Résumé :

Plongé en territoire inconnu, S est forcé de dévoiler de multiples facettes ne le reflétant pas forcément durant deux missions qui promettent de mettre ses nerfs à rude épreuve. Entre sa tendresse forcée pour sa cible, et son agacement amusé pour celui qu'il doit protéger, il lui faudra aussi composer avec ses plus sombres désirs pour les deux.

NdA :

Première fiction originale que je publie, j'espère qu'elle vous plaira.

C'est clairement une fic NC-17, fort sombre, vous êtes donc prévenu !

Je n'ai pas vraiment de rythme de publication défini, mais je pense publier un chapitre toutes les semaines. Les trois premiers chapitres sont déjà écrits, et le quatrième est en passe d'être terminé, ce qui fait que j'ai un peu d'avance sur la publication, et me permettra de ne pas trop vous faire attendre normalement !

Pensez à la mettre en alerte si vous voulez lire la suite dès sa sortie !

Bonne lecture, j'espère, et je serai ravie de recevoir vos avis et/ou conseils pour m'améliorer et savoir ce que vous avez aimé ou non !

Sade.

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La fragilité des jolies choses

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I

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C'était une soirée pluvieuse, et le jeune homme ne put s'empêcher de frissonner en sortant de la bouche de métro surchauffée, heurté de plein fouet par une bourrasque glaciale. Remontant le col de son veston en cuir noir, il prit le temps de regarder autour de lui pour se repérer.

Il n'aimait pas cette minuscule capitale, dont le centre-ville grouillait d'humains affairés, planqués sous leur parapluie et qui ne prenait même pas la peine de regarder devant eux, heurtant d'autres êtres tout aussi affairés, manquant parfois crever un oeil à ceux qui n'avaient pas eu la présence d'esprit d'emporter pareil protection.

Qui donc lui avait dit que Bruxelles n'était pas si mal quand on savait où aller ? Il lui ferait la peau dès qu'il s'en souviendrait... En attendant, il repéra l'immense panneau lumineux Coca-Cola de la place au cinéma, celle qui avait un nom imprononçable, le même que la station dont il sortait, et partit en sens inverse, slalomant comme il pouvait entre les crèves-yeux-protège-pluie ambulants tandis que le soleil déclinait lentement.

L'immense bâtiment qu'il longeait, datant vraisemblablement des années vingt, était en rénovation, obligeant les piétons à marcher sur l'asphalte de la grande avenue, maigrement mis à l'abri des voitures par de vieilles barrières au jaune et bleu passés. Il manqua trébucher sur une meute de chiens, et jura entre ses dents. Il avait toujours adoré les animaux, mais c'était leurs imbéciles de maîtres, surtout celui-ci, qui ne les avaient pas attachés, ni même correctement dressés, qui l'énervaient. Esquivant comme il pouvait le dernier animal, il entendit ledit maître hurler :

« Lobo ! Au pied ! »

Le chien baissa les oreilles, l'air effrayé, et il ne put s'empêcher d'être triste pour lui en lui jetant un dernier regard.

La bruine avait enfin cessé de le détremper, et il abaissa le capuchon attaché à sa veste, passant la main dans les courtes mèches noires de l'arrière de son crâne. Celles de devant, plus longues et tout aussi sombres, lui barraient le front, tandis que quelques-unes chatouillaient le haut de son nez, ou descendaient sur les côtés jusqu'à ses joues, et il pesta encore après celui à qui il devait cette nouvelle coupe de cheveux tout en continuant son chemin. Pour une fois qu'il n'avait pas à se cacher, il n'allait pas s'en priver. L'atmosphère, lourde en plus d'être humide, rendait ses vêtements désagréables à porter, son pantalon en cuir lui tenant presque trop chaud malgré la fraicheur ambiante.

