NdA :

Avoir lu « La fragilité des jolies choses » n'est absolument pas obligatoire... Même si ça me ferait très plaisir de vous y retrouver et que vous pourrez y suivre S dans une autre histoire, où il est plus âgé...

Après quelques demandes, et beaucoup de monde semblant curieux de savoir ce qui est arrivé entre Torn et S, voici enfin la réponse ! Je vous rappelle que Sad était beaucoup plus jeune à l'époque, et qu'il a donc grandi, muri, voire sans doute changé depuis...
Oui, vous risquerez sûrement de le détester après ça, mais ce n'est pas faute de vous avoir prévenu ! J'ai été ravie de recevoir autant d'avis me disant combien vous aimiez S pour une grande majorité, mais je vous ai à tous (ou presque) dit que S n'était pas vraiment quelqu'un de sympa, et que, surtout, c'était un grand sadique... Donc voilà, je vous présente son adolescence, ou en tout cas une partie, à vous de juger maintenant s'il est toujours comme cela, ou s'il a changé ! (Et ce, pour le meilleur... ou peut-être le pire !)
J'ai décidé de couper ce qui aurait dût être un OS à la base en deux (voir peut-être en trois), à cause de sa longueur... La suite arrivera d'ici une semaine normalement !

Comme d'habitude, cette une fic yaoi (bien qu'il soit fait mention de relation homme/femme) avec un grand M, assez sombre, donc âmes sensibles, homophobes, ou mineurs, sa lecture vous est hautement déconseillée !

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Le parfum de la souffrance

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Torn ignorait totalement ce qui lui avait fait accepter la demande de celui qu'il avait toujours considéré comme un grand frère à la seconde même où elle avait été posée.

Peut-être était-ce justement parce qu'il le lui avait demandé.

Sadistic n'avait jamais été du genre à demander quoi que ce soit. Il n'attendait jamais une quelconque permission, et d'aussi loin que Torn puisse se souvenir, le jeune homme avait toujours pris sans attendre, ni se soucier de l'avis, ou même du bien-être, des autres.

Alors quand, pour la première fois de sa courte vie, il avait entendu son presque grand-frère souffler contre son oreille cette demande que n'importe qui aurait jugé anormale, lui n'avait ressenti que le bond en avant de son coeur, et avait accepté, d'une voix rauque et tremblante, bien que sans une once d'hésitation, de lui donner sa première fois.

o.O.o

Sadistic s'entrainait sur le champ de tir extérieur du domaine en fin de matinée, appuyé sur les sacs de sable de son poste de tir, et testant le dernier fusil de précision livré à l'Institut, quand un chargeur vide heurta violemment l'arrière de son crâne, lui faisant rater sa cible de plusieurs mètres en grognant.

L'enfoiré qui venait de lui faire ça aller le payer de son bras ! décida-t-il en suivant les consignes de sécurités à la lettre, peu désireux de se voir retirer son accréditation d'accès aux champs et stands de tir à toute heure du jour et de la nuit, et ce sans surveillance. Un privilège qu'il avait mis de longues années à obtenir, et était encore le seul de toute l'histoire du centre spécial qui leur servait d'orphelinat, à savoir près d'un siècle, à y avoir eut droit. Détail dont il n'était pas peu fier, lui qui excellait dans tout les domaines choisis comme options depuis son entrée à l'Institut, et le tout début de sa formation, qui avait presque immédiatement suivi.

Il remit donc calmement la sécurité de l'arme, la reposant à plat. Puis retira lunettes et gants de protection, enlevant le casque protégeant ses oreilles en dernier, dégageant sa longue chevelure noire et prenant le temps de la rattacher en queue basse, sur la nuque, avec un lien de cuir plat. Il se retourna alors lentement, prêt à briser plusieurs os à l'idiot qui osait venir le défier en plein entrainement personnel.

Son regard tomba d'abord sur l'objet qu'il avait pris pour un chargeur vide, et qui était en fait un petit coffret à bijoux. Coffret qu'il connaissait bien, pour l'avoir offert lui-même, avec le pendentif en forme de lame en argent qui allait avec, trois ans plus tôt, à sa meilleure - et presque seule- amie.

Il suivit ensuite des yeux la silhouette qui lui faisait face, en commençant par les bottines militaires réglementaires, pour remonter sur le pantalon en toile vert sombre, reprisé au niveau de la taille et des hanches pour mouler les jolies courbes du corps qu'il contenait, de façon tout sauf réglementaire, puis remonta en naviguant sur le petit débardeur blanc, tendu sur la poitrine menue, s'arrêtant sur la gorge pâle où ne brillait que les plaques d'identification de la jeune fille, et pas le pendentif. Il termina ensuite par le visage déformé par la colère, ne le rendant que plus joli selon lui, ses grands yeux verts troublés lançant des éclairs, ses pommettes hautes rougies, et ses lèvres humides qu'elle mordillait nerveusement. Ses cheveux rouge sombre, presque noirs, étaient remontés en un chignon lâche, de courtes mèches lui retombant sur le front.

Il avait eu besoin de tout ce temps pour se calmer, et son amie avait eu la présence d'esprit d'attendre avant de passer à l'offensive. Sinon, ils savaient parfaitement tous deux qu'il n'aurait strictement rien écouté, et se serait contenté de lui foutre une bonne raclée. Elle avait beau être une fille, et son ainée, il ne la respectait que rarement quand elle osait le défier, et savait de toute façon largement se défendre, puisque suivant, à peu de chose près, la même formation que lui, et sur le point d'être « diplômée ».

