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Neuf mois


3 / Situation tendue

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Jérôme était mal ! –et il y avait de quoi !– toujours en-dessous de cet idiot de Cédric, il avait l'impression de revenir à l'adolescence, période où, il ne maitrisait plus rien. Néanmoins, après un silence pesant, il eut le temps de se dire qu'après tout, il avait un corps qui répondait très bien… C'était pitoyable comme raisonnement mais, bon, au moins, cela le rassurait… enfin, presque… parce que Cédric était un homme… tout comme lui, c'était juste lamentable… Il sortit de ses pensées lorsque la porte d'entrée s'ouvrit à la volée et, en reconnaissant la voix de Timothé, le fils de Cédric, Jérôme paniqua en disant à son interlocuteur :

— Relevez vos pieds ! souffla-t-il en regardant les jambes de ce dernier dépasser le canapé et surement en vue du jeune homme.

Sur ces mots Mr Davis qui comprenait son malaise, les releva et, à ce geste maudit soit-il, Jérôme sentit effroyablement l'entrejambe de ce dernier tout contre le sien. Il n'allait pas recommencer !

— Je vous signale, espèce d'imbécile qu'il va voir les vôtres, grinça le maitre du lieu en pivotant légèrement la tête vers les pieds.

Instantanément, Jérôme enroula ses jambes autour de la taille de son vis-à-vis… et, les paupières lentement plissées, il imaginait très bien et piteusement la scène…

— Vous n'allez pas vous mettre à pleurer… poursuivit Cédric un brin énervé.

— Je NE pleure PAS… marmonna Jérôme en détournant son regard extrêmement brillant…

— On dirait pourtant, renchérit-il.

Les paupières closes, le plus jeune chuchota :

— J'ai juste une poussière dans l'œil…

Les joues encore cramoisies, aucun des deux n'eut le temps d'approfondir leur situation qu'ils comprirent que Timothé n'était pas seul.

— Putain ! Tim ! écoutèrent-ils de la voix d'un second jeune homme,… tu vas devenir tonton !

— Mais, contrairement à mon père, je suis heureux pour ma sœur et son mari…

Ils les entendirent partir dans la cuisine.

— En tout cas, reprit Timothé, j'imagine bien la tête de mon père quand il le saura.

— Mouai… déjà qu'il n'est pas commode, rajouta son interlocuteur, je ne voudrais pas être à la place du père de Vincent… –Jérôme toisa durement Cédric– mais,… bredouilla-t-il, je dois bien admettre qu'il est plus à mon gout…

— Ted ! s'exclama Timothé.

— Bah, quoi ? Je n'ai aucune honte à te l'avouer, –Jérôme, les mains de chaque côté de son corps, s'empourpra violemment– il est encore jeune, beau, séduisant…

— C'est du beau-père de ma sœur que tu parles ! reprit le fils de Cédric.

— Tu crois peut-être que ton père va se jeter sur lui ? entendirent-ils lorsqu'ils pénétrèrent dans le salon.

— Ted ! s'écria Timothé une nouvelle fois…

— Oooh, ne me fait pas le regard du mec qui n'a rien vu… coupa son invité, ton père reluque sans arrêt tes camarades…

Les paupières plissées, Cédric n'en croyait pas ses oreilles et, en se penchant près de ceux de Jérôme, il se sentit obligé de rétablir la vérité :

— Il parle de ses supérieurs…

Le jeune Canans ne répondit nullement à sa réponse mais, il n'en pensait pas moins : pervers !

— Hé ! s'outra Timothé, à t'entendre, on dirait que c'est un pervers ! –Jérôme sourit avec légèreté, sans se préoccuper de son ainé au-dessus de lui– mon père aime les hommes qui sont… mouai,… okay,… j'admets qu'il s'éclate plus avec eux…

Cédric soupira fortement tout en fermant ses yeux,… lamentable situation pendant que Jérôme était toujours mal à l'aise.

— Mais, reprit son fils, je suis sûr qu'il trouvera chaussure à son pied…

— En tout cas, répondit Ted, jamais je ne le verrais pas avec le beau-père de ta sœur…

— Pourquoi ?

— Bah,… souffla l'invité, ton père est… sans t'offenser, dit-il, quelqu'un de brusque et dépourvu de sentiments –Cédric sentait la moutarde lui monter au nez : quoi, lui, inhumain !– tandis que, reprit-il, Jérôme, on le voit dans ses yeux, il est calme, attentionné… et un corps avec lequel je me ferais un plaisir de découvrir lentement –les paupières closes, le jeune Canans ne savait pas qu'il faisait autant d'effets à la gent masculine et, en détournant le regard gêné, il n'osait plus fixer Cédric…– mais, bon,… il est hétéro…

— Ouaip,… confirma Timothé,…

— D'ailleurs, reprit son ami, sais-tu comment, ton père, prendrait la nouvelle ? Tu sais,... devenir papi…

PAPI ! Cédric, rien qu'à ce mot, crut qu'il allait se relever mais, Jérôme serra des dents pour le retenir.