Enfin, après être passé devant un fastfood dont il ignorait la chaîne, inconnue pour lui, il tourna à gauche, et changea de trottoir. Sa mémoire, photographique, lui permettait de continuer sans avoir à se soucier des plaques indiquant le nom des rues, et la simplicité du trajet le fit enfin arriver devant le pub désigné comme lieu de rendez-vous. Il salua rapidement le videur, s'étonnant de sa présence devant un simple bar, et entra. La musique lui sauta presque au visage, en même temps que la fraicheur de l'air conditionné, lui tirant un nouveau frisson, et il se demanda vraiment ce que pouvait avoir le tenancier en tête. Mois de juillet n'était pas souvent synonyme de chaleur dans cette partie-ci de l'Europe, et il serait grand temps que quelqu'un l'en informe !

Il dut se frayer un chemin à travers toute une série de corps moites, pressés contre le bar, le brouhaha lui agressant encore plus les oreilles, et grimpa quelques marches. Arrivé dans l'arrière-salle, visiblement plus calme, il s'arrêta, cherchant des yeux son contact, et fut attiré par un éclat rouge. Se détendant enfin, il approcha de la table du fond, et prit le temps de s'appuyer sur le dossier d'une chaise, faisant sursauter l'homme qui y était assis. La jeune femme posée sur la banquette en face releva vers lui un regard émeraude, et eut un petit sourire en coin, tenant sa cigarette entre ses lèvres. Elle lui fit un signe de tête, et il la détailla rapidement. Ses cheveux, teints dans un rouge foncé, noir en dehors des reflets reçus par l'éclairage artificiel, plutôt intime dans cette partie du pub, lui encadrait le visage, mi-long à l'avant, et quand elle tourna la tête pour faire dégager celui qui occupait la place visée par le nouvel arrivant, il vit que ceux-ci étaient coupés court à l'arrière, presque rasés. Il ne put s'empêcher de sourire en constatant la similitude fortuite, bien qu'elle les portait beaucoup plus long, et beaucoup moins en bataille que lui. Elle lui fit signe de s'assoir, et il continua son inventaire en s'exécutant : débardeur assez masculin, noir, mais que sa poitrine rendait agréablement sensuel, et une fine chaine d'argent dont le pendentif brillait par moment, au rythme de sa respiration. Un claquement de doigts devant ses yeux lui fit relever la tête brutalement, prenant seulement conscience que, pour tout le monde, mis à part elle, il avait dû sembler perdu dans l'admiration de son décolleté. Ce qui n'était absolument pas le cas. S'il l'avait voulue, il savait déjà comment il le lui aurait fait savoir.

« Tu la mates pas comme ça, connard. » fit une petite voix, et il détourna les yeux du regard vert et amusé de la jeune femme, vers une petite chose qu'il n'avait pas encore remarquée. Une jeune fille, à la chevelure brune ébouriffée, coupée comme un garçon, le fixait d'un regard noir, pelotonnée contre son contact. Il eut un petit rire froid et moqueur, alors que son regard, dérangeant dans sa différence, la transperçait, faisant se raidir totalement les muscles de ses épaules. Il avait toujours su jouer de ses yeux, et se demandait parfois si les avoir vairons changeait réellement quelque chose.

« Seth ? » l'appela alors son contact.

Il hocha la tête, lui confirmant l'utilisation de ce pseudonyme.

« Tu devrais en changer, ça fait trop longtemps que tu l'utilises en Europe. »

« Ne commence pas Alice, ça me les brise déjà. »

« Mais je suis là pour ça mon ange... »

Il allait répliquer quand le jeune homme qu'il avait cru chassé revint, posant devant lui trois Corona et le même nombre de shots de Tequila.

« Merci Piet. » fit la jeune femme.

Voyant que le Piet en question ne bougeait toujours pas, elle soupira. Seth se tourna alors vers lui, et fit jouer la sécurité qui maintenait sa lame à son poignet, prêt à l'en sortir. Un geste d'Alice le fit se figer, et il se rembrunit.