« Pourquoi ? » hurla alors Alice, ses poings se crispant sur ses hanches dans une expression de défis.

« Pourquoi... quoi ? » fit-il en haussant un fin sourcil à la ligne brisée, se doutant bien de ce qu'elle lui reprochait, mais préférant en être sûr.

Avec les femmes, on ne sait jamais. Et c'était une des premières leçons qu'il avait retenu en liant une amitié avec cette jeune fille au tempérament de feu qui, dans leur enfance, n'hésitait pas à se battre pour faire passer son point de vue. Ce qui lui arrivait d'ailleurs encore de temps en temps...

« Pourquoi... lui ? » haleta-t-elle, prête à lui bondir dessus, ou à s'enfuir, son changement de posture laissant place au doute, un de ses pieds s'étant reculé comme si elle s'apprêtait tout aussi bien à tourner les talons pour partir en pleurant, qu'à lui sauter à la gorge.

Il aurait pu saisir cette opportunité pour la prendre dans ses bras, la rassurer et consoler comme elle semblait en avoir besoin, bien qu'elle ne l'admettrait jamais. Mais ce serait lui mentir. Il avait fait son choix, et rien ne pourrait le changer.

« Parce que la seule fois où je me suis glissé jusqu'à ton lit, tu as hurlé au viol, et je me suis fait fouetté à sang devant toute mon unité, idiote. » répliqua-t-il d'un ton ironique en se détournant d'elle pour reprendre son arme, et la démontée.

« Mais... mais... Je ne savais pas que c'était toi ! » expliqua-t-elle, les larmes menaçant de déborder de ses grands yeux verts sombres.

« J'espère bien. Il ne manquerait plus que tu l'aie fait exprès. » lança-t-il par dessus son épaule, ses lèvres sensuelles s'étirant en un rictus moqueur.

« Je... Je ne crierais plus... S'il te plaît... Viens... On le fait maintenant... » supplia-t-elle en s'approchant, posant sa main sur l'épaule du jeune homme qui la dépassait maintenant d'une bonne tête, alors qu'elle avait encore l'image d'un petit garçon au visage toujours triste, ce qui lui avait valu de se faire surnommer Sad*, son tout premier pseudonyme.

« J'ai pas envie, là. » soupira-t-il en terminant de ranger les différentes pièces du fusil de précision dans son étui.

« Les mecs ont toujours envie de baiser... Il suffit de savoir les réchauffer... » susurra Alice, se faisant câline, sa main glissant le long du haut en coton noir face à elle jusqu'au rein dont la peau blanche, bien que dorée, apparaissait par moments.

« Torn s'en chargera très bien, Al. Merci. » la rabroua-t-il durement en attrapant sa main et se retournant.

« Tu disais qu'il n'y avait que moi qui t'excitais S ! Tu ne peux pas vouloir le faire avec quelqu'un d'autre que moi ! » siffla-t-elle en dégageant sa main, se reculant d'un pas pour le toiser, visiblement sûr d'elle.

« J'avais treize ans quand je t'ai dit que je rêvais de toi Al... »

« Trois de plus, qu'est-ce que ça change ? »

« Ça change un tas de choses. Tu m'as vraiment fait beaucoup jouir, tu sais... » chuchota-t-il doucement en se rapprochant, la prenant par la taille pour la serrer contre lui, alors que d'une main, il écartait lentement les mèches qui lui cachaient une partie du visage.

Il put voir le regard émeraude se troubler, avant que les joues ne rosissent et qu'elle ne baisse les yeux.

« Mais maintenant, je pense que c'est plutôt toi qui te caresses en pensant à moi... Je me trompe ? »

« Mais tu n'étais qu'un gamin ! En tant qu'ainée, je me devais d'être un exemple correct à suivre ! »

« Alice... Tu me ressors vraiment le discours que le directeur nous avait servi quand on s'était fait prendre dans les douches ? » se moqua-t-il gentiment.

« Non... Je... Tu m'énerves ! » finit-elle par s'écrier en s'éloignant, tournant un instant en rond avant de s'arrêter face à lui, bras croisés.

« Je ne l'ai pas encore fait, si ça peut te rassurer. » lui annonça-t-il en soupirant, espérant la calmer quelque peu.

« Je sais, Torn me l'aurait dit. Pourquoi, d'ailleurs ? »

« Al... Tu poses trop de questions. » souffla Sad en s'asseyant sur l'établi qu'il avait monté à côté de son poste de tir, et sortant une cigarette. Il l'alluma rapidement avec le Zipo gravé que Torn lui avait offert au Noël précédent, et inspira profondément la fumée, essayant de ne pas s'énerver sur son amie.

« Tu as peur de lui faire mal ? » ricana-t-elle alors, mauvaise.

« Je vais lui faire mal, et il le sait. J'ai décidé d'attendre parce que je ne veux pas qu'il se retrouve dans l'incapacité de suivre sa formation pendant plusieurs jours. Ça attirerait trop l'attention, et beaucoup de problèmes. J'attendrai les vacances, dans quinze jours. » dit-il finalement d'une voix lasse, préférant lui expliquer que de continuer à se disputer avec elle, et tirant sur sa cigarette lentement.

« Il n'aimera jamais ! Tu vas juste le blesser, et il n'y prendra aucun plaisir ! Il n'est pas comme nous S ! Il est beaucoup trop fragile, et tu le sais parfaitement ! » tempêta la jeune fille en le pointant du doigt, et utilisant ses dernières cartouches.

