Chapitre 17 :

La foule se presse de plus en plus autour de la scène qui est en train de se jouer devant leurs yeux remplis d'incompréhension. Le Médecin de garde, ordonne aux infirmières d'administrer un sédatif à Kévin afin de le calmer de la fureur et du désespoir mêlés qui se sont emparé de lui. Marion, elle, reste prostrée, les larmes roulant sur ses joues, devant le corps sans vie de Yann, son grand frère et devant la peine immense que dégage Kévin à cet instant et qui lui soulève le cœur. Le temps semble comme arrêté, quand soudainement le moniteur change de tonalité et ainsi le bip invariable devient variable et laisse place à un bip plus saccadé mais des plus rythmé. A cet instant précis, toutes les personnes présentent se retourne comme un seul homme sur le brancard stationné au beau milieu de ce corridor, ne sachant pas trop quoi penser de ce qu'ils entendent. Est-ce réel ou bien chacun d'eux imagine simplement l'impensable ?

Kévin se calme comme pas enchantement, sans avoir eu besoin de sédatif, et relève la tête vers le brancard tout en posant ses yeux sur le corps de Yann, espérant ne pas feindre le bruit qui retentit dans ses oreilles. Marion, quant à elle, regarde son frère, interloquée dans un mélange de surprise et d'incompréhension, se demandant si elle ne rêve pas, tout comme le Dr Simon restée à ses côtés pendant tout se chahut …

M : Qu'est-ce qu'il se passe au juste ?

Dr : C'est impossible ! Dit-il tout aussi hébéter que le reste du monde

Puis, au bout de quelques secondes, Yann émet un premier toussotement fragile qui précipite Marion auprès de lui, venant lui agripper la main comme pour se rassurer elle-même du vraisemblable de la situation …

M : Yann ? Yann, tu m'entends ? C'est moi, c'est Marion ! Et dire qu'on à faillit te laisser t'en aller …

Y (ouvrant les yeux) : Marion ?

M : Oui, c'est moi …

Y : J'ai mal à la tête … j'ai dû me cogner.

Marion, les yeux encore embués de larmes, redresse la tête pour regarder en direction de Kévin toujours aux prises des agents de sécurité. Elle regarde ensuite dans leur direction, leurs intimant d'un seul regard, accompagné d'un « ça va… », qu'il n'y a rien à craindre et qu'ils peuvent le libérer. Kévin s'avance à pas feutrés vers Yann, sous le regard compatissant et remplis d'excuses muettes de Marion. Il se penche légèrement vers Yann, qui tourne son regard vert émeraude, traduisant la surprise, pour venir accrocher le sien …

K : Salut …

Y : Salut …

K : C'est moi …

Y : Euh, je … (se retournant vers Marion)

M : Yann, c'est Kévin … tu te souviens de Kévin ?

K (Yann se retournant à nouveau vers lui, perdu) : Tu te souviens … le loft, la terrasse, les photos ? Non ? Vraiment rien ?

Kévin se sent mal tout à coup, comme ci on essayait de lui arracher une partie de son cœur à mains nues. Plus anéanti que jamais par l'horrible constat qui s'érige sous ses yeux. Dans un dernier espoir il approche sa main et tente de prendre la sienne, mais Yann, toujours aussi perdu, l'éloigne d'un geste lent mais décidé …

M : Tu ne te souviens absolument pas de lui ?

Y : Non …

Ce simple mot fait l'effet d'un crève cœur à Kévin. Marion le regarde rempli de désolation et de compassion en le voyant aussi désemparé face à la situation. Mais Kévin essaie de faire face malgré tout et les yeux humides, rends à Marion un regard amical et se voulant rassurant. Puis après quelques pas en arrière et un dernier coup d'œil sur la foule qui les dévisage toujours, il tourne les talons et remonte le couloir pour accéder à l'ascenseur, non sans se retourner pour voir une dernière fois ce visage qui n'est pas prêt d'oublier. Une fois sûr que plus personne ne le voit, il laisse enfin couler ses larmes qui traduisent toute la peine qui le submerge.

Kévin disparu au loin, Marion prend Yann dans ses bras comme si leurs vies en dépendaient ou qu'il pouvait à nouveau lui être reprit à tout instant, remerciant le ciel de lui avoir rendu son grand frère qu'elle pensait perdre à jamais.

