Titre : Un regard entre nous

Rating : M

NDA : Tout l'univers de cette nouvelle m'appartient. Bonne lecture ;)


Installé devant son ordinateur, Shuya lisait ses mails, dont au moins une bonne dizaine de sa sœur qui lui envoyait sans cesse des mails humoristiques. Il ne comprenait pas comment on pouvait envoyer autant de mail en si peu de temps, et pourtant sa sœur était la spécialiste. Il regarda l'horloge visible sur son écran et constata qu'il n'avait pas le temps de les lire. Il mit de la musique et tout en se préparant, il se mit à chanter de sa belle voix grave. Une voix que tous souhaitaient avoir. Puissante, mais qui pouvait aussi devenir très douce.

Il avait commencé à chanter à l'école pour les spectacles de la classe, puis, voyant qu'il aimait chanter seul, il avait pris des cours de chant et maintenant, il passait trois soirs sur sept dans un music-hall branché de Tokyo. Il se rappela que plus jeune, sa prof de musique, qui l'avait entendu la première fois, elle en avait été bouche bée, tout comme ses camarades, même si les plus bruyants c'était fichu de lui. Du coup, il avait été inscrit d'office dans la chorale de l'école. Maintenant, il donnait des cours de littérature à l'université.

Se plaçant devant son miroir sur pied, Shuya s'observa dedans. Il avait enfilé un costume noir qui faisait ressortir ses longs cheveux argentés qui lui arrivaient en dessous des épaules. Ayant toujours aimé les porté longs, Shuya n'attachait que rarement ses cheveux, éclaircissant encore plus ses yeux bleus, preuve de sa descendance française. Le visage de sa mère lui revint en mémoire. Elle avait quitté ce monde alors qu'il n'était qu'un adolescent, il était fier d'avoir ses yeux, puisque le reste lui venait de son père, un pur Japonais.

Constatant qu'il était prêt, Shuya ferma son ordinateur, prit ses clés et quitta son appartement pour aller à son travail. Cela ne lui prit qu'une dizaine de minutes tout au plus, puis se gara à sa place pour entrer par la porte de derrière. Il salua les autres chanteurs et aussi les danseurs puis s'enferma sa la petite pièce qui lui servait de loge. Étant le plus populaire, Shuya avait bénéficié de cette petite pièce pour pouvoir être tranquille et se concentrer au calme.

On toqua à la porte une demi-heure plus tard.

— Kitano-san ça va être à toi.
— Merci Hisa-sama, j'arrive.
— Kitano-san cesse de m'appeler ainsi, je suis comme tout le monde tu sais.
— Je le sais, mais je vous dois beaucoup.
— Tu ne changeras pas hein ?
— Non.

Shuya aimait beaucoup Ruka Hisa, elle l'avait engagé alors qu'il avait besoin d'argent pour continuer ses études, et avait fondé beaucoup d'espoir sur lui lorsqu'elle l'avait entendu chanter pour la première fois. Il la respectait énormément, car elle gérait toute seule son établissement et s'en sortait à merveille.

Il s'inspecta une dernière fois et quitta la pièce pour aller se placer dans la coulisse. Lorsque la jeune femme le nomma, il se mit à sourire et entra sur scène. Celle-ci était brillamment éclairée. Les rideaux blancs faisaient ressortir le noir du tabouret sur lequel Shuya s'installa, posant un pied sur la barre et l'autre par terre.

Prenant le micro posé près de lui, il salua la salle qui l'avait accueilli en applaudissant. Il avait son petit public et ses habitués. Inspirant profondément, il entama la chanson qu'il avait choisie. Pour une fois il s'agissait d'une chanson connue de son pays, qui est initialement chantée par une femme. Il prit un timbre aigu. Les spectateurs furent enchantés par ce changement. Alors qu'il allait attaquer le refrain final, il se leva et demanda aux personnes de reprendre la chanson en même temps que lui.

Clap your hands! jidai wa hayamari enshuuritsu mo kawatta
Clap your hands! kore wa ishihyouji kiai sansei ai wo agete

Clap your hands! noriokureru na yo jinsei tatta no ichido dakara
Clap your hands! kono isshun ni nani ga okiru kawakarana~i!
iza utae yo1

Le public l'avait accompagné avec ferveur en tapant dans leurs mains comme dans la chanson avec enthousiasme applaudirent lorsque celle-ci fut finie. Il quitta la scène avec un énorme sourire et avant qu'il n'arrive devant sa loge il fut surpris de voir sa patronne. Son regard était froid, pourtant il sursauta alors qu'elle se jeta à son cou. Jamais la jeune femme n'avait fait une telle chose, avec quiconque.

— Hisa-sama…
— Kitano-san c'était merveilleux ! Vous avez vu comment ils étaient enchantés ! Je n'en revenais pas, et puis choisir cette chanson, c'était une très bonne idée, elle est rythmée et fait bouger.
— Merci Hasi-sama, pourriez-vous me lâcher s'il vous plait, tout le monde nous regarde.
— Et alors, cela ferait des jaloux si l'on nous voyait ensemble ? De toute façon, je sais très bien que vous êtes gay, donc il n'y a pas de soucis.

Shuya rougit à cela, effectivement, tout le monde dans le personnel connaissait son penchant pour les hommes, mais Hisa faisait comme si c'était normal. Il l'appréciait, se rappelant que lorsqu'il le lui avait avoué, il pensait qu'elle le renverrait sur-le-champ. Au contraire, elle avait posé une main chaleureuse sur son épaule et lui avait assuré que ce ne serait jamais un motif de renvoi pour elle.

Hisa se recula en voyant sa gêne et s'excusa pour partir vers la scène. Certains employés les regardaient en coins et Shuya décida alors de ne pas y prêter attention et d'entrer dans sa loge afin de se changer. Il ne chantait qu'une chanson ce soir-là, car il y avait beaucoup de prestation dans la soirée.

Le jeune homme inspira profondément en sortant de l'établissement. La chaleur de l'été se faisait encore sentir en ce mois d'aout. Levant les yeux vers le parking, il vit un homme le regarder. Il ne put le voir distinctement, car la lumière du réverbère ne lui montrait que sa silhouette. Intrigué, il voulut s'approcher, mais l'homme s'en alla précipitamment. Il put seulement remarquer qu'il avait des cheveux courts. Haussant des épaules, Shuya partit vers sa voiture et quitta le parking en regardant furtivement s'il ne voyait pas l'homme.

Entrant chez lui, il alla se prendre une douche et enfila son T-shirt et un boxer pour ensuite se placer quelques minutes devant sa fenêtre. Devant lui s'étendait un joli petit parc comme il y en avait dans toute la ville. Les lumières l'éclairaient faiblement, reportant les ombres des arbres sur le trottoir. Il revoyait l'homme du parking. Celui-ci l'avait troublé, ressentant quelque chose qu'il ne saurait définir. Se fustigeant, il quitta sa place et alla dans son lit pour s'endormir.

Assis sur sa chaise, l'étudiant regardait avec intérêt son professeur qui expliquait son cours. Son coude posé sur la table et son menton reposant sur sa main. On avait l'impression qu'il s'endormait plus qu'autre chose, mais ce n'était pourtant pas le cas.

— Eh t'endors pas Ryusuke !
— Chut j'écoute !

Son voisin fronça les sourcils puis se retourna vers le prof, laissant l'étudiant faire ce qu'il voulait. Ryusuke passa donc l'heure à suivre le cours, pourtant il décrocha à un certain moment pour se rappeler l'homme qu'il avait écouté chanter la veille. La voix puissante lui revenait en mémoire. Jamais il n'aurait cru qu'un homme puisse avoir ce style de voix et pourtant… Il en avait été hypnotisé, et n'avait pu lâcher du regard cet homme magnifique jusqu'à ce qu'il quitte la scène.

Ce fut un coup de coude qui le fit revenir à la réalité. Sursautant, il scruta son ami.

— Eh ! Tu m'as sorti que t'écoutais le cours pourtant t'a pas entendu, la sonnerie ! Tu pensais à quoi encore ?
— Rien qui te concerne, maintenant partons pour suivre le prochain cours.

