Auteur : Nessi N'spi (appelez moi Nessi ^^)

Droits : Ces personnages comme l'histoire sont issus de mon imagination et de celle de ma complice Zidrune. Ils nous appartiennent. Merci de respecter les droits d'auteur et de ne pas réutiliser ce qui nous appartient sans notre accord.

Genre : Yaoi/Fantastique/Romance/Angst.

Reviews :

Maeva Cerise : T'inquiète, Hayate risque pas de manquer la nouvelle ! XD Je suis heureuse que tu ais aimé le chapitre précédent, j'espère que tu aimeras aussi celui-ci qui clôture l'histoire ! ^^

Luneternelle : * Te tends une boite de mouchoirs * Sèche tes larmes, je reviens pour un tome 2 remplit de pleins d'autres aventures ! ;) En attendant, je te laisse déguster ce chapitre final ! ;)

Zeau : L'Alpha de Shin s'appelle Kei et tu auras ta réponse un peu plus bas ! ;) J'espère que tu aimeras ce final autant que le reste de l'histoire !

Kiwi456 : Merci pour tes compliments et tes encouragements pour mon premier livre édité ! ^^ Je suis sur un petit nuage en ce moment, surtout que j'achève aujourd'hui un projet qui a duré quatre années ! J'espère que ce final te plaira ! ;)

Nikillyg : Oui, mes chapitres sont plus longs que d'habitude ! ^^ Mais promis, je ne me réfrène pas sur la longueur. J'espère que tu aimeras la fin de cette histoire autant que le reste. :)

Kimika Su : Ta review m'a fait rire. Ouais, Kaname a pris un sacré risque mais que ne ferait-on pas par amour ? :p Pour te répondre, oui, Kei et Hayate apparaîtront dans le tome 2. Mieux encore, ils ne feront pas qu'apparaître, ils en seront les héros ! ;)

Drylou : Tu veux du Kei ? Alors profite bien de ce dernier chapitre, tu vas être servie ! ;p Kei dans toute sa splendeur ! XD Pour répondre à ta question, je pense commencer à publier le second tome courant mois de novembre. Ça peut sembler loin dit comme ça mais ça s'explique tout simplement. D'une part, j'ai besoin de construire toute la trame à tête reposée, je ne veux pas repartir dans un projet sans trop savoir où je vais. Maintenant que je connais l'univers et les personnages, ce sera plus facilement pour moi. Début juillet j'ai d'ailleurs un brain storming de prévu avec Zidrune, mon amie, muse et correctrice, pour organiser toutes mes idées. Je compte aussi passer l'été à y réfléchir et à souffler aussi peut-être un peu, sans pression aucune, bouquiner pour me donner des idées (c'est dans la lecture que l'imagination des auteurs peut faire des bons en avant), me la couler douce un peu pour me reposer l'esprit et peut-être travailler aussi sur d'autres projets que j'ai mis de côté depuis des mois, voire des années. En septembre, je m'y attèle et je souhaite avoir déjà plusieurs chapitres de prêt avant de commencer à publier afin de pouvoir updater chaque samedi ou toutes les deux semaines et m'y tenir, sans longue attente entre deux chapitres. Si tu me suis en tant qu'auteur, tu devrais être avertie de la sortie du premier chapitre ! ;) Sur ce, j'espère que tu aimeras ce dernier chapitre ! ^^

Yume Resonnance : Je suis rassurée que Kaname te plaise toujours autant, même pathétique et mignon ! :p La réaction d'Hayate... ainsi que celle de Sayako, ce sera pour le tome 2 ! J'espère toutefois que cette attente ne te frustrera pas trop. Pour tes questions au sujet de leur Meute, je te laisse le découvrir par toi-même en lisant ce dernier chapitre ! ;)

Chibititi : Mon histoire te « prend aux tripes » ? Je trouve que c'est un sacré bon compliment ! ^^ Merci à toi de m'avoir fait partager tes émotions, tes espérances, tes joies à la lecture de mon histoire. C'est pour ça que j'écris, pour faire vibrer mes lecteurs et si ça a fonctionné pour toi, j'en suis ravie, alors merci de me l'avoir dit ! ^^ J'espère que tu suivras l'aventure au tome 2 si ce chapitre final te plait ! ;)

Elly92 : Ta review m'a touchée. J'ai pu sentir ton émotion à travers tes mots et c'était juste fantastique pour moi. J'ai senti à quel point tu étais avec eux, et à quel point tu les comprenais bien ! :) Je suis heureuse d'avoir été capable de te faire vivre ça ! ^^ Merci pour tous tes beaux compliments. J'espère que ce dernier chapitre te comblera tout autant. Et je compte sur toi au tome 2 ! ^^

Yumi Lucky : Merci pour ta review ! Tu sauras la réaction des Alphas avec ce dernier chapitre et j'espère que la relation des deux héros aura aussi de quoi te faire « gagatiser » ! :p

Amadine2008 : Je suis heureuse que tu ais aimé le précédent chapitre. J'espère que celui-ci sera à la hauteur de ce que tu attends d'un final ! :)

Honte : Tu m'as ensevelie sous les compliments ! Je ne sais même pas quoi te répondre à part un gros MERCI ! ^^ Je suis heureuse si j'ai pu te faire vibrer lors de ta lecture et j'espère que ce dernier chapitre de l'histoire te paraîtra à la hauteur ! ;)

Lisandy : Toutes mes excuses pour avoir écorchée ton pseudo ! (ça m'arrive parfois, surtout quand je réponds tardivement aux reviews !) Merci de m'avoir fait partagé tes sentiments à la lecture du chapitre précédent. J'espère que celui-ci, qui clôture ce premier tome, te plaira tout autant. ^^

Crepuz : Tu as envoyé ta review juste quelques minutes avant que je publie, donc juste à temps pour que je la vois et y réponde ! ;) Non, nous ne saurons rien de plus sur le fils de Nina avant le tome 2, voir le tome 3 (si troisième tome il y a) ! Et nous aurons bien évidemment la réaction de Kaname à ce sujet, je ne pourrai pas y couper ! J'espère que ce chapitre final te comblera ! ^^

Remarque :

Nous y sommes. C'est la fin...

