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NDA : Tout m'appartient.

Bonne lecture.


Une tempête avait été annoncée depuis plusieurs jours sur les États du Maryland et de la Virginie, comprenant également le District de Columbia. Les nuages menaçants avaient fait leurs apparitions dans la matinée, mais s'étaient amoncelés pendant des heures pour finalement en faire la tempête annoncée. Dans l'avion, Colin avait hâte de rentrer, son voyage d'affaires à Madrid c'était très bien passé, et il avait réussi à conclure leur contrat.

Regardant par le hublot, il s'aperçut que les éclairs devenaient de plus en plus fréquents, jusqu'à ce que finalement, l'un d'eux les touches. Il savait qu'ils ne risquaient pas grand-chose, mais ils n'étaient pas pour autant à l'abri. Alors qu'ils s'approchaient de Washington, l'avion se mit à vaciller. Certaines personnes commençaient à se poser des questions et sa voisine se mit à trembler.

Alors qu'il allait lui parler, l'avion pencha soudainement sur la droite pour revenir droit. La voisine de Colin avait hurlé et se cachait dans ses mains. Il posa doucement une main sur son épaule en signe de réconfort.

- Calmez-vous, Madame, ce n'est rien, ne vous inquiétez pas.

- Je n'aime pas l'avion, j'en ai peur.

- Je suis là, vous pouvez compter sur moi, lui sourit-il gentiment.

La femme se tourna pour le regarder avec reconnaissance. Mais l'avion recommença. Ils entendirent alors les hôtesses leur demander d'attacher leur ceinture. Ce qu'il fit rapidement. Voyant que sa voisine n'y arrivait pas, il lui prit l'attache des mains et l'aida à s'attacher. Et c'est là que le cauchemar commença.

L'avion descendait pour atterrir, toujours balancé par les rafales de vent. Les hôtesses s'étaient elles aussi attachées et des cris retentissaient dans tout l'avion. Alors que Colin regardait par le hublot, il vit les lumières de la ville en dessous.

Mesdames et messieurs, nous vous informons que nous avons des soucis de train d'atterrissage, ceux-ci ont subi une avarie lors de la traversée de la tempête et il nous est impossible de les sortir. Nous vous demandons de veiller à ce que vous soyez tous attacher. Nous allons essayer de nous poser. Mettez vos mains sur vos têtes.

Colin paniquait, seulement il fit de son mieux pour ne pas le montrer à sa voisine qui se mit à pleurer. Il lui prit la main et la tira vers lui pour la protéger. Il mit sa tête sous la sienne et l'entoura de ses bras tout en se protégeant.

L'avion tanguait dans tous les sens, les bruits sourds de la carlingue les apeuraient et finalement il se posa sur le ventre le faisant trembler. Les sacs qui se trouvaient au-dessus d'eux leurs tombèrent dessus, les passagers hurlaient de peur, tout comme sa voisine qui le tenait fermement. Seulement la chute de l'avion les fit tellement bouger, que l'accoudoir s'enfonça dans les côtes de Colin, le faisant crier de douleur. Son bras, qui était déjà dans une position inconfortable se retrouva coincé entre les sièges qui avaient bougés avec la déformation de l'avion.

Lorsque l'avion cessa de bouger, ils soufflèrent de soulagement, seulement, lorsqu'ils relevèrent leurs têtes, ils s'aperçurent que l'avion était à la verticale.

- Pourquoi on est comme ça ? demanda la femme, apeurée.

- Je ne sais pas.

Pourtant, Colin essaya de tourner son visage, car il était coincé et s'aperçut qu'ils étaient au-dessus de l'eau en regardant le hublot. Il lâcha un ô mon Dieu de désespoir, achevant sa voisine, qui pleurait. Alors qu'il se retournait pour la calmer, il sentit l'avion bouger. Instinctivement, il reprit la même position pour la protéger et ils ne purent entendre qu'une sorte de déchirure métallique et la carlingue retomber violemment au sol.

La force de l'impact déforma définitivement l'avion et les sièges se décrochèrent pour s'arrêter sur ceux de l'arrière. Son bras, déjà douloureux, était coincé entre les sièges.

Colin tenait toujours contre lui sa voisine qui ne pleurait plus. Inquiet, il essaya de bouger et s'aperçut qu'elle était inconsciente. Il réussit à poser ses doigts sur sa jugulaire et soupira en comprenant qu'elle avait dû perdre connaissance à cause de la peur. Il constata alors que l'avion s'était coupé en deux et qu'ils reposaient à moitié dans le Potomac.

Il savait que les pompiers ne tarderaient pas à arriver, et fit alors preuve de courage en réveillant sa voisine pour la garder éveillée.

- Madame, Madame réveillez-vous !

Il n'osait pas la secouer pour la réveiller il usa alors de petites tapes sur les joues et cela fonctionna. La femme se réveilla et son regard se posa sur lui. Voyant ses interrogations il lui expliqua.

L'avion a subi une avarie et il n'a pas pu se poser correctement, nous avons certainement glissé et le nez de l'avion se trouve dans le Potomac alors que nous on est coincé entre l'eau et le bord de la piste.

- Comment… comment je…

- Nous nous sommes protégés. Avez-vous mal quelque part ?

- Au dos, et aux jambes, je crois…

- D'accord, n'essayez pas de bouger, mais rester éveillez. Si vous vous sentez partir, serrer ma main. D'accord ?

- Oui.

- Les secours vont bientôt arriver.

La pluie s'abattait sur Washington depuis plus de trois heures maintenant, et à en croire les prévisions à la télé, cela allait continuer toute la journée et toute la nuit. Les nuages devenaient de plus en plus gris et ne cessaient de déverser son trop-plein de pluie. Un éclair éblouit le visage soucieux de Ian qui regardait à travers la baie vitrée de son appartement.

