Voilà ce qui arrive quand on me met au défi d'écrire une histoire racontant une semaine dans la vie d'une maison de retraite résistant à une attaque de zombis...

Amusez-vous bien =)

Resident Senile

2012, l'année de la fin du monde.

Ils ont pas eu tort en un sens, même s'ils se sont tous retrouvés comme des cons en Décembre à attendre qu'une météorite leur tombe sur le coin de la tronche.

Quand Janvier est arrivé et la nouvelle année avec lui, beaucoup se sont mis à regretter d'avoir claqué toutes leurs thunes en prévision du Jugement Dernier.

Leur prophétie n'est pas totalement fausse, elle a juste oublié de préciser que le Jugement Dernier aime se faire désirer.

2012 le début de la fin du monde, la fin de tout, des haricots, des Bisounours et des petits poneys. Adieu monde cruel, adieu Flanbys visqueux aux fourbes ouvertures faciles, adieu Justin Bieber, ils ne vous regretteront pas.

Explosion de centrale, expérience sur les humains, sérum miracle, personne ne sait réellement ce qu'il s'est passé. Leur putain d'Apocalypse a mis presque trois ans à leur tomber sur le coin de la gueule. Mutants, zombis, toute la planète a été envahie et décimée.

Toute ? Non, une irréductible résidence résiste envers et contre tout contre les rampants bouffeurs de cervelle !

2015 – Résidence de la Couche Pleine – 15ème jour d'une occupation intensive :

– Joséééé ! Sors-toi ton sonotone du cul et ramène la barricade ! On a une nouvelle vague !

José remue son arthrite et ses quatre-vingt balais pour pousser la table contre la porte de la cantine.

– Fais passer le message à Ghislaine, regroupez-vous dans l'aile Alzheimer, on a une quinzaine de bouffeurs de cervelle en rang d'oignon à l'entrée.

Gérard, ancien conducteur de char d'assaut en 45, s'est auto-proclamé meneur de troupes dans la ligue anti-zombis. Plus expérimenté et capable de tout malgré son ascension vers la centaine, il a décrété qu'entre zombis et nazis, la seul différence, c'était l'état de décomposition de la chair.

– Gertrude a encore sa prothèse de hanche qui ripe, elle va pas y arriver à temps.

– Eh bah pose-la par terre et fais-la rouler, ça ira plus vite !

Deux semaines que la Résidence pour Séniors Améliorée (retraite +1, pour les vieux 2.0, ceux qui ont dépassé l'âge limite pour savoir mettre leurs propres couches) subit un assaut de mutants et zombis.

Deux heures maintenant que les décrépis en stade avancé (pas les décrépis tout court, ceux qui n'ont pas encore passé la date de péremption mais qui n'en sont pas loin) râlent et raclent derrière la porte de l'aile Alzheimer.

Puis ça s'espace de plus en plus pour finir par le chuintement des rotules à vif qui s'éloignent vers d'autres horizons plus riches en cervelle fraîche.

L'attaque est passée.

2015 – Résidence de la Couche Pleine – 16ème jour d'une occupation intensive : Pousse papy, pousse !

Matinée calme, rations de pots pour bébés distribuées et tours de garde mis en place.

– Au rapport Caporal !

– Le trou de l'aile principale a été vaillamment bouché avec la colle à dentier qu'il nous restait et les réserves de merde à bouffer pré-digérée se portent bien. Mais on commence à tomber en rade de couches chargées pour la barricade anti-mutants, Robert n'a plus la courante depuis ce matin.

– On est dans la merde.

– Bah non justement.

– Va voir dans la réserve des infirmières il doit rester du Normacol. Désigne un volontaire et mets-en dans sa purée du midi. Prend Léontine, elle y voit aussi bien que dans le cul d'un noir une nuit sans lune.

Les zombis n'ont malheureusement plus d'odorat mais les mutants en quête de viande fraîche sont particulièrement affectés par leur fière barricade de presque deux mètres de couches pleines.

Efficace et robuste, résistante aux intempéries, jamais Pampers n'a fait de si bonne pub (dommage que la télé soit bloquée sur des rediffusions de Derrick).

L'orage éclate. La pluie qui tombe, chaude, engorge la barricade de couches et fait monter le doux fumet de la déjection matinale jusqu'au dernier étage de la pension. L'âge et l'habitude de dégager la même odeur en permanence leur a appris à ne plus y faire attention.