Mais non, ne reniflez pas déjà ! Je vous réserve encore pleins d'aventures et de surprises dans un tome 2 ! Pour les curieux, j'ai déjà indiqué à Drylou quelques détails pour cette nouvelle aventure, mais je vais me répéter ici : je prévois de débuter la publication en novembre si tout se passe bien. Le temps pour moi de souffler un peu, de préparer la trame du tome 2 (afin de ne plus écrire à l'aveugle !), et de préparer plusieurs chapitres d'avance histoire de pouvoir avoir un rythme d'update aussi régulier que possible. J'espère que vous serez nombreux à me suivre dans cette nouvelle aventure.

Mais pour l'heure, parlons de ce premier tome. Je me suis lancée dans cette aventure à la demande de mon amie Zidrune. Par sa faute, j'ai souffert, j'ai été exaltée, j'ai vécu des passages à vide et des moments de pure félicité ! Depuis que je me suis lancée dans l'aventure de l'écriture, cette histoire est sans doute celle dont je suis la plus fière.

Alors je tiens à remercier Zidrune, en tout premier lieu, qui a été là pour moi à chaque passage difficile, à m'aider à surmonter ma page blanche ; qui m'a relu, corrigée et qui a supporté mes incessants coups de téléphone pour avoir son avis et son aide ; qui a su me transmettre son hystérie quand un chapitre ou une scène lui a plu et qui m'a toujours si bien encouragée à avancer dans ce projet. J'espère que cette histoire, qui n'aurait pas vu le jour sans tes idées de départ, est à la hauteur de tes attentes. ^^ Je t'adore et je te remercie d'avoir permis la naissance de Kaname, Shinichi, et tous les autres dans ma tête. Ils seront une part de moi pour toujours.

Ensuite, je tiens à vous remercier vous tous, mes chers lecteurs. Que vous soyez dans l'ombre, silencieux mais attentifs, ou que vous partagiez avec moi vos émotions et vos folles hypothèses, votre présence est le moteur de ma créativité et mon envie d'écrire ! Vous m'avez fait rire, sourire, émue, rougir, culpabiliser aussi (à cause de mes fins de chapitre frustrantes ! :p), et vous m'apportez tellement...! Ne changez pas, vous êtes les meilleurs lecteurs qu'on puisse rêver. Merci pour tout.

Sur ce, voici mes derniers mots pour ce premier tome de Fils de la Lune. Le thème était « le passage de la haine à l'amour », imposé par Zidrune et qui, je le savais dès le départ, allait me demander beaucoup de travail et d'imagination. J'espère avoir pu vous combler de ce côté-là. Pour ma part, je termine cette histoire sans aucun regret, avec la satisfaction du travail accompli et un sourire heureux aux lèvres.

Je vous souhaite à tous une bonne lecture de ce final ! Et je vous dis à très bientôt pour un nouveau projet et de nouvelles aventures ! ^^

Et, Zidrune, un dernier mot : BASTOOOOOOON ! :p

FILS DE LA LUNE

Chapitre 60

Un dernier combat

[POV Kaname]

J'écoute son souffle s'approfondir comme je le faisais autrefois, à l'orphelinat, tendant l'oreille pour percevoir les respirations des autres enfants qui partageaient mon dortoir. A l'époque, les savoir là me rassurait un peu dans les heures d'obscurité où je me sentais parfois si seul. Puis, quand j'ai grandi, j'attendais qu'ils s'endorment pour mieux me rhabiller et filer à l'anglaise, histoire d'aller expérimenter le monde extérieur et plus particulièrement le sexe avec des hommes consentants.

Cette fois, j'écoute ce souffle parce que je veux m'assurer qu'il s'endorme, qu'il se repose, qu'il retrouve sa vitalité et sa force. Je veux qu'il aille bien. Me préoccuper de quelqu'un d'autre est un concept presque nouveau pour moi, depuis le temps que ça ne m'était pas arrivé. Nina a été la seule et l'unique dont j'ai voulu prendre soin. La seule et l'unique pour qui j'étais prêt à me sacrifier pour qu'elle aille bien. Mais c'était avant que cet homme, qui repose dans mes bras, entre dans ma vie et bouleverse toutes mes certitudes.

J'ai peur, oui, parce que je me sous-estime, parce que j'ai l'impression de ne pas pouvoir être à la hauteur, parce que je crains de le blesser ou de le décevoir. Pourtant, ce que je lui ai dit est vrai. Savoir qu'il est lié à moi pour toujours, c'est comme une délivrance. Cette seule pensée me serre la poitrine d'émotions, comme un moment de grâce où tout n'est que justesse, perfection, et où j'ai enfin obtenu ce que j'ai toujours pu désirer.

Être aimé, avoir la certitude que jamais on ne m'abandonnera...

C'est con à dire mais Shoda-san ne pourra jamais me donner ça. Je le comprends désormais. J'ai un immense respect pour lui, et je dois bien l'avouer, énormément d'affection aussi. Je donnerai beaucoup pour lui, pour le rendre fier, pour l'aider dans sa tâche d'Alpha. Pourtant, une part de moi, est plus que consciente que ça peut cesser d'un jour à l'autre. J'en ai eu la preuve lorsqu'il m'a retiré des liens de Meute pour me protéger. Il l'a fait avec de bonnes intentions, il l'a fait pour m'éviter un enlèvement, la torture et la mort. Mais ça m'a aussi prouvé qu'il pourrait me rejeter à n'importe quel moment, si je fais quelque chose de mal, si je le déçois, ou pour n'importe quelle autre raison. Même sans notre lien de Meute, mes émotions restent toujours les mêmes envers lui, mais la possibilité de son rejet change tout.