La luminosité laissait apparaitre les traits inquiets de Ian qui tenait fortement sa tasse de café entre ses mains. Ses pensées étaient toutes tournées vers son amant qui aurait dû être revenu il y a déjà plus de deux heures. Qu'est-ce qu'il faisait ? Où se trouvait-il ? Pourquoi ne l'appelait-il pas ? Toutes ces questions tournaient et tournaient encore dans sa tête. Finissant sa tasse, il alla la déposer dans la cuisine avant de finalement allumer la télévision pour écouter les informations.

Alors que la journaliste énonçait les titres principaux, Ian regardait pour la énième fois son téléphone. Il tenta une nouvelle fois de joindre son compagnon, mais il tombait toujours sur sa messagerie. Il décida alors de laisser un message.

- Mon amour, où es-tu ? Je m'inquiète, appelle-moi dès que tu peux. Je t'aime.

Il venait de raccrocher, que son téléphone fixe sonna. Il alla décrocher.

- Mr Anderson, je suis Mr Larson, le patron de Mr Alister. Je suis désolé de vous déranger, mais pourrais-je parler à Mr Alister ?

- Je suis désolé, Monsieur, mais Colin n'est pas encore revenu.

- Comment ça ?

- Et bien avec cette tempête, je pense que son avion a dû prendre du retard.

- Il devait être là pour quinze heures ! s'emporta le patron au téléphone.

- Et il devait revenir à treize heures trente ! Je le sais, cela ne sert à rien de vous énerver, Monsieur.

- Écoutez, je n'en ai rien à faire de savoir qu'il n'est pas revenu vous voir ! Mais il doit venir immédiatement ! Et qu'il arrive très vite où je pourrais envisager de trouver quelqu'un d'autre !

- Vos menaces ne sont pas nécessaires. Vous savez très bien que Colin est ponctuel ! Alors s'il n'est pas là, c'est qu'il doit être retardé !

- À la seconde où il arrive, il a intérêt à venir !

Énervé, Ian raccrocha au nez du patron de son compagnon. Il ne l'avait jamais aimé, mais là, il avait poussé le bouchon beaucoup trop loin ! Osez le menacer de licenciement c'était la goutte d'eau ! Comme si lui ne s'inquiétait pas de son retard ? Il était fou d'inquiétude.

Alors qu'il raccrochait et qu'il allait se replacer devant la fenêtre, la voix de la journaliste l'interpela.

l'avion en provenance de Madrid à destination de l'aéroport Ronald Reagan de Washington aurait eu un ennui de train d'atterrissage. Notre journaliste nous a informés que le nez de l'avion s'est détaché du reste. L'avion se trouve actuellement le nez dans le Potomac. Nous rappelons que l'avion numéro AA2649 en provenance de Madrid a subi les méfaits de la tempête et a dû se poser en catastrophe à l'aéroport Ronald Reagan. Malheureusement, la pluie qui s'abat en ce moment même sur la ville a laissé une couche d'eau sur la piste et l'avion n'a pu se poser sans dommage. Celui-ci a glissé sur le ventre et s'est complètement ouvert. Il s'est arrêté, le nez dans le Potomac. Pour le moment nous ne savons pas comment se portent les passagers, mais nous savons qu'ils vont être évacués à l'hôpital Saint-Elizabeth…

Ian n'écouta plus rien. Il avait reconnu le numéro de l'avion… et là, plus aucune pensée ne put venir dans la tête de l'homme. Il dut se reprendre quelques secondes plus tard et là, il se précipita dans sa chambre, pour prendre sa veste et revint vers le salon pour attraper son téléphone et ses clés. Il ne prit pas la peine de passer par l'ascenseur et prit les escaliers de secours jusqu'au garage. Il monta dans sa voiture et s'engagea dans sa rue.

Sur le tarmac, les ambulances, les camions de pompiers et les policiers se croisaient. Les pompiers se relayaient pour venir éteindre le feu qui s'était déclaré et que la pluie ne pouvait étouffer. L'aéroport fut fermé et tous les avions sont déroutés sur un autre aéroport. Les journalistes s'amassaient derrière les grilles à l'affut de la moindre image.

La voiture filait au travers de la ville. Ian doublait dès qu'il le pouvait. Tout ce qu'il pouvait retenir c'est que l'avion de son amant s'était écrasé sur l'aéroport et que les blessés étaient évacués à l'hôpital le plus proche. La radio déballait les informations avec monotonie, mais cela ne calmait en rien les appréhensions du conducteur dont les mains étaient tellement crispées sur le volant que ses phalanges blanchissaient.

Et enfin, il entrevoyait les immenses bâtiments qui abritaient l'hôpital, caché derrière une petite forêt. Ian s'approcha et trouva la première place près de l'entrée. Il se gara et sortit de sa voiture, ne prenant même pas la peine de se protéger de la pluie battante. Il voyait des groupes de personnes se diriger également vers l'entrée.

Lorsqu'il entra, Ian fut surpris de voir autant de blessés. Des lits étaient même installés dans les couloirs, les infirmiers et les médecins couraient de patient en patient. Les paroles prononcées par tous formaient un brouhaha assourdissant. Il fit quelques pas, regardant chaque recoin de l'hôpital pour trouver son compagnon.

Son regard se posait partout, il voyait des personnes pleurant, grimaçant de douleur, ou même inconsciente. Mais il ne vit pas Colin. Paniqué, il se tournait et se retournait pour voir s'il n'avait pas loupé un endroit. Une infirmière le vit et s'approcha doucement de lui.

