Un chapitre où on en apprend un peu plus sur le Vieux Loup de Mer. N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez, vos points de vue sont les bienvenus.

Merci pour vos commentaires Melancholy in my eyes, Neliia et Deynoument de Soy.

Bonne lecture à tous


Cela fait cinq jours que ses employées ont envahi son domaine. Malgré les tensions du début, Clyde et Morphée s'entendent plutôt bien. Elles ont l'une et l'autre un caractère affirmé mais qui s'accorde bien quand elles sont sur la même longueur d'onde. Leurs tenues vestimentaires ont radicalement changé. Clyde aborde le plus souvent des tenues près du corps qui accentuent ses formes plantureuses. Elle porte des hauts échancrés qu'elle associe à des leggings. D'après certains de ses clients, les mercenaires qui ont tenté une séduction trop appuyée, ont été accueilli par des remarques acides qui ont rapidement mis fin à leurs ardeurs. Bonnie a privilégié un style plus proche de celui de Morphée. Elle porte de longs jupons de couleur pâle qui est dans la continuité d'un grand pull accentuant la minceur de sa silhouette longiligne. Elle porte une capeline qui mange une grande partie de son visage. Seul un natte en sort et tombe négligemment sur sa poitrine. La jeune femme reste très timide s'adressant peu à Morphée et évitant de croiser les clients de la pension. Elle se permet plus de choses en présence de Clyde mais ça reste exceptionnel.

Morphée fait doucement rouler son épaule pour dénouer ses muscles. Il est près de onze heures et sa blessure commence à devenir douloureuse. La plaie a dû mal à cicatriser et Doc a déjà changé deux fois la composition de ses comprimés pour faciliter la cicatrisation. Le dernier qu'il lui a donné la fatigue particulièrement et Morphée est soulagée de pouvoir compter sur l'aide de ses employées pour tenir la pension. Son manque d'efficacité ralentit Clyde dans la réhabilitation des pièces condamnées mais c'est malheureusement un mal nécessaire.

Elle baille en poussant un long soupir mais s'arrête brutalement en entendant des bruits de pas. Elle regarde Marta qui s'approche en songeant qu'il faut absolument qu'elle trouve un moyen de faire fonctionner la sonnette même s'il n'y a qu'une demie porte. Elle peut facilement se faire surprendre et ça ne lui plait pas.

« Bonsoir, Marta. »

« Bonsoir Dame Morphée. »

« La journée s'est bien passée ? »

« Ça serait mieux si les contrôles à l'entrée étaient moins stricts. Hormis pour les gars comme le Vieux Loup de Mer qui possède des identifiants, ça dure des heures. »

« Qu'est-ce qui vaut ce regain de suspicion ? »

« Depuis la tentative d'enlèvement de Léo, Sun et Ludwig tentent de comprendre ce qu'il s'est passé. Vu la préparation dont semblaient bénéficier les agresseurs, ils pensent qu'ils ont eu de l'aide de l'intérieur. »

« Des traitres ? »

« Ouai, il semblerait, donc autant te dire qu'ils se montrent très prudent. C'est compréhensible. En plus d'être leur petit frère, Léo est un cerveau et vu la tournure des guerres des gangs, c'est un atout non négligeable. Chaque invention qu'il apporte au clan est un atout dans la bataille. » Morphée lui tend le registre avec anxiété.

« C'est pour ça que tout le monde se montre si nerveux, ces derniers jours ? »

« Et encore, tes clients sont généralement assez calmes par rapport à la moyenne. Le fait que tu refuses les dépravés sexuels fait un certain tri dans ta clientèle. » Morphée pouffe de rire.

« Je ne m'en plains pas, surtout avec l'arrivée de Clyde dans l'équipe. »

« La rouquine ? J'en ai entendu parler. Elle a l'air d'avoir la langue aiguisée. » Marta lui tend le registre et le stylo avant de mettre son sac sur son épaule.