Mais Shinichi...

Je tourne la tête pour contempler son profil, resserre mon bras autour de sa taille et le vois sourire dans son sommeil, un soupir de bien-être s'échappant de ses lèvres.

Shinichi ne me rejettera jamais. Il ne pourra jamais briser ce lien qu'on a créé. Pas même s'il se met à me détester, ce dont je doute désormais. Après tout, il a subi tant d'horreurs de ma part, et pourtant, il a toujours voulu de moi. Je suis certain que je ne pourrai plus jamais lui faire de mal volontairement. Pas en le sentant aussi fortement dans ma tête et dans ma poitrine. Pas en sentant ses émotions. Et même si je le blesse malgré moi, je suis presque certain qu'il ne partira pas, que ce lien restera fort et inébranlable entre nous.

Alors oui, ça me libère, me délivre d'un poids que je réalisais à peine porter jusqu'ici. Je ne serai plus seul à traverser cette existence. Tant qu'il sera vivant – et je ferai tout ce qu'il faut pour qu'il le reste – je n'aurai plus jamais à craindre ce gouffre immense dans lequel j'ai parfois l'impression de me noyer parce qu'il sera là, me retenant par ce lien qui nous relie désormais. Et c'est d'un réconfort indescriptible.

J'inspire son odeur dans ses cheveux qui couvrent son front, y dépose un baiser puis souris de moi-même. Je ne pensais pas avoir cette tendresse en moi. Celle qui me donne envie de le câliner, de l'embrasser, sans que ce soit dans une tentative de le séduire pour le baiser. D'autres envies viennent suite à cette découverte, celle de le nourrir, de lui trouver tout ce qu'il faut pour qu'à son réveil, il puisse manger jusqu'à satiété. Celle de le faire rire et de voir ses yeux briller d'amusement. Celle de m'afficher avec lui, dans la rue, dans les bars que je fréquentais, devant ma Meute.

La pensée concernant ma Meute me fait pourtant froncer les sourcils. Pas seulement parce que je crains qu'ils prennent mal le fait que je me sois lié avec un homme, mais parce qu'il s'agit d'un Ryuudan. On est en bons termes désormais, autant que peuvent l'être deux Meutes ennemies qui ont signé un traité de paix et souhaitent retrouver un semblant de calme dans leurs existences. Mais je n'ai pas le souvenir que deux loups de Meutes différentes se soient un jour liés. Je ne me suis jamais vraiment intéressé à ce genre de choses et il me faut plusieurs minutes pour passer en revue mes souvenirs et tenter de trouver un précédent. Rien ne me vient.

Shoda-san ne semblait pas contre l'idée que je fréquente Shinichi, il m'y a même encouragé à sa manière. Mais pouvait-il imaginer que je me lierais à lui si vite ? Peut-être pas. Et quand j'imagine la façon dont Kei va réagir à cette nouvelle, j'hésite entre le frisson et l'éclat de rire.

Est-ce qu'ils nous forceront à être dans la même Meute ? Je ne souhaite pas quitter les Kuroi Tenshi. J'ai un rôle de Premier Lieutenant maintenant et je le prends au sérieux. Je m'y investis et c'est pour moi la meilleure façon d'éviter de traîner en ville et de faire des conneries. Moins de temps à penser, à m'ennuyer, à subir ma solitude et mon désœuvrement, signifie aussi moins de temps pour faire n'importe quoi.

Pourtant, j'imagine mal Shinichi quitter sa Meute et nous rejoindre. Il finirait sans doute par trouver sa place parmi nous, mais son sérieux, le contrôle parfait de ses émotions, le rendent quelque peu hautain parfois, assez impressionnant car on a du mal à le cerner. Je ne suis pas sûr que les membres de ma Meute, tous plus ou moins d'anciens criminels ou à la moralité limite, pourraient l'apprécier comme il se doit. Et c'est à supposer que Kei le laisse s'en aller, ce dont je doute franchement.

Je ne souhaite pas l'éloigner de sa Meute, de toute façon. Si rien ne nous y oblige, le mieux est sans doute de rester ainsi. Il faudra peut-être batailler pour convaincre nos Alphas, et ça risque d'être ardu. Mais avec Shinichi dans mes bras, je suis remonté à bloc, prêt à mener ce combat et à le remporter. Du moins, si Shin est d'accord avec cette idée de rester chacun dans notre Meute.

Je souris à nouveau, amusé par ma retenue. Il y a encore peu de temps j'aurais pris une décision et j'en aurais rien eu à foutre de ce que les autres en pensent. Aujourd'hui, je refuse de priver Shinichi de son propre choix. Il ne me vient même pas à l'idée de lui imposer quoi que ce soit et ça me rassure un peu plus sur le fait que je suis incapable de le blesser intentionnellement. Ce lien a au moins le mérite de m'avoir rendu inoffensif, ou presque, pour lui.

Je réalise que je me suis endormi quand je rouvre les yeux et vois que le soleil qui traverse la fenêtre a changé de position. Shinichi dort toujours profondément contre moi mais même en étant loup-garou, son poids comprime assez mon bras pour qu'il soit engourdi. Je soulève doucement sa tête, pour le retirer et doit détacher ses mains en douceur de ma peau afin qu'il ne s'y accroche pas. Je me lève, tente de faire circuler à nouveau le sang dans mon bras insensible et étire mes membres restés trop longtemps dans la même position. Voyant les sourcils de Shin se froncer, je plonge en moi, le trouve et l'enlace mentalement comme je l'ai déjà testé avec les loups de ma Meute pour les réconforter. Il sourit à nouveau et s'empare d'un oreiller pour se blottir contre lui.