- Monsieur ? Avez-vous besoin d'aide ?

- Oui, je cherche mon compagnon.

- Comment s'appelle-t-il ? la questionna-t-elle sans montrer son étonnement sur ce qu'il avait dit.

- Il s'appelle… s'appelle… Alister Colin.

- C'est son nom Alister ?

- Oui.

- Venez, je vais regarder dans le registre, mais tout le monde n'est pas encore arrivé.

Ian la suivit à travers le couloir et ils s'arrêtèrent au bureau du secrétariat. De là, l'infirmière en sortit un carnet où beaucoup de noms étaient inscrits à la main et par des personnes différentes, constata Ian à la vue des différentes écritures. L'infirmière glissa son doigt près des noms et Ian regardait en même temps. Ses mains tremblaient de peur et plus il avançait dans la liste et plus il appréhendait.

- Il n'est pas dans la liste, déplora la jeune femme en relevant la tête.

- Ce n'est pas possible il doit être là !

- Tout à l'heure je vous ai dit que tout le monde n'était pas encore arrivé.

- Mais…

- Calmez-vous, je suis sûre qu'il va bientôt arriver.

Les ambulances se suivaient les unes derrière les autres à travers la ville. Les passants se retournaient aux sons des sirènes. La plupart n'avaient pas eu vent de l'accident et se demandaient bien ce qu'il se passait. Le sombre jour du onze septembre leur vint dans la tête et ils se demandèrent si une action terroriste avait de nouveau eu lieu. Les magasins de hi-fi avaient branché leurs téléviseurs sur les chaînes d'informations.

Dans l'une des ambulances, un homme était couché sur le brancard et répondait aux questions qu'ont lui posaient.

- Vous avez d'autres maux ? Mal quelque part ?

- Juste au torse, comme si on me la comprimait. Au bras aussi.

- Oui, il est cassé, dès notre arrivée à l'hôpital vous serez pris en charge et ils vont le plâtrer.

Le médecin nota toutes ses observations sur son carnet qui serait donné aux infirmiers. Alors que l'ambulance s'arrêtait devant l'entrée, il se leva pour ouvrir les portes arrière. Ses collègues l'aidèrent à descendre le brancard pour l'emmener directement aux urgences. Ils furent immédiatement pris en charge par une infirmière. Colin put constater qu'il n'était pas le seul et que d'autres étaient bien plus blessés que lui.

- Vous êtes débordés n'est-ce pas ? demanda-t-il à l'infirmière qui lisait les notes.

- Oui, et tout le monde n'est pas encore arrivé.

- Je n'ai qu'un bras cassé, occupez-vous des personnes qui en ont vraiment besoin.

- Non, nous avons un plan dans ce genre de situation. Je vais prendre votre tension et demander de vous faire des radios.

Ian déambulait dans les couloirs quand il vit au loin son compagnon. Sans plus réfléchir, il s'élança dans les couloirs, s'écartant pour ne pas gêner le personnel hospitalier. Il ralentit en arrivant près de Colin et posa sa main sur sa bouche en voyant les égratignures sur son corps et le sang qui coulait de certaines blessures. Son bras, caché en dessous d'un linge devait certainement dissimuler une blessure. Il voyait qu'une infirmière s'occupait de lui.

- Je vais vous emmener dans une chambre et un brancardier viendra vous chercher pour monter en radiologie.

- Colin…

La voix qu'il avait désespérément cherchée pendant ces longues minutes qu'avait durée l'accident retentissait près de lui. Tournant son visage, il le vit, là, s'avançant vers lui. L'infirmière regardait l'homme s'approcher d'eux. Il portait un jean beige avec un pull noir et une veste noire. Ses cheveux châtain tombaient sur son front à cause de la pluie qui les avait mouillés. Elle ne put réfuter le fait qu'il était craquant, mais ses yeux bruns ne regardaient que son patient.

Ian quant à lui ne voyait que son compagnon, ses vêtements étaient complètement en lambeaux, et ses yeux brillaient de douleur. Il s'approcha un peu plus et s'arrêta près du lit.

- Mon Dieu, comment vas-tu ?

- J'ai le bras cassé, et ils doivent me faire des radios.

Colin voyait le regard brillant de son compagnon. Alors de sa main valide, il alla attraper l'une des siennes pour la serrer doucement. Cela suffit à Ian pour se calmer un peu. Ce dernier leva ses yeux et rencontra celui de l'infirmière, qui souriait de voir leurs petits gestes d'affection.

- Je suis désolé de vous interrompre, mais je dois emmener Mr Alister dans une chambre.

- D'accord.

L'infirmière poussa le lit vers la chambre vide et Ian attrapa une chaise pour s'installer près de son compagnon. Il lui reprit la main qu'il tenait quelques minutes plus tôt et s'autorisa à l'embrasser légèrement.

J'ai eu tellement peur, murmura Colin en fermant les yeux. Quand l'éclair a frappé l'avion, c'est devenu tout bleu et ensuite ça a commencé. J'ai cru que c'était fini quand l'avion s'est posé, tout a été si vite et après, l'avion s'est décollé par l'arrière et puis il s'est coupé. Tout le monde criait, et moi je pensais sans cesse à toi. Je revoyais chaque moment passé avec toi.

- Mon amour…

- Tu sais, quand les gens disent qu'on voit défiler notre vie, et bien ils ont raison. La plus grande de mes peurs de tout à l'heure, c'était de te laisser seul.

- Mais tu es là, et c'est le principal, quand j'ai vu les informations, j'ai paniqué…

Au même instant la porte s'ouvrit de nouveau sur le brancardier qui s'approcha du lit pour déverrouiller des roues. Il leur indiqua que cela ne prendrait pas longtemps et que Ian pouvait rester dans la chambre s'il le souhaitait. Et il avait raison, Colin revint dans la pièce environ vingt minutes plus tard.