« Bonne nuit Marta. »

« Bonne soirée, Dame Morphée. » La mercenaire disparait rapidement dans les escaliers visiblement pressée de retrouver un lit pour prendre du repos. La tenancière réfléchit aux informations que vient de lui donner Marta. Ça explique pourquoi Ludwig n'a pas pris le temps de venir contrôler l'installation des femmes qu'il a conduites chez elle. Elle suppose également que Léo est confiné dans un endroit surprotégé et elle a dans l'idée que ça doit l'agacer. Il ne donne pas l'impression d'être du genre à accepter ce type de traitement.

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La soirée s'éternise et Morphée regarde les minutes qui s'égrainent interminablement. Cela fait une bonne heure que le panneau ''fermé'' est mis sur la porte mais par principe, elle attend 2h du matin pour aller se coucher. Par chance, il ne lui reste qu'une demi-heure avant de retrouver son lit et elle attend avec impatience le moment fatidique.

Elle sursaute quand la porte s'ouvre et est rapidement suivi par le bruit d'un pas lourd sur le carrelage. Morphée s'assoit confortablement pour accueillir le mercenaire qui va malheureusement devoir ressortir. En quelques grandes enjambées, il rejoint le comptoir.

« Je suis navrée mais je n'ai plus de chambre disponible. Veuillez retenter votre chance demain. » Le mercenaire a un physique imposant qui oppresse rapidement Morphée en la mettant mal à l'aise.

« Trouve une solution. » Le ton est agressif et s'accompagne de forts relents d'alcool. Morphée sent qu'elle va devoir agir avec délicatesse pour ne pas avoir de problème durant la confrontation. Elle est soulagée de se trouver derrière le comptoir même si le meuble ne lui offrira qu'un maigre rempart face à la longueur du bras du mercenaire.

« Il n'y a plus de lit, je ne peux pas vous offrir de couchage cette nuit. »

« Donne-moi ton lit. » Il se montre de plus en plus menaçant et Morphée descend du tabouret pour reculer un peu plus contre le mur et se tenir hors d'atteinte. Elle plonge sa main dans la poche où est dissimulé son Taser pour se donner du courage.

« Ce n'est pas une solution envisageable. »

« Tu n'as qu'à dormir avec moi. » Il a un rire gras qui lui rappelle l'homme qui a tenté de la violer dans la ruelle sombre du marché de l'Avenue de la Liberté et ça lui donne des frissons d'effrois.

« Je ne fournis pas ce genre de prestation, ici. »

« Je ne me souviens pas t'avoir demandé ton avis. » Sans mal, il se penche par-dessus le comptoir et attrape son bras blessé. En sentant la douleur qui irradie brusquement son bras, Morphée ne réfléchit pas longtemps. Elle sort d'un geste fluide le Taser de sa main valide et tire. Le mercenaire tente d'arrêter son geste mais c'est trop tard. Sous l'effet de l'impulsion électrique, il se raidit avant de s'immobiliser en travers du comptoir, les bras pendus dans le vide. Morphée lui donne quelques coups craintifs sur la tête à l'aide de l'arme de peur qu'il ne se réveille mais son immobilité la rassure. Elle colle son dos contre le placard derrière elle en massant avec douceur son épaule. Elle ferme les yeux et pousse un petit gémissement comme si ça pouvait soulager la douleur qui rayonne à présent de son épaule. Avec douceur, elle tente de remettre son bras en place dans l'écharpe mais une violente douleur se fait sentir lui coupant le souffle. Il faut plusieurs minutes pour que la pulsion s'apaise et lui permette de retrouver un rythme cardiaque plus raisonnable. Elle pose d'une main encore tremblante son arme sur le comptoir et observe la scène devant elle avec un air un peu perdu.

Elle suppose qu'il y a une procédure à appliquer dans de telles circonstances mais elle est incapable de dire lesquelles et elle est quasiment sûre de ne jamais avoir lu quoi que ce soit à ce sujet. La seule chose dont elle est sûre, c'est qu'elle ne veut pas être là quand il se réveillera. D'un autre côté, l'abandonner là et aller dormir lui semble suicidaire et attendre qu'il se réveille ne lui parait pas beaucoup mieux. Elle songe un instant à le tirer jusque dehors mais vu la carrure massive de l'homme et son bras en écharpe, elle sait que c'est irréalisable. Elle se laisse tomber sur sa chaise, couvrant ses yeux de sa main pour réfléchir. Après avoir fait fonctionner ses rouages, elle trouve enfin une solution un peu meilleure que les autres.

