La boîte à musique


Et un, et deux, et trois, et un-deux-trois-quatre.

Et un, et deux, et trois, et un-deux-trois-quatre.

x

Mêmes mouvements, encore et encore. Même mouvements, même musique, même schéma. Rien ne change, on recommence.

x

Et un, et deux, et trois, et un-deux-trois-quatre.

x

Pourquoi on continue ? Pourquoi on ne change pas ? Pourquoi on n'arrête pas ? Les enfants regardent, encore et encore.

x

Et un, et deux, et trois, et un-deux-trois-quatre.

x

Je voudrais arrêter, je voudrais changer. Je voudrais... Mais quoi que je veuille, rien ne change. Toujours les mêmes mouvements, toujours la même musique, toujours le même schéma.

x

Et un, et deux, et trois, et un-deux-trois-quatre.

Et un, et deux, et trois, et un-deux-trois-quatre.

x

Sans arrêt. Sans changement. Toujours la même chose. Le seul détail qui change, ce sont les regards des enfants. Eux changent, bougent, vivent. Moi, je suis prisonnière. Condamnée à répéter encore et encore la même chose.

x

Et un, et deux, et trois, et un-deux-trois-quatre.

x

Un à un, mes amis partent, vite remplacés par d'autres. Mais moi, moi je reste.

x

Et un, et deux, et trois, et un-deux-trois-quatre.

Et un, et deux, et trois, et un-deux-trois-quatre.

x

Je suis la seule à rester où je suis, la seule à ne pas changer, à ne pas partir.

x

Et un, et deux, et trois, et un-deux-trois-quatre.

x

Je suis seule, encore. Il fait noir, encore. Demain, d'autres viendront. Demain, ils me tiendront compagnie. Mais pour demain uniquement. Je ne les verrai que quelques heures. Ensuite, encore, ils disparaîtront. Mais moi, je resterai.

x

Et un, et deux, et trois, et un-deux-trois-quatre.

x

Mêmes mouvements, même schéma.

x

Toujours. Et encore et toujours. Mais on ne peut pas l'arrêter. On ne peut pas le changer. Encore et toujours la même chose. Je suis fatiguée, je suis lasse, mais je dois continuer. Encore et toujours.

x

Et un, et deux, et trois, et un-deux-trois-quatre.

Et un, et deux, et trois, et un-deux-trois-quatre.

Et un, et deux, et trois, et un-deux-trois-quatre.

Et un, et deux, et trois, et un-deux-trois-quatre.

x

Toujours la même chose. Pourquoi ? Pourquoi ne puis-je pas arrêter ? Pourquoi ne puis-je pas changer ? Je veux arrêter, je veux changer, je veux, je veux, je veux... Mais qu'importe mes souhaits. Qu'importe mes désirs. Toujours la même chose, à jamais.

x

Et un, et deux, et trois, et un-deux-trois-quatre.

Et un, et deux, et trois, et un-deux-trois-quatre.

x

Tout change autour de moi, mais moi, je reste la même. Pourquoi ?

x

Et un, et deux, et trois, et un-deux-trois-quatre.

Et un, et deux, et trois, et un-deux-trois-quatre.

x

Personne ne me regarde plus, et pourtant, je dois continuer, encore et encore. Je voudrais m'arrêter. Rien qu'une fois.

x

Et un, et deux, et trois, et un-deux-trois-quatre.

x

Je voudrais m'arrêter. Mais, fidèle à son poste, le vendeur me remonte tous les matins, dans l'attente que l'on m'achète. Et tous les matins, je recommence à danser. Et tous les jours, des milliers d'enfants passent sans me voir.

x

Et un, et deux, et trois, et un-deux-trois-quatre.

Et un, et deux, et trois, et un-deux-trois-quatre.

x

Et chaque jour, j'espère. Et chaque jour, mon espoir s'estompe en même temps que le soleil.

Mais je continue pourtant d'espérer. Même si je sais que personne ne me vois. Personne ne veut de moi.

x

Et un, et deux, et trois, et un-deux-trois-quatre.

Et un, et deux, et trois, et un-deux-trois-quatre.

x

Personne ne veut de moi. Je ne suis plus qu'un souvenir, une antiquité. Personne ne veut plus d'une boîte à musique comme moi : en bois taillé, une danseuse étoile en nacre. Non, trop cher, trop fragile !

x

Et un, et deux, et trois, et un-deux-trois-quatre.

Et un, et deux, et trois, et un-deux-trois-quatre.

Et un, et deux, et trois, et un-deux-trois-quatre.


FIN