Note de l'auteur : Un chapitre qui a été ajouté après l'histoire suite à quelque réclamation pour un lourd secret. L'ensemble du chapitre était pour moi un vrai défi donc n'hésitez pas à dire ce que vous en pensait. Je précise que c'est ce chapitre qui a valu le rating M. Vous voilà averti.

Catly

Ten

Chapitre 10

Heaven

Il était une tradition au lycée Saint Espoir : chaque semaine qui précédait le baccalauréat était donnée aux étudiants afin que ces derniers puissent réviser cet examen final. Les élèves travaillaient selon un emploi du temps si chargé tout au long de l'année que les programmes étaient terminés depuis longtemps pour cette semaine de vacances. Sans surprise, Aeither et Teneombre prirent tous les deux la direction de la Bretagne et des terres ancestrales de la jeune femme sur les motos que pilotaient ses deux parents. Comme à chaque fois, la première nuit fut passée au soin des ailes de la Gaïanne et à l'installation de son compagnon. La lune avait parcouru près de la moitié de sa course dans cette nuit tiède et étoilée lorsque la chamane de la tribu arrêta enfin ses soins.

- Bien. Normalement, tu devrais être à nouveau opérationnel. Comme d'habitude, tu me tiendras au courant après la patrouille de demain. Pour le moment, je crois qu'il est temps. J'ai profité de la journée pour faire en sorte que la fontaine soit libre.

Si Teneombre ne comprit rien à ce que la vieille femme voulait dire, Aeither, elle, eut du mal à ne pas rougir. Son peuple n'avait pas à proprement parler de pudeur mais l'ordre à peine caché de sa grand-mère signifiait que la décision avait été prise au moins en famille. Elle ne pensait toutefois pas, et heureusement, que le conseil du village s'en était mêlé. En effet, sa relation avec un humain était toujours plus ou moins acceptée.

Elle se redressa d'un ample coup d'ailes et se dirigea vers son petit ami dont elle prit la main avant de se diriger vers la sortie, sans un mot.

- Oh zut ! Je me suis trompée. Tu as un liquide qui ne s'évapore pas sur les ailes. Tu vas devoir laver cela.

Génial ! Au moins, elle n'avait pas besoin d'une excuse pour aller à la fontaine avec Teneombre. Quoique, à bien y réfléchir, ce n'était pas le genre de chose que la chamane aurait oubliée. C'était probablement une simple excuse et pas une réalité.

La fontaine du village était l'un de ces lieux que la magie de Gaïa avait préservé. Une source jaillissait d'un arbre que la magie avait maintenu en vie. Il devait être là depuis des millénaires maintenant. Ceci plus que tout le reste prouvait la puissance du peuple et de leur déesse. L'énergie que devait demander un tel exploit était juste... inimaginable. Le filet d'eau clair qui jaillissait tombait dans un petit ruisseau de galets qui se jetait dans un premier étang à l'eau limpide où l'on pouvait distingué chacune des pierres grises. Le courant y était juste assez fort pour que la saleté des gens qui s'y lavait ne reste pas mais il était tout de même assez calme. C'était la baignoire du village. Une baignoire qui devait toutefois être assez large pour contenir une trentaine de personne. La pente descendait doucement et la clarté empêchait Teneombre d'en évaluer la profondeur. Le trop plein s'évacuait dans un autre ruisseau un peu plus puissant qui aboutissait à une petite mare qui devait servir de latrines : le courant y était puissant ce qui permettait d'emporter immédiatement toute déjection vers un autre ruisseau qui s'écoulait avec rapidité entre les arbres. Cette différence de débit ne pouvait s'expliquer que par la présence d'autres sources dissimulées au fond de la mare ou du ruisseau. Tout autour, les arbres étaient également des êtres sans âge mais aux feuilles verdoyantes et accueillante. Une pelouse improbable, faite d'une herbe dense et douce poussait tout autour.

Aeither retira ses bottes de cuir et pénétra dans l'étang. Elle dût avancer de plusieurs mètres avant que l'eau ne lui arrive aux épaules et il en déduisit qu'à aucun moment elle n'aurait plus pied. Elle se laissa glisser doucement sous l'eau, ses ailes ondulant derrière elle sous l'effet du léger courant. L'eau se troubla immédiatement, prenant une teinte verte et bleu qui dissimulait son corps. La chamane n'avait pas feinté finalement. Teneombre prit une teinte rouge brique lorsqu'un pantalon et une petite culotte trempée atterrirent à ses pieds. Le haut de la jeune fille ne tarda pas à les rejoindre et plus gêné que jamais, il se tourna consciencieusement vers la forêt. Il ne l'entendit pas venir et il n'eut pas la moindre chance de lui échapper.