Les jours passent et Kévin n'arrive pas oublier. Il ne peut s'empêcher de penser à lui, à ses yeux verts qui parfois le fixait longuement sans qu'il ne comprenne pourquoi. A toutes choses qu'ils ont faites ensemble, aussi folles et farfelues les unes que les autres, même lui n'en revient pas parfois. Mais il doit se rendre à l'évidence que cet homme à bel et bien chamboulé sa vie. Il se remémore la nuit blanche qu'ils ont passée devant ses photos remplies de souvenirs. Cette nuit où, à bien y réfléchir, pour la première fois il s'est senti bien, où il ne s'est même jamais senti aussi bien depuis la mort de Yoann, serein et en sécurité … heureux, comme avant.

Et puis vient ensuite ce regard, le regard qui le hante jour et nuit depuis qu'il à quitté l'hôpital … et Yann. Ce regard qui traduisait tellement d'incompréhension et de peur face à cet inconnu qui s'est approché de lui et à cherché le contact de sa main. Il n'est plus vraiment lui-même depuis cet épisode et au commissariat tout le monde l'a bien remarqué mais personne n'en parle. Louis est le seul au courant et respect le silence de son collègue. Souvent, machinalement et sans même y réfléchir, Kévin repasse dans les endroits que Yann et lui ont fréquentés, comme ce croisement de rue qui à permis à Yann de retrouver une partie de sa mémoire. Dés qu'il a un moment de libre ou qu'il est seul chez lui à ne pas savoir quoi faire, il sort et ses pas le guide directement dans le parc où leurs vies ont définitivement changées. Il s'assoit sur ce même banc, à la place exacte qui fût la sienne et reste là, à réfléchir, les yeux dans le vague, espérant parfois y découvrir Yann assit comme ce fameux soir. Comme à chaque fois qu'il y vient, Kévin s'appuie ensuite sur le dossier de bois vieillit, la tête légèrement en arrière, laissant les rayons du soleil venir lui lécher le visage. Il ferme les yeux et à certains moments, en se concentrant bien, il peut quasiment sentir sa présence à ses côtés.

Quand il rentre chez lui, il sent perpétuellement ce vide dans ce grand espace qui lui paraissait pourtant si parfait pour sa seule personne, à son arrivée. Il a eu Marion au téléphone il y a quelques temps, lui promettant de lui laisser le temps nécessaire pour quitter le loft, sachant la délicatesse de la situation. Et déjà il commence à empaqueter certaines affaires. Puis un peu plus de jours en jours, jusqu'à la dernière. Et là, le loft lui fait penser à un endroit déserté, abandonné de toute vie, de toute chaleur humaine, malgré les meubles qui le remplissent toujours. Mais il y a encore une chose qu'il doit faire avant de quitter cet endroit qui abrite à présent tant de souvenirs mémorables. Une chose qu'il souhaite malgré tout faire pour Yann, comme un cadeau d'adieu.

Depuis sa sortie d'hôpital, que ni lui, ni sa famille n'avait plus espérée depuis longtemps déjà, Yann s'est installé chez sa sœur. Il est en convalescence, vu l'épreuve qu'il vient de traverser et n'est pas prêt de reprendre du service à la BAC. Et de toute façon, son loft est occupé par l'inconnu de l'hôpital pour le moment et ne sera libre que dans quelques jours. Marion lui a expliqué la situation par rapport à la sous-location et de ce fait ils ont décidés de laisser du temps à Kévin pour se retourner et ainsi refaire à nouveau ses cartons, plus nombreux qu'à son emménagement et trouver un nouveau point de chute.

Yann n'a eu aucun contact avec Kévin depuis ce jour miraculeux où il s'est finalement réveillé, c'est Marion qui s'est occupée de tout. Il est néanmoins resté très perturbé pendant plusieurs jours, suite à la tentative de Kévin dans ce couloir froid. Comment un homme qu'il ne connait pas peut-il espérer être aussi proche de lui ? Mais il semblait tellement sincère sur le coup … alors pourquoi lui ne se souvient pas de ce Kévin, s'ils se connaissent aussi bien qu'il semblait vouloir lui faire comprendre ? Ca n'a aucun sens à ses yeux. Même Marion avait paru surprise qu'il le rejette ainsi. Alors pourquoi ? Toutes ses questions ne font que tourner et tourner dans sa tête à longueur de journée, il essaie tant bien que mal de motiver sa mémoire aux souvenirs mais rien n'y fait.