- Le médecin viendra bientôt avec vos résultats et il vous fera votre bandage.

- Merci.

Ils se retrouvèrent une nouvelle fois seuls. Colin n'osait plus fermer les yeux, il revoyait toujours ce qu'il s'était passé. Une douce caresse sur sa joue lui fit tourner la tête et il rencontra les yeux bruns de son compagnon.

- Ton patron a appelé tout à l'heure… Il ne m'aimait déjà pas beaucoup, mais je crois que là, il me hait carrément.

- Pourquoi ?

- Il hurlait au téléphone comme quoi tu n'étais pas là et que si tu n'arrivais pas vite, il te trouverait un remplaçant…

- Il ne peut pas me remplacer, s'il fait ça, il ferme son entreprise, c'est moi qui gère tout. Tu crois que si je donne comme excuse que j'ai eue un accident d'avion, il me croira ?

Ian se mit à sourire, si Colin faisait de l'humour c'est qu'il allait déjà mieux. Et il adorait quand il était comme ça. Il se leva légèrement et vint embrasser doucement les lèvres de son compagnon.

- J'en avais besoin, sourit-il en voyant le regard de Colin.

- Moi aussi. J'ai hâte de rentrer à la maison. Mais… je vais avoir du mal à reprendre l'avion.

- Ca je m'en doute mon cœur.

Le médecin arriva, leur indiquant que Colin avait bien le bras cassé ainsi qu'une côte, et deux côtes fêlées. Les égratignures n'étaient pas très graves. L'infirmier qui était avec lui prépara ses affaires pour lui faire le plâtre.

- Je vous fais un arrêt de travail d'un mois. Les côtes sont longues à se reconsolider. Vous avez interdiction de faire du sport, éviter de faire de la marche aussi. Au bout de ce mois, vous reviendrez et nous verrons ce que cela donne. Je suis désolé, j'ai d'autres patients à aller voir. Notre infirmier va vous plâtrer et soigner vos coupures et ensuite vous pourrez rentrer chez vous.

- Ce n'est pas grave alors ? s'inquiéta Ian.

- Non, il lui faut juste le plus grand repos. Ah ! Avant que je n'oublie, les policiers passent dans les chambres pour poser des questions, je vais leur dire de venir vous voir avant que vous ne partiez.

- Merci Docteur.

Celui-ci quitta la pièce et l'infirmier se mit à faire le plâtre de Colin. Personne ne parlait, Ian se dit qu'il aurait pu perdre son compagnon et Colin avait frôlé la mort. La porte se rouvrit quelques minutes plus tard pour faire entrer deux policiers, ils posèrent des questions à Colin qui y répondit.

Finalement, Colin fut autorisé à quitter l'hôpital et, accompagné de Ian, ils se rendirent à la voiture de ce dernier. La pluie tombait toujours, mais le vent s'était calmé. Colin fut silencieux pendant tout le trajet jusqu'à leur appartement et Ian le laissa faire, comprenant que ce qu'il avait vécu l'avait traumatisé.

Arrivé dans leur appartement, Colin alla directement dans leur chambre puis dans la salle de bain. Il n'avait toujours pas prononcé un mot. Son attitude étonna Ian qui ne l'avait jamais vu ainsi. Pourtant, il ne fit rien, le laissant faire et parti à la cuisine préparer à manger. Il savait que même si son amant était perturbé, il devrait se restaurer.

Alors qu'il mélangeait la sauce, il entendit la porte s'ouvrir et se retourna pour voir Colin changé et propre. Lui souriant doucement, Ian prit un peu de sauce dans sa cuillère et s'approcha de lui.

- Goûte.

Colin ouvrit la bouche et se laissa faire quand son compagnon glissa la cuillère dans sa bouche. Colin se contenta d'incliner la tête pour l'informer que c'était bon. Ian acquiesça et retourna à son repas pour le finir. Il entendit Colin mettre la table dans la salle à manger. Finissant son plat il le prit dans les mains et entra dans la pièce.

Ils mangèrent en silence. Colin ressentait le contrecoup de l'accident et Ian n'osait pas briser ce silence dont semblait s'abreuver son compagnon. Après le repas, il le vit aller dans le salon, mais n'alluma pas la télé comme à son habitude. Il resta simplement là, assis sur le canapé, regardant le vide. Alors, Ian s'approcha et s'installa à côté de lui.

Il ne savait pas quoi faire, il avait peur de dire quelque chose, peur de lui faire du mal. Ian se sentit démuni face à l'attitude de l'homme qu'il aimait depuis de si nombreuses années. Lui qui pensait le connaitre par cœur s'était lourdement trompé. Il en était là dans sa réflexion lorsqu'il entendit un son étouffé. Tournant son visage, il s'aperçut que les joues de Colin brillaient de larmes.

Alors toujours en silence, il se met à genou sur le canapé, face à son compagnon, et le prit tendrement dans ses bras. Et là, Colin craqua complètement et laissa sa peur, sa peine, son envie de pleurer l'envahir et se colla contre son compagnon pour pleurer cette journée désastreuse et triste.

Après quelques minutes, Ian caressa lentement le dos de son amant pour le consoler, lui montrer que lui était là et qu'il pouvait se reposer sur lui.

- C'était affreux, murmura Colin, dont la voix était étouffée par le pull de Ian.

- Tu n'es pas obligé d'en parler si tu ne le souhaites pas mon cœur.

- Je sais, mais…

- Et si nous allions dans la chambre, tu y seras mieux non ?