« On s'amusera plus tard, d'accord ? » susurra-t-elle au jeune homme.

La petite chose appuyée contre elle gronda, mais une caresse dans ses cheveux la fit se détendre à nouveau, et l'importun finit par sourire, d'un air assez crispé, puis s'en alla en emportant l'une des bières.

« Sympa, ta nouvelle coupe. » ricana soudainement Alice en reportant son attention sur lui, écrasant sa cigarette dans le cendrier qui trônait au centre de la table et passant une main dans ses cheveux pour en souligner la ressemblance. « Qu'est-il arrivé à ta belle crinière ? »

Seth sortit alors son rasoir à manche fixé au bracelet en cuir de son poignet, et le fit tourner dans sa main.

« Tu as dû la sacrifier ? » comprit-elle.

« Ça, ou ma gorge. »

« Contente que tu aies fait le bon choix, tu as une jolie gorge. » chuchota-t-elle en prenant son shot, se léchant les lèvres sans le quitter des yeux.

Suivant l'invitation, il fit de même, et la jeune fille appuyée contre son contact se redressa.

« Vas-y ma belle. » l'encouragea-t-elle.

« Elle a un nom, la belle ? » railla-t-il doucement.

« Sacha. » répondit Alice.

Sacha n'avait pas l'air de vouloir se joindre à la conversation, de toute façon. Son regard, un peu brumeux, fit douter S des bonnes intentions de son contact à l'égard de la jeune fille qu'elle était encore, mais ce n'était pas son problème. Alice les avait toujours aimés petites, frêles, menues, et surtout, très jeune. Ce n'avait jamais été un problème pour lui, même quand elle avait atteint sa majorité, et elle était encore bien assez jeune pour que ça n'en soit pas un tout de suite. Par principe, il demanda quand même, ne connaissant pas les législations en vigueur en Belgique.

« Quel âge as-tu ? »

Sacha leva vers lui un regard perdu, avant de se tourner vers sa maîtresse.

« Quatorze. Mais ne t'en fais pas, il est uniquement interdit de leur servir de l'alcool ici. » dit-elle pour la jeune fille.

« Et elle boit du jus de fruit là ? »

« Chacun est responsable de ses actes, et le patron s'en moque. Regarde autour de toi, Seth. »

Il le fit donc, et s'aperçut qu'effectivement, les trois quarts du pub étaient désormais remplis d'étudiants, pour la majorité mineure.

« Vendredi soir. » précisa-t-elle, et il hocha la tête avant d'enfin avaler son verre.

La brulure de l'alcool lui fit du bien. Il retira sa veste, commençant à avoir chaud malgré l'air conditionné.

« C'est toi qui m'avais dit que Bruxelles était plaisant quand on savait où aller ? »

Elle eut un sourire moqueur, et vida son shot d'un trait, puis le reposa un peu brutalement. La petite chose n'osa boire le sien qu'à ce moment-là, avant de se pelotonner à nouveau contre elle, s'accrochant au débardeur ébène et le tirant sans le vouloir vers le bas, dévoilant le début d'un soutien-gorge en dentelle. Une tape sur la main coupable la fit se redresser en pleurnichant. Alice avait toujours le liquide brulant en bouche, les yeux fermés et un plaisir indicible sur les traits. Seth ne se rendit compte qu'à ce moment-là combien elle lui avait manqué. Enfin, elle avala, puis défit l'un de ses bracelets en cuir qu'elle portait, entrecroisés, aux deux avant-bras.

« Mon sang pour ce mensonge. » répondit-elle alors.

« Papier. » répliqua-t-il en faisant tourner son pendentif, réplique du sien.