Et puis, après quelques jours, il a préféré se concentrer sur sa guérison totale afin de reprendre son poste dés que possible. Le terrain lui a manqué, c'est indéniable, ça il s'en souvient parfaitement. Et puis il est heureux de se retrouver en famille à nouveau, de pouvoir redécouvrir ses petites joies en compagnie de sa sœur et son beau-frère Simon, mais aussi de voir un peu évoluer Sam, qu'il n'a pas beaucoup vu grandir ses dernières années, tellement accaparé par son boulot.

C'est un temps splendide qui les accueille en dehors de la maison. Après une belle balade familiale où Marion est ravie de voir son frère si épanoui et heureux de vivre, ils se décident à rentrer. Une fois sortis de la voiture garée sur le trottoir en face de la maison, Yann se retourne non-chalament et scrute l'horizon. Tous le monde est prêt à traverser la rue et Yann les suit dans la foulée. Mais une sensation étrange lui prend aux tripes et le fait se tourner à nouveau, le regard au loin. Cette impression de déjà vu s'insinue en lui comme une trainée de poudre impossible à arrêter. Mais il est très vite sortie de se rêverie par Sam qui lui demande de les rejoindre.

C'est le grand jour, Yann réintègre enfin son loft. Marion et Simon l'on accompagné afin de l'aider avec ses bagages lui faisant remarquer qu'ils n'ont rien changé ou bougé en son absence. Montant directement à l'étage pour y déposer ses affaires afin qu'il n'est pas à le faire seul une fois Marion et Simon repartit. Le fait de se retrouver chez lui redonne un nouveau souffle à Yann, mais comme dans la rue de sa sœur la dernière fois, il se surprend à ressentir cette drôle de sensation d'un dénuement quelconque sans trop savoir d'où il peut provenir. Il en vient même à demander à sa sœur si elle est bien certaine que rien n'a changé ou ne manque. Oui c'est bien ça, ce qu'il ressent c'est bien le manque … mais de quoi ? Il n'arrive pas à mettre le doigt dessus.

A peine les valises de Yann déposées dans la chambre, Marion et Simon prennent aussitôt congé de lui afin de le laisser retrouver ses marques tranquillement. Ils redescendent l'escalier et arrivent directement dans l'entrée. Une fois les embrassades terminées, Yann referme la porte derrière lui, pousse un léger soupir de contentement et traverse le salon pour mieux rejoindre la terrasse. Il est surprit de trouver la baie vitrée entre-ouverte mais s'y aventure malgré tout, confiant. Ce qui se dessine devant lui est tout simplement d'une beauté à couper le souffle. Il y découvre un salon de jardin magnifique, trônant au beau milieu de la première partie de la terrasse qui à été totalement recouverte de caillebottis de bois, pour ensuite apercevoir le reste de celle-ci à la place de laquelle, une splendide pelouse synthétique vient clôturer se superbe tableau, agrémenté de diverses plantes et arbustes en tout genres. Même dans ses rêves les plus fous où il avait imaginé quoi faire de cet endroit, il n'aurait pu atteindre cette perfection. Il est totalement médusé et sous le charme de cette vision …

K : Salut !

Y : …

K : T'inquiète pas, je m'en allais … j'voulais simplement que tu l'ai ta terrasse de rêve …

Y (encore sous le charme de l'endroit) : … Comment tu es entré ?

K (souriant) : J'ai une impression de déjà là … Le double des clés.

Y : Oh …

K : J'veux surtout pas te faire peur … Au revoir Yann …

Y : Attends ! Dit-il comme si quelque chose lui intimait de le retenir.

K : Oui ?

Y (ne sachant quoi dire) : Il … il faut que tu me rendes les clés …

K : Ah … oui bien sûr… (Dit-il en plongeant sa main dans sa poche tout en s'approchant de Yann) … Tiens.

Kévin prends les clés dans le creux de sa main et la tend face à Yann de manière à lui déposer dans le creux de la sienne …

Y : Comment j'te connais ?