Après cela, Alic e ne savait vraiment plus quoi lui opposer d'autre, et réfléchissait désespérément. Elle s'en voulait tellement de l'avoir repoussé toutes ses années. Elle ne savait pas pourquoi elle avait agi ainsi. Peut-être parce qu'elle aimait être désirée de cette manière, et en jouer... Elle n'avait pas vraiment prêté attention aux changements d'attitude de son ami, croyant que son envie d'elle serait éternelle. Elle avait pourtant su immédiatement quand Sad s'était découvert un penchant pour les garçons, mais n'aurait jamais cru que cela puisse réellement l'éloigner d'elle. C'était impossible. Il fallait que ce soit elle, sa première ! Pas ce gamin qu'ils se trainaient dans les pattes depuis toujours !

« Je verrai bien ce qu'il aime. »

La voix du jeune homme la sortit brutalement de ses pensées, et elle poussa un petit cri plaintif tandis qu'il poursuivait :

« De toute façon, comme demain nous n'avons aucun entrainement, j'ai déjà prévu de passer la nuit avec lui pour découvrir ses propres penchants, et je suis sûr qu'il aimera ce que je vais lui faire, Alice. Il adorera ça, crois-moi. » susurra-t-il en tirant la dernière bouffée de sa cigarette, et l'envoyant dans l'herbe d'une pichenette.

« T'es qu'un connard Sadistic ! Tu n'as pas le droit de faire ça ! C'est avec moi que tu dois perdre ta virginité ! Moi ! Et pas ce gamin ! Il n'a que treize ans, et jamais il ne te donnera le plaisir que tu recherches ! » hurla-t-elle en perdant à nouveau son calme.

« Parce que toi tu pourrais ? »

« Oui ! Je sais ce que tu aimes, je te connais parfaitement ! »

« Montre-moi. »

La demande prit la jeune fille totalement de court, et elle se figea. Le trouble brilla à nouveau dans son regard émeraude alors qu'elle comprenait, et une lueur de défis la remplaça.

« Bien. » dit-elle simplement en s'approchant.

Elle voulut l'embrasser, glissant sa main derrière la nuque de S en se haussant sur la pointe des pieds, mais il la repoussa.

« Ce n'est pas cette partie-là que j'aimerais que tu embrasses, Alice. » chuchota-t-il en la fixant de ses yeux vairons.

Comme souvent quand il se comportait aussi durement, Alice eut l'impression de voir du rouge dans son oeil brun, et frissonna. Le vert ne lui semblait pas moins dangereux, mais elle n'abandonnerait pas. Elle regarda rapidement autour d'eux, vérifiant qu'ils étaient bien seuls sur cette partie du domaine couvert de prairies et de champs de tir, les bâtiments de l'Institut cachés derrière une colline, et passa ses mains sur le torse musclé face à elle.

Elle pouvait sentir chaque muscle sous le tissu noir du débardeur de son ami, et ne put s'empêcher de se mordre la lèvre en essayant de les imaginer. Sad avait tellement changé... et si vite. Puis elle déboucla sa ceinture, et se laissa tomber à genoux après avoir ouvert son pantalon de toile sombre. Elle allait sortir la verge de son ami quand il la fit tomber brutalement au sol d'un coup de pied en riant.

« Tu croyais vraiment que me sucer allait me faire changer d'avis ? Tu rêves Alice... Je veux Torn, et je l'aurai. Après, peut-être que je m'occuperai de ta pauvre petite virginité que tu as si désespérément cherché à sauvegarder. Si tu me voulais vraiment, tu n'aurais pas attendu que je me décide enfin en choisissant quelqu'un d'autre que toi, crétine. »

Il se redressa en refermant son pantalon, rebouclant sa ceinture en lui souriant, de ce sourire en coin, cruel, qu'elle connaissait si bien et qu'il ne lui avait qu'assez rarement adressé.

La jeune fille avait les larmes aux yeux en se relevant, et se sentait mortellement humiliée. Elle ne voulait pas laisser Sad à un autre... Surtout pas Torn. Elle aimait beaucoup ce gamin, mais l'avait toujours considéré comme un poids mort, et un frein à sa relation qu'elle voulait exclusive avec S. Elle devait bien l'admettre, elle en avait toujours été jalouse. Avec lui, son ami se comportait totalement différemment. Il se montrait doux, tendre, et patient. Elle aurait tout donné pour pouvoir passer ne fut-ce qu'un instant avec ce Sad-là, et pas celui, dur et tranchant, qu'elle connaissait. Même dans son enfance, quand il était toujours triste, S était ainsi. Froid avec elle, même s'ils s'entendaient parfaitement. Et plein de chaleur pour Torn, de trois ans son cadet, cinq pour elle. Elle comprenait bien que, étant plus jeune et fragile qu'eux, S souhaitait le protégé, mais pas qu'il le préfère à elle. Elle avait toujours représenté tout ce qu'il désirait ! Enfin, c'était ce qu'elle croyait, et le rappel à la réalité était bien trop brutal...

« Maintenant que tout est clair, j'aimerai être seul, j'ai deux autres armes à tester avant midi. »

Alice sembla hésiter, mais comme il se détournait déjà, elle n'insista pas, et ramassa la petite boîte en soupirant, avant de s'éloigner tandis que S laissait le passé l'envahir doucement en sortant la deuxième arme de son étui et la montant en vue de son autre séance de tir.

Ce baiser dans les douches qui leur avait valu un long discours moralisateur, et une autre punition fort désagréable à chacun, avait longtemps été l'un de ses meilleurs souvenirs, et l'était même peut-être encore...