Se servant de sa force de guerrière et de l'effet de surprise, elle l'envoya faire un vol plané dans l'eau. Ce n'était certes pas le meilleur moyen pour le mettre dans de bonnes conditions mais c'était l'unique pour qu'il la rejoigne. Le temps qu'il ressorte la tête, elle avait plongé dans le nuage turquoise qui dérivait lentement, se dissimulant à sa vue, l'empêchant de voir d'où viendrait la prochaine attaque. Alors qu'il reprenait son souffle, elle remonta lentement derrière lui, jeune naïade aguicheuse.

- Enlève tes chaussures. Tu auras moins de mal pour te déplacer.

Il se retourna mais elle avait déjà disparu. La chamane n'avait pas lésiné sur le produit. Tout l'étang devenait peu à peu opaque et il était désormais incapable de la repérer. Il obéit donc et envoya chaussures et chaussettes sur la rive. Quelque instant plus tard, elle apparut de nouveau derrière lui. Ses doigts se glissèrent sous le tee-shirt trempé et lui effleurèrent le flan, le faisant frisonner. Il sourit lorsque, après lui avoir murmurer une nouvelle phrase, elle disparut :

- Enlève ça. Tu vas attraper un rhume. L'eau est bonne, l'air est chaud, pourquoi s'embêter avec un tee-shirt ?

Il le retira. L'eau était effectivement tiède, ce qui en soit était assez surprenant puisque tout le monde sait que l'eau vive est toujours, au mieux, très fraîche, n'ayant pas le temps d'être réchauffé par les rayons du soleil. Il ne pouvait pas savoir que c'était là un autre aspect de la magie de ces lieux qui adaptait la température au souhait des baigneurs.

Lorsqu'elle remonta une troisième fois, elle se trouvait juste devant lui. Ses jambes entourèrent sa taille et elle serra sa poitrine contre le torse du jeune homme. Tous les deux furent parcourue d'un violent courant électrique. Peu à peu, la tension augmentait dans l'air. Une tension qu'il n'y avait jamais eu entre eux : il était beaucoup trop respectueux pour penser à faire ce genre de chose avec elle. Doucement, en pressant ses talons contre l'arrière des genoux, elle les fit descendre sous l'eau où ils échangèrent un long baiser. Teneombre finit par remonter et Aeither continua de descendre, sa bouche parcourant le cou de son amant puis son torse et son ventre avant qu'une langue joueuse ne lèche la bordure du pantalon. Lorsqu'elle remonta, son nez à fleur de l'eau et ses grands yeux rieurs fixant ceux du lycéen, il comprit parfaitement le message. Une minute plus tard, deux autres vêtements rejoignaient ceux de la guerrière. Elle se recolla contre lui, dans une tendre étreinte où ils se couvrirent mutuellement de baisers dans le cou et sur tout le visage.

- Il faudrait me frotter les ailes pour faire partir ce produit.

Elle se détacha lentement de lui et se laissa dériver jusqu'à lui tourner le dos. Il passa doucement sa main, l'effleurant du bout des doigts. Un violent frisson parcouru aussitôt la jeune fille.

- Je te fais mal ?

- Non. Ne t'inquiète pas.

Il se souvint de ce qu'elle lui avait dit lors de son premier séjour. Les ailes étaient pourvu de milliers de nerfs, chacune des plumes devait être capable de sentir les courants d'air, le moindre souffle ascendant ou contraire. Chacune des plumes qu'il touchait, était capable de sentir les mains les parcourant.
Il caressa doucement les ailes, les lavant avec tendresse et douceur. Aeither craignait à chaque instant que du sang jaillisse de ses lèvres qu'elle mordait avec force pour ne pas laisser échapper le moindre gémissement. La torture dura cinq bonnes minutes et lorsque enfin ses mains quittèrent ses ailes pour son dos, elle était prête à faire n'importe quoi pour lui. La moindre caresse touchant ses ailes l'aurait plongée dans un océan de plaisir. Même l'eau qui s'écoulait lentement autour d'elle menaçait de la faire exploser. Elle sentit deux bras puissant la soulever et quelque instant plus tard, elle était debout sur la berge. Elle s'allongea doucement dans l'herbe, prenant à garde à épargner ses ailes. Elle fut obliger de se mettre sur ses coudes, l'empêchant de caresser ce torse nu et tentant qui la surplombait. Puis, doucement, il commença une autre torture, titillant une autre partie de son corps d'abord son oreille, puis son cou avant de descendre lentement vers sa poitrine où il combina langue humide et paume rugueuse. Le moindre pincement, la moindre caresse arquait un peu plus son dos. Elle voulait plus, il la poussait bien au-delà de toute ses résistances. Doucement, il quitta sa poitrine et descendit un peu plus, parcourant l'arc de ses côtes, et caressant de ses lèvres et de sa langue ses flans et dérivant doucement vers ses hanches. Lorsqu'il suivit le contour de celle-ci, sa respiration s'arrêta. Sa bouche était désormais si proche.