Je ramasse nos vêtements, échoués un peu partout et les empile sur un fauteuil puis observe le corps nu et endormi de Shinichi. Mon sang s'accumule aussitôt plus au sud et je me force à le couvrir d'un drap pour cacher toute cette peau attirante, avant de me glisser sous la douche. J'ai envie de lui. Tellement. Mais je veux qu'il dorme, qu'il se repose. Venir le rejoindre à nouveau dans le lit et le baiser est contre-productif. Cette dualité entre mon envie de le voir aller mieux et mon besoin de le faire mien est difficile à suivre, alors je préfère me noyer sous des trombes d'eau pour m'occuper l'esprit au moins un moment.

Soudain, je ressens comme une décharge électrique. Une puissante frayeur qui me fait bondir vers la porte de la douche et l'ouvrir violemment. Je me précipite dans la chambre et cherche aussitôt l'intrus, le danger, ce qui a mis Shinichi tellement en alerte que je l'ai senti tirer sur notre lien de toutes ses forces.

Mes yeux parcourent frénétiquement la pièce, examinent les fenêtres, la porte d'entrée. Je renifle, cherche une odeur étrangère et laisse mon ouïe englober tous les sons provenant du couloir et des chambres avoisinantes.

Shinichi est assis au milieu du lit, les genoux relevés sous le drap et lâche un long soupir en y posant ses coudes pour se prendre la tête entre les deux mains. Il pousse un drôle d'éclat de rire, entre l'amusement et l'exaspération. Je lui jette un regard pour m'assurer qu'il n'est pas blessé puis refais encore un tour d'horizon de la chambre.

- Je suis désolé, me dit-il.

Il redresse la tête, son visage arborant un air penaud.

- Kaname, calme-toi, il n'y a rien ici.

Je lui adresse un bref regard mais ne peux pas m'empêcher de chercher encore ce qui l'a tellement effrayé.

- Kaname, tu dégoulines sur la moquette.

Cette observation me surprend assez pour que je baisse les yeux. Je suis nu comme au jour de ma naissance, à cela près que je suis trempé et que des bulles de savon couvrent encore mon corps, glissant de mes cheveux pour s'égarer sur mon dos et mon torse. La moquette à mes pieds s'est assombrie sous l'humidité. Réalisant mon état, je me calme un peu et le regarde à nouveau. Il a un sourire mi-amusé, mi-désolé sur les lèvres. Une moue qui le rend mignon.

- Je t'ai senti, dis-je pour tenter d'expliquer ma présence dans cette « tenue ».

- Je sais, je suis désolé.

Je fronce les sourcils, ne comprenant pas pourquoi il s'excuse encore et mon regard revient se poser sur la fenêtre, puis sur la porte, craignant que mes yeux aient pu rater quelque chose les dix premières fois où j'ai regardé.

- Kaname, regarde-moi.

Je tourne aussitôt la tête vers lui. Je prends conscience que je ne devrais pas obéir aussi hâtivement à un loup moins dominant que moi, mais je ne ressens aucune soumission à l'avoir fait. Juste l'envie de lui faire plaisir, de lui plaire. C'est sacrément déstabilisant.

- Il n'y a pas de danger, m'explique-t-il avec un regard franc. Je me suis réveillé tout seul et quand j'ai compris que tu n'étais pas près de moi, j'ai paniqué. J'ai tiré sur notre lien pour te trouver, trop fort, trop brusquement. Je vais mettre un peu de temps à doser ça. Je suis désolé de t'avoir inquiété. Tout va bien.

M'avoir inquiété. Je me renfrogne, fronçant les sourcils. Je ne suis pas le genre de mec « papa-poule » qui s'inquiète à la moindre alerte. Ce n'est pas mon genre d'être aux petits soins, de me mesurer, de jouer le chevalier servant prêt à défendre son amant au moindre signe de danger. Ça me hérisse qu'il puisse le penser. Tout comme je n'aime pas le fait de vouloir lui plaire au point de répondre à la moindre de ses demandes.

- Ça va, dis-je finalement d'un ton bourru.

Ce qui me dérange le plus en fait, ce n'est pas qu'il croit que je suis à ses pieds... mais le fait que j'ai envie d'y être. Ridicule. Je ne peux pas être devenu un de ces mecs pathétiques qui fait tout pour plaire à l'autre, au risque de perdre son identité et ses couilles.

Je fais demi-tour, pour retourner vers la salle de bain et terminer ma douche, mais change soudain d'avis. Shinichi a baissé la tête, comme s'il s'en voulait ou comprenait que je sois fâché. Alors je vais le chercher, vire de drap, l'empoigne et le jette sur mon épaule. Il pousse un cri, tente de se débattre un peu en riant alors que je l'emporte avec moi sous la douche. Mais une fois que ses pieds touchent le carrelage et qu'il se retrouve sous le jet d'eau tiède, il ne cherche même pas à fuir.

Il penche la tête en arrière, pour mouiller ses cheveux puis la redresse et m'accorde un regard intense qui me donne des frissons et me fait bander dans la seconde. Dans ses yeux je lis tellement de désir et d'amour. Il n'y a pas de place au doute, à la retenue, ou à quoique ce soit d'autre. En quelques instants, on perd notre souffle, collés l'un à l'autre, son dos contre le mur, nos mains se redécouvrant, attisant notre désir, jusqu'à l'explosion de plaisir qui nous laisse haletant. Et c'est magnifique, parfait, indescriptible. Je sais ce qu'il aime sans qu'il ait besoin de le dire, je lui donne ce qu'il veut avant même qu'il le sache et il fait de même, nous offrant un orgasme hallucinant et qui me marque l'esprit longtemps.