Ils se levèrent et main dans la main ils entrèrent dans la pièce pour s'allonger sur le lit. Colin se blottit contre son compagnon et raconta tout ce qu'il s'était passé. L'éclair, l'avion qui tanguait, la chute, l'atterrissage, et après, quand il avait dû aider sa voisine.

- J'avais peur qu'elle ne meure dans mes bras. Pourtant, elle a été très forte et m'a aussi aidée quand je lui ai parlé de toi.

- De moi ?

- Oui. J'avais besoin de parler de toi, de lui dire ce que tu représentais pour moi, elle m'écoutait alors qu'on entendait les sauveteurs approcher. Elle ne m'a jamais jugée, elle était même heureuse pour moi. Elle m'a parlé aussi de sa petite fille qui l'attendait avec son mari. Elle lui avait téléphoné avant de monter dans l'avion…

Un nouveau sanglot retentit dans la pièce alors que le chagrin reprenait possession de Colin. Ian continuait de caresser son dos et ses bras, déposant de temps en temps quelques baisers sur ses cheveux blonds. Il n'aimait pas voir son compagnon dans cet état, il avait l'impression de ne servir à rien. Pourtant, il resta là pendant plus de deux heures, à l'écouter reparler de l'accident, parfois, Colin répétait la même chose, mais il savait que c'était parce que tout était confus dans son esprit. Et enfin, il le sentit s'endormir contre lui. Il le coucha correctement et le déshabilla en faisant attention de ne pas le réveiller. Il lui laissa son t-shirt et son boxer puis remonta les couvertures.

Colin se sentait toujours mal, il n'avait pas posé un pied en dehors de leur appartement, au grand désespoir de son patron qui harcelait Ian pour se rendre à son entreprise. Mais Colin avait reçu la visite de leur médecin et celui-ci lui avait demandé d'aller voir un psychologue. Ne voulant pas sortir, Ian avait alors demandé à ce que celui-ci vienne chez eux. Et c'est comme cela que Colin put se libérer de ce qui le traumatisait, mais refusait toujours de sortir ou de sourire, et ses nuits étaient toujours remplies de cauchemars.

Alors que Ian était en congé, ils reçurent la visite de la voisine de Colin dans l'avion. Celle-ci était venue seule. Ses longs cheveux blonds glissaient autour de son visage fin et souriant. Ses yeux verts brillaient de vie. Elle était petite, mais fine.

- Bonjour, je suis Lizzie Stevens, je suis la femme que votre compagnon a aidée pendant l'accident d'avion.

- Bonjour et enchanté Madame Stevens, entrez.

La jeune femme entra dans l'appartement et Ian la fit avancer vers le salon. Il se demandait alors comment faire pour expliquer la situation. Il décida alors d'être franc avec elle.

- Je suppose que vous êtes venue voir Colin. En fait, depuis l'accident il a… il subit le choc post-traumatique. Il ne parle plus beaucoup, ne sort plus et ne regarde même plus la télévision.

- Oh mon Dieu, comment va-t-il ?

- Physiquement, il va bien, il mange ce que je prépare, mais sinon, il reste ici, enfermé.

- Est-ce que… qu'il est ici ?

- Oui.

- Pourrais-je le voir ? demanda-t-elle doucement.

Ian se demanda alors si c'était une bonne idée de les faire se rencontrer de nouveau. Mais le psychologue n'avait rien dit là-dessus, parce qu'il ne pensait pas qu'il la verrait un jour. Il se décida alors et acquiesça doucement.

- Il est dans notre chambre. Je vous montre où c'est.

- Merci beaucoup.

Ils se remirent en marche et Ian s'arrêta devant la porte. Est-ce qu'il devait entrer avec elle ou pas ? Ce fut la jeune femme qui répondit à sa question silencieuse.

- Puis-je y aller seule ? Je pense que cela lui ferait du bien de voir que je me porte bien. S'il se passe la moindre chose, je vous appelle.

- D'accord…

Elle ouvrit doucement la porte et vit immédiatement Colin, assis dans le lit, la couverture remontée contre lui et le regard dans le vague. Il ne fit même pas attention à ce qu'il se passait autour de lui. S'approchant, elle posa ses affaires par terre et s'installa sur le bord du lit. Voir cet homme si courageux aussi perturbé la mit mal à l'aise, pourtant, en elle, elle savait qu'elle pouvait l'aider.

- Mr Alister ? Est-ce que vous vous souvenez de moi ?

- Oui…

- Je suis contente de savoir que vous allez bien. Et je vous remercie pour m'avoir aidée. Mais à présent c'est à moi de le faire. Votre compagnon m'a dit ce que vous aviez.

- Je n'ai pas besoin d'aide.

- Si Mr Alister.

- Non. Je veux qu'on me laisse tranquille.

Lizzie ne sut quoi faire pendant quelques secondes. Il était évident qu'il avait besoin d'aide. Alors, elle se mit à raconter une nouvelle fois cet épisode qui les avait traumatisés tous les deux. N'oubliant rien de ce qu'il avait fait pour elle.

- Vous m'avez aidée, vous m'avez sauvé ce jour-là.

- Non ! Non ! Non ! hurla Colin en se cachant dans la couverture.

Le cri alerta Ian qui se précipita dans la chambre, mais Lizzie l'arrêta en levant sa main et se focalisa de nouveau sur Colin. Elle lui prit les mains et le força à la regarder.