Elle sortit avec agacement une feuille de sa poche arrière, devant se relever légèrement dans la manoeuvre, son propre bijou pendant en avant. La fausse lame de rasoir s'agita, brillante, et il l'attrapa, la forçant à rester penchée en avant quand elle se rassit. Elle claqua alors le document, et il la relâcha. Seth l'ouvrit, vérifia la date, les tests dataient de la semaine précédente.

« Depuis ? »

« Me fais pas chier mon ange, à part Sacha, personne. Et que du soft. »

Il ne répondit rien, se contentant de lui rendre la feuille de tests, puis attrapa vivement le menton de Sacha par-dessus la table, faisant hoqueter de peur la jeune fille. Il la força à tourner la tête des deux côtés, mais Alice l'interrompit :

« Tu veux aussi la foutre à poil pour vérifier ? » ricana-t-elle.

« C'est une idée... », chuchota-t-il, et Sacha fit heurter violemment l'arrière de son crâne contre le bois sombre qui tapissait les murs dans un sursaut pour s'éloigner.

Il la relâcha, assez peu amusé de sa terreur, et prit le poignet que lui tendait son amie. Celui-ci n'avait aucune cicatrice, et il en caressa la peau pâle et soyeuse du bout des doigts, le maintenant de son autre main dans une poigne de fer. Puis il attrapa son pendentif, et défit la véritable lame de rasoir qui était aimantée à l'arrière de l'autre.

« Tu en as donné à quelqu'un d'autre ? »

« Personne. »

Avec un sourire satisfait, il trancha la chair d'un mouvement vif, bien trop superficiellement pour laisser une marque une fois la cicatrisation achevée, mais bien assez que pour laisser le sang s'écouler quelques instants. Il porta la fine blessure à ses lèvres, et darda la langue. Sacha eut un frisson, et voulut se lever, mais un coup d'oeil, de son regard vert et brun, suffit à la clouer sur place. Léchant doucement le liquide qui s'en échappait, il admira la peau devant lui frissonner, se couvrant de chair de poule. Puis il aspira la chair tendre du poignet entre ses lèvres, et téta quelques secondes. Lorsque Alice récupéra son bras, il ne restait aucune trace du saignement, Seth ayant tout recueilli, et elle remit son bracelet pendant qu'il passait une lingette désinfectante sur sa lame, et la refixait.

« Toujours aussi maniaque. » remarqua-t-elle.

« Prudent, tout simplement. Je ne me contente que rarement d'un seul jouet par nuit. »

« Je ne suis pas ton jouet, S. »

« Je sais. Mais elle... » dit-il en jetant un oeil à la jeune fille.

Sacha se serra contre sa maîtresse, lui lançant des regards paniqués, mais celle-ci se contenta de sourire, puis de lui embrasser le front en passant un bras autour de ses épaules.

« Je ne la partage pas avec les mâles. »

« Bien. Tu me connais, de toute façon, ce sont les mâles que je préfère le plus souvent. »

« Justement, ne va pas oublier que, parce qu'elle a les cheveux courts, elle n'a pas ce qui te plait vraiment entre les cuisses. »

La main libre de la jeune femme avait suivi le chemin de ses paroles, et Seth vit avec amusement Sacha se redresser d'un bond, avant de rougir fortement.

« Adorable. » commenta-t-il.

« Très. »

« Alors ? Rien à m'annoncer ? »

Il prit une gorgée de sa bière, heureux de la trouver toujours glacée, et remonta les manches de sa chemise blanche avant de poser les coudes sur la table, et de prendre appui du menton sur ses mains jointes.

« Ta chambre est prête, comme tu l'avais demandé. Et ta moto est bien arrivée, elle t'attend chez moi aussi, avec tes autres colis. Je ne me suis pas permis de les ouvrir, tu rangeras toi-même. »

« Et pour ce soir ? »

Un sourire carnassier étira les lèvres pulpeuses de la jeune femme, faisant briller le pourpre humide qui les recouvrait.

« Tu le veux comment ? »

« Majeur ? » risqua-t-il en sirotant sa Corona.

