Cela faisait des jours qu'il était enfermé dans cette tour; la Tour de Londres. La plus belle et la plus illustre de tout le royaume, cette tour qui avait accueilli son père en maître tout puissant et dont les portes s'étaient refermées sur lui comme un couperet.

Il avait eu toute confiance en son oncle, ce frère qui avait toujours supporté le roi, ce frère qui avait toujours été aimant et qu'il avait cru loyal. Cet homme qui, aujourd'hui, au lieu de le couronner avait usurpé sa couronne avec l'aide du Parlement et qui le maintenait enfermé entre quatre murs froids.

La saison estivale était agréable au dehors et Edward ne se rappelait que trop bien la douceur du vent qui avait caressé ses cheveux et son visage à peine quelques jours auparavant, une douceur qui avait senti bon l'arrivée de l'été, une douceur qui lui avait été arrachée alors que son cœur avait été meurtri puis piétiné.

Son père, son roc, son ancre, s'était éteint bien trop tôt. Il s'était senti perdu sans lui, bien trop jeune encore pour le poids de la couronne royale sur sa tête, pour le poids des responsabilités d'un peuple entier sur ses épaules. Trop jeune tout simplement. Trop jeune pour se faire entendre et respecter face au Parlement, trop jeune pour que sa voix soit entendue.

Mais il était un York, et en tant que tel, c'est fier qu'il avait redressé la tête à l'annonce de la mort de son père pour être acclamer en nouveau monarque. C'est tout aussi fier qu'il avait voulu voyager du château de Ludlow à la Tour de Londres, pour montrer au peuple un nouveau souverain que tous acclameraient.

Tout cela, son désespoir, ses espoirs, lui avaient été arrachés par la traîtrise de ce félon de son propre sang.

Aujourd'hui, la journée semblait tout aussi belle que celle qui l'avait vu tombé alors qu'il voyageait en tant qu'héritier du trône, plus belle sûrement. Comme les bons souvenirs disparaissaient rapidement et comme seuls les douloureux nous permettaient de continuer de l'avant. Seule l'image de son père, grand et fort, son regard fier et acéré, le poussait à rester digne, à combattre même en captivité. On ne lui ferait pas courber l'échine. Il n'avait que 12 ans, les épaules frêles, mais il était l'héritier d'une grande lignée; de droit et de sang, il était roi!

Ses partisans assassinés ! Le Parlement avait parlé ! Mais il savait qui il était.

Son oncle, ce traître, n'avait pu se permettre de subir son influence au cœur même de la capitale ancestrale de l'Angleterre. Il avait étouffé sa voix entre ces quatre murs d'obscurité et de silence. Seuls les pas traînants et lourds du geôlier lui tenaient compagnie.

Mais il ne cèderait pas. Il ne renoncerait pas. Son père le lui commandait, son peuple l'attendait. C'est d'une posture toujours déterminée qu'il accueillit le geôlier qui lui apportait son repas.

- J'ordonne et j'exige de m'entretenir avec mon oncle!

Sa voix était encore celle d'un enfant, son cœur ne l'était plus malheureusement.

L'homme ne lui répondit pas. Il n'en avait très certainement pas le droit. Il ne devait pas même en avoir cure. Il avait dû en voir plus d'un se morfondre entre les murs humides de ces geôles royales.

Pourtant, une autre voix le tira de son isolement, celle-ci émanait du couloir. Il ne la connaissait pas.

- Le roi va vous recevoir.

Edward sentit sa respiration se couper et son pouls s'accélérer. Comment osait-il seulement se nommer roi? Mais qu'importait. Son sort et celui de son frère dépendait de cette audience.

C'est courageux, le front relevé et le visage fermé, impassible, qu'il emboîta le pas à l'ombre qui le devançait dans le couloir. Lentement, il s'engagea dans les escaliers de la tour étroite avec une seule idée en tête, non pas régner, mais survivre.