Il n'avait que douze ans, mais déjà Alice peuplait ses nuits, et le rendait littéralement fou, même s'il ne le lui avouerait textuellement qu'un an plus tard. Mais la jeune fille, avec ses deux ans de plus, ne s'était réellement laissé embrasser qu'une fois, à cette époque, et il avait fallu un temps considérable pour qu'il arrive à la faire fauter à nouveau. Ils s'étaient fait attraper immédiatement, dans les douches de vestiaires formellement interdits aux garçons. La punition avait été humiliante, lui recevant une sévère correction devant tous les orphelins de l'Institut, et elle plusieurs semaines de corvées, avec le fameux discours moralisateur à l'arrivée pour les deux. Comme quoi, même dans cet établissement qui récupérait les orphelins aux meilleures capacités, physiques ou mentales, et les entrainait en vue de bien des débouchés différents grâce à un riche fou un peu excentrique, les filles restaient mieux traitées, ne recevant que très rarement de sanction physique, fort fréquente pour les garçons. Il aurait adoré écoper de plusieurs semaines de corvées de nettoyage, cuisine, ou autre, plutôt que de recevoir des coups en public. Ce jour-là, le directeur avait fait de son cas un exemple, rappelant à tous que, bien que l'établissement soit devenu mixte depuis plusieurs années, il n'était absolument pas toléré de se lier plus que par une amitié « sincère et franche » avec ses camarades du sexe opposé, comme du sien.

La façon dont le vieil homme aux cheveux grisonnant, même si toujours dans une forme physique époustouflante, avait insisté sur ce dernier point, avait fait se regarder entre eux bon nombre de jeunes recrues. Ce qui avait eu des résultats assez... prévisibles. Il était tellement plus facile de se glisser dans la chambre d'à côté, que de braver tous les périls en devant changer de bâtiments !

Une vague de répression avait alors suivi, assez peu efficace, mais les hormones des jeunes garçons s'étaient en fait rapidement calmées d'elles-mêmes, après ce déchainement fort bref, mais intense. À croire que beaucoup n'avaient souhaité qu'essayer, et qu'une fois leur curiosité satisfaite, toute leur attention avait à nouveau été accaparée par les filles dont les lits semblaient tout aussi inaccessibles qu'auparavant, mais toujours aussi tentants.

À l'époque, S n'avait suivi tout cela qu'avec assez peu d'intérêt, si pas aucun. Il n'y avait qu'Alice pour lui. Enfin, pour ses hormones, soyons réalistes. Jamais il n'avait éprouvé autre chose pour elle que cette amitié « sincère et franche » dont parlait le directeur. Elle était juste parasitée par un désir incessant, oppressant, et dévorant. Il la voulait au point d'en rêver la nuit...

Et lorsque, pour la première fois, il s'était éveillé en sursaut de son premier rêve mouillé, au lieu de regarder de manière idiote les tâches suspectes de couleur blanchâtre qui ornaient ses draps, il avait plutôt empoigné son sexe encore dur, et s'était masturbé presque violemment, sans se poser une seule question, jusqu'à retrouver les douces sensations, et celle, encore inconnue, d'un véritable orgasme. Et son imagination avait ensuite travaillé à plein régime pour lui procurer des visions criantes de réalisme et plus fantasmagoriques les unes que les autres grâce à son excellente mémoire photographique qui lui fournissait la base à partir de laquelle il pouvait tout imaginer. Jusqu'à ce fameux jour dans les douches du vestiaire des filles de second cycle, où, enfin, il avait pu la toucher autrement que par simple amitié, et poser ses lèvres tremblantes et maladroites sur celles de son amie, et fantasme attitré. Le peu qu'il avait goûté avait suffi à alimenter toute une année de rêves plus humides et chauds que précédemment, mais plus jamais Alice ne s'était laissée faire, jusqu'à son aveu sur ces fameux rêves la mettant en scène, où elle s'était faite légèrement moins inflexible, bien qu'il ait dût encore travailler longtemps sa résolution.

Il lui avait offert, à ses treize ans, un pendentif identique au sien, et acheté en même temps lors d'une sortie durant l'une de leurs vacances, réplique en argent d'une lame de rasoir, après s'être rendu compte que, tout comme lui, son amie adorait le goût du sang. Sur S, il avait même un pouvoir totalement aphrodisiaque, sa simple odeur ayant des effets assez dévastateurs avant qu'il n'apprenne à se contrôler, se mettant même à fumer pour atténuer la portée de son odorat, et elle s'était longtemps plu à le taquiner sur ce point assez délicat, chose qu'il s'était empressé de retourner contre elle. Il avait alors pu instaurer des sortes de câlins entre eux, où ils partaient à la découverte du corps de l'autre, et de leur fascination à tous deux pour ce fluide vitale. Mais Sad s'était finalement détourné de cela, lorsque son intérêt avait été piqué au vif par une toute nouvelle découverte sur lui même.

Vers ses quatorze ans, il avait découvert que la vue de la souffrance physique l'excitait terriblement. Ressentir la sienne lui plaisait aussi, mais beaucoup moins que celle d'un autre, et n'était absolument pas comparable avec ce qu'Alice lui laissait entrevoir lorsqu'elle le laissait la mordre ou la couper pour goûter à son sang.

Il avait réellement découvert son attrait pour la douleur en voyant l'un de ses aînés se faire battre un jour d'été, violemment, pour avoir désobéi à un ordre direct, et avoir manqué faire exploser l'un des laboratoires de chimie avancée. C'était aussi à ce jour-là qu'il avait été pour la première fois attiré par un autre garçon, même s'il n'y avait pas vraiment prêté attention sur le moment.

