— Quand verrai-je mon frère? Avait-il demandé.

On ne lui avait pas répondu.

Être enfermé dans la Tour avait été un choc. Il était parti de Ludlow Caslte rassuré de rejoindre son frère, s'attendant à rejoindre Londres pour voir les préparatifs du couronnement. Pourtant, quand il était arrivé, aucun faste n'avait été déployé, il avait été mené directement et fort discrètement à la Tour de Londres où il avait rejoint son frère dans des appartements dignes de la Noblesse, si ce n'était pour les lourdes serrures qui ornaient les portes. Pour leur sécurité, leur avait-on dit.

Il n'avait pas compris pourquoi, il ne comprenait toujours pas.

Son frère aurait dû devenir roi, comme leur père l'avait été avant lui. Pourtant, alors qu'il avait été nommé leur Protecteur et qu'il se disait lui-même leur plus grand partisan, leur oncle avait nié leur ascendance royale quelques jours auparavant devant le Parlement, tout comme l'avait fait de nombreux témoins. Mensonges et bassesses.

Edouard IV, paix à son âme, était et resterait leur père quoiqu'en disent certains. Tout comme leur mère resterait leur mère, la reine légitime du royaume. Plus rien n'avait pas de sens.

Il avait été perdu à l'énonciation du verdict. Mais ce ne fut qu'au retour à la Tour que Richard avait compris l'horreur de la situation son frère Edouard avait été dépossédé de son trône sans jamais avoir porté la couronne ou reçu les sacrements qui lui étaient dû de droit divin.

Ils n'étaient plus rien.

Mais si ce soufflet ne fut pas suffisant, l'insulte qui leur fit faite après fut pire encore. Ne se contentant pas de transformer leur sang royal en eau de Tamise, ce ne furent pas les valets qui les accueillirent dans la bâtisse mais les geôliers. Ils étaient devenus prisonniers de leur propre royaume.

Richard avait accepté tous les coups du destin comme il avait été attendu d'enfants de roi mais devoir subir la séparation d'avec son frère lui arracha le cœur bien plus que les mensonges et les insultes.

— Sois fort! Lui avait dit Edouard alors que l'un des geôliers l'arrachait aux bras de son frère, brisant par la force criminelle leurs doigts étroitement noués.

La douleur physique ne fut rien en comparaison à la déchirure qu'il avait ressenti au fait d'être séparé de son frère. Ils avaient toujours été ensemble. Inséparables. Edouard avait toujours veillé sur lui. Et aujourd'hui, ils étaient tous deux les victimes d'un terrible complot, des victimes encore trop dangereuses dans leur bâtardise pour être gardées ensemble.

Cela faisait plusieurs jours qu'il n'avait pas vu son frère ou entendu le son de sa voix. Pourtant, il se refusait à pleurer. Edouard n'avait plus pleuré depuis le jour de ses 6 ans et il était grand temps que Richard suive le modèle exemplaire que son frère avait toujours été. Edouard était intelligent et courageux. Il ne voulait pas le décevoir.

Il faisait froid et sombre. La pièce n'était pas luxueuse, loin de là, indigne de la royauté. Royauté qu'il n'était plus. Pourtant, un petit bureau couvert de livres et de papier trônait au centre de la pièce. Il n'avait nulle envie de lire ou d'écrire. Cela n'avait pas plus de sens que sa présence en ces lieux.

Il était prisonnier et on attendait de lui qu'il se comporte comme si de rien n'était.

La guerre lui avait pris son père, la félonie sa mère. Il ne lui restait plus que son frère, ce frère qui connaissait le même sort que lui et qui devait supporter sa condition comme son éducation le lui demandait, augustement.

Il ferait de même pour être digne de lui. Il ne voulait pas avoir à rougir ou à avoir honte face à lui.

La porte s'ouvrit lentement dans un bruit macabre auquel il avait fini par s'habituer. A la place du geôlier entra un homme qu'il ne connaissait pas. Ce dernier déposa son repas sur la table et lui fit signe de prendre place pour dîner. Il n'y toucherait pas.

— Je veux voir mon frère, lâcha-t-il alors qu'il s'approchait de l'homme, téméraire comme seul un enfant peut l'être.

Ce dernier se contenta de hocher de la tête.

— Bien sûr, mais il te faut manger d'abord.

Un sourire naquit sur ses lèvres pour la première fois depuis qu'il avait appris la mort de son père. Il allait rejoindre son frère. Enfin ! Plus rien d'autre n'avait d'importance, ils allaient de nouveau être ensemble.