J'ai toujours eu du mal pour choisir la sous-catégorie.


Douleur lancinante.

Prêt à exploser.

La porte... entrouverte. Et les lits, défaits. Défaits... vides.
Ils ne devraient pas... Devraient pas être vides. Devraient être faits, sinon. Font toujours les lits quand ils partent... 'jours.

C'est pas comme si...
Y a un problème ?

Un bras se lève lourdement. Palpe l'arrière de son crâne. Tout est en place... C'est douloureux.

Il pose sa main sur le sol et tente de se redresser. Sa main...

C'est du sang ?

Où... ? Quand ? De qui...

Une nouvelle fois des doigts dans ses cheveux, une nouvelle fois poisseux de rouge. Son pouce et son index se rejoignent. Ça peut être que ça, c'est forcément du...

Non !

Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

Pourquoi ?

Il réussit à se lever mais ses jambes flageolent et il se sent retomber au sol. Trop faible.

'Pourrai pas...

Trop faible. Il se traîne vers le mur. Y laisse sa marque en s'y accrochant, en s'y appuyant pour rester debout. Ses genoux se cognent, comme un faon qui apprend à marcher.

Il appuie son front contre le mur, couvert de sueur. Ses cheveux collent sur son visage comme des algues. Le monde tourne... sa tête est si lourde. Son corps aussi. Mal... On lui a donné un coup ?

Mais qui ?
Pas possible.

Il longe le mur lentement, s'approche de la porte, l'ouvre. Devant, les escaliers. Il y a des bruits... Drôles de bruits. Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Faut se souvenir. Vite. Maintenant.

Maintenant !

x x x

Le bruit d'une porte qui s'ouvre. Sa sœur est dans la salle de bain, ses parents dans le salon, lui et son frère sont dans leur chambre commune. Ils viennent d'aller se coucher. La nuit a commencé, la lune est déjà haute, ils n'ont jamais été des couche-tôt.

La lumière vacille. L'ampoule de leur lampe de chevet est sur sa fin, elle n'éclairera plus très longtemps, oh non.

Il s'appelle Nath. Son frère s'appelle Arthur. Sa sœur s'appelle Anna. Ses parents s'appellent Jules et Maria.

Il habite au 42, rue des Combattants. Son village se situe à côté d'une petite ville, dans un petit pays, sur un petit continent, quelque part dans l'hémisphère Nord.

C'est un jour d'octobre pluvieux. Il est presque deux heures du matin.

Le bruit d'une porte qui se referme.

Sa sœur sort de la salle de bain. Elle se demande qui s'est absenté à cette heure.

Son père sort du salon. Il se demande s'il a correctement fermé l'entrée. Est-ce le vent qui fait ainsi bouger le battant ?

Son frère se redresse sur son lit. Il a comme un mauvais pressentiment.

Et lui... lui, il reste couché, il ne bouge pas. Il n'y a rien à craindre. Il n'y a jamais rien eu à craindre. Tout va bien. C'est parfait. Ça va. Ça va. Les battements de son cœur se sont redoutablement accélérés. Mais ce n'est qu'une broutille. Il n'y a aucune raison qu'il arrive quelque chose. Aucune. Mais alors, ce sentiment... ?

Son père parle à quelqu'un. Il y a quelque chose dans sa voix. On dirait... de la perplexité ? Du désarroi. De l'anxiété.

Un bruit sourd. Quelqu'un est tombé...

Qui ?

C'est de la peur, maintenant.

Sa mère sort en trombe du salon, s'arrête net. Dit quelque chose laisse s'échapper un hoquet horrifié.

Sa sœur se précipite hors de la salle de bain, son frère s'approche de la porte, qu'il ouvre. Anna est sur le palier. Une main sur sa bouche pour retenir un cri, elle recule en titubant. Elle se tourne vers eux, les yeux écarquillés de terreur. Leur fait un signe rapide. Retourne dans la salle de bain.

Arthur recule lentement, et laisse la porte entrouverte. Se colle contre le mur, figé.

Nath se glisse sous son lit et plaque une main sur son visage. Ne pas respirer. Ne pas respirer. Ne pas respirer.

Un bruit de pas dans les escaliers. Quelqu'un monte. Lentement. Il prend son temps. Il est sûr de lui.

Il a l'habitude.

Qui... ?

Un coup puissant. La porte de la salle de bain s'ouvre à la volée. Sa sœur hurle. Elle se débat. Dévale les escaliers... Bruits de pas... Il l'a rejointe.

Il se sent trembler de tous ses membres, des larmes de peur silencieuses coulent doucement sur ses joues. Son cœur bat tellement fort qu'il n'entend plus que lui. Il réprime un sanglot. Pas de bruit...
Son frère est trop près de la porte, beaucoup trop près. Il faut qu'il parte. Qu'il se cache. Pourquoi... ?

