A/N:Une petite fable sur l'origine du monde. Bonne lecture!

LE PAUVRE joaillier

Au tout début, trop loin au début pour que les livres d'histoire ne s'en rappellent, le ciel n'avait pas d'étoiles. Le jour, le Soleil rayonnait en maitre absolu, sans qu'aucun nuage n'ose lui passer devant, sans qu'aucun arbre ne se risque à faire de l'ombre, sans qu'aucun animal, jamais, ne s'évente ou ne se plaigne de la chaleur.

La nuit, il n'y avait rien d'autre que le noir le plus profond. Pas une seule lumière n'apparaissait, ni au plus profond des grottes terrestres, ni au plus loin dans le ciel ténébreux. Car chacun savait que si le Soleil apprenait que quelque chose d'autre que lui éclairait, il aurait brûlé les plaines et l'herbe tendre, ou asséché les rivières et les lacs, ou brillé si fort que tous seraient devenus aveugles.

Alors chacun se taisait, avait bien chaud le jour, et bien froid la nuit.

Mais il y eut un jour, personne ne sait vraiment quant, où un très jeune mouton blanc, qui venait juste d'avoir sa première vraie laine, vit sa mère mettre bas. Le tout jeune agneau était très faible, et il était né juste avant midi, c'était donc bientôt le moment où le Soleil est le plus orgueilleux, là où il rayonne le plus fort.

Notre jeune mouton blanc était très inquiet pour son tout petit frère, qui déjà semblait avoir si chaud et si soif. Voyant que rien ne l'apaisait, et qu'il ne pouvait l'aider en aucune manière, il s'éloigna, rongé par inquiétude.

Le mouton, alors, leva les yeux vers le Soleil, qui se pavanait, coiffé de sa couronne de rayon lumineux. La petite bête blanche ressentit une puissante colère contre l'astre, c'était de sa faute si son cadet allait si mal, puis la peur le ressaisit brusquement. Car, comme chacun, le Soleil l'effrayait plus que tout.

Il trépigna et piétina, tourna sur lui-même, baissa la tête, la releva, regarda à droite, et se remit à trépigner et piétiner… Finalement, il se campa fermement sur ses membres, les sabots solidement encrés au sol et dit d'une voix forte :

« Soleil ! » A ce cri, les cascades se turent, les requins se figèrent, les arbres tendirent l'oreille tout en se faisant le plus petit possible. Mais le mouton ne perdit pas son courage, il fixait, droit dans l'œil, l'imposant astre.

« Soleil, reprit il, montrez votre clémence et calmez vos rayons. Mon frère est malade et un peu d'ombre et de fraîcheur lui ferait le plus grand bien. »

Le Soleil, pour toute réponse, envoya ses rayons les plus forts droits sur le petit mouton blanc. Celui-ci eut très peur, et cru sa dernière heure arrivée. Il se voyait déjà brûlé vif lorsque les flèches enflammées l'atteignirent… et s'éteignirent. Prise dans sa laine abondante, elles avaient manqué d'air et les flammes étaient mortes aussitôt.

Ce fait n'aurait pas dû échapper à l'astre, mais celui-ci avait déjà oublié l'affront, et était reparti dans l'extase solitaire de son rayonnement. De plus, vérifier que le petit mouton fut bien mort, aurait était admettre qu'il aurait pu ne pas l'être, ce qui lui était absolument impossible.

Le mouton se releva, car il s'était écroulé de peur, et eut alors une idée.

Il alla voir l'homme et lui dit : « Homme, toi qui a des mains et qui sais si bien t'en servir pour construire. Construis quelque chose pour me tondre. » L'homme, qui naturellement n'avait rien d'autre à faire, s'exécuta. Puis, une fois qu'il eut fini, le mouton lui dit : « Homme, toi qui as des mains et qui est si habile à l'ouvrage. Tond moi. » Alors l'homme tondit le mouton, parce qu'il ne voyait pas de raison de ne pas le faire.