« Tssss... Je reformule, tu le veux vierge ou non ? »

« Vierge de toi ? »

« S... T'es con quand tu t'y mets. Je ne chasse que rarement ici, puisque j'aime y venir. »

Il fit mine de réfléchir en se léchant les lèvres, un éclat de lumière accrochant son oeil brun et illuminant l'orange du centre, le rendant presque rouge. Alice s'appuya plus confortablement contre Sacha, et lui fit relever la tête pour lui caresser la joue, oubliant un instant le regard de son ami qui se durcissait.

« Tu es trop tendre avec elle. » siffla-t-il en claquant la bouteille vide sur le bois sombre de la table.

La jeune fille sursauta tandis que sa maîtresse lui jetait un regard en coin.

« Vierge ou non, S ? » se contenta-t-elle de redemander d'une voix glacée, faisant paniquer de plus en plus Sacha.

« Désespéré, s'il faut choisir. Enfin, tu m'as compris... Je les aime au bord du gouffre. » lâcha-t-il avec amusement.

L'ambiance tendue se relâcha immédiatement, et Alice mordilla la lèvre inférieure de Sacha, celle-ci se détendant aussi tôt, et se laissant aller dans ses bras.

« Mais avant de passer à l'amusement, donne-moi le reste. »

Son contact soupira, repoussant la jeune fille, qui essayait de s'agripper à elle, d'un mouvement las.

« Va jouer, malishka. »

Sacha fit une petite moue qui accentua encore son apparence enfantine, et se pencha pour quémander un baiser. Seth ne put s'empêcher de ricaner, et vit la colère envahir le joli visage d'Alice, ses pommettes hautes rougissant tandis que ses sourcils légèrement arqués se fronçaient, fusillant du regard la jeune fille. Craquant visiblement devant la bouille adorable qu'il ne pouvait plus voir de sa place, la jeune femme attrapa d'un mouvement brusque la nuque de son amante, et plaqua leurs lèvres l'une contre l'autre. Nouant ses petites mains autour du cou d'Alice, Sacha ouvrit immédiatement le passage à la langue furieuse qui lui violait presque la bouche, et Seth eut un nouveau ricanement.

« Ne te venge pas sur elle, c'est toi qui l'as dressée comme ça. » lui rappela-t-il.

Un couinement ressemblant vaguement à une protestation se fit entendre de la plus jeune, mais fut vite avalé dans le baiser, avant qu'un geignement plaintif ne monte. Finalement, son contact relâcha sa prise sur la nuque, et dut tirer sur les cheveux bruns et courts pour faire lâcher la petite qui tentait de se venger à son tour de la morsure qu'elle venait de recevoir. Leurs lèvres étaient rouges, gonflées de leur baiser, et Sacha avait un peu de sang à l'une de ses commissures. Alice sortit alors un billet bleu, qu'il identifia comme étant un de vingt euros, et le donna à la jeune fille.

« Tu peux t'acheter ce que tu veux, mais tu ne quittes pas le bar, d'accord ? »

Seth fut amusé de ce comportement protecteur, fort inhabituel chez son amie, et Sacha hocha vigoureusement la tête en s'essuyant les lèvres d'un revers de manche. Il n'avait pas fait attention à ce qu'elle portait jusque-là, et ne remarqua donc qu'à ce moment que la chose noire et informe qui retombait sur ses bras repliés, beaucoup trop grande pour elle, était une de ses chemises préférées. Il l'avait laissée à Alice quand ils avaient brièvement séjourné ensemble au Koweït. Il la regarda se lever, ses mains se refermant sur les manches plissées, la chemise, ouverte sur un petit débardeur blanc, pendante et ne tenant que grâce aux coudes pliés : elle était dans un état lamentable, et Seth ne put s'empêcher de gronder.

« Elle l'adore. » se justifia Alice, comprenant immédiatement la source de son irritation.