Il se fige. L'autre est revenu. Et sa sœur ? Qu'est-elle devenue ?

La porte s'ouvre avec un grincement. Il aperçoit deux chaussures noires, pleines de boue, et une ombre qui a l'air de se mouvoir de manière surnaturelle. L'ampoule. Pourquoi ne l'ont-ils pas changée ? Elle est sur sa fin.

Mon Dieu, mon Dieu, il est là, protège-nous, pourquoi ? Qui ?

Un rire mauvais résonne dans la chambre. Arthur se jette sur l'intrus. Il bataillent quelques secondes, puis son frère se retrouve effondré par terre. Deux regards se croisent. Nath ferme les yeux. C'est un cauchemar.
C'est la seule explication logique et rationnelle.

Arthur est relevé de force. L'autre le traîne vers la porte.

S'arrête et se tourne vers le lit. Nath ne savait pas qu'on pouvait sentir un sourire sans le voir, avant. Maintenant, il sait.

Il se recule avec précipitation, mais l'autre a déjà lâché son frère et l'attrape, lui, par le poignet. Il le tire de toute ses forces hors de sa cachette. Il l'attrape par les cheveux, le regarde droit dans les yeux avec un rictus malsain et dans ses prunelles brillent une lueur retorse et sournoise qui couvre Nath d'une désagréable sueur froide. L'autre est jeune. Il a des yeux noisette qu'il lui semble avoir déjà vu. Des cheveux bruns et hirsutes et un air vengeur et meurtrier.

Il le pousse en arrière avec une violence démesurée. Nath sent quelque chose cogner l'arrière de sa tête.

Et puis...

Noir total.

Douleur lancinante.

Prêt à exploser...

x x x

Une larme solitaire coule encore sur sa joue lorsqu'il s'avance, hésitant, sur le palier. Drôles de bruits...
Non.

Tant pis pour le sang qui bat douloureusement dans sa tête. Tant pis pour ses tremblements incontrôlés. Il descend les escaliers avec une lenteur irréelle. Chaque marche est un obstacle à franchir. Chaque pas est une avancée dans le cauchemar. La descente est pesante. Et le bruit du bois sous ses pas résonne comme un écho impur dans tout son être.

Sans s'en rendre compte, il s'est agrippé à la rampe, et ses doigts crispés lui font presque mal. Son estomac est tellement serré qu'il pourrait vomir à tout moment. Le cœur au bord des lèvres, il tâche de se concentrer sur ses pas pour oublier la peur qui lui prend les tripes et brouille à nouveau son regard.

Son pieds nu frôle quelque chose.

Du tapis.

Il est en bas.

Et derrière la porte...

Qui ?

Il se sent prêt à défaillir. Mais il ne doit pas. Sinon...

Les autres...

Il ouvre la porte et laisse échapper un faible gémissement. À nouveau il se sent chanceler.

Sur le canapé sont assis ses parents, son frère et sa sœur qui lui jette un coup d'œil apeuré. Un filet de sang a coulé le long de sa gorge. La trace en est presque sèche.

Elle est tombée dans les escaliers.

Il l'a poussée dans les escaliers...

Tous les quatre sont solidement ligotés et bâillonnés. Il recule d'un pas mal assuré, l'envie de fuir prenant toute la place disponible dans son esprit. Une priorité. Courir hors d'ici. Là où il ne pourra pas le trouver.

C'est trop tard.

Il l'a déjà trouvé.

Un frisson glacial court le long de sa colonne vertébrale. Il n'ose pas se retourner. Ça n'en vaut pas la peine.

De nouveau il sent le sourire dans son dos.

« Salut Nath. Ça fait un moment qu'on t'attendait. »

Il est persuadé qu'il va tomber dans les pommes. Comment pourrait-il résister ? Comment...
Il sursaute tellement fort lorsque la main de l'autre se pose sur son épaule qu'il manque de s'écrouler. Il s'empresse de se dégager et se planque dans un coin du salon. S'appuie dos au mur en évitant de penser à ce qui se passe.

Il va s'évanouir. Il le sait.

« Reste donc avec nous. Ta famille compte sur ta présence. Je ne voulais pas en finir avant que vous ayez fait vos adieux. Approche ! »

Il secoue la tête lentement.

Faut pas approcher.

Il va te tuer.

Il va le faire.

Qui c'est ? Qui ?

Il doit étouffer un nouveau gémissement angoissé, et se blottit plus profondément dans son coin.

Il entraperçoit l'autre qui soupire et se tourne vers sa famille prisonnière.

« Il n'a pas envie. Tant pis. Par qui je commence ? »

Il se demande. Les parents ou les enfants ?