Un peu plus tard, séchés, rhabillés et chaussés, je l'entraîne à l'extérieur pour trouver de quoi le nourrir. Il en a besoin. Son dernier orgasme et la chaleur de l'eau l'ont fait vaciller en sortant de la douche. Il a besoin d'énergie.

Étrangement, on reste assez silencieux alors qu'on s'installe dans un petit restaurant, ne parlant que pour commander notre repas – gargantuesque, le serveur nous a fait confirmer deux fois notre commande – comme si nos regards suffisaient amplement à nous combler. Je l'observe sans m'en cacher et ses yeux brillants de bonheur et de tendresse, me remplissent d'un sentiment difficile à décrire. Je repense à la séance de baise sous la douche, folle mais moins empressée que la première, à son visage au moment de son orgasme qui était si beau que ça m'a fait jouir aussitôt. Je me suis senti tellement bien... complet. Et ce sentiment me poursuit. Toutefois, une chose me laisse sceptique.

- Pourquoi nos visages n'ont pas changé ?, je demande soudain brisant le silence.

Il ne semble pas surpris par la question abrupte et hausse légèrement les épaules.

- J'imagine que le besoin de se lier est passé maintenant que c'est fait.

- Donc ça n'arrivera plus ?

Dans un sens, ça me rassure. J'ai paniqué quand j'ai vu tout ce sang s'échapper de sa gorge, cette zone si vulnérable, mortelle, celle qu'un loup attaquera sans hésiter s'il en a l'occasion. Je ne veux pas risquer de le tuer.

- Je ne sais pas, me répond-il avec un petit sourire. Peut-être que ça arrivera encore à l'occasion, si notre loup est proche de la surface et ressent à nouveau le besoin de marquer son territoire.

Je ne peux qu'acquiescer, trouvant une certaine logique à ses paroles. Ce sera quelque chose que nous devrons découvrir ensemble. Cette pensée provoque une vague d'allégresse en moi qui fait sourire Shinichi. Cette connexion est vraiment troublante.

Les premiers plats nous sont amenés et on se concentre sur notre faim. Je ne peux pourtant m'empêcher de rajouter un peu plus de viande dans son assiette. Il ne proteste pas, m'offre un léger sourire et mange ce que je lui offre sans un mot. Lorsque les derniers plats nous sont apportés, je ne perçois plus sa faim et en suis satisfait. C'est dingue comme une si petite chose peut me donner une sensation d'équilibre, de justesse.

Au moment de payer la note, ma bonne humeur s'étiole un peu.

- Je n'ai toujours pas de portefeuille, dis-je d'un ton soudain grognon, me sentant comme un salaud de ne pas pouvoir payer notre repas.

Ok, je n'ai jamais eu ce genre de rendez-vous – même si j'ai du mal à voir ça comme un rencard – mais quel mec digne de ce nom en amène un autre à l'hôtel et au restaurant et n'a pas les moyens de payer pour l'autre, ou au moins sa propre part ? Je me sens comme une maîtresse entretenue et un salopard de première.

- Et ça n'a toujours pas d'importance vu que j'ai le mien, réplique-t-il avec une petite note de défi dans la voix.

Je plisse les yeux et il fait de même, soutenant mon regard. Je devrais me sentir menacé, vouloir lui faire baisser le regard, mais tout ce que ça provoque en moi c'est de l'amusement. Je n'ai pas envie qu'il soit soumis, qu'il me ménage, qu'il se traîne à mes pieds. J'aime qu'il me tienne tête. J'imagine qu'on aura bien d'autres occasions de voir notre fierté et notre entêtement s'affronter et d'en être excités. Après tout, je suis gay et j'aime que mon partenaire ait assez de couilles pour me tenir tête.

Je le laisse donc payer le repas, mais sur le chemin de retour vers l'hôtel, je glisse mes mains dans mes poches, le visage fermé, un rien vexé d'avoir été invité. Même si c'est ma faute. Il me rattrape et glisse sa main sur mon poignet, tirant sur mon bras jusqu'à pouvoir refermer ses doigts sur les miens. Je lui adresse un regard noir auquel il répond par un sourire amusé. Et merde, je me retrouve à lui sourire en retour et à glisser mes doigts entre les siens. Foutu lien de couple qui me rend aussi doux qu'un putain de chiot. Et il doit le savoir vu le sourire qui étire ses lèvres. Il a tout de même le tact de ne pas commenter.

De retour dans la chambre, j'envisage de le soulever et de l'emporter à nouveau au lit, insatiable et drogué au plaisir qu'il est capable de me donner, mais il ramasse son téléphone portable qui clignote et consulte l'écran.

- Kei a appelé trois fois, dit-il d'un air préoccupé.

Il se tourne vers moi, comme pour m'interroger du regard et je croise les bras sur ma poitrine, n'étant pas sûr de savoir quoi en dire.

- Est-ce qu'il a senti...?

Je ne sais pas comment terminer cette question parce que je n'ai pas vraiment envie d'entendre une réponse positive. Les Alphas peuvent-ils percevoir quand leurs loups s'accouplent et se lient avec un autre ? C'est dérangeant. Cet acte est très intime et ça me donnerait l'impression d'être espionné ou quelque chose du genre.

- Je ne sais pas, répond Shin avec sincérité.

Je baisse la tête, réfléchissant à cette situation, à nos Meutes, nos Alphas, notre avenir. Quand je reporte les yeux sur lui, je constate qu'il me regarde toujours, attentif.

- Est-ce que tu veux rejoindre les Kuroi Tenshi ?