L'étudiant s'en alla, il savait que Ranmaru le suivait. Se demandant parfois s'il n'avait pas des vues sur lui. Ne voulant pas savoir, il s'avança dans les couloirs. Ryusuke voyait les filles se retourner sur son passage et certains de leurs petits amis froncer les sourcils en les voyant faire. Oui, Ryusuke était considéré comme le plus beau mec de son université, mais lui n'en avait cure. Tout ce qu'il voulait c'était faire ses études et rien d'autre, même s'il avait une petite amie.

Alors qu'il s'appétait à arriver devant la porte de sa salle, il vit entrer l'objet de ses pensées. Croyant avoir rêvé, il s'approcha, mais Ranmaru l'arrêta.

— Ryusuke, attends ! Ce soir on va en boîte t'es des nôtres ?
— J'sais pas, y'aura qui ?
— Toute la bande, comme d'hab. Ça fait un bail que t'es pas venu avec nous, aller vient !

Il allait répondre quand un homme arriva devant eux. Ryusuke n'osait plus rien dire.

— Si vous êtes dans mon cours, entrez, sinon aller rejoindre votre salle.
— Euh oui Sensei !

Ryusuke avait bégayé, il n'en croyait pas ses yeux. Ils suivirent le professeur dans la salle et allèrent s'installer. L'enseignant se tourna vers les élèves et leur dire en souriant.

— Votre professeur est en arrêt maladie pour une période indéterminée, du coup j'ai été nommé pour le remplacer. Je suis Kitano Shuya-sensei, professeur de littérature. Pouvez-vous me dire comment était votre professeur pour que je puisse être au courant.
— C'était un prof strict, on ne pouvait rien faire, et si on avait le malheur de dire un mot de travers, il nous aurait tués.

C'était un des élèves derrière Ryusuke qui avait parlé, tous avaient acquiescé. Le jeune homme lui, ne lâchait plus le professeur des yeux, ce que celui-ci remarqua bien vite, se demandant alors ce qu'il avait. Il le regarda avec insistance et le jeune homme se mit à rougir légèrement et détourna son regard. Celui-ci était magnifique, remarqua Shuya, un beau brun clair tirant sur le cuivré.

Shuya fit alors le cours qu'il avait préparé, comme il l'avait espéré, celui-ci captiva ses élèves. Alors que la sonnerie retentissait de nouveau, il donna les quelques devoirs qu'il voulait que ses élèves fassent et leur souhaita une bonne journée. Il allait se retourner, mais il rencontra de nouveau l'élève qui le fixait en début d'heure, mais cela ne dura que quelques secondes.

Ranmaru appela Ryusuke qui se libéra de la vision de son professeur. Jamais il n'aurait pensé que l'homme qu'il avait écouté religieusement la veille puisse être un prof, et encore moins un prof de son université !

— T'as été dans la lune toute l'heure, franchement Ryu' faudrait que tu dormes la nuit !
— La ferme !

Le grognement de Ryusuke surprit son ami qui ne l'avait jamais entendu parler ainsi. Il avait bien remarqué pendant toute l'heure qu'il n'avait pas lâché du regard leur prof, et la réaction qu'il avait eus lorsqu'il l'avait vu entrer dans la salle. Qui était ce prof, est-ce que Ryusuke le connaissait ? Il préféra attendre que son ami se soit calmé avant de lui poser la question.

Malheureusement pour Ryusuke, plusieurs fois dans la journée, il croisa cet homme qui faisait battre son cœur plus qu'à l'ordinaire. Ses longs cheveux argentés glissaient sur ses épaules, ses yeux bleus le captivaient à chaque regard. Pourquoi réagissait-il comme cela face à un homme ? Il aimait les femmes, d'ailleurs il devait retrouver sa copine dans quelques minutes.

Il quitta le bâtiment pour respirer un grand bol d'air frais malgré la chaleur de l'été, cela lui fit le plus grand bien, son sentiment d'oppression diminua. Deux bras l'enlacèrent sans qu'il ne s'y attende, le faisant sursauter.

— Alors mon amour, tu es dans la Lune ?

Ryusuke se retourna et s'aperçut du grand sourire de Minami, sa petite amie. Ses longs cheveux bruns tombaient autour de son visage. Il l'aimait, et la prit dans ses bras pour l'embrasser tendrement.

— On sort ce soir ?
— Je ne peux pas, j'ai bien trop de travail à faire.
— Mais…
— Minami, je ne veux pas rater mes études…

La jeune femme fit une moue triste, mais savait que pour son petit ami, ses études c'était très important. Elle l'embrassa et lui prit la main avec un beau sourire.

— D'accord, mais samedi tu me suis. J'ai trouvé un endroit et ça a l'air vraiment sympa.
— Et c'est où ?
— Un music-hall branché.
— Si tu le souhaites, je viendrais te chercher.

Le grand sourire qui lui répondit lui fit plaisir et ils s'embrassèrent avant de quitter l'université. Pourtant, Ryusuke voyait encore ce prof dans sa tête. Il se força à l'oublier et se concentra sur la femme près de lui. Après tout, c'était un hétérosexuel alors autant oublié.

Shuya avait vu la scène entre son élève et apparemment sa petite amie, un sourire se fendit sur son visage, il aimait voir les couples si heureux, pourtant une ombre se forma dans ses yeux. Bien qu'il ait eu des aventures, jamais il ne pourrait s'afficher avec sa moitié… Personne n'accepterait de le voir avec un autre homme. Même si sa famille l'avait accepté depuis qu'il l'avait avoué, il ne pourrait jamais se montrer ainsi en public, prendre son compagnon par la taille, l'embrasser.

Il rentra chez lui pour corriger ses copies, Hisa l'avait appelé pour lui demander si exceptionnellement il pouvait venir au music-hall samedi soir, car l'un de ses chanteurs était tombé malade et avait besoin de lui pour combler le trou. Shuya accepta avec grand plaisir, cela lui ferait une rentrée en plus pour le mois et puis il ne pouvait rien refuser à la jeune femme.

Son téléphone sonna, il le prit distraitement alors qu'il était plongé dans la correction d'une copie.

— Kitano Shuya.
— Ptit frère ! Comment tu vas ?
— Kahoko ! Je vais bien et toi ?
— Ca va, alors ta première journée à l'université ?
— Cela s'est bien passé, mes élèves sont sympathiques, ça me change du collège.
— Ca je veux bien le croire. Je voulais savoir, tu veux venir chez nous samedi soir ? On va faire la fête.
— Je ne peux pas, Hisa-sama m'a demandé si je pouvais venir pour remplacer l'un des chanteurs.
— Oh, et bien tant pis. Bon, je vais te laisser, prend soin de toi petit frère.
— Merci toi aussi et embrasse ma nièce.
— Pas de soucis, bye.

Le professeur posa son téléphone et fini de corriger ses copies pour se faire à manger. Il échoua une heure plus tard sur son canapé et alluma la télé. Ayant trouvé un film qui lui plaisait, il se plongea dedans et finit par s'endormir quand celui-ci fut fini.

Ryusuke était quant à lui allongé sur son lit à regarder le plafond. Minami se tenait contre lui et dormait à point fermée. Ils avaient fait l'amour avec fièvre, pourtant quand ils eurent fini, Ryusuke avait repensé à son professeur. C'était indescriptible, pourquoi pensait-il à lui après ça ? Ne voulant pas chercher plus, il s'allongea correctement et s'endormit profondément.

Le samedi était arrivé et Ryusuke s'était préparé pour aller chercher sa petite amie. Elle lui indiqua la route et fut surprise lorsqu'ils s'arrêtèrent devant le Moonlight. Minami ne savait pas qu'il était déjà venu dans cet établissement. Il ne l'avait pas emmené, voulant passer une soirée tranquille. Ne désirant pas faire voir à Minami qu'il savait où ils étaient, il la prit par la taille et l'embrassa dans le cou.