- Regardez-moi Colin. Vous êtes vivant, vous êtes un héros, ne vous repliez pas sur vous-même, vous avez des personnes qui vous aimes, Ian vous aime et veut vous retrouver, elle n'avait pas eu besoin qu'il le lui dise pour le savoir, son regard avait parlé pour lui. Que voulez-vous faire ? Vous voulez rester là, à vous rappeler ce jour encore et encore ? Rester dans cet appartement à survivre au lieu de vivre ? Moi je ne pense pas, vous voulez profiter de la vie. Dans l'avion vous m'avez dit que vous aimiez Ian de tout votre cœur. Le lui avez-vous dit depuis ? Le sait-il ?

- Non… Je… Je…, balbutia Colin en fermant les yeux.

- Chuttt, calmez-vous, ce que vous allez faire c'est guérir. Laisser les personnes qui vous aiment vous aider à aller mieux. Sortez, marchez, faites ce dont vous avez envie, mais ne restez pas ici à ressasser l'accident.

- Comment ? À chaque fois que je ferme les yeux, je revois l'avion, je vous revois dans mes bras, j'entends les cris des passagers. Je ne dors plus, j'entends encore la déchirure de la carlingue et cela me réveille en sursaut.

Ian écoutait son amant parler doucement, il ne lui avait pas parlé de tout cela, même s'il savait qu'il ne dormait plus, il ne savait pas pourquoi. Cela lui fit mal, et une larme coula sur sa joue. Il voulait l'aider, revoir son magnifique sourire, entendre sa voix, lui parler doucement au creux de l'oreille.

- Colin, levez les yeux, lui demanda Lizzie qui avait vu Ian.

L'homme obtempéra et ce qu'il vit le statufia. Ian pleurait en silence, là, dans l'embrasure de la porte. Et c'était tout ce qu'il voyait. Était-ce sa faute ? Est-ce qu'il pleurait à cause de lui ? Il ne le savait pas, mais ce fut comme un déclic en lui et sans parler, il leva une main vers Ian et murmura.

- Mon ange… Viens…

Lizzie acquiesça et Ian s'approcha pour venir s'installer de l'autre côté du lit. Colin lui attrapa la main et la garda dans la sienne. Ils ne se parlaient pas, ils n'en avaient pas besoin. Gardant toujours l'autre main dans celle de Lizzie, Colin se tourna légèrement et vint enlacer son compagnon pour poser sa tête dans le creux de son cou. Depuis l'accident, deux mois auparavant, ils n'avaient plus eu de contact si proche.

La jeune femme sourit en voyant les deux hommes l'un contre l'autre. Elle les trouvait adorables et vraiment amoureux. Elle voulut se lever pour leur laisser de l'intimité, mais Colin se recula pour la regarder. Il resserra son étreinte sur sa main. Elle voyait ses larmes couler.

- Non, restez. Je…

- Je ne veux pas vous déranger et je pense que pour l'instant, vous avez besoin de vous retrouver tous les deux.

- Reviendrez-vous ? demanda anxieusement Colin.

- Bien sûr.

- Merci…

Colin ne savait pas comment la remercier, il l'avait aidé, et à présent c'était elle qui le faisait. Lizzie le salua gentiment, et quitta la chambre avec Ian qui la raccompagna jusqu'à l'entrée.

- Je ne sais pas comment vous remercier madame Stevens. C'est la première fois que je vois Colin aussi vivant.

- Je pense qu'il avait besoin de quelqu'un qui a vécu la même chose que lui. Le fait de lui avoir dit ce que moi j'ai vécu ce jour-là, lui a montré qu'il n'est pas seul et que d'autre l'on vécu aussi.

- Vous avez certainement raison. Le psychologue a dit qu'il lui faudrait du temps pour s'en remettre.

- Gardez confiance, il est sur la bonne voie.

- Merci. N'hésitez pas à venir si vous le souhaitez, vous êtes la bienvenue.

- Je vous remercie. Prenez soin de lui. Il tient à vous.

- Tout comme je tiens à lui. Merci.

Ils se sourirent et Lizzie quitta l'appartement. Elle avait été surprise de voir cet homme qui lui avait sauvé la vie dans cet état. Mais elle savait qu'il irait mieux. Il était très bien entouré. Et elle avait bien vu l'amour qui régnait entre les deux hommes.

Ian retourna dans la chambre et vit que Colin s'était couché sur le côté, la couverture remontée sur son visage. Tout ce qu'il entendait était un sanglot profond. Il s'approcha et se réinstalla sur le bord du lit. Posant sa main sur la couverture, il la tira légèrement pour découvrir le visage de son compagnon.

- Chéri…

- Je suis désolé… si désolé…

- Chut, tu n'as pas à t'excuser. Veux-tu manger quelque chose ?

- Oui.

- Viens.

Colin refusa d'abord de se lever, mais la patience de Ian fut la plus forte et il se leva doucement. La main de son compagnon l'entraîna dans la salle à manger où il s'installa, attendant que Ian amène les plats.

- Que dirais-tu d'aller te promener dehors tout à l'heure ?

- Non je…

- Cela te fera du bien. Nous pourrions aller au parc Franklin, à cette heure-ci, il sera désert.

Son compagnon ne répondit pas tout de suite, mais finalement, il hocha de la tête et cela fit plaisir à Ian qui s'installa en face de lui pour manger.

Une heure plus tard, ils arrivèrent au parc et comme l'avait dit Ian, personne n'y était. Colin prit son temps pour sortir de la voiture et rejoint son compagnon qui l'attendait avec un petit sourire. Ils entrèrent dans le parc, mais Ian remarqua très vite que Colin ne se sentait pas apaisé. Son regard se portait sur tout ce qu'il voyait et ses pas n'étaient pas aussi détendus. Alors, Ian se rapprocha de lui et posa sa main sur son épaule, ce qui le fit sursauter.