Il inspire, comme s'il craignait de me blesser en me disant la vérité, puis me répond :

- Non. Les Ryuudan sont comme ma famille. Je suis déjà forcé de m'éloigner de ma famille de sang, je ne veux pas perdre celle de lien.

- Je comprends.

- Tu ne peux pas quitter les Kuroi Tenshi non plus, ajoute-t-il en accrochant mon regard du sien. Ils sont ta famille autant que les Ryuudan sont la mienne. Et tu es Premier Lieutenant maintenant, c'est un poste que tu ne pourras pas avoir dans ma Meute.

Je suis étonné qu'il comprenne si bien ce que je ressens, avant de me souvenir que Shinichi m'a toujours mieux compris que je ne l'ai fait. Il est observateur et maintenant qu'il a accès à mes sentiments les plus profonds en direct live, ça ne va que lui permettre d'être encore plus précis à mon sujet.

- Tu crois qu'ils accepteront de nous laisser chacun dans nos Meutes ?, dis-je en fronçant les sourcils.

- Peut-être. Si on les en convainc.

- Oh, bordel !

Je décroise les bras sur ce juron et me passe les mains dans les cheveux. Shin pince les lèvres retenant visiblement un sourire amusé, mais je perçois son hilarité par le lien qui nous unit. Je le foudroie du regard.

- Tu veux vraiment qu'on joue la scène du gendre qui va demander la main de son fiancé à son beau-père ? Sérieusement ?

Il lâche un éclat de rire avant de se reprendre et d'approcher de moi. Ses mains se posent sur mon torse et remontent doucement vers mes épaules, comme pour me réconforter ou me tripoter, un peu des deux sans doute.

- Kei-san est quelqu'un de bien, il comprendra si on va le voir tous les deux et lui montrer qu'on ne peut plus faire marche arrière maintenant. Et ta démarche, venir à lui, sera positive. Une preuve de ta bonne foi.

- Je suis loin d'être un parti acceptable, je grommelle. Je ne suis pas le prince charmant bardé de diplômes, de tunes et à la réputation irréprochable. Je suis le voyou tatoué, psychopathe, bagarreur, vulgaire et à peine capable de tenir une caisse dans une station-service ! Shin, redescends sur terre, il n'acceptera jamais notre relation !

Les mains de Shinichi remontent pour encadrer mon visage et je le laisse faire, observant le sien, si beau, si harmonieux.

- Tu es un putain de héros.

Je lève les yeux au plafond avec un soupir exaspéré. Il me secoue légèrement pour attirer mon attention et répète :

- Tu es le mec qui s'est sacrifié pour sa Meute...

- Et qui t'a entraîné dans les problèmes jusqu'au cou, et où tu as failli être tué, dis-je en le coupant.

- Tu es un Premier Lieutenant, le bras droit du Chef de Meute qui partage son territoire.

- Je commence à peine et j'apprends encore mon rôle, ça ne fait pas de moi quelqu'un de très impressionnant.

- Les Ombres ont reconnu ta valeur et ton sacrifice, réplique-t-il la mâchoire crispée de contrariété.

- Pour ce que ça change.

- Ça change tout. Tu as changé, tu es quelqu'un de bien. Tu l'as toujours été, mais maintenant, il y a des preuves qui l'attestent.

Je suis évidemment touché par ses paroles, d'autant plus que je sens sa sincérité à travers ses mots mais aussi depuis ses émotions. Mais ça me semble bien faible face à l'entêtement d'un Alpha tel que Kei.

- Je doute qu'il oublie ce que je t'ai fait, dis-je donc pour contrer ses arguments. Rien de ce que j'ai pu faire de bien ne peut réparer mes crimes envers toi.

Je sens une émotion brûlante venant de lui et je comprends que c'est de la colère quand ses yeux se strient d'une couleur intense et qu'il me relâche pour mieux croiser les bras dans une attitude défensive.

- Très bien, alors tu es le gendre le plus minable qu'on puisse trouver et je suis le fils rebelle et égoïste qui te suivra jusqu'au bout du monde ! Parce que c'est comme ça, Kaname, je ne renoncerai pas à toi ! Et si Kei-san ne l'accepte pas, alors je me montrerai ingrat et je le quitterai !

Sa colère me fait sourire, et j'approche pour prendre à mon tour son visage entre mes mains. La peur s'éveille pourtant en moi à voir cette froide détermination couvrir ses traits.

- Je ne veux pas qu'on provoque une autre guerre de territoire, lui dis-je finalement, exprimant mes inquiétudes. Je vais tout faire foirer comme à chaque fois et nos amis vont encore mourir par ma faute.

Il perd toute colère face à mes craintes et vient enrouler ses bras autour de ma nuque pour me serrer contre lui. Un sentiment de bien-être déferle aussitôt dans mes veines. Il est comme un baume sur mes détresses, mes peurs et mes colères. Il est mon salut.

- Ça n'arrivera pas. Notre lien ne sera pas source de haine. Il a été forgé dans l'amour et l'acceptation. C'est une chose qu'on doit faire comprendre à nos Alphas. Ça va aller, Kaname. Ils ont signé la paix, ils ne veulent pas relancer une guerre.

- Et si ça ne fonctionne pas ?

- Alors on partira, juste tous les deux.

Il recule le visage et me sourit.

- Les quitter sera douloureux mais je peux le faire si c'est pour être avec toi. Ils sont ma famille, mais toi tu es ma vie.

Je me penche pour l'embrasser, ne pouvant résister à ce soudain besoin. Je l'enlace plus étroitement, lui offre un baiser fougueux, profond, intense, où je lui dis tous ces mots que lui a tant de facilité à dire mais qui pour moi ont du mal à être formulés. Avec ce baiser, je pense qu'il les entend. Lorsque je relâche enfin ses lèvres, je viens poser mon front contre le sien, inspire, puis soupire pour me donner du courage.

