était déroulé la veille.

«— Merlin… entendit-il soudainement en se figeant.

Il se retourna pour tomber sur cette étrange jeune Gabrielle. Vêtue d'une robe longue et blanche, elle donnait cette impression de sortir d'un rêve. Nil en était certain, elle ne faisait pas partie de son clan mais, elle dégageait une telle confiance qu'il lui sourit en la remerciant.

— Vous savez, reprit-elle en lui souriant chaleureusement, parfois, il suffit d'apprendre à écouter ce qui nous entoure,… pour comprendre une et une seule personne…

Les mains nouées derrière le dos, elle lui offrit son visage en se redressant encore plus puis, de son regard azur, elle éclata de rire. Nil, médusé par ce comportement enfantin, la dévisagea en haussant un sourcil.

— Vous êtes un jeune homme plein de compassion, Merlin,… dit-elle en reculant de quelques pas feutrés,… j'ai confiance en Arthur et en vous,… alors, ne nous décevez pas,… finit-elle par dire en s'en allant… »

Nil la regarda en roulant des yeux, elle sautillait joyeusement en l'abandonnant au milieu de ses questions. Qui était-elle ? De qui parlait-elle en disant ''nous'' ? Sa manière de prononcer Merlin ne le dérangeait pas du tout… Il soupira en rigolant avec légèreté en reprenant sa marche. Elle était mystérieuse puis, en secouant la tête, il réalisa qu'il appréciait drôlement ses courtes apparitions qui paraissaient le revitaliser.

Lorsqu'il pénétra dans l'infirmerie, il aperçut Guillaume au pied du lit d'Arthur. Nil ne savait pas comment se comporter avec son frère mais, comme un enfant dont il aurait été longtemps séparé d'une personne importante, il lui sauta au cou en lui murmurant un merci empreint de tout son amour… un amour fraternel qu'il pouvait maintenant donner… En sentant les bras de son ainé le resserrer, sa magie ronronna au fond de son être car, elle reconnaissait Guillaume. Sans son bracelet dont il n'en avait plus aucune utilité comme la magie du jeune Loises n'était plus en lui, celle de Nil sembla lui souffler à l'oreille quelques mots doux que le jeune Rémys devait absolument lui dire.

« — Elle reviendra,… murmura donc Nil en fixant son frère qui semblait chercher à comprendre ce qu'il lui disait puis, un sourire éclaira le visage de Guillaume.

— Tu m'as manqué Nil,… lui avoua-t-il. »

Les yeux fermés, le jeune Loises se souvenait encore du jour où il était né. Il avait été heureux de vivre les trois premières années de sa vie à ses côtés puis, quand un homme avait soudainement débarqué pour le tuer, il se souvenait encore de cette terrifiante peur qui l'avait traversé. Il resserra son étreinte en humant le parfum de son petit-frère. Il avait tellement attendu de le revoir… Ce n'est que lorsqu'il rencontra Arthur qu'il reconnut l'aura bleutée qui se dégageait tout autour de ce dernier : Nil était en vie…

Tôt ce matin, avant tout cela, il n'avait pas pu résister à le prendre dans ses bras. Savait-il que « Hakuna matata » était sa phrase favorite quand il faisait des cauchemars la nuit ? Le cœur serré à tous ces souvenirs manqués, sera-t-il à la hauteur ? Si Nil parvenait à tout réaliser, pourrait-il espérer créer de nouveaux souvenirs avec lui ? Pour l'instant, il profitait de sa présence…

« — Guillaume, murmura Nil en reculant son visage pour mieux le regarder, tu me raconteras comment étaient papa et maman ? »

Le jeune Loises déposa un baiser sur son front en lui promettant qu'un jour, il lui expliquerait tout ce qui faisait de lui un être exceptionnel puis, il lui souffla à l'oreille que ses parents l'avaient toujours aimé…

Arthur qui écoutait vaguement des voix à ses côtés ouvrit lentement son regard. En apercevant son meilleur ami dans les bras de son second, il détourna rapidement les yeux pour ne pas en voir plus. Il s'en voulait d'avoir haussé le ton contre Nil mais, ce n'était que pour son bien. Il posa une main sur sa poitrine qui avait dû être guérie juste à temps puis, en roulant sur le côté, il souhaitait revenir à l'époque où, enfant, il dormait avec Nil.

« — Arthur, entendit-il de la voix de Nil lorsque Guillaume referma la porte derrière lui. »

Le jeune Pendraig ne lui répondit pas. Il se doutait bien que quelque chose se passait avec son second puis, en repensant à son rêve, cela ne faisait que renforcer cet étrange lien que Nil avait avec le jeune Loises. Les paupières closes, il se remémora de la douleur intense qui l'avait poignardé en pleine poitrine. Il avait cru sa fin venir et, par la même occasion, il regrettait d'avoir enfoui un vieux souvenir… juste un souvenir qu'il chérissait au fond de lui parce qu'il n'avait pas le droit d'enlever à Nil cette possibilité de devenir Merlin.

« — Arthur ? réitéra le plus jeune…

— Va t'en Nil… grinça-t-il en relevant la couverture sur lui, je vais bien,… je suis claqué.»

Le jeune Rémys ne l'écouta pas et, quoi qu'il dise, il sourit dans la semi-pénombre. Il s'allongea derrière son ami en passant un bras sur la taille d'Arthur en lui chuchotant :

« — Mon Arthur me manque… »

Sans aucune crainte, il se colla contre le dos de son ainé en souriant bêtement quand ce dernier posa ses mains sur les siennes. Peu importait le temps que cela prendrait, Nil avait la certitude que plus jamais son ami le quitterait. Il s'endormit très vite en se laissant bercer par leur chaleur. Le jeune Pendraig se retourna plus tard pour regarder le visage serein de son ami. En agissant ainsi, Nil le tentait terriblement mais, ce dernier avait tant à faire qu'il caressa seulement du bout de ses doigts les cheveux mi-longs de son dormeur. Il se mordit le coin d'une lèvre pour lui voler un baiser en lui murmurant un je t'aime avant de se laisser emporter au milieu de ses songes.

''… Nil, trois ans pleurait au pas de sa porte d'entrée. Arthur, sept ans, s'approcha de lui et, en posant une main sur son épaule, il croisa deux orbes gris teintés d'un étrange vert au fond des Iris. Le sourire que Nil lui donna lui fit battre le cœur… c'était la première fois qu'il le rencontrait et, déjà, il savait qu'il serait son ami.

…Nil, cinq ans, passait tellement de temps avec lui que leurs parents respectifs décidèrent de faire un passage entre leurs jardins. Arthur et lui aimaient regarder des DVD ensemble… et son plus beau dessin animé était le roi lion parce que Nil lui disait qu'il avait le regard d'un roi…''

A suivre

Chapitre 5 : Le symbole de Nil

Eridine

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