C'est gentil d'avoir cliqué.

Toujours dans l'idée des mini-OS pondus en 1h à partir d'une chanson, celui-ci est pourtant... totalement hors-jeu.

Les paroles et la chanson 'Les Champs-Élysées' appartiennent à Joe Dassin. ( un pote )

Et à mon plus grand dam, le texte est de moi.

Bonne lecture ~

Je m'baladais sur l'avenue

Le coeur ouvert à l'inconnu

J'avais envie de dire bonjour

À n'importe qui

Il faisait un effort pourtant, au début. Et pis c'est pas si compliqué que ça d'marcher droit, bordel. Bon Dieu, des millénaires de guerres et de souffrance pour des hommes qui ne se comprennent pas et là, pouf ! Tout le monde se met d'accord et sautille en rythme pour faire trembler, tanguer et rouler le pauvre Paul-Emile sur les pavés.

'Fichtre, pour qu'ça vibre autant, doivent être un paquet à taper du pied, tiens.'

L'ignoble rat vicieux, l'espèce de caricature de phoque lépreux qui tenait le bistro de la rue des Pleurs lui avait fait comprendre à coup d'arguments aussi musclés que pertinents qu'il était éventuellement, peut être, temps de passer la porte et de rentrer se pieuter sagement. Fi, monsieur. N'est pas Paul-Emile qui veut. Et si Paul-Emile veut danser, les pavés des Champs-Élysées accueilleront son talent. Ce soir, Paul-Emile s'offre tout entier à son public de lampadaires enthousiastes et enchaine pour leur plus grand bonheur les pirouettes, les valses, les tangos et les roulades les plus festives qu'ils leur sera donné de voir. C'est ce que l'on appelle avoir l'alcool joyeux, monsieur.

N'importe qui ce fut toi

Je t'ai dit n'importe quoi

Il suffisait de te parler

Pour t'apprivoiser

Tout à sa chorégraphie, notre ami poivrot remonte l'avenue jusqu'à ce que, merveille des merveilles, ses yeux vitreux et brillants rencontrent une forme incertaine avachie contre un poteau. Diantre, un intrus dans sa bulle alcoolisée, une forme de vie sur les cailloux froids. Vu de plus près, on dirait un être humain. Avec des cheveux. Paul-Emile sourcille, pourquoi diable des cheveux ? Vite, tâtons pour voir. Oh, il bouge. Oh, il est tout chaud. Mais, il me regarde là ? C'est fou. Tentons une prise de contact.

« - J'espère que tu n'es pas une femme. J'ai jamais aimé les femmes.»

Belle entrée en matière, pourquoi ne pas déballer sa sexualité, après tout. C'est un sujet de conversation comme un autre. Surtout dans la rue, ivre, avec un inconnu, à trois heures du matin.

« - Je les aimes. »

Rien de mieux qu'un avis divergeant pour construire une conversation intéressante. Aucun doute, l'étranger n'est pas une étrangère, ou alors avec une voix grave à vous picoter la nuque et une barbe de quelques jours peu féminine qui lui grignote le menton. Satisfait de ses déductions, Paul-Emile sourit en sentant les accents rauques de l'alcool dans la réponse de son inconnu. Au moins aussi rond que lui, tiens. Il sent qu'il va va rester un peu, juste un peu.

« - Ce n'est pas parce qu'elle sont trop compliquées, hein. Ils disent tous ça, que les femmes sont des prises de tête. C'est juste que je les trouve trop légères. Un peu comme du papier calque, voyez ?

Transparentes ?

Non, non, légères.»

Du coin d'ombre qu'ils occupent, Paul-Emile peut contempler l'enfilade de lampadaires remontant jusqu'au centre de la capitale. Abrités du vent par un muret compatissant, il se dit que c'est un bel endroit pour attendre le réveil des parisiens, et qu'importe si son colocataire ne l'écoute qu'à moitié. Alors il s'installe confortablement, étend ses jambes devant lui et s'adosse au béton acceuillant, décidé à tenir compagnie à ce paquet de linge amorphe.

« - Avec elles, il manque un truc. Un truc important, et c'est pas ce que tu penses, petit salopiot. C'est un peu comme un banana Split sans banane, tu vois ? Non oublie, mauvais exemple. Une pizza sans fromage, plutôt. Ou pire, une bière sans alcool. Quelle honte, ces bières sans alcool. »

Pensif, il ferme les yeux et tente de se rappeler pour quelle raison il déballe tout ça à son voisin. Non, il ne s'en souvient pas. Après un rapide coup d'oeil, il estime que celui-ci est bien plus jeune que ce qu'il supposait comme lui, il ne doit pas avoir trente ans. Et puis zut, il n'est plus à ça près. Il enchaîne, content

« -Les gens sont cons, vraiment. Ils restent chez eux alors qu'ils ont des rues et des avenues presque vides qui leur tendent les bras. Euh, les pavés. Et les lampadaires. Vraiment, on a pas fait mieux pour passer la soiré. Enfin si, la même chose avec un peu de bibine pour embellir tout ça.