Le jeune homme, Damian, était en première année de formation supérieure, et avait dix-huit ans.

Le voir, torse nu, portant un short beige pâle lui arrivant jusqu'aux mollets, et des bottines en cuir brun, à genoux au centre d'un terrain d'entrainement extérieur, fait de terre battue sous un soleil de plomb, soumis avec les mains attachées par une barre de bois derrière la nuque, l'avait énormément troublé. C'était pourtant loin d'être la première fois que ce genre de spectacle se déroulait sous ses yeux, quand ce n'était pas lui qui y avait droit, mais ce jour-là, son regard avait changé. Il avait alors pris le temps de tourner autour de l'espace vide créer par ses condisciples rassemblé pour assister à la punition du jeune homme, et l'avait détaillé.

Son torse, finement dessiné, et comme gavé de soleil, était luisant de sueur, et celle-ci collait aussi certaines mèches de ses cheveux brun foncé, en batailles, contre son front luisant. Damian haletait déjà, ayant été obligé de courir plusieurs fois autour du bâtiment, un des préfets le harcelant pour qu'il aille encore et toujours plus vite, jusqu'à ce qu'il puisse enfin se laisser tomber à genoux à sa place actuelle. Ses bras, relevés, avaient de longs muscles fins et déliés, et se contractaient par moment sous l'effort qu'il faisait inconsciemment pour lutter contre ses liens. Sa taille étroite, aux abdominaux tendus et aux hanches formant un V, avait donné envie à S d'y glisser la main, pour sentir si sa peau avait l'air aussi douce qu'elle le paraissait, et ses muscles aussi dur, malgré le fin film de sueur qui les recouvrait. Seules ses jambes lui étaient difficiles à juger, et il s'étonna lui même de ressentir autant d'intérêt pour un corps autre que celui d'Alice.

L'adjudant en chef vint finalement rejoindre le fautif, le tirant par les cheveux et débitant tout ce qu'il lui était reproché d'une voix grave et forte. Le fait qu'il ait manqué faire exploser l'un des labos par accident n'était, en soi, par une faute si terrible, même si beaucoup auraient pu se retrouver blessés. L'erreur arrivait pendant leur formation, et ils étaient ici pour apprendre de celles qu'ils feraient tous immanquablement. Non, le véritable problème venait de son refus d'obtempérer à un ordre direct. Ce type d'insoumission n'était jamais tolérée, et était immanquablement et lourdement punie.

À l'aide d'une trique en bois souple, l'adjudant se fit un plaisir de le rouer de coups, dans le dos où les muscles jouaient sous la peau dorée, en partant des omoplates jusqu'au creux des reins, et décomptant chacun d'eux à voix haute. La chair bronzée se couvrit rapidement de large zébrure rouge en relief, et comme Damian ne pouvait prendre appui sur ses mains attachées, il finit par s'effondrer, tête la première, au sol, où il reçut la dernière série de coups.

Sans même s'en être rendu compte, Sad avait saisi son pendentif dès le début de la correction du jeune homme qu'il connaissait à peine, et l'avait serré à s'en ouvrir la paume sur la lame véritable qu'il avait fixée à l'arrière de la fausse en les aimantant toutes deux. Son autre main s'était crispée sur sa cuisse, manquant déchirer la toile noire de son pantalon, à quelques centimètres de sa première érection douloureuse. Jamais auparavant son désir n'avait été à ce point éveillé. Même pas par le sang, qui le plongeait pourtant toujours dans un état proche de la transe. Et encore moins pour Alice. Pour la première fois de sa vie, il ressentait un désir qu'il ne contrôlait absolument pas. Celui créé par le sang, salé, de son amie était parfois dur à brider, mais pas impossible. Tandis que là, il dut se précipiter dans le premier bâtiment venu, et s'enfermer dans la cabine de l'une des douches au fond de celui-ci, remerciant le ciel qu'il s'agisse d'une aile réservée aux garçons. Il détesterait se faire surprendre ainsi par une filles, ou pire, l'une de leurs adjudantes qui ne manqueraient pas de vouloir le ridiculiser.

Il ne s'était encore jamais caressé en journée, en dehors de sa propre chambre, ou sa douche, et se sentait un peu troublé d'avoir à se soulager de cette manière. Mais à peine fermait-il les yeux pour essayer de faire reprendre un rythme normal à sa respiration saccadée, et son coeur tambourinant, que les images de Damian en train de se faire battre le renvoyaient à son propre désir incontrôlable, et insoutenable. Il ouvrit son pantalon avec des mains tremblantes, débouclant rapidement sa ceinture et tirant sur les boutons, jusqu'à pouvoir extirper sa verge tendue de son boxer rouge sombre. Dévoiler son gland en tirant doucement la peau en arrière lui arracha un soupir lourd, le plaisir se faisant déjà fort. Sa main se mit en mouvement lentement, glissant sur son sexe avec délicatesse, tandis qu'il portait le revers de l'autre à ses lèvres, glissant deux doigts entre ses dents pour les mordre et contenir les gémissements rauques qu'il pourrait laisser échapper. Les sensations lui semblaient bien plus fortes que d'habitude, et c'est les paupières closes qu'il laissa enfin la vision du jeune homme se faisant battre lui revenir, si réaliste qu'elle manqua le faire jouir dès le rappel du premier coup. Un bruit le stoppa net dans sa montée étonnement rapide vers l'orgasme, et il entendit deux personnes converser dans la partie commune des douches.