— C'est quoi ici ?
— Un music-hall, à ce que l'on m'a dit il y a un chanteur qui chante divinement bien ! J'ai hâte de l'entendre !

L'excitation de sa copine éveilla en lui des doutes. Ce chanteur, s'agissait-il de Kitano-sensei ? Entrant dans la pièce, ils allèrent s'installer devant la scène. Ils n'eurent pas à attendre longtemps avant que leurs amis arrivent. Le bruit qu'ils faisaient exaspéra Ryusuke. Ce n'était pas un bar, mais un établissement assez branché…

— Vous pouvez pas faire moins de bruit de temps en temps ?
— Rabat-joie !
— Non, j'tiens juste pas à me faire virer. Alors, calmez-vous ou j'm'en vais !

Personne n'aimait quand Ryusuke se mettait en colère, car il entrait dans une colère noire et il s'en prenait à tout le monde. Le groupe s'installa et commanda leurs boissons.

— Alors, ça roule toujours entre vous dites donc !

Le ton de reproche fit sursauter Ryusuke. Il se tourna vers Junya et déclara moqueur.

— Pourquoi ? Tu la veux ?
— Disons que vous n'allez pas ensemble. Franchement faut vous rendre à l'évidence, vous n'avez rien en commun !
— La ferme !

Ranmaru avait attrapé Junya par le cou et le regardait méchamment.

— Dis encore une connerie comme ça et j'te fous mon poing dans la figure !

Le couple les regardait pantois, Ryusuke n'avait pas ouvert la bouche, son ami avait tout dit. Mais il pensait de plus en plus qu'effectivement ils n'avaient rien en commun. C'est à ce moment-là que la salle se tu et que les personnes s'installèrent confortablement face à la scène. Une belle jeune femme arriva sur scène et annonça un groupe de deux danseuses.

La soirée se passa dans le calme, Ryusuke s'ennuyait légèrement, mais faisait plaisir à Minami qui était aux anges. Pour passer le temps, il repensait à la soirée où il avait vu son professeur chanter. Il se rappela de sa belle voix et son regard. Le nom de Kitano-sensei fut prononcé et cela le sortit immédiatement de ses pensées. Son regard se focalisa vers la scène.

— Eh, mais Kitano, c'est pas l'nom du nouveau prof ?
— Si ! C'est lui tu crois ?
— J'en sais rien, on va voir.

Ryusuke les avaient entendus, lui connaissait la réponse, mais ne répondit rien leur laissant la surprise. Dans son corps, il sentit son cœur se mettre à battre furieusement. Minami lui avait pris tendrement la main.

Il vit alors apparaitre Kitano-sensei dans un magnifique costume anthracite. Il en fut soufflé.

— Putain c'est, mais qu'est-c'qu'il fou là ?
— Fermez-la !

La voix de Ryusuke les fit taire et fit froncer les sourcils de sa petite amie. Minami tourna son visage vers lui. Elle glissa une main sur sa joue pour le tirer de la scène et l'embrassa amoureusement. Elle voyait bien que son couple avait un coup dur, mais elle aimait Ryusuke et voulait le lui faire comprendre. Surpris, ce dernier la regarda. Il voulut parler, mais la chanson commença et Minami se tourna vers la scène. Il en fit de même et contempla son professeur. Ses longs cheveux argentés glissaient sur ses épaules et ses lunettes le rendaient plus âgé.

Ryusuke remarqua que la lumière jouait beaucoup sur ses cheveux qui brillaient différemment que lorsqu'il l'avait vu dans la salle de cours. Il ne put lâcher du regard l'homme qui chantait merveilleusement bien. Il était comme hypnotisé.

Shuya avait le projecteur sur lui, ce qui l'empêchait de voir toute la salle, il distingua quelques groupes, dont l'un qu'il crut reconnaitre. Se focalisant dessus, il força son regard à s'habituer à la lumière et distingua certain de ses élèves, dont celui qui avait rougi dans la classe. Comme cela, dans la pénombre, il avait l'impression de voir une autre personne. Il finit sa prestation et quitta la scène, troublé par le fait que son élève ne l'avait pas quitté des yeux. Pourquoi ne l'avait-il pas lâché ?

Minami regardait son petit ami, il avait l'air obnubilé. Ne voulant pas faire une scène dans l'établissement, elle attendit qu'ils soient tous dehors pour lui parler.

— Ryusuke, je peux savoir ce qu'il s'est passé tout à l'heure ?
— Comment ça ?
— Je t'ai vu ! Tu as fixé votre prof pendant tout le temps qu'il était sur scène !
— Je l'écoutais ! Tu voulais venir, laisse-moi aussi faire ce dont j'ai envie.

Ryusuke était fatigué, tout ce qu'il voulait c'était dormir pour ne plus voir ce regard qui l'avait regardé. Il savait très bien de quoi voulait parler Minami, mais il était dans l'incapacité de répondre et ne voulait pas s'expliquer maintenant. Leurs amis les regardaient et ne voulaient pas s'en mêler sauf Ranmaru qui s'approcha.

— Minami, tu ne veux pas te calmer ?
— Lâche-nous toi ! J't'ai rien demandé !
— Ne parle pas comme ça Minami, et Ranmaru a raison calme-toi.
— Mais…
— Calme-toi. On rentre.

Le jeune homme prit la main de sa petite amie qui s'était calmée et salua ses amis. Il était passablement énervé, et cela, Minami le ressentait dans sa main, il la tenait plus fermement qu'auparavant.

— Tu me fais mal à la main Ryusuke.

Ce dernier la relâcha et se tourna vers elle alors qu'ils arriveraient devant la voiture. Son regard se plongea dans le sien et Minami dégluti. Elle n'aimait pas lorsque son petit ami était énervé, et apparemment, là il l'était.

— Je peux savoir ce qui t'a pris ?
— Rien, je me suis énervée pour rien. Tu peux me ramener s'il te plait ?

Ryusuke s'approcha et l'embrassa doucement. Elle lui sourit gentiment. Le jeune homme la ramena chez elle, Minami aurait voulu qu'il reste, mais il refusa, ne pouvant décemment pas rester avec elle ce soir-là. Ils se quittèrent après un long baiser.

Lorsqu'il s'échoua sur son lit, Ryusuke posa son bras sur ses yeux. Le regard électrique de son professeur lui revint vivement en mémoire. Il se dit qu'avec les lumières braquées sur lui, le prof ne l'avait certainement pas reconnu. Et puis même si c'était le cas, c'était son prof et il avait certainement sa propre vie. Quand à lui, il avait Minami, et même si elle lui avait piqué une crise de jalousie, il l'aimait toujours.

Cela faisait environ six mois qu'ils sortaient ensemble après que Minami se soit déclaré, un peu maladroitement, mais finalement c'est cela qui l'avait séduit. Il avait eu beaucoup de demandes, mais les femmes avec qui il avait eu une relation s'étaient montrées creuses et ennuyantes. Alors que Minami a toujours été naturelle avec lui, l'aimant pour ce qu'il était. Il avait cru avoir trouvé la personne qui partagerait sa vie quand Minami était apparue dans celle-ci, mais lorsqu'il avait vu Kitano-sensei sur cette scène… son cœur s'était mis à battre furieusement, comme jamais auparavant.

Il s'endormit avec en tête les images de Minami et de son professeur mélangés.

L'arrivée du professeur dans la salle de classe fit taire tout le monde. En effet, depuis maintenant trois mois, Shuya s'était révélé être un bon prof, qui n'aimait pas les élèves qui ne l'écoutaient pas. Ryusuke le regarda ardemment, comme chaque vendredi, il se rendait accompagner ou pas au music-hall et écoutait religieusement son professeur chanter. Et chaque semaine, son cœur se mettait à tambouriner dans sa cage thoracique.

Il l'avait accepté depuis environ un mois, il était totalement tombé amoureux de Kitano-sensei. Chaque regard lui vrillait l'estomac que ce soit dans l'établissement qu'en cours. Et justement, le beau regard électrique de Kitano c'était posé sur lui. Il cacha sa rougeur en baissant sa tête vers son classeur.