« Garce. C'était pour toi, par pour tes jouets. »

« J'ai adoré la portée les jours d'après, sentant ton odeur et me rappelant ton corps brulant se pressant contre le mien... Mais elle a vite perdue ton parfum, et donc tout son intérêt par la même occasion, en plus de puer. »

Seth déboutonna la chemise blanche qu'il portait, faisant apparaitre un t-shirt noir, légèrement moulant, et la tendit à son contact.

« Tiens. Histoire que tu ne décides pas de finir dans mon lit rien que pour en ravoir une. »

« Tu me connais trop bien... » fit-elle semblant de se lamenter en la prenant, la pressant contre son visage et inspirant longuement. Puis elle la lui rendit.

« Elle ne sent pas le sexe : ça gâche toute ton odeur. »

Comme il haussait un sourcil, elle précisa :

« Tu es fait pour sentir le sexe, S. C'est à se damner rien que pour une bouffée. »

« Juste pour une bouffée ? » ironisa-t-il.

« Je prends évidemment les coups de reins qui vont avec, mon ange. » susurra-t-elle en posant sa main, paume vers le haut, sur la table, l'autre tenant la cigarette qu'elle venait de s'allumer.

Il y déposa la sienne, caressant le revers en glissant ses doigts par-dessous, et apprécia la lueur qui venait de s'allumer dans les yeux émeraude pétillants.

« Passe sous la table. » proposa-t-il en se laissant aller sur sa chaise, ses cuisses s'écartant comme une invitation, et la faisant faussement s'offusquer telle une vierge effarouchée.

Puis ils se sourirent simplement, et elle lui tendit l'enveloppe concernant sa cible.

« Ethan... Jones ? » fit-il en haussant un fin sourcil à la ligne brisée, sceptique, après en avoir sorti son contenu.

« Nom d'emprunt. La photo est derrière. »

Il retourna la fiche, et faillit s'étouffer avec sa propre salive.

« Tu te fous de moi ? On dirait un gosse ! »

« C'est un gosse. Il a dix-sept ans. »

« Et qu'a-t-il fait pour mériter mes services ? »

« Lis, on discutera après. » trancha-t-elle en suçotant un doigt qu'elle avait recouvert du sel apporté avec les Tequilas, mais qu'ils n'avaient pas utilisé.

Le jeune garçon en question était anglais, son père travaillant à l'OTAN, aucune autre précision à ce sujet, mais il supposa que celui-ci n'avait donc pas coopéré comme il aurait dû, et lut rapidement les informations à savoir sur son fils. Il plissa les paupières en lisant la partie concernant l'objectif à atteindre, puis brula le tout, enveloppe comprise, dans le cendrier. La fumée lui fit s'attirer un regard lourd de reproches d'un couple assis un peu plus loin, mais il les fit se détourner promptement d'un coup d'oeil torve, accompagné d'un sourire malsain.

« Humiliation possible ? C'est quoi cette nouvelle fantaisie ? » demanda-t-il ensuite à son contact.

« Je t'ai dit que ce serait sans doute une mission sur la durée, puisque le gosse est en vacances ici pour voir son papounet. »

« Certes. Mais pourquoi seulement "possible" ? »

« Parce que pour l'instant, tu l'approches, le charme, fais ce que tu veux, mais tu dois absolument le mettre en confiance. Une fois cela fait... »

« Laisse-moi deviner, je le mets dans mon lit, et envoie quelques petits clichés bien dérangeants à son crétin de père, histoire que tu fasses pression... »

« C'est ça. En cas de problème, tu n'auras aucun souci pour le faire revenir à toi, et ensuite, il suffira d'aviser jusqu'où il sera nécessaire d'aller pour que ce con signe ce qu'il faut, et paye si l'envie nous en dit, pour récupérer son trésor. »

« C'est d'un banal... Aucune mort violente en vue visiblement. » soupira-t-il.