— Oh, à mon avis, il fera d'abord la peau au beau-père de ma sœur et, ensuite à Vincent… et…

Les deux plus âgés qui étaient profondément en train d'écouter la conversation entendirent subitement à côté d'eux :

— Papa !... Mr Canans !

Le temps –y en avait-il au moins ?– sembla se suspendre comme si cela laissait à Timothé de réaliser dans quelle posture se trouvait son père : allongé sur le corps de Jérôme… Cédric, le cœur palpitant, se sentait soudainement pris en flagrant délit de démonstration sexuel. Malgré son caractère militariste, il imaginait très bien l'image que tous les deux renvoyaient à son fils… SON FILS avait devant lui, un père qui se retrouvait sur le corps d'un Jérôme qui avait les jambes autour de sa taille… RECTIFICATION : son fils et l'ami de ce dernier voyaient son père gay sur le corps hétéro du beau-père de sa fille !

— Bonjour, fiston… murmura-t-il en déglutissant nerveusement.

Jérôme, paniqué, vit deux paires de pieds partir aussi vite en direction de l'entrée et, en entendant le claquement de la porte, d'une voix mal maitrisée, il chuchota à son ainé :

— Maintenant, il va croire qu'on…

Il se tut lorsqu'il croisa un regard indéchiffrable planté dans le sien,… un regard qu'il n'avait jamais vu où, du moins de la part de sa Caroline… Jérôme, complétement troublé, fit semblant de le repousser pour qu'il regarde ailleurs mais, Mr Davis n'en fit rien. Tendu à souhait, il passa ses yeux sur leur ceinture pour soupirer de soulagement.

— Depuis quand, sommes-nous détachés ? dit-il en tentant de se glisser hors de l'emprise du corps de son interlocuteur mais, des mains vinrent se poser sur ses épaules,… je,… bredouilla-t-il soudainement pris au dépourvu,… vous,…

Cédric ne voyait que ses yeux. En oubliant presque tout ce qui venait de se passer, il dévisageait les lèvres de Jérôme qui paraissaient un tantinet le narguer. Il avait envie de les gouter, envie de les sentir contre les siennes… quand, en approchant dangereusement son visage du plus jeune, il semblait reprendre ses esprits en recevant une claque. A ce geste, il se releva rapidement et, prêt à rouspéter –non, mais, personne ne le gifle !– il entendit Jérôme lui bafouiller :

— Je,… écoutez, ne le prenez pas mal, dit-il en nouant son pull autour de sa taille pour cacher l'humidité de son jean,… mais, sachez qu'après cette,… bredouilla-t-il en désignant le sol d'une main,… ça,… je ne veux pas que nous nous revoyions avant,… euh, disons, sembla-t-il dire en cherchant ses mots,… qu'on ne m'enterre…

Cédric, médusé, le suivit du regard et, en le voyant sortir de chez lui, il peinait à comprendre ce qui lui était passé par la tête : embrasser cet attardé ! Jamais !

... ... ...

De retour dans sa demeure, Jérôme se dirigeait dans sa chambre pour se changer et prendre une bonne douche lorsque son fixe résonna dans le salon.

— Allo ?

— Jérôme ? reconnut-il de la voix bourrue de Mr Davis.

Il raccrocha directement. Il n'avait aucune envie de l'écouter, pas après ce qui s'était produit plus tôt. Le regard perdu, il repensait à la conversation de Timothé. Ce dernier était déjà venu manger chez lui avec Vincent et, en se rappelant de son visage, il n'aurait jamais cru qu'il avait un père aussi idiot et…gay.

Le soir, en préparant le repas pour les jeunes mariés dont il avait déjà invité depuis quelques jours, il repensait encore à ce matin. Cédric était un être antipathique et moqueur ! Il avait été mis mal à l'aise et, finalement, avec le recul… sans en être certain, il avait un corps qui semblait apprécier celui d'un homme mais, il se posait surtout la question pour lui-même… Il était vrai que depuis le décès de sa femme, il n'avait jamais pu la remplacer. A cette pensée, il sourit parce que sa rencontre avec cet énergumène lui avait fait changer les idées. Il avait peur de se morfondre dans sa solitude et, en fixant un point imaginaire, Cédric avait réussi à donner un peu de punch à sa vie…

— Papa ? entendit-il de la voix de son fils.

Le sourire peint sur son visage, ce dernier l'étreignit avant de s'assoir.

— Comment ça s'est fini ce matin ? se renseigna-t-il.