Shuya se demandait s'il rêvait ou pas. Il s'était aperçu de l'attention dont il faisait l'objet auprès de son élève et au fur et à mesure de ses prestations, il l'avait vu devant lui, le regardant, ou plutôt, le dévorant du regard. Il s'était senti mal à l'aise face à ce regard, pourtant il avait caché son émoi derrière un masque plus dur.

— Je vous annonce que ce sera mon dernier cours avec vous. Votre professeur revient la semaine prochaine.

Des exclamations négatives s'élevèrent dans la salle. Apparemment les élèves n'étaient pas d'accord avec cela.

— Je suis désolé, vous êtes vraiment une classe géniale, j'ai adoré travaillé avec vous, mais ce n'est pas moi qui décide.
— Mais c'est pas juste ! Ça fait des mois que vous le remplacez et il revient comme ça !
— Oui il a raison ! Nous on veut que vous restiez !

L'en train de ses élèves lui fit plaisir, jamais aucun de ses élèves n'avait réagit comme cela. Un fin sourire passa la barrière de ses lèvres. S'installant sur le bord du bureau et regarda ses élèves.

— Aujourd'hui pas de cours, comme c'est mon dernier, je voudrais que vous soyez sincère envers moi et me dire ce que vous avez aimé et ce que vous avez détesté.

Les élèves ne savaient plus quoi dire. Timidement Ryusuke leva la main. Shuya sourit et lui donna la parole.

— Et bien vous n'hésitez pas à passer du temps pour nous expliquer, alors qu'avec Ideka-san, on pouvait toujours lui dire ce qu'on ne comprenait pas, il s'en fichait.
— Ouais Ryu' a raison ! L'autre prof est franchement chiant. Avec vous on rigole, on plaisante, vous ne nous prenez pas de haut.
— Et bien je vous remercie…

Shuya essayait de cacher son embarras. Il n'était pas habitué à recevoir autant de compliments.

— Kitano-sensei, on nous a dit que vous chantiez dans un music-hall c'est vrai ?
— C'est exact.
— Vous nous faites une démonstration ?

La jeune femme souriait de toutes ses dents, et Shuya accepta en inclinant la tête.

— Vous voulez quelle chanson ?
— Et bien, vous n'avez pas une belle chanson dans votre répertoire ?
— Si.

Ryusuke le regarda ébahi, il allait vraiment chanter devant eux ? Il le vit se placer devant eux et se racler la gorge. Le doux son de la voix de leur professeur retentit dans la salle. Shuya avait choisi une mélodie calme, mais qui ferait monter son timbre de voix. Tous les élèves l'écoutaient dans le calme, tous ébahi par la voix de leur professeur. Personne n'aurait cru qu'un homme puisse avoir une telle voix, sauf Shuya, Junya et Ranmaru qui l'avait entendu au music-hall. Mais ce n'était pas le même son, la voix se répercutait contre les murs la rendant plus dense.

Shuya voyait ses élèves complètement hypnotisés. Et malicieusement il se déplaça dans la salle, chantant de toute sa voix. Lorsqu'il s'approcha de Ryusuke, il plongea son regard dans le sien, et pus enfin constaté l'étendue de ce qu'il voyait. L'étudiant ne put lâcher son regard, c'était énorme, son cœur battait encore plus vite et il commençait à sérieusement avoir chaud.

Content de son petit effet, Shuya le quitta du regard pour que celui-ci se pose sur celui d'une jeune femme. Toute la salle l'écoutait et lorsqu'il eut fini, tous applaudirent, même les plus virils des étudiants.

— Vous avez une sacrée voix ! Pourquoi faire prof alors que vous pouvez devenir célèbre ?
— Parce que je ne veux pas devenir célèbre, je préfère l'anonymat.
— Pourtant avec une voix pareille, vous pourriez vous faire des millions voir des milliards de yens !
— Je me fiche de gagner autant d'argent, tout ce que je veux c'est faire ce que j'aime.

Tous les élèves se mirent à crier en même temps, l'obligeant à se boucher les oreilles, mais finalement il sourit en les voyants si enthousiastes.

— Calmez-vous s'il vous plait.

Tout le monde se tut et Shuya continua.

— Je regrette franchement de devoir partir, vous êtes si gentil et si mignon !

L'air malicieux qu'il avait pris et les deux qualificatifs firent grincer des dents les hommes de la classe qui grognaient qu'il n'était pas mignon ni gentil, mais firent rougir les femmes. Subrepticement, Shuya regarda Ryusuke et sourit face à son regard, cette fois il grognait comme la plupart de ses amis. Quel changement ! Son regard cuivré s'était fait froid par l'énervement.

L'heure se finit rapidement et certains de ses élèves vinrent le voir pour lui affirmer qu'ils allaient voir le proviseur pour qu'il reste leur prof.

Ryusuke c'était enfui de la salle, il ne supportait plus les battements de son cœur et se sentait mal. Pourquoi cet homme lui faisait tant d'effet ? Pourquoi, lorsqu'il leur avait appris que c'était la dernière fois qu'ils le voyaient, il s'était senti comme abandonné ? L'étudiant s'en alla aux toilettes pour se soulager et se reprendre. Bon sang, mais il n'allait pas bien dans sa tête ! La porte s'ouvrit et se referma alors qu'il se passait un peu d'eau sur le visage. Il n'y fit pas attention.

— Shi-kun, vous sentez-vous bien ?

Cette voix, Ryusuke releva son visage et regarda son professeur depuis le grand miroir devant lui. Le professeur avait déboutonné un bouton de sa chemise et se tenait nonchalamment contre le mur.

— Je… vais bien.
— Vous n'avez pas l'air pourtant.

C'est à ce moment-là que Ryusuke fut pris de vertige et sentit ses jambes se dérober. Shuya eut juste le temps de le retenir et le fit reposer contre lui. Qu'est ce qu'il lui arrivait ? Le professeur le prit correctement contre lui et le secoua légèrement.

— Shi-kun ! Shi-kun ! Réveille-toi !

Mais rien ne se passa, Ryusuke s'était évanoui. Shuya s'obligea au calme, et décida de porter l'étudiant afin de l'emmener ailleurs. Ils ne pouvaient décemment pas rester dans les toilettes. Gardant le jeune homme contre lui, il regarda dans le couloir afin de s'assurer que personne ne le verrait. Il s'aventura dans le couloir et alla le plus vite possible à l'infirmerie. Arrivé à destination, le professeur entra sans même frapper et l'infirmier fut surpris.

— Que se passe-t-il ?
— Il s'est évanoui, je ne sais pas pourquoi !

Ils l'allongèrent sur un lit correctement.

— Comment est-ce arrivé ?
— Nous étions dans les toilettes et je lui faisais remarquer qu'il n'avait pas l'air bien. Et soudain il s'est mis à tanguer et il s'est effondré.
— D'accord.

L'infirmier ausculta l'étudiant sous le regard angoissé du professeur. Shuya s'inquiétait pour son élève, bien qu'il le regarde tout le temps, il ne l'avait jamais vu dans cet état. Que lui était-il arrivé ? Un téléphone sonna et le professeur remarqua que c'était celui de son élève. Il l'attrapa dans la poche de son pantalon et lut le message. Il s'agissait de son autre élève, Ranmaru, qui lui demandait où il était.

Décidant de ne pas l'inquiéter, il tapa un message.

— C'est Kitano-sensei, Shi-kun se trouve à l'infirmerie, il est inconscient. Ne t'inquiète pas et prévient votre professeur.

Il ne tarda pas à recevoir une réponse.

— Merci Kitano-sensei, le prof est prévenu, je viendrais à la fin du cours.

Shuya reposa le téléphone sur la table. L'infirmier reçu un coup de téléphone à son tour, lorsqu'il raccrocha il se leva précipitamment.

— Je dois me rendre au gymnase, un élève s'est fait mal. Pouvez-vous rester auprès de Shi-kun ?
— Bien sûr, allez-y je reste ici.
— Merci.