Sad était totalement perdu. La main qui enserrait son membre gorgé de désir, dont il fixait désormais le bout où perlait une goutte transparente, semblait prendre vie d'elle-même, et il n'arrivait pas à se retenir. Pressant plus fort tout en tendant l'oreille, il vit un peu plus de liquide séminal s'échapper de la petite fente rosée au sommet de son sexe, et l'étala du pouce. Il dut mordre violemment sur ses annexes toujours coincées entre ses dents pour ne pas gémir quand il resserra sa prise en arrivant sous le gland, redescendant aussitôt pour mieux recommencer, son rythme restant lent, seule chose qu'il pouvait faire pour se retenir, n'arrivant toujours pas à s'arrêter totalement.

C'est alors qu'un nom attira son attention, venant des deux garçons toujours dans la partie commune :

« Il est parti où Damian ? Ils l'ont mis au mitard ? »

« Nan, il était trop amoché. Stanford n'y a pas été de main morte, t'as vu son dos ! Il va plus savoir porter un sac avant des jours ! »

« Quel con quand même... »

« Ouais, j'te l'fais pas dire. En plus paraît que le doc ne rentre pas avant ce soir, donc il va devoir rester avec son dos dans cet état jusque-là ! »

« Malin ça... L'un des préfets n'aurait pas la clé de l'infirmerie ? »

« Si, surement. Mais je doute que l'un d'eux accepte de l'aider après sa petite mutinerie ! Ça lui fera les pieds, à ce crétin. »

« T'as raison. Hey, tu me prêteras ton savon, je dois en recommander au dispensaire. »

« À l'aise, tiens, repasse-le-moi quand tu as fini. »

S entendit la porte de deux cabines de douches être refermée l'une après l'autre, et l'eau se mettre à couler, mais son esprit était déjà ailleurs. Il savait que l'idée tordue qu'il venait d'avoir risquait de lui apporter pas mal d'ennui, mais après tout, ce serait sa parole de numéro un de son cycle contre celle d'un pseudo-traitre... Refermant son pantalon après avoir rangé son sexe toujours aussi raide au prix d'un immense effort, il sortit silencieusement des vestiaires, et retourna jusqu'à sa chambre pour prendre le matériel nécessaire à la réussite de sa petite mission-presque-suicide, mais si excitante. Celle-ci n'aurait aucune chance de fonctionner si Damian n'avait pas les mêmes penchants qu'une bonne partie de ces condisciples avaient acquis après ce que tout le monde appelait maintenant « l'accident de l'amitié franche devenue profonde », mais grâce aux informations qu'il s'était toujours efforcé de retenir pour le cas où elles pourraient devenir utiles, comme celui-ci, il savait que le jeune homme avait fait partie de ceux se glissant d'une chambre à l'autre, plutôt que de tenter la traversée de leur No man's land personnel jusqu'à celles des filles. Il n'y avait plus qu'à choisir entre une approche subtile, ou directe.

Attrapant son sac et allant fouiller dans le tiroir de son bureau, il en sortit de la crème antiseptique ainsi qu'une bouteille d'alcool, un baume apaisant, une autre crème pour les ecchymoses, et des bandes de gaze avec de quoi faire un pansement pour protéger son dos le temps que les onguents pénètrent. Un sourire presque sadique étira ses lèvres, qu'il avait à cet âge encore un peu fines, en imaginant que, s'il décidait d'utiliser la manière douce, il pourrait aller jusqu'à se faire passer pour un bon petit samaritain. Ce qui n'était absolument pas.

Malheureusement, en ressortant de sa chambre, et quittant son bâtiment, il rencontra Torn, qu'il ne voyait plus que rarement depuis qu'ils avaient choisi un cursus différent, et qu'ils n'avaient presque plus aucun cours ou formation en commun. Du haut de son tout petit mètre quarante, et de ses onze ans de l'époque, Torn lui semblait toujours être un enfant malgré la vie dure qu'ils menaient tous à l'Institut, et qui leur faisait atteindre une maturité souvent presque excessive pour leur jeune âge. Et il ne lui accordait plus beaucoup d'attention depuis le réveil, brutal, de ses hormones, et tout ce qui en découlait. Cela ne l'empêchait pas d'encore passer les après-midi de certains week-ends avec lui et Alice, mais était simplement devenu plus rare. Ils étaient arrivés ensemble à l'Institut, et avaient été longtemps inséparables, mais en grandissant, ils s'étaient quelque peu éloignés l'un de l'autre...

« Suky ! » cria joyeusement Torn en lui bondissant dessus, ses grands yeux d'un magnifique bleu turquoise pétillant alors qu'il lui souriait, sa peau d'une blancheur de lait se couvrant d'une jolie teinte d'un rose soutenu.

« Hey, m'appelle pas comme ça ! » le gronda-t-il en ébouriffant ses cheveux châtain clair aux mèches presque blondes les striant. Plusieurs d'entre elles lui barraient les yeux, et lui donnèrent un air de chien battu quand le jeune garçon lui fit une moue craquante, réussissant presque à le culpabiliser de l'avoir réprimandé.

« Tu viens jouer avec moi ? » demanda alors Torn.

« Je suis désolé p'tit ange, mais pas maintenant, je n'ai pas le temps. »

« Mais... »

Il déposa un rapide baiser sur le front du jeune garçon en l'interrompant, et s'éloigna à grands pas, essayant d'ignorer la petite plainte étouffée que poussait celui-ci.

