Texte qui fait référence à la drogue avec un léger shonen-aï (mais c'est vraiment très léger, limite c'est pas ça) et une chute que je trouve ratée.

Inspirée par Moïra-chan, merci à elle !

A lire avec la chanson « Animal I Have Become » de Three days Grace.

OoO

Tu trembles comme une feuille – c'est comme si t'avais trop froid, mais c'est débile parce que t'as trop chaud, aussi. T'es sur un vieux lit qui grince un peu trop – ce putain de bruit qui tombe dans tes oreilles, et qui résonne, qui bousille tes pauvres tympans, qui vibre dans ta boite crânienne à t'en donner des vertiges – et t'essayes juste de te redresser, mais à force de gesticuler comme tu le fais, tu vas juste t'étaler contre le sol – une vieille moquette verdâtre avec un peu de moisissure, dans les coins – et peut-être t'exploser la tête. Et peut-être te remettre les idées en place.

Tu sens parfois de l'eau – de l'eau froide, gelée, presque des glaçons, mais des glaçons encore liquide – sur ton front, et ça fait du bien autant que ça fait du mal. Ca te donne encore plus froid – mais c'est toujours totalement con puisque ça te donne aussi encore plus chaud. Et une voix – une voix un peu bizarre, masculine – on dirait, mais peut-être que c'est une gonzesse avec la voix grave, très grave – un peu trop grave – une voix qui résonne, aussi – comme les grincements du lit – mais de façon plus douce, plus réconfortante – même si elle te fait mal, même si t'as l'impression que cette putain de voix va te faire imploser le crâne. De toute façon, même si t'as cette foutue impression, t'aimerais qu'elle reste, cette voix – qu'elle reste et qu'elle te dise quoi faire, qu'elle reste et qu'elle te sorte de cet Enfer.

Y'a ton cœur qui bat à cent à l'heure, aussi, et tu penses, tu penses comme tu peux – et tu sens, tu sens aussi tellement fort – qu'il va finir par éclater ta cage thoracique, pour déchirer ta peau et sortir de ce corps - ce corps où c'est que souffrance – peut-être accompagné de tes poumons qui sont peut-être devenus noirs à cause des joints que tu pouvais encore fumer y'a quelques heures – mais peut-être que c'étaient des jours, peut-être des mois ou des années. Et ça fait combien de temps que t'es là ? On dirait que ça fait une éternité – et peut-être même que le reste de tes organes vont suivre. Mais de toute façon, t'as déjà l'impression qu'ils se sont tous barrés.

Parfois – aussi, parfois – tu sens un truc dans ta gorge, une sorte de bouillie qu'on te force à avaler, une bouillie qu'a même pas de goût mais qui calme un peu tes tripes – celles qui se tordent pour faire la fête, danser la samba et peut-être la valse ou peut-être autre chose, tu sais pas – mais c'est qu'un peu et plus tard, ça recommence à faire mal. Et t'as juste envie de vomir dans ces moments – peut-être que t'as déjà recraché une partie de ton système digestif – et peut-être la bouillie qu'a pas de goût – mais de toute façon, que tu la recrache ou pas, ça changera rien parce que personne – personne, c'est son nom, parce que personne, c'est pas une fille, c'est pas un garçon, et personne a pas de voix - te forcera à en avaler, plus tard.

Et parfois – encore parfois, toujours ce putain de parfois, un peu comme demain, ce foutu demain, avec toutes ces putain de répliques à deux balles « A demain ! », « On verra demain ! », « On se rejoint, demain ? » parce que c'est demain, demain et toujours demain. Manque plus que « Demain, j'arrête de me droguer, c'est promis. Mais je sais pas pour après demain, et encore après après demain, et après après après demain et… » - parfois, t'arrives à soulever tes paupières – même si t'as l'impression que quelqu'un a posé une enclume dessus – peut-être personne, peut-être que c'est personne, peut-être que personne est perfide – toi qui croyait que personne était neutre – mais t'en sais rien, de toute façon. Par contre, tu sais un truc, maintenant – maintenant, tu sais que personne est un mec, parce que personne a une barbe – une sorte de barbe de trois jours – sauf si c'est une femme à barbe. Une femme à barbe de trois jours. Tu sais toujours pas si personne est un mec ou gonzesse – et ça commence à bien t'énerver, mais tu peux rien faire – tu peux à peine bouger, t'façon.

Tu sais pas ça fait combien de temps que t'es comme ça – tu sais pas si le temps il continue à passer – peut-être que oui, peut-être que non – mais tu commences à te sentir mieux – un peu mieux, un peu beaucoup mieux. T'as encore mal – bien sûr, évidement – mais ça devient supportable, alors t'essayes de soulever tes paupières – et même si c'est dur, tu finis par y arriver – pour voir personne. Personne qui est au dessus de toi, avec un chiffon humide, personne et sa barbe de trois jours – personne avec ses cheveux légèrement bouclés qui s'arrêtent aux épaules. Personne est un mec – tu refermes les yeux, un sourire serein aux lèvres.

Merci, personne.