Si ce n'est qu'ça. »

Quelle chance, Mary Poppins ouvre son sac (en plastique) pour en extraire quelques bouteilles sous le regard comblé de son joyeux compagnon. Ah, la vie est pleine de surprise, voilà que son inconnu a dévalisé le rayon du supermarché d'à côté. Hum. Les rayons, apparemment.

« - Diable, combien d'assoiffés avais-tu prévu de sauver ce soir ? Tout le quartier ?

Non, non, juste moi. Moi et mes amies. Regarde, elles sont belles, hein ? De vraies amies. Hein, les filles ?

Tu parles à des bouteilles.

Oui.

Soit.

J'ai bien cherché, c'est avec elles que je me sens le mieux. Je m'amuse bien.

Apparemment t'as déjà commencé.

Un tout petit peu. Tu te joins à nous ? »

Et là, ça avait dérapé. Enfin, joliment dérapé. À la première bouteille, ils insultaient les écureuils proxénètes du bois de Boulogne. À la seconde ils retiraient leurs chaussures pour faire le poirier et à la cinquième, ils couraient en rond pour sanctifier leurs chaussettes sur un air de macarena. Lassés, ils entamèrent une valse qui les mena à s'enlacer, tourbillonner, puis chuter lamentablement, avant de s'élancer à nouveau. En tentant une figure acrobatique abstraite et sans doute à cause de ce qu'il avait but, Paul-Emile se retrouva les quatre fers en l'air à admirer le ciel. Satisfait de sa position, il appela son nouvel ami qui s'allongea près de lui, le souffle court et les joues rosies. Dans moins d'une heure, le soleil baignerai Paris et les premiers signes d'une gueule de bois apocalyptique se feraient sentir. En attendant, ils appréciaient l'énergie qui drainait leur corps et la toute-puissance que leur promettaient les 'vraies amies' encore pleines. Jamais la boisson ne les avait rendus si heureux, si complets. Avec un peu plus de recul et beaucoup d'embarras, ils auraient reconnus que la boisson ne faisait pas tout. Mais privés de l'un comme de l'autre, ils n'étaient conscients que d'une chose ils étaient rudement bien, là, comme ça. Pourtant, il manquait quelque chose. Ils n'auraient pas su dire quoi, mais ils voulaient, désiraient profondément, presque douloureusement, que quelque chose se passe, que quelque chose arrive. Et comme ils ne savaient pas ce que cela pouvait bien être, ils se resservirent.

[...]

Alors je t'ai accompagné

On a chanté, on a dansé...

...Et l'on n'a même pas pensé

À s'embrasser

Avachis sur le trottoir, emmêlés et patauds, ils assistaient au défilé des premiers passants, sans trop savoir que faire. Quand enfin, le bruit des moteurs se fit insupportable, quand le bourdonnement de la foule agressa trop violemment leurs pauvres têtes fatiguée, ils réalisèrent que la nuit été finie. Alors ils se redressèrent péniblement, cédant le trottoir qui leur avait appartenu et oubliant les cadavres vides gisants autour d'eux pour se regarder, hésitant de la conduite à suivre.

Hier soir deux inconnus

Et ce matin sur l'avenue

Deux amoureux tout étourdis

Par la longue nuit

Et de l'Étoile à la Concorde

Un orchestre à mille cordes

Tous les oiseaux du point du jour

Chantent l'amour

Puis l'un d'eux sourit, l'autre lui rend son sourire et le malaise disparait. 'Ya des fois, faut pas chercher. '

« - Je t'inviterai bien à boire un verre pour faire connaissance. Une aspirine? »

Pathétique, oui. Pourtant, ça m'a fait marrer à la relecture, donc pour pas mal de raisons incluant le respect, la politesse et le rire de phoque que j'entends d'ici, je poste.

Je voulais rajouter que l'espèce de machin qui boit sur un coin de trottoir, là, avait été nommé par le Majestueux Reblochon, lorsque je pensais qu'il fut nécessaire de connaître son patronyme et que j'avais la flemme d'en trouver un. Voici donc Louis Potage. Non, je ne sais pas d'où ça sort et je ne veut surtout pas le savoir. Jamais.

Sans review, je passerai sans doute le reste de ma vie dans l'incertitude, à douter de l'utilité de mon existence, du rôle de ma vie et du sens de ma présence sur Terre. Bien fait pour moi, j'avais qu'à mieux écrire.

Je vous recommande chaudement l'OS de King Raymond Reblochon sur le même sujet, c'est un petit bijou aussi sucré que fidèle à ce tendre JoJoe qui nous a bercé tout ce temps. Si, si, t'as que ça à faire de toute façon. ( ou pas, mais fait comme si )

Edit 6 months later : ENFERMEZ-MOI JE SUIS FOLLE