Note de l'auteur: Bonjour,

Un essai, ou une lettre, je ne sais pas trop... Je vous souhaite une agréable lecture, même si l'emploi de la seconde personne peut dérouter.


Petite

Redevenir enfant. Oui, comme celle que t'étais autrefois, alors que t'avais rien à penser, rien à faire de particulier pour rendre heureux les autres. C'est un rêve que t'as sur le bout de ton cœur, sur le bord de ta voix qui n'arrive plus à franchir ta bouche triste. T'as même envie de l'étrangler, parce qu'il vient du passé, et que le passé, tu ne sais pas quoi en faire.

T'ouvrir au monde, comme une fleur ou bien comme une étoile qui ne veut pas mourir. Sortir de ta carapace blindée avec plein de trucs que t'as attrapés, et qui sont apparus à force que tu sois blessée. Des trucs comme l'indifférence, ou encore le mutisme. Libérer tes émotions, celles qui compriment ton p'tit cœur. Cracher tes maux, comme n'importe qui… T'en as le droit, petite, t'en as le droit.

T'es pas la seule. Y en a d'autres qui sont comme toi, petite. Y a pas de honte à ça. Ne pleure pas... Les rêves, ce n'est pas mauvais pour la santé. On n'en mange pas souvent, c'est vrai, et cette nourriture se fait de plus en plus rare, parce que de moins en moins de gens en prennent. Parce qu'ils croient que c'est bidon. Parce qu'ils ne croient plus en rien.

Non, t'es pas adolescente, t'as dépassé ce stade. Les autres ne le comprennent pas ? Ils rient de toi ? Tu t'en fous alors. Ils ne sont pas à ta place. Ils n'arrivent déjà pas à y voir clair dans leurs propres doutes. Tu sais ce que t'es; tu sais ce que tu vaux.

T'es humaine. T'es vivante.

C'est de nouveau devenu un rêve, un fil sur lequel tu dois danser comme une funambule, parce que t'en as envie, parce que ce si petit organe battant en toi te possède toute entière. Les autres sont jaloux, c'est pour ça qu'ils te font du mal. Laisse-les s'empoisonner avec leur mauvais sang. T'es libre, tu peux être plus forte qu'eux. Ça les fait crever de jalousie, ça les rend malades.

Le genre humain est immonde, et c'est encore plus vrai de nos jours. Par contre, il existe des exceptions. Tu ne sais pas si t'en fais partie, alors pose-toi la question suivante : aimes-tu faire du mal aux autres ? En causes-tu tant que ça ? Non, bien sûr que non... Alors, tu vois. Ton cœur est là, tu ne l'as pas perdu, petite.

Qui l'eut cru ? Pas toi, en tout cas. Quant aux autres, tu ne sais pas, tu ne lis pas dans leurs pensées, et tu ne les lies pas en un bouquet de fleurs non plus. Pourtant, tout neurone est connecté à un autre par des liaisons électrochimiques. Il peut se régénérer. Quoique... Tu t'égares. Reviens, petite, tu vas trop loin. Ne t'enferme pas dans ce genre de pérégrination pour te protéger. Ça ne sert à rien.

Aujourd'hui, t'as envie de sourire et de te réveiller, mais t'as pas envie d'être secouée par la réalité. Par contre, tu veux être chamboulée par l'imaginaire. Tu veux être transcendée. Tu veux, tu veux, tu veux… T'es, oui, t'es exigeante, petite. C'est humain. On t'a assez reproché d'être autre chose. Sans commentaires. T'es ce que t'es, petite.

T'es toi.

T'as mangé la page. C'est la meilleure façon de digérer et de la tourner. T'as bu aussi l'encre des mots. T'as eu l'impression d'être désinfectée de l'intérieur. Brûlures du degré infini, elles ne se sont pas encore apaisées. Les mots sont des armes bien plus redoutables qu'on ne le croit. Le comble, c'est qu'ils ne tuent pas. Tu le sais.

Pourtant, c'est comme si. On peut comparer ça à une sorte de tentative de suicide mentale, sauf qu'il faudrait remplacer le mot « suicide » par « meurtre ». Toi, petite, t'aimes trop la vie pour essayer de la vivre. Ta peur… Oui, elle est là, rougeoyante. Elle est capable de te mener par le bout du nez, de te faire faire n'importe quoi… C'est dur.

C'est ainsi. Parfois, tu te demandes à quoi elle te sert. La réponse n'existe pas, tu sais, pourtant tu l'as au fond de toi. Y a des jours, elle te crève l'évidence; à d'autres nuits, c'est plutôt une question assassine.

Aujourd'hui, il fait beau… Tu vas essayer de franchir d'autres pas, mais des blocages te bloquent encore. T'aimerais pouvoir redevenir la petite fille insouciante, qui avait confiance en elle et en son imagination. T'aimerais revenir en arrière, juste un instant, pour revivre les moments heureux que t'as eus gamine...

Aujourd'hui, en tant qu'adulte, t'as de plus en plus de mal à rêver, mais tu te bats, tu ne veux pas perdre ça. T'as raison. Bats-toi, y a pas de raison pour que t'y arrives pas.

Oui, c'est ça, bats-toi, petite.