I will fly away

à petite Mag


Chapitre 1:

Féminines

Pourquoi les jupes attirent-elles tant les garçons ?

On aurait tendance à se dire qu'au bout de la dixième mini-jupe qu'ils aperçoivent dans la cour, ils s'en lasseraient.

Eh bien pas du tout. Je râle :

_ Tu as fini de la fixer ? T'es pas discret !

_ Moi ? Je regardais juste comment elle faisait pour se baisser, se justifie Mathis. Ça ne doit pas être évident, mais elle y arrive. Pourquoi tu mets toujours des pantalons, toi ?

_ Pour pouvoir bouger comme je veux ! je réplique.

_ Les intellos, c'est pas sexy, soupire-t-il. Il fait chaud, pourtant...

Il lorgne mes jambes cachées sous mon jean, très déçu.

Puis la blonde, là-bas, recommence son manège : elle le fait exprès, ou quoi ? Cette fois, c'est une feuille de classeur qui s'envole de son cahier dans une rafale de vent.

Ses cheveux décolorés, couleur de vieux paillasson, volètent en longues mèches sur ses épaules et son visage. Elle sautille désespérément sur ses talons hauts pour rattraper sa copie. Comment peut-on supporter de ne pas pouvoir marcher normalement ?

Heureusement pour elle, Mathis se précipite à sa rescousse : il attrape la feuille et la lui rapporte comme un bon petit chien enthousiaste. De loin, on peut voir son sourire béat et ridicule. Ça y est, ils discutent de la pluie et du beau temps, dans deux minutes, ils échangeront leurs numéros de téléphone. Bravo.

J'ai beau me dire que j'aime mon unique jean de marque plus qu'aucun autre vêtement, ce crétin de Mathis a raison : je cuis littéralement dans la chaleur de ce bel après-midi de septembre.

Ils reviennent vers moi et Mathis me présente sa nouvelle amie, Agathe. Elle me fait la bise et je suis bien obligée de la lui rendre.

_ Moi, c'est Pauline.

Ça signifie « petite », comme me le rappelle souvent ma mère. Et elle a bien choisi : je ne suis vraiment pas très grande. Je suis rousse, et très pâle, de sorte que le moindre rayon de soleil me donne le hâle subtil d'une chipolata. J'ai la chance extrême d'être pulpeuse et bien en formes, bref, tout pour être heureuse.

Agathe fait bien une tête de plus que moi. Malgré sa blondeur éclatante, sa peau est très bronzée. Elle raconte qu'elle vient de passer les vacances chez son père en Californie, qu'elle fait du surf en compétition, qu'elle veut quand même faire ses études en France et vivre chez sa mère le reste de l'année, mais qu'elle repart tous les étés pour s'entraîner et voir son père. Et cetera et cetera...

_ Agathe a quelques difficultés en physique-chimie, ajoute Mathis. Je me suis dit que tu pourrais peut-être lui donner un coup de main ?

J'accepte sans me faire trop prier. La femme idéale doit être un mélange de nous deux : le corps d'Agathe et mon cerveau. Je me console en me disant que je préfère quand même avoir le cerveau, même si d'autres diraient sans doute le contraire.

Je sens que je vais avoir du mal à me débarrasser d'elle. C'est vrai, je n'aime pas les blondes, pourtant, elle est charmante à tous points de vue.

Mais tout le monde a ses défauts, n'est-ce pas ?

Je finirai bien par les trouver...


Je connais trop bien Mathis pour le trouver séduisant. Il était déjà dans ma classe en CM1.

Objectivement, il peut se flatter d'être plutôt bien fait : son visage qui commence à piquer s'il oublie de se raser est régulier et ses yeux pétillent d'une façon plaisante lorsqu'il sourit.

Aucun garçon de la classe ne peut l'égaler au volley, il est d'ailleurs dans la section sport-études, et il a en plus de bons résultats en cours.

Mais je sais que le soir, à l'internat, il cache des oranges de la cantine dans ses baskets en les quittant et qu'il les y laisse toute la nuit pour que ses chaussures sentent bon (je n'ai jamais vérifié leur odeur pour savoir si ça marchait vraiment). Le matin, il épluche et mange les deux fruits. Beurk...

Aux entraînements, dès qu'il fait un peu chaud, il se met torse nu et fait ses tours de terrain comme si de rien n'était, alors même que ses admiratrices le détaillent sous toutes les coutures... En gloussant comme une basse-cour où passerait un renard.

Et j'ai beau lui répéter que le jaune n'est pas une couleur qui lui va, rien ne peut l'empêcher de porter cet infâme jogging fluo qui transforme son derrière et ses jambes en véritables soleils au milieu de la cour.

C'est ce genre de détails qui tue d'avance toute possibilité de romantisme.

En revanche, il y a ce garçon, Antoine...

Le hasard nous a réunis dans la même classe à la rentrée, en première.

Je ne peux pas m'empêcher de l'observer. J'espère qu'il ne l'a pas remarqué.

Tout en lui me fascine : sa façon de regarder par la fenêtre et de rêver, ses gestes désinvoltes, le silence énigmatique qui l'entoure.