Comme pour se venger de la manière dont elle l'avait allumé, il dériva lentement, très lentement, restant dans le pli de l'aine puis sa langue glissa le long de l'intérieur de ses cuisses avant de revenir caresser les lèvres. Elle était hors d'haleine, chaque petit mouvement en bas l'empêchait de respirer. Ses bras immobilisés pour épargner ses ailes ne pouvaient lui prendre la tête et l'obligeait à aller jusqu'au bout, à arrêter de la provoquer et enfin lui procurer du plaisir. Alors qu'un gémissement de frustration lui échappait enfin, elle sentit ses lèvres se poser sur le centre du monde. Il n'attendait que cela le bougre. Elle plongea dans un océan de plaisir.

Elle était aveugle. Il n'y avait plus que son corps brûlant de désir, cette bouche divine, sa langue et ses mains sur son corps. Elle était à la fois en enfer et au paradis. Elle désirait aller plus loin, aller jusqu'au bout de cette sensation, et était en même temps complètement dépendante de lui, de chacun de ses mouvements, de chacun des gestes qu'il inventait juste pour elle. C'était sa première dépendance, la première drogue de sa vie et c'était si bon... Elle ignora combien de temps cela dura mais il vint un moment où ce n'était plus possible. Elle serra ses jambes autour de sa tête dans un spasme de plaisir et profita du léger retrait qu'il fut obligé de faire pour respirer pour se redresser. Elle le poussa et il dut s'asseoir en tailleur. Leurs deux regards brûlaient de désir. Elle enroula doucement ses ailes autour de leur deux corps. Sa poitrine était désormais tout contre son visage et elle sentait, plus bas, une pointe titillait son intimité. D'une main assurée, elle saisit l'objet de son désir, s'assura de son positionnement et se laissa tomber. Il n'y eut ni douleur, ni regret. Doucement, au rythme des lentes ondulations de ses hanches, protégés de l'extérieur par un cocon du plume, ils sombrèrent tous les deux vers un monde lumineux où le plaisir était roi, où chaque gémissement était une richesse inégalée.

L'aube ne devait plus être loin lorsqu'ils se décidèrent enfin à bouger. Personne n'était venu les déranger mais chaque instant ne faisait qu'augmenter le risque. Ils s'étaient baignés avant de se laisser sécher par la brise chaude. Aeither avait même fini par s'endormir sur le torse de son amant, instant rare et unique de confiance et d'abandon de la part d'une guerrière sans pitié.

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Le reste de cette semaine fut entièrement conditionné par cet élément nouveau dans leur relation. La lune les trouvait souvent nus et enlacés dans les restes de l'étreinte de leur journée de sommeil, les révisions étaient entrecoupés de moments d'amour passionné. Oui, c'était une drogue, assurément, et ni Aeither, ni Teneombre ne pouvaient se passer de ce plaisir si particulier, unique. De cette union des corps, de cet instant de communion absolu où l'on ne fait plus qu'un.

Il y eut d'autres conséquences à cette baignade dans la fontaine. Étrangement, la guerrière commença à pouvoir percevoir des formes dans les champs d'énergie. C'était toujours une tension plus ou moins continue et forte mais elle était désormais capable d'en réaliser une sorte d'image trois dimensions dans sa tête. Bien sûr, le manque de finesse de ses sens avait un impact direct de la dite image. Le sourire de la chamane lorsqu'elle lui en parla lui appris que c'était probablement la raison qui avait poussé sa famille dans les bras du jeune homme. La magie de Gaïa et la force de leur amour avait permis de débloquer un autre de ces pouvoirs ancestraux.

Malheureusement, comme toute drogue, l'amour avait ses revers. Lorsqu'arriva le lundi de cette semaine si importante dans leur vie humaine, aucun des deux n'avait vraiment les cours en tête et d'un commun accord, ils mirent un frein à leur désir (encore que...) et se concentrèrent vraiment sur leurs révisions jusqu'au mercredi après-midi où les parents de la Gaïanne les rapatrièrent sur Bethune. Étrangement, en quittant son village, Aeither eut la certitude que la prochaine fois qu'elle marcherait en ces lieux, tout aurait changé. Nostalgie ou prémonition ? Intuition ou fruit d'un saut d'hormones ? Elle aurait été bien incapable de le dire. Et pourtant...