- D'accord. Essayons de leur faire comprendre. Mais faisons-le comme il faut.

On se détache l'un de l'autre pour pouvoir discuter, sans perdre le fil de nos pensées troublées par le corps de l'autre. On reste donc à distance le temps de définir la façon de mener cette rencontre et du contexte qui sera le plus avantageux pour nous. Lorsque nous arrêtons enfin notre décision, on envoie chacun un texto à notre Alpha, puis, dès le téléphone reposé, on se jette l'un sur l'autre pour froisser à nouveau les draps et balancer nos vêtements aux quatre coins de la chambre, avec une frénésie tendre, quelques éclats de rire et des plaintes de plaisir assez fortes pour déranger les voisins.

Quelques heures plus tard, nous descendons d'un autre train, dans la gare d'Osaka. Je suis inquiet et un rien fébrile. Shinichi est resté dans mes bras tout le long du trajet, me parlant de tout et de rien, tentant de me changer les idées. Pourtant, je sens bien désormais à son silence et à la façon dont il serre ma main, qu'il appréhende à son tour cette rencontre.

Nous ne reculons pas pour autant. Nous prenons le métro – je préfère frauder plutôt qu'il paye encore pour moi – pour approcher de notre destination puis finissons à pieds. Depuis la signature du traité de paix et la révision des limites du territoire, la frontière se situe désormais au niveau du fleuve qui traverse la ville. C'est mieux ainsi. Je n'aurais pas souhaité que nous fassions cette rencontre sous le pont de la voie ferrée, cet endroit glauque, puant, où nos Meutes se sont battues et où j'ai bien amoché Shinichi. Les souvenirs liés à cet endroit auraient collé comme une seconde peau, en décomposition, à notre démarche d'aujourd'hui.

Le soleil est bas lorsque nous atteignons enfin notre point de rendez-vous. Il y a de nombreux ponts qui enjambent le fleuve, mais nous avons choisi celui qui a le moins de circulation automobile. Nous nous arrêtons au centre, à cet endroit qui n'appartient ni aux Ryuudan, ni aux Kuroi Tenshi. Je regarde les rayons du soleil couchant éclabousser la surface de l'eau, la parant de couleurs chaudes et flamboyantes, comme s'il s'agissait d'une coulée de lave et non d'un fleuve qui passent sous nos pieds.

- Shoda-san approche, dis-je à Shin en sentant la présence de mon Alpha non loin.

Je me tourne vers le territoire des Kuroi Tenshi et avise sa berline qui s'engage sur le pont. Il roule doucement et s'arrête à notre hauteur le long du trottoir. Il reste immobile un court instant, nous observant tous les deux avant de sortir enfin du véhicule et de venir vers nous. Je vois à sa mine perplexe qu'il ne sait pas ce que je mijote. En effet, je lui ai simplement demandé de venir seul, ici, à cette heure-ci, sans lui donner aucune autre précision.

- Kaname, Shinichi, salut-il avec prudence.

- Bonsoir, Alpha, dis-je en usant de son titre autant pour marquer mon respect et adoucir son incertitude, que pour lui faire savoir qu'il est ici en tant que Chef de Meute et non en tant qu'ami ou mentor.

Shin se contente d'un hochement de tête respectueux. Nous avons convenu que chacun de nous devra prendre la parole devant son Alpha, et que nous ferions profil bas face à celui de l'autre, histoire de ne pas aggraver les choses.

- Que se passe-t-il, Loup ?, me demande-t-il en jetant un regard attentif sur Shinichi.

Je ne sais pas comment commencer. Parler de mes sentiments a toujours été particulièrement difficile pour moi. Alors face à cet homme que je respecte et dont je crains la réaction, cela se révèle encore plus compliqué. Je reste silencieux un assez long moment pour que ça devienne gênant et me décide finalement par dire les choses d'une manière qui a déjà fait ses preuves avec Shinichi. Je lui prends donc la main, liant mes doigts aux siens et lui offrant un regard tendre avant de reporter les yeux sur Shoda-san.

- Vous êtes ensemble, dit-il simplement.

- Oui, Alpha.

- C'est bien.

Shinichi cille légèrement devant cette approbation immédiate et j'esquisse un sourire amusé et soulagé. J'aurai dû prévoir que Shoda-san serait avec nous. Mais je ne sais pas s'il a réalisé vraiment ce qui nous unit.

- Tu es quelqu'un de bien, Shinichi, continue-t-il sans doute parce qu'il a perçu sa surprise. Tu as prouvé ta valeur en aidant Kaname à de nombreuses reprises. Je n'ai absolument aucune réticence à l'idée que vous formiez un couple.

- Merci, répond sobrement mon compagnon.

Il cache bien ses émotions mais je sens en moi son soulagement et son bonheur. Je me force toutefois à dire ce qui doit être dit. Ce pour quoi nous sommes ici. Et je le fais comme on arrache un sparadrap, d'une traite, sans chercher à louvoyer.

- Shinichi et moi nous sommes liés, Alpha.

- Je sais, dit-il. Je l'ai senti.

Mon cœur s'emballe à cette idée, surtout en sachant que Kei va débarquer ici dans peu de temps en étant déjà au courant lui aussi. Ça risque d'être intéressant...

- Souhaites-tu rejoindre ma Meute, Shinichi ?, demande Shoda-san en posant les yeux sur lui.

- Non.

Sa réponse, un peu trop vive et catégorique, sonne désagréablement et il ajoute :

- Je vous remercie mais je souhaite rester parmi les Ryuudan. Ils sont ma famille.

- Je comprends.