K : Tu m'as probablement déjà vu dans un de tes rêves …

Yann qui n'arrive pas à lâcher Kévin du regard, soulève lentement son bras comme –ci son geste n'était pas assuré et commence à tendre sa main de manière à recevoir l'objet dans sa coupe. Celle-ci minimise de plus en plus l'espace qui la sépare de la main de Kévin jusqu'au moment où elles finissent par trouver le contact de l'autre. Et là, c'est comme un électrochoc, une vague immense qui vient se déverser dans tout le corps de Yann. Lui ramenant à l'esprit tout les manques qui l'habitent depuis si longtemps. Le dernier mois écoulé défile à vive allure devant ses yeux. Sa rencontre inopportune avec Kévin, leurs recherchent sur son identité, l'hôpital, la nuit blanche empli de photos, leur nuit ensemble dans ce lit et ses propres paroles qui viennent le heurter comme un déclic, une onde de choc violente « Je crois que si un jour tu me touchais vraiment, j'arriverais à m'en sortir » …

Y : C'était pas un rêve …

K : Non …

Kévin ne détache pas son regard, le fait même insistant, se disant qu'il n'est peut-être pas trop tard mais aussi certainement sa dernière chance de se rappeler à Yann, l'homme qu'il aime profondément. Il agrippe totalement sa main pour l'attirer à lui, puis vient délicatement mais dans un geste précis posté l'autre dans la nuque de Yann pour enfin venir sceller ses lèvres aux siennes dans un baiser d'une douceur infinie mais au combien chargé d'émotion et de sensualité, jusqu'à ce que le souffle leur manque. Et là, l'Emeraude vient percuter de plein fouet l'Océan …

Y : Oh Kévin …

K : Oui … Oui, c'est bien moi …

S'en suit une nouvelle vague de baisers plus passionnés les uns que les autres. Kévin n'en revient pas, il a enfin retrouvé Yann, son Yann, celui qu'il a connus il y a un mois de ça, dans des circonstances des plus surprenantes, comme au premier jour. Yann, lui, est plus heureux que jamais de ne plus ressentir se trouble, cette sensation de manque perpétuel et au lieu de ça, de se sentir vivant, à sa place, se demandant même comment il a pu oublier … L'oublier, lui. Sans pour autant se lâcher, ne voulant pas rompre le contact de leur deux corps, comme-ci à tout instant le rêve pouvait s'évanouir, ils prennent machinalement et d'un même pas le chemin de la chambre, au premier étage.

Pendant le trajet, ils se déshabillent mutuellement, dans des mouvements assurés mais emplis de finesse jusqu'à se retrouver intégralement nus. Arrivés là, toujours leurs lèvres scellées, leurs langues liées, Yann allonge tendrement Kévin sur le lit, le surplombant et vient délicatement déposer une myriade de baisers sur tout son corps, tels des milliers de baisers papillons venant effleurer sa peau si douce. Kévin commence déjà à émettre de petits gémissements, comme une complainte remplie de délivrance après une attente interminable. Il vient nouer automatiquement ses jambes dans le dos de Yann, tout naturellement, comme si il en avait toujours été ainsi. Yann s'insinues en lui avec tendresse et volupté, petit à petit d'abord, pour ensuite se fondre complètement en Kévin. Celui-ci commence à onduler sous les coups de reins de Yann qui alterne ses vas et vient tantôt lents, tantôt plus rythmés, accompagné d'une douce mais vive caresse sur le sexe de son homme, afin que le plaisir soit partagé. Leurs gémissements de plaisirs traduisent l'immensité des sentiments qui se dégagent dans toute la chambre. Leurs voix se font entendre, plus perceptiblement à mesure que les minutes s'égrènes et que les hanches se déchainent. Au bout d'incalculables minutes, encore trop courtes à leur goût, leurs rugissements grandissants laissent présager la proche jouissance de chacun. Jusqu'à ce qu'elle les prenne sans crier gare, à quelques secondes d'intervalles, atteignant le nirvana, la plénitude la plus magistrale.

La sensation qui se dégage de cette étreinte, de ce corps à corps charnel aussi intense que passionnel reflète l'image de deux corps fait l'un pour l'autre qui se retrouvent enfin, en symbiose parfaite, comme si la force du Destin les avait réunis pour ne plus se quitter …

K : Je t'aime …

Y : Je t'aime …

THE END.