L'infirmier prit son sac et quitta l'infirmerie en courant. Shuya l'installa sur la chaise près du lit et décida de faire un compte rendu de sa période au sein de l'université pour le proviseur comme celui-ci le lui avait demandé. Il enfila sa paire de lunettes et prit son calepin et son crayon.

Il se passa près d'une demi-heure avant que Shuya ne lève son regard vers son élève qui se mettait à bouger doucement. Posant toutes ses affaires, le professeur se leva et vint se placer près de Ryusuke qui papillonnait des yeux.

— Shi-kun. Comment te sens-tu ?

Ryusuke tourna sa tête brusquement vers Shuya qui le regardait avec un petit sourire. Il devait certainement rêver. Que faisait Kitano-sensei là et lui où était-il ? Voyant le regard brillant de son élève Shuya continua.

— Tu es à l'infirmerie, je t'ai porté jusqu'ici, car tu t'es évanoui dans les toilettes. Comment te sens-tu ?

L'étudiant rougit de honte et détourna son regard. Une main se posa sur son front et il referma les yeux. La main était douce et chaleureuse.

— Tu n'as pas de fièvre, et tu as repris des couleurs, je suis content, car je me suis inquiété.
— Kitano-sensei…
— Qu'y a-t-il ?
— Pourquoi, vous êtes ici ? Où est l'infirmier ?
— Il a eu une urgence au gymnase, il reviendra quand il aura fini.

Ryusuke se retourna une nouvelle fois vers le professeur et sursauta en le voyant si près de lui. Il remarqua les lunettes. Cela rendait le professeur plus sérieux, mais aussi bien plus beau. Son cœur se remit à battre furieusement et Ryusuke s'obligea à fermer les yeux.

— Repose-toi, tu es encore pâle.

L'étudiant ferma les yeux et se laissa aller quand il sentit la main glisser encore sur son visage. Il entendit son professeur se mettre à chanter tout bas, comme d'habitude, sa voix était douce et calme et cela l'incita encore plus à s'endormir. Shuya le vit faire et sourit tendrement, ce n'était pas le seul à s'endormir au son de sa voix. Sa nièce était identique. Il veilla sur l'étudiant jusqu'à ce que l'infirmier revienne.

— Je vous libère, vous pouvez rentrer chez vous.
— Merci.

Il glissa une dernière fois ses doigts dans les cheveux noir court de son étudiant et se leva en récupérant ses affaires. Une fois sorti de l'université, il rentra chez lui bouleverser. Lorsqu'il avait vu Ryusuke si pâle, il s'était inquiété, et encore plus lorsqu'il s'était effondré contre lui. Il le niait depuis quelques mois, mais à présent c'était fini, il aimait son ancien élève. Cette façon de rougir l'avait ému, et son regard cuivré était magnifique.

S'installant devant son ordinateur, il se plongea dans la rédaction de son compte rendu qu'il avait commencée à l'infirmerie. Il avait passé une période très instructive. C'était la première fois qu'il faisait cours à des étudiants à peine plus jeunes que lui, et il avait eu peur de ne pas être à la hauteur, pourtant les classes qu'il avait eues s'étaient bien conduites avec lui et les étudiants regrettaient son départ.

Qu'est-ce qu'ils allaient inventer ? La classe de Ryusuke lui avait dit qu'ils ne voulaient pas de l'autre prof, cela lui avait fait vraiment plaisir, pourtant il savait très bien qu'un petit groupe d'élève contre un conseil d'administration, ils n'allaient pas pouvoir faire le poids.

Shuya s'était installé dans la salle. Pour une fois il ne chantait pas, il était simplement venu pour se détendre. Sa sœur avait passé la journée chez lui avec sa nièce. Celle-ci l'avait épuisé, et il avait besoin de changer d'air.

— Même quand tu ne travailles pas, tu viens ici ?
— Hisa-sama. En fait, j'avais besoin de me détendre.
— Alors commande ce que tu veux, je te l'offre, ne me ruine pas non plus.

Au même moment Akina arriva devant lui.

— Met-moi un Malibu cola s'il te plait.
— Je retourne derrière, passe une bonne soirée Kitano-san.
— Merci Hisa-sama.

La jeune femme s'en alla, heureuse de voir Kitano en dehors du travail. Elle l'appréciait vraiment, et regrettait quelque part qu'il ne s'intéresse pas aux femmes. Elle le trouvait vraiment charmant et sexy, il était également d'une gentillesse inconcevable.

Shuya écoutait attentivement ses collègues en sirotant sa boisson. Faisant un tour de salle, il remarqua son élève, Ryusuke, seul à une table. Il l'observa, les lumières tamisées le rendaient encore plus beau, même s'il ne le voyait que de profil. Son cœur battait furieusement dans sa poitrine, mais Shuya s'obligea au calme et profita de sa soirée.

Ryusuke se sentait de plus en plus mal, les chanteurs et danseurs se succédaient sur la scène, mais nulle trace de Kitano-sensei. Déçu il allait se lever lorsqu'il entendit près de son oreille.

— Déçu n'est-ce pas ?

Ryusuke se retourna à l'entente de la voix qu'il voulait entendre ce soir. La vue de son ancien professeur le statufia. Il portait une chemise pourpre en soie et un jean noir. Ses cheveux glissaient sur ses épaules. Mais ce qui l'avait frappé, ce fut son beau sourire.

— Je… je…
— Tu ?
— Que faites-vous ici ?
— Et bien je viens me détendre, comme toi apparemment.
— Vous ne chantez pas ?
— Pas ce soir.
— Pourtant, vous chantez tout les vendredis.
— Normalement oui, mais Hisa-sama m'a donné ma soirée, car j'ai eu ma sœur et ma nièce, et j'avais déjà chanté mardi soir.

L'étudiant sentait son cœur qui martelait sa cage thoracique. Il avait chaud, mais ne pouvait détourner son regard de ce qu'il voyait.

— Puis-je m'asseoir ?
— Euh… oui, venez.

Shuya alla chercher son verre et revint pour s'installer près de son étudiant. Il avait bien vu qu'il sa gêne, mais s'en amusa. Après tout, il était rare de voir un homme si timide. Ryusuke n'osait plus regarder son ancien prof, ils n'avaient jamais été si proches de lui. L'effluve de son parfum lui parvenait et il sentait réellement très bon, une odeur de cèdre très douce, c'était agréable.

— Tu ne parles jamais beaucoup, ou c'est parce que je suis là ?
— Je… En fait, j'ai un peu honte de l'avouer…
— Tu n'as pas à l'être.

L'étudiant leva son regard et rencontra le bleu électrique qui le fixait gentiment. Il ne voyait aucune malice, aucune moquerie dans ceux-ci, plutôt de la gentillesse et de la prévenance.

— Tu n'es pas obligé de me le dire.

Le sourire de son professeur le détendit et il souffla d'un coup.

— Je suis timide. Je n'ai pas l'aisance des autres, je préfère plutôt rester dans mon coin.

Shuya sourit et s'approcha un peu plus, réduisant ainsi la distance qui les séparait.

— Moi je trouve cela plutôt rafraichissant.
— Si je ne suis qu'un sujet d'amusement, je préfère partir Kitano-sensei.

Ryusuke voulut se lever, mais une main douce se posa sur son bras. Ce tournant furieux, il vit le regard qui le scrutait désolé.

— Je ne voulais pas te vexer, en fait, je disais plutôt cela comme un compliment. J'étais comme toi, mais je l'ai affronté.
— C'est vrai ? Comment vous avez fait ?
— Je suis monté sur scène.

L'étudiant se rassit, complètement abattu. Il cacha son visage dans ses mains et soupira. Shuya le vit faire et continua.

— Cela m'a permis d'affronter ma timidité et regarde maintenant, je suis capable de chanter devant une salle de music-hall et de faire cours à mes élèves.
— Jamais je n'aurais cru que vous aviez été timide, vous semblez tellement à l'aise.
— La preuve que l'on peut la surmonter.
— Mais je ne chante pas, alors comment…
— Déjà, tu es timide face à quoi ?