« Ça t'occupera, S. Tu m'as demandé quelque chose de rafraichissant, en attendant de te faire un peu oublier en Californie. Alors voilà, ça tombait parfaitement, aucun des mecs que j'avais sous la main n'aurait été assez subtil pour faire ce boulot et s'attacher assez rapidement à ce gamin, et encore, si seulement j'en trouvais un avec la bonne orientation sexuelle. »

« Ravi de savoir que ma bisexualité t'es aussi utile... », grimaça-t-il en prenant une cigarette dans le paquet qui trainait sur la table.

Elle lui tendit le feu qu'il avait déposé non loin, le faisant se pencher pour l'allumer, et il eut un geste pour repousser ses cheveux. Quand sa main ne rencontra que le vide, il eut un moment d'étonnement, ses yeux vert et brun s'écarquillant légèrement, puis son visage se ferma. Seth avait toujours énormément tenu à ses longs cheveux.

« Raconte-moi. »

« Quoi donc ? » riposta-t-il, peu désireux de parler de ce triste épisode.

« Fais pas l'idiot. Je suppose que "pour sauver ta gorge" est à prendre au sens littéral ? »

« Malheureusement. Me suis trop énervé, et ce petit salaud, celui dont je t'ai parlé, avec Matt, m'a attrapé par la queue — de cheval, précisa-t-il devant son sourire amusé — et j'ai dû faire un choix. Il allait m'ouvrir la gorge, j'ai choisi de couper court. » plaisanta-t-il, mais Alice vit bien que cette décision ne lui avait pas plu.

« Qui te les a arrangés ? »

« Torn. » lâcha-t-il faiblement, conscient de la jalousie qui avait percé dans la voix de son amie.

« M'étonne qu'il sache aussi bien couper les cheveux, j'aurais cru qu'il se contenterait de ses veines. » railla Alice.

« Mauvaise. »

Seth eut une petite pensée pour le jeune garçon qui avait grandi avec eux, enfermé en unité psychiatrique à cause lui, mais chassa vite la déprime qui menaçait de le submerger. Il avait vu ce que cela lui coutait, d'être compréhensif, et de laisser la culpabilité l'envahir. Plus jamais, se promit-il en passant la main dans ses mèches courtes, à l'arrière, les ébouriffant un peu plus.

Cela faisait des années qu'il laissait pousser ses cheveux, et il n'y avait qu'Alice qui avait le droit de les couper, avant ce désastre, et uniquement les pointes. Ils étaient particulièrement fins, mais comme il en avait énormément, ceux-ci nécessitaient pas mal de soin. Les avoir courts était donc en quelque sorte un gain de temps, mais cela ne le consolait que très peu. Il devait leur noir profond, leur aspect soyeux et brillant, tout comme sa peau pâle, bien que dorée, et ses yeux en amande, à ses origines asiatiques lointaines.

Elle exhala sa fumée en un long soupir, tandis que lui écrasait sa cigarette, agacé par sa propre faiblesse soudaine.

« Ça repoussera. » finit-elle par dire, lui souriant tendrement.

« Je sais. » répliqua Seth, mais son expression l'avait déjà apaisée.

« Bon, on bouge ? » proposa-t-elle.

Il hocha la tête, se levant en remettant sa chemise blanche, la laissant ouverte sur le tissu obscur qu'il portait en dessous, récupéra le rasoir et son briquet, qu'il mit dans sa veste de cuir avant de l'enfiler. Sacha se matérialisa brusquement à leurs côtés, prenant ses affaires et son manteau et attendant sa maîtresse. Cette dernière glissa immédiatement un bras protecteur autour de sa taille fine, et Seth les laissa passer devant, profitant de la vue qui s'offrait à lui. La plus jeune portait un jeans large, ne permettant pas de discerner ses formes, mais ce n'était pas elle qui l'intéressait. Alice portait une courte veste noire, et un pantalon moulant au niveau de ses fesses, qui s'élargissaient jusqu'à ses bottes en cuir à bout rond, sans talons. Sa silhouette, malgré l'ensemble renforçant l'impression d'avoir affaire à un garçon, était fine et élancée. Ses courbes légères le firent sourire quand elle se mit à rouler des hanches, lui faisant un clin d'oeil aguicheur par-dessus son épaule. Ils sortirent rapidement, évitant le jeune homme qui attendait toujours le bon vouloir de son amie, et il les rattrapa, marchant à leur hauteur en se laissant guider dans le centre-ville peu connu.

