- La Saint-Valentin, c'est vraiment ringard ! Lâcha Jack en roulant des yeux.

Andrea se contenta de soupirer. Les couples qui s'aimaient autour de lui ne le gênaient nullement. Certes, sa vie amoureuse, ou plutôt l'absence de sa vie amoureuse, n'avait rien à envier mais il n'en détestait pas pour autant tout ce qui l'entouraient et qui profitaient des plaisirs charnels.

- Je suis certain que si elle continue comme ça elle va parvenir à lui arracher les amygdales, continua Jack d'un air dégoûté en fixant de manière fort peu élégante un couple assis sur l'herbe non loin d'eux.

- Si cela te dérange, ne regarde pas, conclut tout simplement Andrea, regardant de nouveau sa montre.

- Si ma compagnie te dérange tant que cela tu n'as qu'à le dire, se renfrogna Jack.

Andrea avait l'habitude de ses sautes d'humeur. Un parfait bipolaire qu'était Jack. C'était bien sa veine qu'il soit tombé sur lui et surtout que le garçon se soit attaché à lui de manière fort malsaine.

- Je n'ai pas vraiment mon mot à dire me semble-t-il, soupira Andrea.

Jack le fixa un long instant de ses yeux perçants d'un bleu indescriptible.

- Tu sais… lui ronronna-t-il langoureusement à l'oreille, tu n'as que quelques petits mots à dire et pouf ! le tour serait joué, je ne t'embêterais plus.

Les gestes accompagnant la parole, Jack était venu se poser sur ses genoux à califourchon, son nez léger venant effleurer le sien.

- Jack ! grogna Andrea entre ses dents.

- Allons, allons, n'aie pas peur petite brebis égarée, personne ne verra rien, murmura Jack, commençant une danse langoureuse, ses lèvres venant taquiner une oreille sensible, ses doigts, affamés, titillant une chevelure courte y faisant régner un désordre méticuleusement calculé.

Andrea aurait dû résister, cela faisait des mois qu'il résistait, mais il aurait été mensonge que dire que la présence de Jack ne s'était pas faite agréable et indispensable.

- Père Andrea ? Murmura une voix sur sa droite.

Andrea sursauta et se leva brusquement.

- Je suis désolée de mon retard, baragouina la jeune femme le regardant suspicieusement, lui tendant une main tremblante mais pas moins moite.

- Je vous en prie, je profitais de cette journée ensoleillée, répondit-il le rouge aux joues, n'osant imaginer ce que la jeune femme s'était fait comme idée l'entendant ainsi soupirer d'aise.

Asseyez-vous, je vous en prie, et dites-moi en quoi je puis vous aider.

La jeune femme s'accomplit, les larmes déjà aux yeux.

- Ouais, et comme d'hab', faites comme si je n'étais pas là, grogna jack.

- Techniquement, tu n'es pas là, lui murmura Andrea.

- Comment ? lui demanda la jeune femme croyant qu'il s'adressait à elle.

- Rien, je vous écoute, lui sourit-il le plus sereinement possible afin de la rassurer.

- Je crois… bredouilla-t-elle.
Je crois que ma sœur est possédée.

- Super ! Je vais pouvoir assister à mon tout premier exorcisme ! Lâcha Jack bien trop heureux.

Andrea soupira douloureusement. La journée allait être longue.

- Qu'est-ce qui vous fait penser cela ? demanda]-t-il toujours aussi posément.

- Ouais ! Est-ce qu'elle a la tête qui tourne à 180° ? Est-ce qu'elle parle l'arménien ?

- L'araméen, grogna Andrea.

- C'est pareil ! reprit Jack.
Est-ce qu'elle grimpe au plafond ? Est-ce qu'elle utilise un crucifix pour…

Andrea l'interrompit en s'adressant de nouveau à la jeune femme.

- Vous pouvez parler librement avec moi, mademoiselle, je ne vous jugerai pas et je tenterai de vous aider au mieux.

- Merci, lui répondit-elle, les larmes coulant librement à présent.
Je ne savais vraiment plus vers qui me tourner.

Lentement ses petites mains se refermèrent sur la grande main d'Andrea qu'elle embrassa pieusement.

- Hé là ! S'offusqua Jack.
Touche pas ce qui n'est pas à toi ! C'est pas parce qu'il est chaud comme la braise et qu'il représente le fruit interdit qu'il faut se lâcher la minette ! Le père de Bricassart ci-présent est à MOI !

La jeune femme dut sentir un courant d'air glacé la parcourir car elle trembla et chercha des yeux une présence qu'elle ne visualisait clairement pas.

Andrea sentait déjà un mal de tête pointer le bout de son nez alors que Jack tentait de donner des coups de pied à un pauvre arbre qui n'avait rien fait.

La jeune femme sortit alors un pendentif en forme de croix.

- Marie-Ange a reçu ce pendentif pour sa communion, elle ne l'avait pas quitté depuis. Pourtant, il y a quelques jours, elle me l'a jeté au visage dans un excès de colère et sa peau a été brûlée à l'endroit où elle le portait. J'ai peur qu'elle n'ait abandonné tout espoir et que Dieu ne veille plus sur elle.

- Mon enfant, reprit Andrea, Dieu veille sur chacun de nous et son amour nous guide tous les jours. Ne perdez ni la foi ni l'espoir, je vais vous aider.

La jeune femme sourit pour la première fois, resserrant son étreinte sur la main d'Andrea.

Ils restèrent un moment silencieux avant que la jeune femme ne parle à nouveau et que tous deux s'organisent afin de venir en aide à sa sœur. Alors qu'ils se levaient enfin pour se rendre au domicile de Marie-Ange, jack leur emboîta le pas.

- Et… reprit-il le pas léger, c'est à quel moment exactement que tu lui dis que sa sœur est un vampire en fait ?

Andrea soupira de nouveau.

Pourquoi fallait-il que l'esprit errant le plus bavard, le plus curieux, le plus envahissant et le plus sexy du monde se soit entiché de lui ? Il n'avait pas mérité cela.