L'odeur éloigne les mutants et la pluie dissout les zombis (avec la décomposition, ça fuit de partout ces trucs-là). Pas d'attaque aujourd'hui.

2015 – Résidence de la Couche Pleine – 17ème jour d'une occupation intensive : A bas les bouffeurs de cervelles !

Les zombis le retour, again and again, version 2 remastérisée. L'armada de presque-morts pourchassée par des pas-vraiment-vivants. En slow-motion.

Heureusement que la fin du monde est clémente et qu'ils héritent de zombis qui marchent et pas de zombis qui courent. Les rhumatismes et l'arthrite, ça ne pardonne pas.

La vitesse moyenne d'un zombi en quête de cervelle équivaut à celle d'un déambulateur poussé à pleine puissance. Tout l'art de l'esquive réside à garder une avance stratégique.

– Allez mamie, active ta prothèse et fais attention à pas glisser dans la flaque. Marie-Louise a une petite fuite de carburant !

Une fuite ça arrive à toute bonne vieille voiture de collection, surtout quand les rustines se font aussi rares que du papier cul (la réserve qu'ils ont trouvé la semaine dernière leur a fait l'effet d'une véritable mine d'or).

– Grenade ! Tous à terre !

Un gant en latex rempli de poivre et de purée pour bébé vole par-dessus les crânes dégarnis. Le zombi moyen aime la purée pour bébé poivrée. Surtout celle à la carotte. Mais la diversion ne dure pas longtemps.

– On perd du terrain ! Plan B ! Sortez Yvonne !

Yvonne, doyenne de la pension, Reine incontestée de l'aile Alzheimer, plus vide qu'un tiroir de la sécu, au cerveau aussi sec qu'une bite qui n'a pas connu d'érection depuis vingt ans.

Yvonne montée sur roulettes (c'était toujours plus pratique) file comme une fusée rejoindre ses congénères, les décomposés du bulbe.

Yvonne est l'arme ultime. Efficacité 100%, pas de réclamations acceptées. Le zombi moyen, même en pleine crise de manque de cervelle, ça aime pas les éponges de mer. Les cerveaux plein de bulles, ça donne des gaz après digestion.

L'attaque repoussée, l'Yvonne est rangée dans son placard.

Les vieux sont sauvés.

2015 – Résidence de la Couche Pleine – 18ème jour d'une occupation intensive : Le viagra c'est pour les faibles.

Huit heures du matin, pas d'attaque en vue.

Aquarium en construction dans la piaule des jumeaux. Chauffe-Marcel et Fume-Maurice. Deux pour le prix d'un, l'art génétique de faire tout en double, surtout les conneries. Deux-fois plus de merde qui sort de leur bouche, deux-fois plus de rides sur leurs fesses flasques, deux fois moins d'algues pour les bains de pieds (apparemment ça se fume très bien, ça fait rigoler et voir des couleurs qui n'existent pas).

Fournisseurs en cachetons en tout genre, pépés dealers de viagra pour toute la résidence. La santé ça ne se néglige pas, même en temps de fin du monde.

C'est d'ailleurs la tournée des traitements. Plus d'infirmière pour faire les piqûres, les bleus s'accumulent sur les fesses.

Mission annexe du jour : repeupler la planète. Deux missions prises très à cœur par Josette et Renée, que les rides, les croûtes et le manque cruel de dureté n'arrêtent pas.

– Oh oui Josette, titille-moi la prostate avec ton gros suppositoire.

Il n'y a pas d'âge pour faire de nouvelles aventures.

– Tu le veux le gros thermomètre, mon mollusque baveux ?

Ni pour se croire encore jeune et vigoureux dans sa tête.

– Josette ! Tu lui feras reluire la rondelle plus tard ! C'est l'heure de ta piqûre, baisse-moi cette couche et tend-moi ton cul !

Et peu importe l'âge, il y a toujours des jaloux qui ne profitent pas d'un jour de vacances offert par la fin du monde.

2015 – Résidence de la Couche Pleine – 19ème jour d'une occupation intensive : Un nunchaku en déambulateur.

Mutants par l'entrée nord.

Ça court plus vite qu'un zombi et ça aime la viande fraîche. Ça attaque pas souvent, seulement en cas de grande dalle (la viande des vieux n'est plus si fraîche que ça, soyons réalistes).

