Chapitre 15 :

Vu l'heure avancée de la nuit, Yann ne rencontre heureusement personne dans les couloirs du dortoir. Il est enfin arrivé à sa chambre. Il n'est pas certains qu'il aurait eu la force de faire cent mètres de plus avec Kévin sur son épaule. Il faut dire que ce dernier n'est pas vraiment un point plume à l'origine, en raison de sa musculature tout aussi imposante que parfaite. Alors devoir le porter à bout de bras et encore plus lorsque celui-ci est à moitié endormis par l'alcool sur votre épaule, devenant tout simplement un poids mort, relève tout de même d'un certain exploit. Il ouvre rapidement la porte de la chambre et vient déposer Kévin aussi délicatement que possible sur son lit, alors que celui-ci ne réagit même pas au fait qu'il n'est plus balloté dans tous les sens. Yann ne peux s'empêcher d'avoir un geste tendre envers Kévin qu'il trouve toujours aussi beau et plus encore lorsqu'il est endormis. Il fait glisser quelques secondes le revers de son doigts sur sa joue avant de continuer sa contemplation, l'air pensif, avec dans son regard un mélange d'envie, de culpabilité. Mais aussi de raison, pensant faire le bon choix en ne cherchant pas à aller plus loin avec lui, sachant les énormes obstacles qui se dressent devant eux, qu'ils soient morals ou physiques. Pourtant il ne résiste pas à la tentation d'un dernier geste de tendresse envers lui et finit par se pencher pour venir déposer un doux baiser sur la tempe de Kévin. Qui cette fois à bien ressentit son geste et ne tarde pas à réagir à cela …

K (ouvrant les yeux) : c'était quoi ça ? Dit-il d'une petite voix un peu embrumée

Y : Rien …. Je te disais juste bonne nuit ! Dit-il d'un ton qu'il veut froid

K (de plus en plus réveillé) : Dis moi … c'est une sorte de jeu pour toi Yann ?

Y : Non

K : T'es plus obligé de faire semblant tu sais …

Y : T'as vraiment rien comprit ! Dit-il ouvrant déjà la porte pour s'échapper au plus vite

K : Arrête Yann ! Arrête de me mentir maintenant … soit sincère avec moi !

Y (refermant la porte dans un claquement sec) : Qu'est-ce que je peux t'apporter Kévin hein ?! J'ai rien à t'offrir ! T'es le fils du Président !

K : J'ai passé …. Les trois quart de ma vie … entouré de gens qui me souriaient en permanence, me complimentaient aux moindres de mes faits et gestes, me donnaient raison en me disant combien j'étais un jeune homme bien, gentil, intelligent, intéressant …. Et tu vois … aujourd'hui je me dis que peut-être que tout ça était faux finalement … qu'ils jouaient tous un jeu, le jeu du cirage de pompe du fils du Président ! … Et si j'étais différent ? Si je n'étais que moi, Kévin, un mec comme les autres Yann … Qu'est-ce que tu ressentirais pour moi ?

Y : Ca n'a pas de sens Kévin … les choses sont ce qu'elles sont et on ne peut rien n'y changer ! Tente-t-il d'esquiver au mieux pour ne pas se trahir

K : Mais si c'était pas le cas … répond-moi Yann. Tu me dois bien ça non ? dit-il les yeux humides

Y : …

K : Oublie tout le reste … mon statut, ton boulot, l'étique, la politique … tout, excepté celui que je suis vraiment et qui est devant toi maintenant … (baissant la tête) … Si les choses étaient différentes …

Y (ne pouvant plus reculer, ému par la réaction de Kévin) : Si elles étaient différentes … ça ne changerais rien à ce que je ressens. Et je continuerais à te suivre … juste parce que je le veux et non pas parce que je le dois …

K : …

Y : Bonne nuit Kévin !

Yann articule ces derniers mots qui semblent sonner comme un couperet avant de se décider à sortir finalement de la chambre. Préférant le faire tant qu'il en est encore temps et surtout qu'il s'en sent le courage et la force. Laissant derrière lui, Kévin bouche bée, totalement sous le choc de la révélation et surtout de la déclaration qu'il vient de lui faire à demi-mots. Regrettant plus encore maintenant la place qu'il occupe dans la société, son rang, son statut. A ce moment plus que n'importe quel autre, il aimerait ne pas être le fils du Président. Mais simplement être ce jeune homme normal, presque banal qu'il a dépeint à Yann il y a quelques minutes seulement. Il ne sait pas si c'est l'alcool qui désinhibe ses sentiments mais il n'arrive pas à chasser cette mélancolie qui l'envahit à vue d'œil et de cette peine qu'il ressent au plus profond de lui, faisant couler malgré lui ses larmes.

Kévin est finalement réveillé par une des énièmes sonneries de téléphone qui ne cessent de retentir dans toute la chambre depuis un certains temps déjà. Il perçoit désormais la voix de Xavier qui vient les suivre après avoir décroché et qui trouve toujours une excuse différentes à chaque appel. Pour ensuite raccrocher aussi vite, ne laissant visiblement pas de temps de réponse à son interlocuteur. Comprenant que ces excuses le concernent toutes. « Il dort encore ». « Il n'est pas là ». « Vous devez faire erreur de numéro ». « Il n'y pas de Kévin ici ». « Bienvenue au cinéma du Sud-ouest, si vous voulez connaître nos horaires tapez un ». Kévin se décide à ouvrir les yeux pour découvrir Xavier qui ne semble apparemment pas si perturbé que ça de devoir jouer les standardistes au saut du lit. Restant même très zen malgré la situation. Attablé devant son bol de céréales, les yeux rivés sur le journal qu'il tient devant lui …

K : J'suis désolé pour tout ça Xav'

X : T'en fait pas, je gère le truc mon pote ! Dis-moi, t'es vachement photogénique comme mec quand même ! Et je tuerais pour avoir tes abdos !

K : … (Se relevant d'un bon à cette dernière remarque)

X : Et d'après ce que je sais ils plaisent beaucoup à Steeve aussi …

La sonnerie du téléphone retentit une fois de plus et Xavier décrochent, une nouvelle phrase toute prête pour l'occasion. Malheureusement il n'a pas le temps d'en faire usage lorsqu'il reconnaît la voix de la personne au bout du fil. Il se retourne vers Kévin et après avoir salué Cécile, il tend le combiné à Kévin, lui faisant comprendre que cette fois il ne peut pas y couper et qu'il doit prendre l'appel. Après un court temps de réflexion, Kévin prend finalement le téléphone et prenant une bonne inspiration, sachant déjà ce qu'il va probablement entendre, fait savoir sa présence à Cécile en la saluant d'une petite voix penaude …

C : Kévin …. Ton père est extrêmement déçut par ta conduite et ton attitude ! Est-ce qu'il y a autre chose que tu souhaite nous apprendre et que nous devrions savoir ?

K : Cécile …. C'était qu'une soirée ! Une très …. Mauvaise soirée !

C : Je ne veux pas les détails Kévin ! Juste connaître cette histoire avec ton petit copain !

K : De quoi tu parle ?! Passe moi mon père sil te plait

P : je ne veux pas lui parler ! Cette fois il est allé trop loin !

C : Il ne veut pas te parler Kévin

K : Il est juste à côté de toi hein ? J'entends sa voix !

C : Il n'a rien à te dire ! Au revoir Kévin !