Avec des gestes lents, Morphée se relève et s'approche de sa victime pour le désarmer. Elle lui retire une arme très lourde qu'elle a du mal à soulever et trop de couteaux pour qu'elle s'amuse à les compter à une heure aussi tardive. La jeune femme ouvre le placard derrière le comptoir et y dépose les armes pour les mettre hors de portée de son agresseur. Elle espère ainsi limiter les risques s'il venait à se réveiller pendant qu'elle va chercher sa solution de secours. D'un pas trainant, elle monte les marches vers le 1er étage de sa pension. Elle frappe à la porte de la chambre n°12 et n'obtenant pas de réponse, elle se permet d'ouvrir la porte, qui par chance, ne semble pas verrouillée. Morphée est accueillie par une lame sur sa gorge et elle se demande combien de fois on peut se faire menacer de mort durant une soirée. Il faut plusieurs secondes à son agresseur pour relâcher la pression de l'arme. La jeune femme porte la main à sa gorge râpée à l'endroit où la lame s'est posée.

« Morphée ? »

« Oui, désolé de te réveiller à cette heure-ci. »

« Ne refais jamais ça, du moins si tu tiens à la vie. »

« J'ai frappé mais tu ne répondais pas. »

« A deux heures du matin, je dors moi et il me semblait que tu en faisait autant. »

« Je fais une exception. » Le Vieux Loup de Mer soupire et la jeune femme suppose qu'il évacue ainsi une partie de la pression qui l'a envahi lorsque Morphée est entrée silencieusement dans la chambre.

« Je suppose que tu ne viens pas me réveiller sans une bonne raison. Qu'est-ce qui se passe ? » Morphée se sent ridicule et elle a brusquement l'impression d'être une petite fille demandant de l'aide à son père après avoir fait une grosse bêtise. Elle ne change pas d'avis pourtant sachant pertinemment que le Vieux Loup de Mer ne la laisserait pas l'avoir réveillé pour rien. Elle lui répond à voix basse tout en cherchant les bons mots pour expliquer la situation.

« J'ai eu une petite confrontation avec un de tes collègues et j'en suis venue à le taser. Je ne sais pas trop quoi en faire. » Le vieil homme n'en demande pas plus et s'avance vers sa penderie sans un bruit. Morphée n'a jamais remarqué combien sa démarche est silencieuse. Il ouvre le placard et en retire son long manteau ciré jaune. Il l'enfile en s'intéressant à la jeune femme.

« Il t'a fait mal ? » Pendant qu'il se tourne vers elle pour finir d'enfiler sa tenue, Morphée distingue un bruit métallique et la lueur de la lune fait briller plusieurs armes variées allant du poignard au révolver. Le manteau est tellement chargé qu'elle suppose qu'il doit peser plusieurs kilos. L'intérêt d'un tel manteau prend tout son sens tout d'un coup. Il est suffisamment large pour lui permettre de cacher un grand nombre d'arme sans que cela n'attire particulièrement l'attention ou en tout cas pour d'autre raison que la couleur tape à l'œil. Morphée prend pleinement conscience que le vieil homme est un vrai mercenaire et qu'il a dû faire couler le sang de nombreuses fois.

« Pas … trop. » Rapidement, il sangle plusieurs bandes de tissus pour tenir le manteau en place et le referme en cachant ainsi ses armes. Le Vieux Loup de Mer capte son regard qui oscille entre la surprise et la crainte et il s'adresse à elle sur un ton doux qui tranche avec ses paroles menaçantes.

« Tu n'as rien vu. Si tu dis quoi que ce soit, je devrais prendre les mesures qui s'imposent. » Morphée ne cherche même pas à savoir s'il le pense réellement ou pas. Elle est pressée de se débarrasser de son ''invité'' et de se coucher. Elle descend les marches sans un mot et le mercenaire au manteau ciré la suit à quelques pas derrière elle sans un bruit.


Bonne journée et à bientôt.