« Envie de boire quoi ? » demanda alors Alice en levant les yeux vers lui.

« Quelque chose de peu courant. »

« Absinthe ? »

« Vous avez ça ici ? Je pensais que c'était illégal. »

« Seulement l'alcool, le principe actif, et euphorisant, n'y est plus qu'en d'infimes pourcentages. »

Il hésita une seconde, ne souhaitant pas avoir à subir les conséquences d'une nuit de beuverie puisqu'il devait aller « rencontrer par hasard » sa cible le lendemain, mais finit par acquiescer. Elle saurait l'arrêter à temps.

Ils remontèrent la rue avant de traverser et de s'engager dans une rue minuscule, puis dans une ruelle sur la droite, aux terrasses de restaurant rendant le passage difficile, et débouchèrent enfin dans un cul-de-sac en tournant une dernière fois à gauche. Sur un signe de tête de la part de son amie, il jeta un oeil à la plaque nominative : Impasse de la fidélité.

Il eut un petit rire, et ils s'arrêtèrent devant plusieurs bars aux vitres sombres.

« Bières par là, Tequila bar juste à côté, rhumerie et bar à Absinthe en face. » expliqua-t-elle. « Les deux derniers communiquent, et ils appartiennent tous au même patron. » précisa-t-elle ensuite, et il lui indiqua le bar à Absinthe.

Elle lui sourit, et ils y entrèrent, suffoquant presque sous le contraste brulant de l'air par rapport à l'extérieur. Il était à peine neuf heures, mais déjà l'endroit était presque plein. Le bar par contre n'était heureusement pas encore pris d'assaut, et ils s'y installèrent sur de hautes chaises.

Un jeune homme aux cheveux bruns, bouclant légèrement sur son front et en t-shirt sans manches bleu-marine, s'approcha, et se hissa au-dessus du comptoir pour déposer un bisou sonore sur la joue d'Alice. Sacha gronda, collée à sa maîtresse, et le barman lui fit un signe, avant de se tourner vers Seth.

« La noire s'il te plait Pierre. » contra-t-elle, sachant par avance que son ami ne souhaitait pas être présenté, ne lui ayant accordé qu'une attention très vague.

Ils se connaissaient trop bien, et elle savait qui l'intéressait rien qu'à son langage corporel. Celui-ci n'exprimait que du dédain actuellement, et il lui fit un bref clin d'oeil pour la remercier.

Le barman déposa de longs verres à shot, évasés, et y versa l'Absinthe noire. Seth ne put s'empêcher de se demander ce qu'elle pouvait contenir pour être aussi sombre, sachant que ce type d'alcool goûtait déjà fort l'anis de nature. Pierre enflamma ensuite le liquide dans les différents récipients, et refusa l'argent qu'Alice lui tendit.

« Premier verre offert ma jolie ! »

Elle lui répondit par un sourire charmeur, puis posa la main sur le sien, éteignant la flamme. Elle tapa le fond contre le comptoir pour le décoller, la succion créée par le manque d'oxygène faisant rire Sacha, et le vida. Seth suivit son exemple, et apprécia à sa juste valeur la brûlure qui se déversa dans sa gorge, et perdura le temps d'une inspiration profonde, manquant lui faire monter les larmes aux yeux.

Fin du premier chapitre.

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