- Calme-toi, ce n'est que moi. N'ai pas peur, je suis là aussi pour t'aider.

- Pardon…, s'excusa piteusement Colin en baissant son regard.

- Tu n'as rien à t'excuser, je veux simplement que tu te sentes mieux.

Colin ne répondit rien et se laissa entraîner à travers le parc, même s'il ne disait rien, pouvoir sortir lui faisait du bien, et lorsqu'ils se retrouvèrent dans leur appartement deux heures plus tard, il se coucha rapidement et s'endormit tout aussi vite. Ian le regardait, se demandant ce qu'il devait faire à présent.

La thérapie de Colin dura près d'un an. Un an sans le voir sourire franchement, juste des esquisses. Un an sans pouvoir le toucher sans qu'il ne sursaute. Un an de cauchemar incessant. Un an que Colin voyait son compagnon toujours auprès de lui, à l'aider, mais qu'il savait frustrer. Alors, pour la première fois, ce fut lui qui alla trouver Ian qui regardait la télévision.

- Ian…

- Oui Colin ?

- Je… peux te parler ?

- Bien sûr, répondit-il en éteignant la télévision.

Colin se tenait les mains et paraissait troublé. Ian lui fit signe de venir s'asseoir à ses côtés, mais il refusa. Inspirant il commença à parler.

- Je… voulais m'excuser. Je n'arrive pas à m'en sortir, et ça fait un an que je te néglige… Cela serait mieux pour toi de… me laisser, de trouver quelqu'un d'autre. Quelqu'un qui ne sursaute pas au moindre bruit, qui ne dort plus ou qui fait des cauchemars toutes les nuits.

- Tu plaisantes ?

- Non, je suis sérieux, je ne suis plus celui que j'ai été et je ne veux plus te faire souffrir.

- Tu sais que là, tu me fais plus souffrir que pendant un an ? Crois-tu que tes paroles ne me font rien ?

- Je ne sais pas…

- Alors, je vais te le dire, et tu as intérêt à l'entrer dans ton crâne Colin. Je t'aime, je t'aime depuis toutes ces années, je t'aime plus que tout, et ce qu'il se passe ne change rien. Je ne peux pas comprendre ce que tu traverses, ce serait te mentir, mais je suis là pour t'aider, pour te faire comprendre que tu peux te reposer sur moi comme tu le fais avec Lizzie. Elle t'aide, le psychologue t'aide aussi, mais moi aussi. Je suis là pour t'aider et te rassurer. Alors tes paroles, tu les oublies, et si jamais tu me le redis, je pourrais très mal le prendre.

- Mais pourtant…, commença Colin.

- Non, laisse-moi parler, le coupa Ian qui s'était complètement tourné vers lui. Cela prendra le temps qu'il faudra, mais jamais, non jamais, je ne te laisserais. Tu es ce que j'ai de plus cher, et je t'aime pour tout ce que tu es, et ça, ça ne changeras pas. Compris ?

Colin baissa son visage pour venir le loger dans ses mains, mais Ian l'en empêcha en les lui prenant. Il se rapprocha et doucement il l'enlaça pour qu'il le garde contre lui. Il ne voulait pas le perdre, jamais. Et son discours lui avait fait du mal. Comment pourrait-il se séparer de cet homme ? Cela faisait plus de quatorze ans qu'ils s'aimaient, et ce n'est pas cela qui changerait ses sentiments.

Avec douceur, il lui caressa le dos, et posa son autre main sur sa nuque pour jouer avec ses cheveux.

Colin se laissa faire, soulagé de savoir que son compagnon l'aimait aussi fort. Il l'aimait lui aussi, mais se sentait mal de lui faire de la peine, alors il préférait le laisser partir et qu'il trouve quelqu'un d'autre, mais apparemment, Ian ne le ferait pas. Soulagé, il nicha son visage dans son cou, respirant son odeur de parfum et ferma les yeux pour se laisser bercer par les battements réguliers du cœur de Ian.

Pourtant, il sentit un léger baiser se poser sur ses cheveux. C'était doux et tendre et étrangement, celui lui fit plaisir. Alors pour la première fois, il leva son visage et d'un regard, il donna l'autorisation à Ian d'aller plus loin. Le comprenant, celui-ci lui sourit et vint attraper ses lèvres avec les siennes pour un doux baiser. C'était chaste, mais Colin l'apprécia à sa juste valeur et pour son compagnon, cela donnait le signal qu'il allait guérir et se sentir mieux à partir de maintenant.

À partir de ce jour-là, Colin progressait petit à petit. Il réussissait à ne plus sursauter à chaque mouvement, il s'ouvrait aux autres de nouveau et passait plus de temps sur leur terrasse. Toutes ces petites choses ravissaient Ian qui voyait son amant redevenir lui-même.

Ils avaient reçu un énième coup de téléphone de la part du patron de Colin. Celui-ci prit la communication et l'écouta.

- Je suis désolé, Mr Alister, mais je vous annonce votre licenciement. Je ne peux pas garder quelqu'un qui a peur de son ombre. Vous n'êtes plus rien et je n'ai pas besoin de vous.

La voix du patron était moqueuse et Colin comprit qu'il le prenait pour un gamin immature. Étrangement cela ne lui fit pas plus d'effet que cela et s'autorisa même pour la première fois à répondre.

- Bien, je dois avouer que travailler pour vous était tout sauf une partie de plaisir. Vous vous êtes placé sur un piédestal alors qu'en fait, vous n'êtes rien du tout. Vous vous prenez des airs que vous n'avez pas et je ne donne pas six mois à votre entreprise.

- Vous pensez vraiment que vous êtes indispensable ?