Ryusuke n'osait pas lui dire qu'il se sentait timide face aux personnes qu'il aimait. Mais aussi quand il devait…

— J'ai remarqué qu'en classe tu ne te mettais pas en avant. Tu es plutôt du genre à garder tout pour toi.
— Oui.

Ils discutèrent de cela pendant près d'une demi-heure. Pendant tout ce temps, Ryusuke se sentait de plus en plus à l'aise et s'exprimait avec plus d'assurance.

— Tu vois tu as déjà passé un cap de ta timidité, tu prends la parole, tu me réponds comme si tu me connaissais depuis des années.
— Vous n'êtes pas comme tous les profs. Et… vous êtes gentil.

Shuya eut du mal de se retenir de rire en voyant le regard de son ancien élève. Décidément, ces jeunes étaient plutôt directs, mais Ryusuke avait ce petit quelque chose qui le faisait fondre. Voyant l'heure, il s'exclama.

— Mince ! Je dois y aller, je me lève tôt demain matin, ma sœur revient et je dois garder ma nièce !

L'air paniqué fit rire l'étudiant qui se leva également.

— Je vais rentrer aussi, j'ai besoin de dormir.

Ils payèrent leurs consommations et quittèrent l'établissement. La fraicheur de la nuit fit du bien aux deux hommes qui restèrent silencieux quelques secondes.

— Et bien je te souhaite une bonne nuit et rentre bien chez toi. Au revoir Ryusuke.
— Au revoir Kitano-sensei et merci beaucoup.

Les deux hommes se regardèrent quelques secondes et Ryusuke s'enfuit vers sa voiture.

L'étudiant avait téléphoné à Minami. Il devait lui parler. Depuis la soirée qu'il avait passée avec son ancien prof, il se sentait de plus en plus mal avec sa petite amie. Il ne rêvait que de Kitano, l'imaginant dans divers endroits. Il voulait lui prendre la main, l'embrasser, lui dire à quel point il l'aimait.

Minami était maintenant devant lui, il avait décidé de lui dire franchement.

— Qu'y a-t-il Ryu', tu es bizarre.
— Et bien… C'est pas facile à dire. Je…

Le regard de la jeune femme ne l'aidait franchement pas. Elle le regardait avec un air triste et elle fronçait les sourcils. Il inspira et plongea son regard dans le sien.

— Je souhaiterais que nous cessions notre relation.

La réaction de Minami ne l'aida pas vraiment. Elle le regardait fixement. Ryusuke déglutit et attendit la tempête, qui ne tarda pas à venir.

— Attends, attends, attends, tu veux… me quitter ?
— Oui. Mais je voudrais que nous restions amis, si… tu le souhaites.
— Tu veux partir ? Me quitter ? Mais pourquoi ? la voix de Minami se faisait plus aiguë.
— Je… Je me suis rendu compte que je ne t'aimais plus comme avant, et je ne veux pas souffrir ni te faire souffrir. Je préfère cesser notre relation avant que cela ne dégénère.
— Tu as quelqu'un d'autre ?
— Non.
— Alors pourquoi ?

Voila le supplice de Ryusuke, quand Minami n'avait pas envie de comprendre quelque chose elle posait plein de questions. Et quand c'était comme cela, la jeune femme savait qu'elle avait le dernier mot. Mais Ryusuke savait ce qu'il voulait et c'est fermement qu'il répondit.

— J'aime une autre personne.
— Mais tu viens de dire que tu n'avais personne, bordel, mais explique-toi !
— Calme-toi. Je t'ai dit la vérité, je ne suis avec personne, j'aime une autre personne. Voilà pourquoi je souhaite cesser notre relation.
— Et ça dure depuis combien de temps ?
— Je ne m'en suis vraiment rendu compte que la semaine dernière.
— Tu t'ais foutu de moi pendant une semaine ! Je te hais ! Je ne veux plus te voir ! hurla Minami en s'énervant et levant les mains.
— Minami…
— Non ! Ça suffit, je t'aime moi ! Mais toi non, alors je préfère encore partir !

Ryusuke n'eut pas le temps de répondre quoi que ce soit que la jeune femme avait quitté son appartement, claquant violemment la porte. Soupirant, l'étudiant se laissa tomber sur son canapé pour se prendre la tête avec ses mains. Finalement, cela s'était passé comme il l'avait pensé. Minami était la spécialiste pour hurler et se fâcher. Bon là, elle avait de quoi hurler, mais si elle préférait garder cette relation pour qu'elle cesse plus tard plus tragiquement que la cesser maintenant et calmement, ce n'était pas son problème. Lui ne pouvait plus la garder, pas en sachant qu'il aimait une autre personne.

Il repensa alors à son ancien professeur et se mit à rire de sa bêtise. Il ne savait même pas ce qu'il pensait, si cela se trouve pour Kitano-sensei, Ryusuke n'était qu'un élève comme un autre. Mais tant pis, lui l'aimait, et le prenait plutôt bien. Aimer un homme… jamais il n'aurait pensé que cela arriverait et pourtant c'était maintenant le cas. Une pensée le percuta soudainement. Comment allait-il le lui avouer ? Il ne le voyait plus, sauf quand il se rendait au music-hall… Il prit son téléphone et composa le numéro de la seule personne à qui il pourrait en parler.

— Ranmaru, il faut que je te parle. Tu peux passer chez moi ?
— Et bien tu as l'air bien sérieux, j'arrive dans cinq minutes.

Ryusuke se leva et alla s'installer à son balcon. Il avait besoin d'air. De toute façon, Ranmaru avait tellement l'habitude qu'il entrait sans s'annoncer. À peine cinq minutes plus tard, il vit la voiture de son ami se garer en bas de chez lui. Lorsqu'il le vit lever la tête, il lui fit un signe de la main. Il entendit la porte de son logement une minute plus tard.

— Alors qu'est-ce que tu as pour m'appeler ?
— Je suis amoureux.
— Ca merci je le sais, depuis le temps que tu sors avec Minami.

L'étudiant se tourna vers son ami et le regarda sans sourire.

— Je ne suis plus avec elle depuis quelques heures.
— Oh ! Mais…

Ranmaru était choqué, il les voyait tous les jours et était persuadé que tout collait entre eux.

— Que s'est-il passé ? demanda Ranmaru en posant une main sur l'épaule de son ami qu'il voyait s'assombrir de plus en plus.
— Je me suis rendu compte que j'aimais une autre personne et que l'amour que je croyais avoir pour Minami s'est effacé.
— Comment elle a réagi ?
— Comme d'habitude, avec des cris…
— Pour pas changer. Mais je t'avoue que je suis rassuré, elle me tapait sur les nerfs et tu devais toujours faire ce qu'elle voulait. Maintenant tu es libre. Bon dit-moi, qui c'est la fille qui t'as rendu comme ça ?

Ryusuke entra de nouveau dans son appartement, suivit par Ranmaru qui avait un grand sourire. Ils s'installèrent sur le canapé. Ryusuke ne savait pas trop comment l'apprendre à son ami.

— Alors ? Ryu' tu en as trop dit, et j'vois bien ton air.

L'étudiant prit une grande respiration et se focalisa sur le magazine qui trainait sur sa table basse.

— C'est… Kitano-sensei…

Un regard éberlué se posa sur lui. Ranmaru n'en revenait pas.

— Tu plaisantes ?
— J'ai l'air de plaisanter ?
— Mais…

Ryusuke se tourna vers son ami et lui répondit.

— En fait, je suis tombé amoureux de ses yeux. Je ne peux pas dire pourquoi, mais je les ai trouvé très beaux et je pensais à lui quand tu me secouais le jour où il est arrivé.
— C'est pour ça que tu as réagi comme ça quand tu l'as vu. J'avais l'impression que tu avais vu un fantôme.
— J'avais la personne à qui je pensais devant moi. Le voir en plein jour…

Ranmaru n'en revenait pas, son ami de toujours, celui qu'il connaissait certainement mieux que lui-même était tombé amoureux d'un homme, et pas n'importe qui… Il ne l'avait pas vu venir celle-là, il semblait heureux avec Minami. Même si celle-ci lui tapait sur les nerfs, ce n'était pas son couple. Il imagina Ryusuke avec Kitano et une moue s'afficha sur son visage.