Tout dépend de qui il veut faire souffrir. Tout dépend de son but. Ce qu'il cherche.

La fille en premier.

Nath tressaillit en entendant le premier coup de feu.

Parce que tu as toujours été la plus gentille. La seule sincère.

L'homme en deuxième.

Il se mord la lèvre à sang pour s'empêcher de hurler.

Parce que ton ignorance m'était plus supportable que leurs agissements.

La femme en troisième.

Il ferme les yeux.

Parce que tu aurais du me protéger.

Le garçon en dernier.

Un court instant de silence. Il laisse échapper un sanglot.

Parce que tu m'as humilié. Tu t'es servi de moi.

Il avait pas le droit. C'est pas le genre de chose qu'on fait. C'est pas le genre d'acte dont on peut se servir pour faire chanter quelqu'un. Il avait pas le droit. Il avait pas le droit. Il...

Ta mère, elle aurait pu faire quelque chose. Tu savais. Tu l'as toujours lu dans ses yeux. Tu l'a vu dans son regard. Elle est restée là sans rien foutre. Elle l'a laissé faire.

Ton père, il était aveugle. Il aurait pu te poser la question. Il aurait du... il savait pas, mais peut-être que s'il avait regardé en face de lui et non derrière il l'aurait remarqué, il aurait fait quelque chose pour toi.

Et ta sœur, pauvre chose, même si elle savait, elle aurait rien pu faire. Mais on peut pas laisser de preuve, tu comprends ? On peut pas. C'est comme ça.

Tu vas mieux maintenant ? Plus personne te fera de mal. Nath. T'es souillé maintenant. Faut qu'on fasse quelque chose pour toi.

Il se relève difficilement et s'approche de sa famille. Le sang a taché les coussins. Le dossier. Leurs vêtements. Et même le mur derrière eux.

Anna a les paupières closes. Un air suffoqué demeure gravé sur le visage de son père. Sa mère... C'est difficile à dire. Elle attendait son sort.

Et Arthur a encore dans les yeux sans lueur cette perfidie dégueulasse qu'il a toujours cherché à fuir.

Il tremble de tous ses membres. L'autre a baissé son arme et reste-là sans rien dire.

Il les a abattus... Il leur a pas laissé une chance. Il les a tué.

Ses genoux lâchent et il se retrouve au sol. Toute son angoisse remonte de son estomac à sa gorge et il vomit sur le tapis malgré tous ses efforts pour s'en empêcher.

L'autre le regarde froidement. Il a fait ce qu'il fallait.

Bien sûr qu'il l'a fait.

Il les a abattus.

Nath n'en peut plus. Il n'en a plus la force. Il hurle sans pouvoir s'arrêter. L'horreur de la situation le prend tout entier et il veut hurler jusqu'à ce qu'il en meure aussi.

« Voyons. Tu vas alerter le voisinage. Pauvre chose. Pauvre chose... »

L'autre lui relève la tête et caresse son visage d'un air presque mélancolique. Ses mains sont pleines de sang. Son visage a quelques traces. Et une ecchymose qui fleurit pas loin de son oreille.

« Je peux t'aider encore. »

Il s'agenouille à ses côtés et lui met l'arme dans la main. Guide son bras jusqu'à sa tempe. Il la tient fermement.

Tu peux en finir dès maintenant si tu veux.

« Tu as encore le choix. »

Le canon glacial est rassurant d'une certaine façon. Il pourrait le faire. C'est la solution. Peut-être que... Il déglutit difficilement. Il a mal à la gorge. La tête lourde.
Des étoiles dansent devant ses yeux et il sombre.

x x x

Il se réveille dans la salle de bain. L'autre est assis sur le bord de la baignoire, pensif. Nath se hisse sur ses pieds et s'accroche au lavabo.

Lave-toi. Faut pas laisser... Pas de preuves, ok ?
Il ouvre le robinet et frotte ses mains l'une contre l'autre. L'eau arrive transparente dessus, coule rougeâtre dessous. Si froide. Ça fait du bien. C'est tellement mieux. Il se nettoie le visage et passe de l'eau froide sur ses yeux enflés.

Trop faible... Toujours besoin de quelqu'un.

Il se retourne et l'autre lui tend une veste.

« On s'en va. Ils nous retrouveront jamais. J'ai tout nettoyé, j'ai fait ce qu'il faut. Pas moyen de faire le lien. »

On s'en va et on revient plus jamais ici.

« Ça porterait malheur. »

Et on a pas besoin de ça.


Merci pour votre lecture ! :)

Et félicitation à Sora-Desuka et à Lunastrelle pour avoir trouvé les fautes que j'avais cachées pour voir si vous étiez attentifs ! Haha !

(... :B)