Il gisait là.
Etendu dans la boue rougeâtre, ce bourbier fumant, cet étang de corps mutilés, de plaies béantes et de bouches agonisantes.
La pluie battait son plein, rendant sa respiration encore plus laborieuse. Il se noyait dans son propre sang. Non sans avoir glorieusement fait couler celui de l'ennemi. Deux âmes qui s'étaient haïes au moment où leurs fers s'étaient croisés dans un éclair tonitruant, deux corps à présent emmêlés dans une dernière étreinte. Une éternelle étreinte.
Les gouttes de cette pluie incessante martelaient ses tempes douloureuses, chantaient une mélodie, depuis longtemps oubliée, sur l'acier tranchant de sa lame, une mélodie cristalline sur une étendue rougeoyante.
Cette même mélodie que sa mère lui chantait quand il était enfant, au coin du feu, alors que la pluie s'acharnait au dehors, loin de lui, sur les vitres étroites de leur maisonnette.
Rien ne pouvait l'atteindre alors.
Plus rien ne le pourrait à présent.
Ses yeux s'ouvrirent une dernière fois, alors que ses lèvres déjà bleuies murmuraient ces quelques mots d'amour qu'il avait oubliés jusqu'à cet instant, des yeux qui voyaient enfin l'éclaircie tant attendue.