— Je n'aurais rien dû te dire, vu ta tête…
— Non, non ! Tu as bien fait, de toute façon, à qui voulais-tu en parler ? J'essayais juste de t'imaginer avec lui… Au fait ! Il le sait ?
— Non. Je…
— Sais pas comment faire ? Moi je dirais qu'il faut que tu sois franc.

Le jeune homme soupira en se laissant tomber contre le dossier. Il se sentait mal, comme déphasé, hors du temps. Ranmaru le vit et instinctivement il l'attira contre lui. Il n'aimait pas le voir dans cet état. Pour lui Ryusuke était comme son frère, ils avaient vécu toute leur enfance ensemble. Ryusuke se laissa aller et se mit à raconter toute la soirée qu'il avait passée avec Shuya. Ranmaru l'écouta silencieusement, apparemment son ami avait besoin de se libérer, et il ne le faisait qu'avec lui.

— Pourquoi ne pas aller le voir demain soir et le lui dire ?
— Non ? Je n'y arriverais pas.

Ranmaru conclu quand même d'aller avec Ryusuke au music-hall le lendemain. Il envoya son ami se reposer et quitta l'appartement. Quand Ryusuke lui avait parlé de Kitano-sensei, il avait bien entendu le son de sa voix changé pour devenir plus doux.

La salle était comble, c'était une soirée spéciale au music-hall. Hisa avait réussi à faire venir une célébrité pour venir chanter dans son établissement. La propriétaire l'avait presque harcelé pour qu'elle vienne, mais finalement elle avait réussi. Shuya entra par la porte arrière et trouva la salle complètement sens dessus dessous. Ça parlait dans tous les coins et tout le monde regardait dans la même direction. Il fit de même et son regard rencontra une belle femme. Il la reconnut tout de suite, c'était la plus célèbre chanteuse du moment.

— Shuya-kun ! Tu passes après Akiko-san2.

— Je ferais pâle figure à côté d'elle.
— Mais non. Va te préparer !

Shuya s'enfila dans la troupe et entra dans sa loge pour se changer et se préparer. Passer après Akiko ? Mais elle est folle, se dit-il en coiffant doucement ses cheveux. Il se demanda si son ancien élève serait là ce soir ? Enfin… Il serait probablement là pour Akiko, certainement avec sa petite amie et ses amis. Lorsqu'il fut satisfait de sa tenue, il quitta la pièce et se plaça vers la scène pour écouter Akiko. Sa voix était encore plus belle et vibrante lorsque l'on était près d'elle. Shuya l'écouta avec solennité jusqu'à la fin. Elle passa près de lui lorsqu'elle quitta la scène. Hisa-sama monta sur la scène et l'annonça. Le projecteur se pointa vers lui alors qu'il montait les quelques marches pour arriver sur scène. La lumière ne lui permettait pas de voir la salle dans la pénombre. Il attrapa le micro et se mit à chanter. Il avait décidé de prendre une chanson de Within Temptation3.

Sachant qu'il ne pouvait pas autant monter dans les aigus que la chanteuse, il resta dans une voix douce et sensuelle. S'installant sur le tabouret de la scène il fit face au spectateur. Le projecteur s'affaiblit pour ne pas l'éblouir et il put distinguer la salle. Celle-ci était effectivement comble, et plusieurs couples se trouvaient debout au fond et sur les côtés, debout. Attaquant le premier refrain, il se leva et s'avança vers la salle, descendant les deux marches. Il voyait tout le monde se tourner vers lui, l'écoutant religieusement. Ce fut à cet instant qu'il vit le regard qu'il recherchait depuis sa montée sur scène. Un tendre sourire fleurit sur son visage. Il aurait voulu s'approcher, mais décida de jouer un peu et fit le tour de la salle. Quand enfin il s'avança, il remarqua que le cuivré de son regard brillait.

Shuya avait fait des recherches sur cette chanson. Il se plaça alors face à Ryusuke qui ne le lâchait pas du regard et plongea le sien dans celui du jeune homme.

Why does it rain, rain, rain down on utopia?
Why does it have to kill the ideal of who we are?
Why does it rain, rain, rain down on utopia?
How will the lights die down, telling us who we are?

I want you to be with me.5

Shuya ne l'avait pas lâché du regard, voulant lui montrer ce qu'il avait au fond de lui. Le chanteur avait mis tout son amour et toute la passion qui se cachait en lui et que Ryusuke avait éveillée. Il avait également ajouté la dernière phrase, pour que cela soit plus personnel.

L'étudiant ne bougeait plus, il ne le pouvait plus, le regard qui l'observait l'hypnotisait, le rendant fou d'amour. La voix de son ancien professeur le faisait vibrer, provoquant la précipitation de son cœur. C'était fort, c'était intense et jamais il n'avait ressenti cela.

Ranmaru qui était installé juste à côté, voyait son meilleur ami complètement hypnotisé par leur prof et remarqua que c'était réciproque. Connaissant les sentiments de son ami, il voyait parfaitement que c'était partagé. Shuya quitta à contrecœur sa place pour revenir sur la scène pour la fin de la chanson. Tout le monde se mit à applaudir et même à le vouloir une nouvelle fois sur scène, mais il refusa quand Hisa le lui demanda.

— Le jeune homme devant lequel tu as chanté, tu le connais ?
— Oui.

La simple réponse de son chanteur lui montra ses sentiments qui la firent sourire joyeusement. Elle voulut alors lui faire plaisir. Son petit sourire carnassier passa inaperçu. Elle passa entre les chanteurs et s'en alla en salle. Ruka prit quelques secondes pour habituer ses yeux aux changements de lumières, puis s'en alla vers là où se trouvait le jeune homme. Elle-même le trouva attirant.

— Jeune homme, Kitano-sensei vous attend dans sa loge.
— Comment cela ?
— Allez-y ! Et si je puis me permettre, soyez franc.

Ruka ne laissa pas le jeune homme répondre qu'elle le prit par le bras doucement et l'entraina à l'arrière de la scène. Ryusuke voyait tous les artistes les regarder étrangement. Il voulut se débattre, mais la jeune gérante ne lui en laissa aucunement l'occasion. Ils se stoppèrent devant une porte blanche. La jeune femme toqua et lorsque Shuya répondit, elle sourit en ouvrant la porte. Ryusuke se sentit poussé vers l'intérieur et voulut se retourner, mais Ruka avait déjà fermé la porte.

— Shi-kun ? Mais que fais-tu ici ?

L'étudiant n'osa pas bouger, et continua à contempler le mur devant lui. Son cœur battait furieusement dans sa cage thoracique, ses mains tremblaient et son souffle était court. Mais pourquoi n'avait-il pas fait en sorte que cette femme le lâche ?

— Shi-kun ? Tu vas bien ?
— Euh…

Shuya s'approcha et posa une main sur l'épaule de l'étudiant qui sursauta et se dégagea violemment. Il posa sa main sur la poignée de la porte, mais ne put l'ouvrir. Deux mains s'étaient posées sur la porte de part en part de lui et le corps de son ancien prof frôlait le sien.

— Je ne te laisserais pas partir avant que tu m'ais dit ce que tu fais ici.
— Une femme est venue me voir et m'a tiré ici sans que je puisse dire quoi que ce soit.
— Hisa-sama…

Le grognement étonna l'étudiant qui sursauta en sentant le corps derrière lui s'éloigner. Shuya se sentait fébrile, la vue de son ancien étudiant faisait remonter une nouvelle fois ses sentiments. Il allait craquer. Pour penser à autre chose, il se plaça devant son miroir et finit de s'habiller. Ryusuke se retourna lentement, et son regard tomba sur le torse de son prof. Ses muscles bien dessinés, sa peau imberbe et pâle paraissait aussi douce qu'une plume. Il le vit attraper une chemise en soie bleu nuit.

