Je suis bel et bien mort, et cela depuis un mois maintenant. La chair de mon corps se décompose. C'en est fini du beau et ténébreux Riagrin, je suis six pieds sous terre, et à présent les cheveux rouges ne voleront plus au gré du vent. Désormais, je sers de repas aux nécrophages. Moi qui détestais les vers de terre, ils sont devenus mes seuls compagnons. Je soupire d'ennui. Plus jamais je n'aurai d'homme pour me réchauffer en hiver, je ne pourrais plus manger de glaces, ni quoi que ce soit d'autre, et encore moins me balader dans d'autres pays.

C'est dans ces moments-là que je regrette que Marvin ne m'ait pas transformé en lycan. Je l'avais rencontré il y a de cela un an. Ses cheveux noirs de jais, courts, se dressaient fièrement sur sa tête, mais quelque chose, autre que sa chevelure au parfum sauvage, m'avait charmé : ce petit plus que les créatures surnaturelles appelées faes ont. Je croyais naïvement que ce genre de choses n'existait que dans les contes, mais je me suis trouvé bien bête quand un jour de pleine lune. Ce soir-là je l'avais vu se transformer en un énorme loup, aussi noir que l'étaient ses tout cela est derrière moi désormais. Le seul moyen pour que je revienne à la vie est la réincarnation, mais mon esprit reste attaché à cette terre, comme s'il me restait quelque chose à faire.

Je quitte mon corps putride pour traverser le cimetière, un seul autre l'habite en ce moment. C'est une jeune femme morte il y a de cela une semaine. Je me souviendrai toujours de ces funérailles, car jamais je n'ai rencontré autant de monde lorsque j'étais encore en vie, du moins pour un enterrement. J'ai vu les motos faire un boucan du tonnerre devant la dernière demeure de cette pauvre fille, et le spectre de cette dernière pleurait de bonheur devant tant de reconnaissance. Je me suis toujours demandé comment cette femme à l'apparence si frêle pouvait avoir la reconnaissance de ces brutes en cuir, et ce soir, je le lui demanderai.

« Bonsoir madame, puis-je vous accompagner cette nuit ?dis je avec un léger sourire

-Je ne suis pas sûre que Tigrou apprécie, mais faites, de toute manière, je suis morte.. Sans regret, ou presque. Dit-elle un peu tristement

-Comment ça, presque ?

-J'avais un dernier rêve avant de quitter mon corps, que je n'ai pas pu réaliser à cause d'un stupide cancer.

-C'est donc de cela que vous êtes morte.

-Oui. J'aurais bien voulu que les faes existent, je serais vivante aux côtés de mon Tigrou.

-Vous êtes très attachée à lui à ce que vois, très chère.

-Bien sûr, qui d'autre pensez-vous que j'attends, dans cet endroit sinistre !

-Votre mari est donc un motard.

-Oui, et c'est une crème. Il n'y a pas plus gentil comme homme.

-Les préjugés sur les motards sont donc -je étonné

-Pas vraiment, il existe des motards tels qu'on les représente dans les médias.

-Donc comme tous les préjugés, il y a du vrai et du faux.

-C'est -elle avec un sourire sur son visage pâle les mains sur ses genoux fantomatique.

-Je vais vous laisser, je vois déjà le soleil se lever.

-J'espère encore discuter avec vous très cher.

-Au plaisir. »

Je retourne dans mon propre emplacement, et je réfléchis à ce qui me retient sur cette planète. L'argent ? Non. L'amour ? Non plus. Alors quoi ? Je me le demande bien. Je suis sûr que je resterai une éternité sur cette planète avant de le savoir.

Nous avons continué à converser jusqu'à la mort de Tigrou. Je me retrouve à présent seul. Quatre mois sont passés depuis notre dernière discussion.