Pourquoi était-il mort si tôt ? C'était mon meilleur ami. Il était parti trop tôt sans un mot. Je me suis décidé à lui rendre visite après une longue hésitation. Six mois ont été nécessaires pour que j'aie le courage de voir cette surface de pierre, où était gravé son nom en toutes lettres : Riagrin Peridagio.

Il n'avait jamais su que j'étais un faes moi aussi. Je l'ai caché, car pour moi c'était un secret ignoble. Je suis un cyclope, mais ça ne se voit pas grâce au collier que je porte et qui ne me quitte jamais, celui-ci possédant un enchantement permettant de cacher ce secret aux yeux de tous. J'étais l'un des derniers de ma race.

Me voici devant cette fichue surface grise. Je déposai une gerbe de fleurs au pied de celle-ci. J'avais choisi des chrysanthèmes rouges, qui rappelaient ses cheveux flamboyants. A se demander si ce jeune n'était pas en vérité un esprit du feu. Certes, ce sont des faes plutôt rares : quand ils meurent, ils deviennent des esprits qui rejoignent le soleil, mais avant ils doivent accomplir une chose durant leur vie ou leur mort : devenir le soleil d'une dizaine de personnes. D'aussi loin que je m'en souvienne, il avait été le soleil de sept personnes : sa mère, sa sœur, Finigan son premier copain, Suzanne, une jeune fille qu'il avait sauvée de la noyade, Yuki le touriste japonais qui avait eu besoin d'un guide qui parlait anglais, Roran, un drôle d'étranger, et Marvin le lycan. Il lui restait donc encore trois personnes mais sous sa forme fantomatique cette tâche était plus difficile, car seuls les autres spectres et les vampires très puissants peuvent voir les esprits comme s'ils étaient vivants.

Je pris ma respiration et déclarai : « Mon cher, je crois que tu es un esprit du feu et que ton destin est de retrouver le soleil pour qu'il vive plus longtemps. Il faut que tu sois le soleil de dix personnes durant ta vie et non-vie. Je sais que tu peux y arriver mon ami. Il y a quelque chose d'autre que je dois te dire... Je suis un cyclope. »

Je me trouvais seul face à cette pierre sinistre, sans réponse. Je savais que les morts entendaient les vivants dans leur sommeil si leur âme n'était pas pas réincarnée ou envoyée au soleil. Car tout les hommes et toutes les espèces de faes, sauf les esprits du feu, se réincarnaient jusqu'à atteindre la perfection, et seulement-là, le repos leur serait accordé pour toujours. Mais la perfection dans ce monde n'est qu'une chimère que les hommes ont inventé. Le sort des esprits du feu était donc très enviable en fin de compte. Je mis une bouteille de vin rouge de très bon cru sur la tombe de mon ami esprit du feu. Je fis une petite prière et me mis à lui chanter sa chanson préférée avec ma voix très grave, ce qui était horrible à entendre. Je quittai le cimetière et dit :« Adieu mon ami, rejoins vite le soleil. »