— Je ne sais pas ce qu'elle avait dans la tête. Je vois ta gêne, alors tu peux partir si tu en as envie, je ne te retiens pas.

Les paroles résonnèrent dans l'esprit de l'étudiant qui se sentit mal, mais avait besoin de réponse maintenant, ou il n'survivrait pas.

— Pourquoi avoir chanté le refrain d'Utopia devant moi ? Et pourquoi avoir rajouté cette phrase ?
— Tu…
— Je connais cette chanson.

Ryusuke comprit de travers le soupir qui passa les lèvres de son professeur et en fut vraiment triste. Sa timidité resurgit et il ne savait plus où se mettre ni quoi faire. Shuya s'approcha lentement, inquiet pour son ancien élève qu'il voyait blêmir de seconde en seconde.

— Shi-kun, respire.

L'étudiant écouta la voix douce qui se trouvait maintenant près de lui. Il se sentait bête et stupide. Paniqué devant la personne qu'il aimait, c'était honteux. Il se laissa glisser contre le mur derrière lui, cachant son visage derrière ses mains tellement la honte lui faisait du mal. Shuya se mit à genou près de lui et glissa ses doigts dans la chevelure ébène de son amour caché.

— Je crois savoir pourquoi Hisa-sama t'a fait venir ici, et je dois avouer que cela me fait plaisir. Quand tu t'es évanoui, la dernière fois, je me suis réellement inquiété, j'avais peur qu'il te soit arrivé quelque chose de grave. Te voir alors que j'étais sur scène me faisait plaisir. Mais une question me perturbe. Pourquoi être venu me voir à chaque fois, accompagnée ou pas ?
— Je ne sais pas, c'est comme… un besoin. Dès la première fois que je vous ai vu, il s'est passé quelque chose, et quand je vous ai vu entrer dans la salle de cours… j'ai eu l'impression de rêver.
— J'ai vu ton trouble quand tu m'as vu, mais je ne te connaissais pas. Pourtant au fur et à mesure, quelque chose à changé entre nous, et tu t'en ais aperçu. C'est pour cela que tu viens me voir à chaque fois que je monte sur scène. Je n'ai pas ajouté cette phrase dans la chanson pour rien. Je ne l'ai pas chanté devant toi en te regardant dans les yeux pour rien.

Ryusuke eut du mal à assimiler ce que lui disait le professeur, il n'en croyait pas ses yeux. Mais ne sachant pas comment réagir, il ne bougea pas. Le voyant, Shuya fit glisser sa main vers son menton et lui releva son visage pour qu'il le regarde à son tour. Ses yeux cuivrés brillaient, incompréhension était parfaitement lisible. Il se mit à sourire, il savait maintenant ce qu'il devait faire. Faire le pas qui les séparait toujours malgré la proximité.

L'étudiant se perdit dans le regard électrique si proche de lui. Il le vit se rapprocher, lentement, comme s'il lui laissait le temps de ré pourtant, il ne bougea pas, restant là assis contre ce mur, regardant son professeur s'avancer de plus en plus jusqu'à ce que leurs nez se touchent. Pris par un accès d'adrénaline, il ferma la distance qui les séparait. Posant ses lèvres sur celle dont il rêvait chaque nuit depuis des jours. Enfin, il pouvait réaliser ce rêve, sentir contre sa bouche celle de son professeur qui répondait à son appel silencieux. Et comme il l'avait espéré, ses lèvres étaient aussi douces qu'il le pensait.

Shuya enlaça le corps près de lui, le serrant contre le sien tendrement. Ils ne se séparaient que pour mieux se retrouver, prenant conscience de ce qui les attirait inexorablement l'un vers l'autre. Les bras de Ryusuke vinrent l'enlacer timidement, ce qui le fit sourire.

— Ne vous moquez pas !
— Je ne me moque pas, je trouve même cela plaisant. Et ne me vouvoie pas.

Les joues de Ryusuke se mirent à rougir furieusement alors qu'ils tournaient sa tête pour ne pas qu'il le remarque. Mais Shuya en avait décidé autrement, et s'amusa à chatouiller son élève en effleurant son cou de son nez et de son souffle. Il fut satisfait en le sentant frissonner.

— Tu as des réactions inédites, mais c'est réconfortant.
— Vous…
— Tu !
— Tu as des yeux… magnifiques…

Cela fit plus plaisir qu'il ne l'aurait cru à Shuya qui se releva et le regarda à son tour.

— C'est la première chose que j'ai remarquée chez toi, tes yeux ont une couleur unique.

Les deux hommes se levèrent, Ryusuke chancela légèrement, mais deux bras vinrent le soutenir. Se retournant, il découvrit le visage de son professeur souriant joyeusement.

— Je crois que je vais chanceler souvent si tu me retiens à chaque fois.

La voix empreinte d'ironie surprit Shuya, c'était la première fois qu'il l'entendait parler ainsi, et ce n'était pas pour lui déplaire.

— On dirait que ta timidité à disparu.
— Il suffit de connaitre la personne pour qu'elle s'en aille. Mais je suis toujours aussi timide.
— Mais entreprenant aussi, j'aime cela.

Les deux hommes s'embrassèrent de nouveau lorsque Ryusuke glissa ses bras autour du cou du plus vieux. Le baiser était cette fois plus franc, plus envieux et Shuya l'apprécia à sa juste valeur. Il se sentait enfin heureux, la première fois depuis bien longtemps. Et apparemment, c'était aussi le cas pour Ryusuke. Soudain, le chanteur s'écarta.

— Mais ! Tu as une petite amie !
— Rectification, j'avais, une petite amie.
— Comment cela ?
— Je ne pouvais pas rester avec Minami alors que chaque nuit je …rêvais de toi.

Shuya fut surpris d'entendre cela, alors comme cela, Ryusuke rêvait de lui ? Il se sentait heureux, lui qui croyait que cela serait un amour à sens unique, il venait d'apprendre que ce n'était pas le cas, et que justement, il était aimé depuis bien longtemps. Ses lèvres allèrent chercher celle de son compagnon et leurs corps se collèrent jusqu'à ce que plus rien ne puisse passer entre eux.

— On reste ici ou…, commença Shuya en souriant.
— Que dirais-tu d'aller au parc pas loin, ou ailleurs si tu préfères.
— Et bien… Je suis bien dans tes bras, et si nous allons au parc, nous ne pourrons pas rester ainsi. Alors, pourquoi ne pas aller chez moi.

Le chanteur se libéra à contrecœur de son amant et attrapa son manteau. Ils quittèrent l'établissement ensemble. Alors qu'ils allaient atteindre la porte, Ruka se matérialisa devant eux.

— Je tiens à vous remercier Hisa-sama, sans vous, je ne serais pas aussi heureux.
— Mais de rien Kitano-san, ça vaudra une soirée de plus la semaine prochaine, tout le monde raffole de ta belle voix, même Akiko !
— Je ne peux pas refuser, alors à la semaine prochaine Hisa-sama.

Le couple quitta enfin l'établissement, se suivant en voiture jusqu'à l'appartement du professeur où cette fois, ils seraient seuls, sans personne pour les déranger. Ils passèrent leur nuit l'un contre l'autre, discutant de chose et d'autre afin de mieux se connaitre, s'embrassant langoureusement. Lorsque Shuya vit Ryusuke s'endormir, ils avaient enlacé leurs doigts tendrement et se disent que maintenant, il aurait tout le loisir d'aimer et de chérir cet homme qui dormait paisiblement contre lui. Il le prit dans ses bras et alla l'allonger sur le lit, qu'il rejoignit quelques minutes plus tard, les couvrant des couvertures et l'enlaçant tendrement de ses bras.


1 : Extrait de la chanson de Kokia – Clap your Hands.

2 : Akiko sont les lettres de la chanteuse Kokia, j'ai voulu faire un rappel original.
3 : Within Temptation est un groupe néerlandais de métal symphonique avec des influences métallo-gothiques.
4 : Refrain de la chanson Utopia – Within Temptation
5 : Phrase personnelle : Traduction : Je veux que tu sois auprès de moi.


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