En se rappelant de la scène, Jérôme s'empourpra violemment pour se tourner sur la cuisinière et, le cœur battant, il marmonna :

— Bien…

— Bien ? ! s'étonna Emma qui pénétra en déposant une bise sur sa joue dont la teinte ne lui échappa pas,… j'espère qu'il ne vous a pas malmené,… dit-elle en prenant place à côté de son mari,… vous comprenez mon refus de vous le présenter maintenant…

Oh oui, il pouvait, aujourd'hui, comprendre la raison et, en sortant le poulet du four, inconsciemment, un autre sourire se dessina sur ces lèvres.

— Papa ? s'inquiéta on fils, tu vas bien ?

— Oui,… oui, bien sûr…

Le regard en biais de Vincent semblait chercher à comprendre son comportement.

— J'ai eu ta tante et,… dit-il en déposant le plat sur la table,… je vais diner avec elle demain soir… mentit-il.

— Bien, répondit son fils sans conviction,… tu sais qu'elle t'aime beaucoup, insista-t-il sur le dernier mot…

Jérôme avait beau repousser les avances de sa belle-sœur, il savait que Vincent souhaitait aussi son bonheur. Pourtant, il n'avait jamais ressenti le besoin de vivre avec une femme, du moins, tant que son fils vivait chez lui… ce qui n'était plus le cas.

… … …

Cédric tentait par plusieurs fois de joindre Jérôme mais, ce dernier semblait énormément pris par son travail. Cela faisait déjà deux semaines qu'il s'étaient rencontrés et, depuis, plus aucun signe de vie. Il voulait s'excuser de son comportement mais, au fond de lui, il avait besoin de le revoir. Sans vraiment en comprendre la raison, les paroles de son fils semblaient le remettre en questions : il voulait du sérieux. Mais, bon, en même temps, pourquoi cherchait-il à tout prix penser à cela alors que, Jérôme était de toute évidence hétéro et, pourquoi lui et pas un autre ?

Un dimanche, lorsqu'il fut aimablement invité par sa fille à diner avec son gendre, il espérait le revoir. Cependant, déçu, il mangea en leur compagnie tout en discutant de leur bébé et de leur occupation. Tandis que Vincent, pour faire plaisir à sa jeune épouse, resta courtois tout en souriant. Il aimait Emma de tout son cœur et, lorsque cette dernière lui avait dit que son père serait surement contre leur union, il était prêt à tous les sacrifices pour être auprès d'elle. Puis, à la rencontre de leur père respectif, la dispute ne fit que confirmer ses craintes : tout allait se compliquer…

— Tu vas bien papa ? demanda Emma en s'apercevant qu'il ne critiquait plus son mari.

— Oui, je suis juste un peu fatigué, marmonna-t-il.

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La soirée fut plutôt calme. Ce ne fut qu'au pas de la porte que Cédric ne put s'empêcher de demander à son gendre :

— Comment va ton père ?

— Il va bien,... il me semble... au dernière nouvelle ? répondit-il étonné de le voir s'intéresser à la vie de son père.

— Je croyais que tu ne l'appréciais pas ? coupa Emma dont le regard semblait dire '' ne touche pas à mon beau-père ! ''

— Mais, se reprit-il un tantinet déçu par la réaction soudaine de sa fille…

— Ah, je ne te l'ai pas dit, Timothé était passé l'autre jour… l'informa-t-elle avant qu'il ne poursuive plus froidement…

— Je n'aime pas du tout Jérôme mais, je comptais juste m'excuser ! s'écria-t-il en comprenant qu'Emma avait dû avoir des échos par son jumeau… et, reprit-il en se calmant,… et, tu sais aussi bien que moi, il est loin d'être intéressant ! Il est juste…

— Ha-hem… entendit-il soudainement derrière lui en sentant son estomac se retourner au fond de ses entrailles.

Devant deux paires de yeux dont l'un semblait le fusiller, Cédric pivota en tendant une main :

— Bonsoir… tenta le père d'Emma d'une voix plus posée.

Jérôme qui avait tout entendu ne daigna même pas lui jeter un regard. En déposant un carton au pas de la porte, il embrassa rapidement les jeunes mariés puis, sans un mot, il regagna sa voiture.

— Tu es toujours aussi doué avec la race humaine, papa… se moqua sa fille.

Cédric grogna…

— Oui et, ben, il faut croire que nous ne nous entendrons jamais…

— Content de vous l'entendre dire, ajouta Vincent qui n'appréciait pas du tout la tournure de leur relation qui, soit dit en passant n'en était pas une puisque Cédric n'admettait toujours pas leur mariage.

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A suivre

On verra les réactions de Timothé et de son ami Ted au prochain chapitre

Eridine

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