Une idée qui m'est venue à l'improviste, je ne sais pas encore où tout cela va nous mener...

En tout cas j'espère que vous apprécierez, c'est une idée que j'aimerais approfondir ;D

Bonne lecture !

Nat'

XXX

- Comment s'appelle-t-elle ?

- Angélique de Bretagne.

- Comment peut-elle être aussi néfaste avec un nom comme le sien ?

- Elle n'est pas seulement néfaste, Théodora. Elle est possédée, folle.

- Mais alors pourquoi l'envoie-t-on ici ?

- Tu poses trop de questions.

- Je regrette, les possédés sont l'affaire du père Maximilien. Si elle est possédée comme tu le dis, c'est insensé de l'amener ici, c'est … c'est dangereux !

- Dangereux ? Que veux-tu qu'elle fasse ? Nous sommes dans un couvent. Une fois entre nos murs, elle ne risque pas d'en sortir.

- C'est bien ça que je crains… Devoir cohabiter avec le démon …

- Théodora. Ceci est la maison de Dieu. Malgré toute sa rage, le démon y est impuissant. Notre tâche est de nous employer à délivrer cette pauvre enfant.

- C'est la tâche du père…

- Ecoute-moi bien ! Angélique de Bretagne est la nièce de l'empereur. Et elle doit épouser son fils, lorsqu'il accèdera au trône. Je ne devrais pas te le dire, mais…on ne peut pas l'envoyer à l'exorcisme comme la première venue.

- Cette…cette partisane du démon est censée devenir la future impératrice du plus grand empire du monde ?

- Oui, et elle en est consciente, crois-moi. Elle sait que nous n'avons pas le droit de toucher à sa précieuse petite personne. Ça la rend d'autant plus dangereuse. Mais je fais confiance à notre mère supérieure pour savoir la mater. Silence maintenant, ils arrivent.

Les portes du couvent s'ouvrirent et laissèrent entrer une file de cavaliers. Au milieu d'eux, une silhouette encapuchonnée de noir, bien droite sur sa monture, le visage pieusement tourner vers le sol. Je m'avouais un peu déçue. Je m'imaginais une folle furieuse, agrippée aux barreaux de sa voiture. Un des soldats lui tendit la main et elle descendit au sol d'un geste souple, gracieux, enveloppée de ténèbres.

Puis les hommes se retirèrent, sans un mot, et notre mère supérieure fit face à la nouvelle pensionnaire. Deux sœurs vinrent l'encadrer et la saisir chacune par un bras, la guidant vers le corridor. Elle se laissa faire sans lever les yeux un seul instant. Par-dessous sa capuche, je vis se dérouler une mèche rousse et ondulée. Sans m'en rendre compte, je retenais ma respiration. Elle semblait si digne, si posée, si humble. Les portes se refermèrent derrière elle, et le chemin du monde extérieur disparut à mes yeux. Alors seulement les sœurs la firent s'arrêter, tout au bout du couloir, à l'entrée de la grande salle où nous étions toutes réunies.

- Angélique de Bretagne, nous vous accueillons ici à la demande urgente de votre père le seigneur Ectélion, ainsi qu'à la demande du clergé de notre Majesté l'empereur. Il nous a été rapporté votre comportement impie et vos propos hérétiques. Sachez qu'ici vous n'êtes plus la princesse d'un quelconque état, vous n'êtes plus la fille de votre père et vous n'êtes plus la fiancée du prince Dacre. Vous êtes une novice comme les autres. Et il est grand temps de faire votre éducation. Foi, travail, et discipline.

Il y eut un silence pendant lequel l'inconnue sans visage ne bougea pas. J'avais l'étrange impression qu'elle se trouvait hors du temps, hors des lieux du couvent. Je sus instantanément qu'elle ne venait pas d'un même monde. Elle allait vite tomber de son piédestal… Mais elle avait une sorte de présence…quasi mystique. La noirceur de son aura attirait tous les regards dans une forme de fascination morbide.

- Regardez-moi quand je vous parle !

La voix de la mère supérieure me fit sursauter. Je posai les yeux sur l'inconnue. Je la vis se redresser dans un mouvement reptilien, le tissu de sa houppelande ondoyant sur ses épaules. Elle leva sur la mère supérieure un visage lisse, et je fus frappée par l'harmonie de ses traits. Encore une fois, je ne décelai aucune folie dans ces yeux grands ouverts, comme portés sur un horizon au-delà de ma compréhension. Elle avait un air absent, dénué de la moindre expression. Ses yeux étranges, clairs comme de l'eau, se perdait dans son teint uni et froid. Je la trouvai très belle, le reflet d'une classe où tout doit constamment tendre à la perfection, mais elle était aussi…vide. Une marionnette, une poupée de chiffon sans la moindre étincelle de vie.

Au moment où je relâchais mon souffle, je perçus un changement infime au fond de ses yeux verts. Elle secoua la tête, et quelques boucles écarlates s'échappèrent de son capuchon, criantes de sang dans ce monde en noir et blanc qui était le mien et celui des sœurs. Ses lèvres s'étirèrent d'un sourire glacé, un sourire qui déchira ses traits, qui la sublima autant qu'il m'horrifia. Et là, je me rendis compte que je n'avais vu que la surface des choses. J'avais devant moi une créature telle que je n'en avais encore jamais connue.

Car au fond de ses yeux verts, il n'y avait pas d'âme.