FOR EVER

Epilogue

Debout dans le jardin aux allées impeccables, dans l'enclos précieux des grilles de fer forgé dont des rosaces avaient été récemment redorées, la vieille dame contemplait attentivement le Manoir.

C'était ainsi que l'on nommait, depuis sa construction dans les années 1870, la vaste demeure dressée sur la colline qui surplombait la ville. Elle y demeurait depuis son mariage avec Josuah Prideworth, en 1872, le jour de son dix-huitième anniversaire.

Le toit venait d'être refait à neuf ; une vigne vierge, aux feuilles empourprées par l'automne, apportait une bucolique touche de couleur au rose et blanc des murs.

Elle tentait de se souvenir...

Une petite lueur née du fond de sa mémoire l'avait guidée le long du chemin tapissé de gravier blanc, mais elle ignorait quelle pulsion secrète l'avait poussée à la suivre.

ooOOoo

Un visage dans le clair-obscur, sous les épaisses frondaisons des érables. Des fleurs le long du chemin, déjà flétries en cette fin d'automne.

Un rire.

Une main qui tirait la sienne, plus petite, plus brune.

« Dépêche-toi, Becky ! »

Les traits demeuraient imprécis, insaisissables, à l'exception des yeux noisette où chatoyaient les différentes couleurs de l'automne.

Rebecca Barnett-Prideworth haussa ses frêles épaules et ramena son étole de renard autour de son cou fripé.

Sa mémoire lui jouait des tours, ces temps-ci. Cette présence qui hantait ses souvenirs n'était sans doute que la vague réminiscence d'un ami imaginaire, inventé pour adoucir sa solitude de fille unique.

Elle lança un dernier regard vers l'allée avant d'aller rejoindre, à petits pas délicats, ses enfants, petits enfants et arrière-petits-enfants qui la cherchaient à grands cris.