Il se remémora facilement les plans des bâtiments principaux pour y retrouver le dortoir attribué aux membres de l'Institut ayant choisi de suivre une formation en supérieur, et s'y dirigea rapidement. Dans le bâtiment, étonnement frais après la touffeur de l'extérieur, et lut les noms indiqués sur chaque porte. Enfin, il trouva celle qu'il cherchait, et n'eut plus qu'à espérer que Damian soit bien dans sa chambre, et que personne n'ait déjà eu pitié de lui. Il ricana doucement en pensant que son geste était motivé par toute autre chose, et toqua. Comme personne ne répondait, il entrouvrit la porte, avant de l'ouvrir en grand. Damian était bien là, allongé sur le ventre, dans son lit, ses bottines toujours aux pieds. Sans un mot, S entra, refermant derrière lui et glissant le cale qui servait de système pour verrouiller les portes, ce moyen servant à contourner l'interdiction de le faire avec une clé.

Il s'approcha ensuite tout aussi silencieusement, ne s'étant toujours pas décidé sur la manière dont il allait procéder, et observa rapidement la chambre. Celle-ci avait des murs blancs, comme la sienne, mêmes meubles de bois clair, la seule différence notable était le bureau en désordre, et le mur qui le surplombait recouvert de poster montrant des véhicules en tout genre, militaires pour la plupart. Mais S s'en moquait, son érection s'étant à nouveau éveillée à la vue du magnifique dos hâlé, zébré de longues lignes rouges en relief, lorsqu'il eut fini de regarder autour de lui.

« Qu'est-ce tu veux ? » chuchota alors Damian en tournant la tête vers lui, glissant ses bras en dessous de sa joue sur lesquels il resta appuyé.

« Te soigner. » répondit-il tout aussi bas en venant s'assoir sur le lit à côté du blessé, posant son sac sur ses genoux.

« Et pourquoi donc le grand Sad voudrait-il m'aider ? » demanda le jeune homme, étonnant S sous l'appellation étrange, et ne sachant même pas que Damian connaissait son pseudonyme.

« Le grand Sad ? »

« Fais pas l'con. T'es le premier de ta promotion chaque année. Si tu parlais un peu plus aux autres, tu saurais que ça cause pas mal sur toi, vampire. »

Fronçant les sourcils, S tâcha de ne pas montrer son agacement. Par contre, pour l'approche subtile, cela lui semblait totalement foutu.

« T'as raison, j'ai aucune envie de t'aider. Et comme tu sais déjà que je suis pas net, autant être clair plutôt que de jouer les hypocrites. Ta douleur m'excite, et comme personne ne te soignera avant ce soir, voir demain matin si le doc rentre tard, je vais le faire. » expliqua-t-il calmement en ouvrant son sac et montrant ce qu'il avait pris dans sa chambre, et que tout le monde devrait posséder selon lui, surtout ici.

« Et qu'est-ce que tu veux en échange ? »

« Que tu me suces pendant que je te soigne. » dit-il avec un sourire en coin, ravi que Damian n'ait fait aucun commentaire sur son excitation étrange.

« Non mais je rêve ! T'as enfin fini de baver sur ta pouffiasse de copine ? » se moqua le jeune homme en se redressant sur un coude, grimaçant quand la peau de son dos fut étirée par le mouvement.

« P'tain mais tu m'espionnes ou quoi ? »

« Peut-être... » susurra Damian en se redressant totalement, le prenant de court quand il l'attrapa par la nuque pour écraser ses lèvres sur les siennes, forçant le passage d'une langue gourmande.

Surpris, S le laissa faire, gardant les mains sur son sac, et ne répondant qu'à moitié. Ce n'était pas de ça qu'il avait envie, et il le lui fit finalement comprendre en allant griffer légèrement le dos meurtri du bout des ongles.

Damian se tendit contre lui, ses doigts s'enfonçant dans son cou qu'il enserra avec l'autre main, et il le fit basculer sur son lit, le recouvrant de son corps.

« Et si j'ai envie de plus que de te sucer ? » murmura le jeune homme en relâchant sa bouche.

« Tu peux aller crever. »

« Hmm... Ok, c'est bon. Soigne-moi d'abord. » décida-t-il finalement en se laissant rouler à côté de S sur le ventre.

« Et puis quoi encore ? Tu me suces pendant que je m'occupe de ton dos. »

Damian soupira, mais acquiesça, et S fut sûr que le jeune homme devait avoir déjà eu des vues sur lui pour céder aussi facilement, les zébrures n'ayant en fait pas l'air de le faire tellement souffrir. Il se redressa, et s'assit en travers du lit en prenant appui contre le mur, indiquant à Damian de s'allonger sur le flanc, perpendiculairement et le dos vers lui. Celui-ci ne se fit pas prier, et pendant que Sad récupérait ce dont il avait besoin, il ouvrit sa ceinture et son pantalon, massant une seconde la bosse qui déformait le boxer rouge sombre. Puis il sortit doucement le sexe gonflé, et laissa un sifflement admiratif lui échapper.

« Et bien ! Dame nature t'a vraiment gâté ! »

« Si tu le dis. »

« Ouais je le dis... » ria-t-il doucement en se léchant les lèvres, appuyé sur un coude entre les jambes de S.

Ce dernier passa alors la main sur le dos brulant, l'effleurant du bout des doigts en faisant se cambrer Damian sous la douleur. Il griffa ensuite une des longues zébrures rouge vif, mais le blessé voulut l'arrêter :

« Hey ! C'est me soigner que tu dois faire, pas me faire mal ! »

« Je vais faire les deux. » ricana-t-il en prenant la crème antiseptique. « Maintenant tu la fermes, et tu me suces. »

« T'es vraiment un gars char— »

Il fut interrompu par une main qui le poussa brutalement contre l'entrejambe tendu, et ce fut avec un regard noir qu'il prit enfin la verge raide et coulante de besoin entre ses lèvres, faisant soupirer de bien-être S. Jamais il n'avait encore connu ce plaisir-là, Alice le lui ayant toujours fermement refusé, se contentant de le caresser avec ses mains, et encore, quand il insistait assez.