– Passe la vitesse de ton déambulateur Gertrude, t'es à la traîne là !

Gertrude est encerclée par trois mutants sans poils à la peau ridée, dont la seule différence avec les petits vieux est le manque cruel d'habillage.

Gertrude, 75 ans, chair plus fraîche et hanche toute neuve, attire plus la convoitise du bouffeur de viande.

Mauvaise cible.

Trois mouvements de sa nouvelle hanche, Ninja-Gertrude, ceinture noire de déambulisme toutes catégories, championne en titre de l'esquive de la piqûre dans le cul, encastre un pied de son engin de mort dans le fondement d'un bouffeur de chair.

Un cri de sumo plus tard et les trois ennemis à terre, l'œil du dernier finit en trophée en bout du déambulateur, remplaçant avec efficacité l'embout amortisseur perdu dans une vaillante bagarre quelques jours plus tôt. Nouveau produit, recyclable, ça glisse mieux sur les carreaux et ça rend les drifts plus faciles.

Mangeurs de viande mis en fuite par un vieux déambulateur rouillé, tenu par une vieille déambulante (rouillée aussi).

La journée est sauvée.

2015 – Résidence de la Couche Pleine – 20ème jour d'une occupation intensive : Trois cure-dents et une allumette.

La barricade qui cède et c'est la merde (dans tous les sens du terme). Des mutants partout, des mamies sur les rotules (prothèses ou d'origine) et plus une seule grenade à la viande hachée sous la main. Caca total.

– McGavé ! Trouve-nous y qué'q'chose !

Le bricoleur de la pension, celui qui dans le temps tentait de s'enfuir par la fenêtre grâce à un assemblage de draps, serviettes en papier et bretelles de remonte-mamelles, met à présent ses dons de savant-fou au service de la ligue des vieux décrépis et active ses vieux doigts rachitiques.

Deux élastiques, un masque à oxygène, du Canard WC et un extincteur plus tard, le Propulseur de Couches Pleines est né.

– Ça va péteeeeeeeer !

Heureusement que la Sainte Chiasse est revenue (avec l'aide d'un certain pousse-caca), pour remplir la réserve de projectiles.

*SSSHBOURMPH*

La couche pleine atterrit en plein dans la face d'un bouffeur de chair, remplissant ses narines de la douce fragrance de la vieillesse.

L'arme est efficace et la chaîne derrière qui se relaye pour fournir toujours des projectiles frais l'est aussi. Les réserves de laxatifs sont à leur maximum, le siège dans l'aile hospitalière peut tenir plusieurs heures.

L'assaut terminé, les murs repeints, et les couches collées aux murs (un certain strabisme de l'apprenti Richard Dean Anderson l'empêche malheureusement de faire mouche à chaque tir), l'accès à cette aile est, d'un commun accord de Gérard, condamné (l'odeur de la couche ok, mais faut pas abuser non plus).

Encore une victoire de Canard !

2015 – Résidence de la Couche Pleine – 21ème jour d'une occupation intensive : Dans la tête c'est 100 points !

Yvonne décédée (momifiée sur place dans son placard), les zombis lancent un nouvel assaut.

Papy qui court n'amasse pas mousse, surtout quand la roulette est grippée.

Dernier retranchement, le combat au corps à corps, vaille-que-vaille. Rien ne s'accroche mieux à la vie qu'un pépé quand on cherche à le pousser dans la tombe.

Joséphine-presque-ange-gardien, le même mètre-moins-vingt et la mâchoire amovible en plus, gardienne de ce qui reste de l'Humanité.

Championne régionale du cracha de dentier, ne se laisse jamais prendre de vitesse et ne manque jamais sa cible.

D'une puissante expectoration elle projette ses dents Colgate vers le bouffeur de cervelle le plus proche et c'est un HEADSHOOOOOOT !

Un suceur de matière grise en moins, 100 points en plus pour Joséphine.

Le dentier goût cervelle ne lui fait pas peur, ses quenottes sont réutilisables. Du moins, tant qu'elle ne se bloque pas les lombaires en le ramassant.

La bataille fait rage, les crachats fusent de toute part et lorsque le petit matin se lève, les zombis repartent penauds, le fémur entre les jambes.

Résidence de la Couche Pleine, dernier rempart de l'Humanité, résiste encore et toujours, et sans potion magique !

Fin.