Catégorie : Romance / Angst / Humour… un mélange…

Fiction dédiée à ma grande lectrice : Animophilenrose


Neuf mois


1 / Souviens-toi…

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Entre les allées des tombes, Jérôme Canans marchait jusqu'à la tombe de sa défunte femme, Caroline. Le corps chancelant, il sentait toujours cette petite pointe de douleur lui tirailler le cœur. Cela faisait dix-huit ans… et, malgré le temps et son amour pour elle, il n'avait jamais cessé de l'aimer. Les mains dans les poches, il trainait des pieds comme si chacun de ses pas pouvait lui dire que tout irait bien… mais, à peine arrivé à sa hauteur, ses larmes cédèrent sous le poids de son absence. Le regard planté au ciel, il les effaça d'un revers de la main puis, en se raclant la gorge sèche, il souffla en tentant de sourire comme à son habitude :

— Bonjour, mon amour….

Ces quelques mots lui étaient pénibles à dire… pourtant, au fil des années, il avait connu d'autres femmes mais, aucune ne lui arrivait à la cheville et, surtout, leur fils Vincent était jaloux d'elles. Ce dernier qui ne connaissait que son père n'admettait pas le partager avec une autre personne… De toute façon, Jérôme ne lui en voulait pas. Caroline lui avait volé son cœur alors, comment avancer s'il n'avait plus rien à offrir à une femme ? Les paupières fermées, il soupira parce que aujourd'hui, il venait lui annoncer une nouvelle…

— Vincent s'est marié… chuchota-t-il d'une voix tremblante tout en ouvrant son regard humide.

Après ces simples mots, un léger sourire se dessina sur ses lèvres et, la peine qu'elle ne soit pas là pour le voir, le rendit encore plus triste… Les paupières closes, il se souvenait… il y a dix-huit… un jour où le temps d'une seconde toute sa vie fut bouleversée à jamais… Le corps bercé par la brise, il se laissa tanguer d'avant en arrière.

'' Il avait reçu un appel de l'hôpital… Son beau-père, Erwan, était venu le chercher… Jérôme se rappelait de la panique lorsque ce dernier lui expliqua que le bébé que sa Caroline attendait était en vie… Le reste,… tout était noir… Il avait juste compris le mot fusillade dans un supermarché… Au chevet de sa jeune femme,… marié seulement depuis un an,… les yeux remplis de larmes, une main sur le visage pâle de sa belle,… il n'arrivait pas à retenir ses pleurs… Comment les retenir quand sa belle allait rendre son dernier souffle.

— Je t'aime mon amour… lui souffla-t-elle avec difficulté…

La gorge trop nouée et une main sur la bouche, il était ressorti précipitamment en laissant son beau-père la voir et,… adossé contre un mur du couloir, il avait si mal qu'il savait qu'il ne survivrait pas sans elle… A cette seconde, il se souvenait d'avoir soudainement tellement de colère,… tellement de rage,… tellement de déception… que son corps s'était cambré de douleur et, totalement secoué par le rythme de ses sanglots, des hurlement déchirants avaient franchi violemment de sa gorge. La douleur avait été telle que ses muscles se tordaient,… sa poitrine se comprimait par intermittence,… et, au fond de lui, il avait prié que tout cela ne puisse être qu'un cauchemard !

En se laissant choir contre le sol, il avait croisé ses bras autour de ses genoux pour la faire taire mais, la souffrance était bien là… elle était aussi poignante que son amour pour Caroline était ancré en lui… les paumes sur les yeux, elle était sa vie,… elle était son soleil,… elle était tant de chose à la fois… qu'il essayait de garder la tête haute quand, celle qu'il aimait depuis si longtemps allait mourir…

Lorsqu'Erwan était revenu lui tapoter l'épaule, il avait séché ses larmes et, les yeux rougis, il avait seulement hoché de la tête. Il se mémorisait le visage défait et meurtri de son beau-père. Un homme à qui la vie lui allait aussi arracher une personne cher à ses yeux. De retour auprès de sa Caroline, Jérôme s'était mordu rageusement les lèvres pour éviter de crier sa douleur… Les yeux bleus de sa Caroline étaient d'un azur aussi beau que le ciel d'été… Un bleu qu'il ne se lassait pas de contempler depuis leur adolescence. Elle était encore belle… magnifique… et, le cœur brisé, elle lui offrait encore un sourire… Comme tout cela était injuste… trop injuste… Elle le regardait comme si elle le suppliait de veiller sur leur Vincent… un petit bout d'elle qu'il avait le droit de conserver auprès de lui… une petite part d'elle qui grandirait à ses côtés… une promesse silencieuse… »

Debout, le coucher du soleil de ce début de printemps était splendide… Jérôme n'avait jamais refait sa vie… A trente-sept ans, il avait tenté mais, son cœur ne parvenait pas à la remplacer. Pourtant, sa vie continuait et, en lui annonçant le mariage de Vincent, il savait qu'il se retrouverait seul…

— Il est comme toi, tu sais, murmura-t-il en se mordillant la lèvre inférieure,… il ne veut pas perdre une seconde avec son Emma… poursuivit-il en s'essuyant le visage,… il avait peur que je refuse et, ils ont fait ça en douce…

Il pleura à nouveau car, la solitude allait devenir sa meilleure alliée dans les mois à venir… et, déchiré, il baissa son regard au sol pour voir ses larmes tomber rapidement sur la terre… La douleur était toujours là,… loin et présente à la fois,… le temps n'avait en rien changé ses sentiments… il avait vécu avec cette blessure et, aujourd'hui, elle s'ouvrait doucement parce que, seul, il sombrerait surement dans sa propre déraison… en reprenant sa vie là où son amour était mort… c'était comme si le temps s'était seulement suspendu…

Il releva son visage humide et, en souriant aux anges, il lui souffla un dernier »je t'aime » avant de s'en aller… Les pas lents, ses jambes flageolèrent. Il ne dormait pas bien depuis que son fils lui avait annoncé la nouvelle. A cet instant, il ressentit effroyablement la fatigue. Une main sur le visage, il tenta de garder ses paupières ouvertes et, le corps tremblant avec violence, il distingua un homme aux cheveux d'or s'approcher de sa personne tout en lui criant dessus mais, la voix disparut en même temps qu'il s'évanouit.

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Cédric Davis dévisageait sa fille à peine majeure qui venait de lui avouer qu'elle venait de se marier. MARIER ! Sans plus attendre, il prit son portable et téléphona directement au mari de cette dernière. Le corps stressé et le visage rouge de colère, ce commissaire de quarante-deux ans était loin d'avoir dit son dernier mot ! Son bébé s'était marié ! Non, mais, ho ! Qu'est-ce qui clochait chez ces jeunes ? Lorsqu'il réussit à demander à »son gendre » où se trouvait son père, il allait lui faire comprendre que tout cela ne restera pas impuni !

Il abandonna sa fille chez lui et, en prenant sa voiture, il bouillait intérieurement ! Peu importait où se trouvait le père de ce satané voleur de petite fille ! Il allait lui faire la fête à ce père ! Et tanpis s'il n'était pas aussi au courant, il fallait qu'il fasse sortir cette colère ! Lorsqu'il arriva à destination, il claqua la portière et, en marchand nerveusement, il tira sur sa veste et pénétra dans l'enceinte. Dès qu'il aperçut, vu qu'il était le seul dans le cimetière, il commença à hurler sa colère… mais, l'homme s'écroula au sol…

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A suivre

Eridine

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