« Homme, dit le mouton blanc, j'ai une dernier chose à te faire faire, et si tu m'obéis, comme tu l'as déjà si bien fait, je serai à toi. » Le jeune mouton savait bien que toute aide doit être récompensée. L'homme, lui, fut bien surpris, car il n'attendait rien en retour. Mais il n'en dit mot, et se décida bien brave de travailler pour si peu.

« Homme, tu vas prendre ma laine, et la jeter aussi haut que tu peux, droit vers le Soleil. » L'homme, encore une fois, fut tout étonné, mais il n'en laissa rien paraître et décréta qu'il avait déjà deviné ce que le mouton voulait de lui. Et il s'exécuta.

La laine vola droit sur le Soleil, qui ne la vit venir que très tard, puisqu'il se regardait dans les reflets de ses propres rayons, et le recouvrit tout entier. Ce fut la première et la plus étrange des éclipses.

Les nuages, croyant que l'un des leurs était l'auteur de cette rébellion, se sentirent tous plus braves les uns que les autres. Ils s'amoncelèrent en un énorme voile noir et recouvrirent le ciel tout entier. Lorsque le Soleil se débarrassa de la laine, il trouva les mutins si bien pelotonnés, qu'il ne put rien faire pour les écarter, les déchirer, ni même les trouer.

La nuit alors s'avança, croyant que son temps était venu, car on ne pouvait plus voir la lumière. Découvrant le Soleil derrière la masse de nuages elle sursauta et resta un instant hébétée. Puis, comme elle s'appelait la nuit et non le nuit, elle s'avança et lui dit : « Astre superbe, qu'arrive-t-il qui puisse ainsi ternir la beauté de tes majestueux rayons d'or ? » Le Soleil pointa ses doigts de lumière vers les nuages mais ne dit mot. Il n'avait jamais parlé à personne et cela ne commencerait pas avec la nuit.

« Etre suprême, si ces mutins te voilent, je puis t'aider à les repousser. Mais il me faut en échange, un peu de ce que tu es. » Le Soleil fut empli de rage, mais la nuit se fit si cajolante, et les nuages si persistants, qu'il finit par accepter.

La nuit alors repoussa les nuages, en leur parlant avec douceur et en leur murmurant que tous savaient à présent à quel point ils étaient puissants. Plus encore que le Soleil. Et la lumière revint lentement sur la terre.

Le Soleil dut, en échange, céder un de ses rayons les plus beaux. La nuit alluma alors la lune avec la flèche de lumière, et la couvrit d'un blanc des plus purs. L'astre du jour se sentit si misérable et si déchu qu'il pleura pour la première et dernière fois. Il attendit la fin de son règne journalier et laissa couler ses larmes magnifiques derrière le paravent de l'horizon.

La nuit le vit. Elle récupéra ses larmes dans une grande jarre, et lorsqu'elle en eut assez, elle les jeta dans le ciel obscur et alluma ainsi des centaines de milliers d'étoiles. Ce n'est qu'une fois qu'elle eût fini, quelle descendit sur terre et alla trouver le jeune mouton blanc.

Celui-ci n'avait jamais revu son frère, car à présent il appartenait à l'homme, mais il n'était ni triste ni déçu. Il s'émerveillait de tout se qui se passait dans le ciel, sans savoir de quoi il était responsable, et sans s'en soucier.

La nuit lui fit alors une demande tout à fait étonnante. Elle voulait sa laine. Le mouton lui indiqua où était tombé sa fourrure tondue et elle l'emporta sans plus de cérémonie.

Pour le Soleil, la nuit recouvrit la lune avec la laine du mouton blanc. Et depuis, chaque fois que le jour s'endort, elle tire doucement sur la laine, pour cacher un peu plus, ou un peu moins, cet astre qu'elle porte comme la plus belle pierre de sa rivière de diamants.

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