La bouche chaude et humide téta un instant le gland devenu douloureusement sensible, lui arrachant un halètement, et il baissa lentement le regard sur Damian. Celui-ci avait les yeux fermés, concentré sur ce qu'il faisait, et S passa sa main dans ses cheveux, appuyant sur son crâne pour le forcer à prendre le membre épais plus profondément. Un grognement lui répondit, mais il ne se laissa pas attendrir, poussant encore et le jeune homme laissa glisser la chair dure plus loin. Les sensations se firent plus fortes quand Damian fit ressortir la verge luisante de salive, et la reprit immédiatement, le pompant de plus en plus rapidement.

« J'aime... » chuchota-t-il tout bas en se mordant les lèvres.

Le plaisir lui donna un instant le vertige, mais son attention fut à nouveau attirée par le dos doré et abimé. Il changea finalement d'avis, attrapant la bouteille d'alcool, et l'ouvrit avant d'en laisser couler sur la peau sensible, arrachant un cri au jeune homme, son sexe expulsé brusquement de la cavité brulante le faisant frissonner au contact de l'air plus frais.

« Mais ça va pas ? » hurla Damian en voulant se redresser, mais S le rattrapa par la nuque, posant le fond de la bouteille ouverte contre son dos, et rapant la chair blessée avec.

« Je t'ai dit que j'allais te faire mal en te soignant, alors tu te laisses faire, et tu continues ce que ta délicieuse petite bouche fait si bien. » ordonna-t-il, et après avoir écarquillé les yeux un instant, Damian capitula, allant reprendre sa verge en bouche en la tenant d'une main.

S avait bien conscience de ne pas le soigner correctement, mais sincèrement, c'était le cadet de ses soucis. Il referma la bouteille et passa sa main pour étaler le liquide qui s'évaporait déjà, faisant gémir le jeune homme autour de son membre en lui envoyant de délicieuses vibrations.

« Plus vite ! » souffla-t-il d'une voix rauque en faisant à nouveau jouer ses ongles, remontant depuis les reins jusqu'aux épaules en serpentant, son autre main à nouveau sur le crâne de Damian pour lui imposer son rythme.

La docilité avec laquelle l'autre orphelin se laissait faire l'étonnait un peu, s'étant toujours imaginé qu'il était une forte tête, mais elle lui plaisait aussi énormément, ne rendant les choses que plus faciles. Son excitation était telle qu'il n'aurait pas aimé devoir se battre.

Sentant l'orgasme monter, il prit finalement l'une des crèmes, se moquant bien de laquelle, et en déposa sur le dos meurtrit après l'avoir débouchée. Il l'étala rapidement, puis rangea avec le reste de ses affaires le tube refermer dans son sac pour enfin pouvoir se concentrer sur cette toute première fellation.

Il supposait que Damian devait avoir l'habitude, en plus d'être doué, vu la vitesse avec laquelle la jouissance se faisait ressentir, et pinça légèrement la peau rougit au niveau de ses reins, faisant geindre le jeune homme qui s'activait de plus en plus rapidement. Ses doigts se resserrèrent sur la nuque bronzée, et il le força à s'abaisser encore, voulant sentir son gland taper au fond de sa gorge.

Damian essaya de résister, ne se sentant absolument pas prêt pour cela, mais S se libéra brutalement sans le prévenir, manquant l'étouffer avec la première giclée de sperme âcre qui envahit sa bouche. Il réussit à déglutir péniblement, et suivit le mouvement que Sad lui imposa avec ses hanches, ondulant entre ses lèvres pour drainer totalement son orgasme en le faisant soupirer lourdement.

Celui-ci lui souleva ensuite le menton, faisant glisser sa verge qui se radoucissait hors de sa bouche, et lui essuya les lèvres de son pouce.

« Merci. » chuchota-t-il en lui souriant.

« Va t'faire foutre S. » cracha Damian en se redressant sur les genoux, son dos lui faisant encore plus mal qu'avant.

« Pas pour l'instant, mais c'est gentil de proposer ! » ricana-t-il en se rajustant, et sautant sur ses pieds.

Une seconde, ses jambes flageolèrent, mais le monde cessa rapidement de tanguer autour de lui, et il attrapa son sac. Il se pencha soudainement vers le jeune homme toujours agenouillé sur son lit, et l'attira à lui pour l'embrasser durement. Le goût de sa propre semence sur la langue qui venait de lui procurer autant de plaisir le fit sourire, puis il se recula en lui caressant la joue.

« Si tu te fais encore corriger, je reviendrais te voir ! » se moqua-t-il en se dirigeant vers la porte.

Il évita le coussin que Damian lui lança rageusement en décoinçant le cale de bois, et sortit presque en sautillant, ravi de cette conclusion à cette étrange excitation qu'il venait de se découvrir.

Pendant longtemps, il se contenta de ce genre de plaisir, retournant voir Damian régulièrement, même si le jeune homme ne s'était pas fait corriger, ce qui arriva de moins en moins souvent au fil du temps, et c'est ainsi que beaucoup se mirent à le surnommer Sadisctic**, en rallongeant son tout premier pseudonyme.

À suivre...

* Sad veut dire triste en anglais.
**Venant de sadique, évidemment.