- Je ne suis pas indispensable, mais réfléchissez aux conséquences de mon licenciement. Sur ce, je vous souhaite bien du plaisir, Mr Larson. Et au plaisir de ne plus vous revoir.

- Je vous interdis de me parler sur ce ton, s'écria le directeur.

- Vous n'êtes plus mon patron, je vous parle donc comme j'en ai envie. Au revoir.

Colin raccrocha violemment le téléphone. Il était énervé. Il n'avait jamais aimé son patron, il lui avait fait faire tout et n'importe quoi pourtant, il savait que si cette entreprise était encore debout aujourd'hui, c'était grâce à lui et à ses collègues.

Quelques jours plus tard, il reçut une enveloppe avec son licenciement. Il se demanda alors ce qu'il allait faire…

Au soir, Ian lui avait assuré qu'il avait tout son temps et qu'il devait d'abord penser à lui et à sa guérison.

Ian avait prévu un dîner en dehors de leur appartement. Il voulait retrouver pleinement son compagnon et surtout, il voulait lui faire plaisir. Alors lorsqu'il demanda à Colin de s'habiller, le regard qu'il lui lança le fit rire. Ils arrivèrent au petit restaurant une vingtaine de minutes plus tard, Colin fut surpris de se voir emmener dans un petit recoin de la salle, là où ils pouvaient être au calme et pas dérangé.

- Pourquoi tu m'emmènes ici ?

- Pour passer une bonne soirée, et aussi pour te faire sortir un peu.

- Merci…

Ils passèrent une bonne soirée, parlant de tout et de rien, surtout du fait que le patron de Colin l'avait finalement licencié trois mois avant et que cela s'était répercuté sur sa propre entreprise qui allait couler.

- Il m'a appelé en début de semaine.

- Pourquoi ?

- Il voulait me réembaucher.

- Et tu lui as dit quoi ?

- Que j'étais bien mieux sans lui. Je pensais en fait… non… c'est ridicule.

- Non… je t'écoute, l'encouragea Ian en souriant.

- Je voudrais créer ma propre entreprise. Je sais que je peux, et que j'y arriverais.

Le sourire de Ian s'agrandit et sans prévenir, il attrapa la main de son compagnon qui reposait sur la table. Serrant ses doigts avec douceur, il lui sourit et répondit.

- C'est une très bonne idée mon amour ! Je t'aiderais si tu le souhaites.

- Merci, je ne sais pas quand commencer par contre.

- Quand tu le voudras.

La discussion tourna alors sur ce sujet jusqu'à ce qu'ils quittent le restaurant. Ian l'emmena alors une nouvelle fois au parc Franklin et cette fois, Colin était plus assuré et se laissa faire lorsque Ian lui prit la main pour la seconde fois de la soirée. Finalement, ils s'arrêtèrent sur un banc et restèrent là pendant un long moment, juste à regarder le ciel étoilé. Colin avait posé sa tête sur l'épaule de son compagnon qui l'avait entouré de son bras.

- Merci pour cette soirée Ian, ça m'a fait plaisir, et ça m'aide aussi.

- De rien, moi aussi cela me fait du bien. Pouvoir sortir de nouveau avec toi, cela m'avait manqué.

Prenant son courage à deux mains, Colin se tourna vers son amant et alla chercher ses lèvres pour un baiser. Ce n'était pas leur premier baiser depuis l'accident, mais le premier qu'engageait Colin. Ian en fut tout d'abord surpris, puis finalement il l'enlaça et approfondit le baiser en venant chercher la langue de son amant. Ils se séparèrent lorsque le besoin d'air se fit sentir et se regardèrent dans les yeux.

- On rentre ? demanda tendrement Colin.

Ses yeux reflétaient son désir et Ian ne put se retenir, il l'embrassa de nouveau, mais plus passionnément. Lui faisant comprendre que s'ils rentraient, il voulait plus. Le comprenant, Colin continua le baiser, faisant gémir son amant en glissant ses mains sous sa chemise.

- Colin ?

- Rentrons...

- Tu es sûr ?

- Certain.

Ian lui offrit un magnifique sourire et ils se mirent en route vers leur appartement. Pendant tout le chemin, ils se tenaient la main, ne voulant pas se lâcher. À peine la porte fut fermée que Colin se jeta sur Ian et qu'ils s'embrassèrent furieusement. Pourtant, ce dernier se recula et fixa son amant.

- Mon cœur, je ne veux pas te presser, si tu ne te sens pas prêt…

- J'en ai envie Ian, j'ai envie de toi. Je suis tellement désolé d'avoir attendu si longtemps.

- Je te préviens, je te désire comme jamais, alors je ne suis pas sûr de pouvoir m'arrêter…

- Et je ne le veux pas. Viens.

Colin lui reprit la main et l'emmena directement dans leur chambre où pour la première fois depuis plus un an, Colin et Ian parcoururent le corps de l'autre et se donnèrent à l'autre pendant des heures. Dans l'appartement, seuls leurs gémissements et leurs cris se firent entendre.

- Fatigués, mais heureux, les deux hommes se tenaient l'un contre l'autre pour reprendre leurs respirations.

- Je t'aime mon ange, déclara faiblement Colin en se blottissant un peu plus contre son amant.

- Moi aussi je t'aime, je suis comblé.

Colin sourit et ferma les yeux pour plonger ensuite dans un sommeil profond. Ian le regarda pendant un long moment, profitant qu'il dort pour murmurer.

- Je suis heureux de te retrouver, maintenant nous avons toute notre vie pour profiter l'un de l'autre pleinement.

Il l'embrassa sur le crâne et ferma les yeux à son tour. Heureux comme jamais.


Alors qu'en avez-vous pensé?