Il a l'air de survoler notre petit monde comme un oiseau dans le ciel.

Alors que je suis petite et rondelette, il est grand et mince, comme la plupart des garçons de la classe, d'ailleurs.

Je n'ai pas encore eu le courage d'aller me présenter, je n'en ai pas trouvé le prétexte. Si seulement il n'avait pas à ses côtés son meilleur copain, Régis, qui semble monter la garde autour de lui... J'aurais eu cette occasion depuis longtemps. Mais rien n'est perdu.

Les pires rumeurs circulent à leur sujet, vu qu'ils font toujours bande à part et se conduisent résolument comme des étrangers à notre classe, venant d'une autre seconde que celle dont nous sommes issus. Mais je me doute qu'ils ne sont absolument pas en couple, ou du moins, je l'espère.

Aucun « gay » n'aurait la folie de vivre au grand jour en restant avec son copain toute la journée. D'ailleurs, les garçons de la classe semblent partager mon avis, au fond, parce qu'aucun d'eux n'a encore manifesté l'envie d'aller leur casser la figure. Si cela devait se produire, j'en serais au désespoir. Il faudrait un jour que quelqu'un les prévienne du danger qui les guette.


Ce soir, je m'entraîne avec Mathis, nous faisons du jogging sur le terrain devant le lycée.

Nous avons un peu de temps libre avant l'extinction des feux et j'ai bien l'intention d'augmenter mes notes d'endurance qui étaient pitoyables l'année dernière.

Le soleil commence à faiblir et il fait un temps idéal pour courir.

_ Allez ! On sprinte sur ce tour-là, et après on ira doucement, dit mon coach.

Nous n'en sommes qu'à deux tours de stade et je suis déjà toute essoufflée. Je le suis, hors d'haleine, mon short s'obstine à remonter sur mes cuisses. Mathis enlève prestement son T-shirt et le jette négligemment sur le bord de la piste. Léger et régulier comme le vrai sportif qu'il est, il cavale juste assez vite pour que je parvienne à le suivre en me donnant à fond.

Ça paraît incroyable, mais la magie opère, et je cours à présent presque sans effort, grisée par ce rythme et par ma propre réussite.

L'effort devient moins intense et mon corps se met à avancer tout seul.

_ On va s'arrêter là pour aujourd'hui, dit-il au bout d'une dizaine de minutes.

Je proteste que tout va bien, mais il reste catégorique : on allongera petit à petit le temps de course. Nous faisons un dernier tour en marchant. Je lui demande :

_ Dis, tu le connais, toi, Antoine ?

_ Un peu. Mais il n'est pas particulièrement bavard. Pourquoi ?

Je hausse les épaules pour faire comme si de rien n'était.

Évidemment Mathis n'est pas dupe, mais il choisit de ne pas exploiter sa découverte. Nous faisons des étirements, lorsqu'il avise un coin du petit parc, devant le bureau du principal.

_ Eh ! Antoine ! s'écrie-t-il, avec un grand geste dans sa direction.

Celui-ci apparaît, bien caché entre les arbres en train de fumer une cigarette. Il vient à notre rencontre sans se presser et nous examine tour à tour, pensif.

_ Alors, t'es pas avec Régis ? fait Mathis. Vous avez rompu ?

Le jeune homme ne répond rien et se contente de baisser les yeux, mais une grimace se dessine lentement sur son visage délicat.

La question semble l'avoir horriblement blessé, il est au bord des larmes.

_ Vous... vous avez vraiment rompu ? bégaie Mathis, qui est idiot mais pourtant pas méchant. Je suis désolé.

Antoine renifle un grand coup.

_ Vous êtes vraiment trop débiles, dans cette classe, réplique-t-il rageusement, avant de nous planter là.

Dépitée, je le regarde s'éloigner.

_ Bravo, Mathis. C'est ce qui s'appelle un bon départ, hein ?

_ C'était juste une plaisanterie. Si on ne peut plus s'amuser... répond-il en ramassant son T-shirt et en le remettant.

Le coton se colle à son torse et absorbe la transpiration en formant de belles auréoles. Beurk.

Nous rentrons à pas lents à l'internat, fourbus. Je demande à Mathis :

_ Est-ce qu'il a regardé mes jambes, ou pas ?

Celui-ci se marre ouvertement et se fait prier avant de répondre :

_ Oh oui, il les regardées !

Il me pince la taille, me chatouille et je proteste avec des cris de souris prise au piège. Il me soulève de terre et me hisse sur son épaule comme un sac à patates.

Les copains de Mathis rigolent en le voyant revenir du stade, me portant avec un grand naturel.

_ J'en ai besoin pour cette nuit, les gars, vous comprenez, leur explique-t-il.

Les rires fusent de partout tandis que me débats et que je me tue à leur dire le contraire.

Mathis finit par me reposer sur mes pieds. Derrière les élèves de sport-études hilares, passe un garçon dont les yeux sombres et pensifs croisent les miens un instant avant qu'il disparaisse.


Voici le premier chapitre de ma nouvelle histoire : soyez indulgents !

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