Shoda-san m'observe à nouveau et son visage s'est assombri, son humeur a l'air tout aussi sombre. Je serre les mâchoires, soutenant son regard en espérant qu'il ne se fâche pas.

- Alors tu veux quitter ma Meute, Kaname..., dit-il d'une voix déçue.

- Non ! Non, Shoda-san, je ne veux pas partir.

- Tu ne veux peut-être pas mais si ton compagnon ne nous rejoint pas, c'est la seule alternative.

J'ouvre la bouche pour répondre quand le moteur d'un énorme Humer se fait entendre à l'entrée du pont, du côté du territoire des Ryuudan. Je n'ai même pas besoin que Shinichi me dise de qui il s'agit, Kei a tellement de goût pour les voitures les plus imposantes de nationalité américaine que ça n'est pas utile. Nous attendons tous qu'il se gare le long du trottoir et nous rejoigne.

Dès qu'il sort de son véhicule, je sens que les choses sont mal parties. Shinichi frémit à mes côtés et j'imagine qu'il doit ressentir toute la colère de son Alpha que je peux voir dans son regard enflammé alors qu'il approche de nous.

Il pose les yeux sur nos mains liées, puis sur Shoda-san, avant de serrer les mâchoires, puis de dire d'un ton menaçant :

- De quel piège s'agit-il cette fois ?

- Alpha, tente Shin d'une voix calme.

Il se tait et recule d'un pas quand Kei-san le foudroie d'un regard meurtrier.

- Quand j'ai senti qu'il se passait quelque chose d'anormal avec le lien de Shinichi, j'ai vraiment espéré me tromper. Visiblement, vous avez monté ce coup d'une main de maître.

- De quoi parles-tu ?, demande Shoda-san visiblement perplexe.

- Ne joue pas à ça avec moi, Shoda !, s'exclame-t-il. Je t'offre la paix, plus de territoire et même l'amnistie pour tes loups et tu ne trouves rien de mieux à faire que de me poignarder dans le dos en envoyant ton putain de chien fou séduire un des miens et se lier à lui ! Quelle façon pacifique de faire la guerre ! Maintenant que ton Second est lié à ma Meute à travers Shinichi, tu comptes tenter de me détrôner grâce à lui ?! Cette tentative d'infiltration cause ta perte, Shoda ! Il n'est plus question de paix entre nous !

Ce que je craignais le plus est arrivé et je suis tellement secoué que j'écoute à peine Shin et Shoda tenter de faire entendre leur voix. Pourtant, quand mon compagnon me relâche pour approcher son Alpha furieux afin de le raisonner, je réagis d'instinct et me précipite devant lui, pour le protéger de son courroux. Le retenant dans mon dos, j'affronte le regard puissant et terrifiant de Kei et trouve le courage de le soutenir un instant.

- Shoda-san n'est pour rien dans cette histoire. Il a su que nous nous étions liés comme toi tu l'as appris. Il n'y a pas de piège. Pas d'infiltration dans ta Meute. Aucune tentative de te détrôner. Il n'y a que deux loups qui se sont liés pour la vie de leur propre volonté.

La main de Kei m'atteint avec la vitesse d'un boulet de canon et se referme sur ma gorge si vivement que je n'ai même pas le temps de voir son geste.

- Kei-san, non !, supplie Shinichi en me contournant.

Je sens sa peur et sa détresse, son envie de réduire mon adversaire en bouillie qui se bouscule à son respect pour son Alpha. Il sait qu'il finira par trahir Kei si ce dernier persiste à vouloir me faire du mal et ça lui causera énormément de chagrin... s'il y survit. J'attrape Shin et le tient contre mon flan, autant pour l'empêcher de faire une bêtise que pour montrer à Kei que nous ne formons plus qu'un. S'il me tue, il tue Shinichi. J'espère que cette certitude suffira à le faire retenir son geste.

J'avais presque oublié Shoda-san jusqu'à ce qu'il approche et prenne la parole avec détermination :

- Si tu blesses un de mes Loups, Kei, tu peux effectivement dire adieu à la paix. Et ce ne sera pas de ma faute, ni celle des miens. Ce sera uniquement la tienne pour avoir réagi avec haine et colère face à une situation que tu aurais dû pouvoir gérer !

Kei serre les mâchoires, ses narines frémissants sous son souffle colérique. Pourtant, il me relâche non sans m'avoir foudroyé d'un regard plein de menaces. Shinichi me fait reculer de quelques pas, pour me tenir hors de sa portée, puis s'adresse à son Chef, sa peur rémanente se changeant en colère.

- Il est toute ma vie !, s'exclame-t-il. Si tu as un minimum d'affection pour moi, prends le temps d'écouter avant de le condamner !

- Fais attention à ce que tu dis, Shinichi, réplique-t-il d'une voix lente et dangereuse.

Celle d'un Alpha rappelant à son Loup qui détient l'autorité. Shin détourne les yeux pour plonger son visage contre ma gorge meurtrie et y puiser du courage. J'enroule plus fermement mon bras autour de sa taille avant de me décider à décanter cette situation explosive.

- Alphas, nous vous avons fait venir ici dans l'espoir que vous pourriez nous accepter tels que nous sommes. Nous ne cherchons ni la guerre, ni à vous trahir. Nous nous sommes liés pour nous, et uniquement pour nous. Que cela vous déplaise, nous pouvons le comprendre, mais si vous ne pouvez pas nous accepter, alors nous demandons à ce que vous nous retiriez des liens de Meute et nous laissiez nous en aller.

Un silence de mort suit mes paroles et Shinichi relève la tête pour les regarder et leur opposer à son tour toute sa détermination. Ce nouveau combat, nous le faisons ensemble, d'une même voix, d'une même volonté. Nos adversaires ne sont pas nos ennemis pour une fois, mais cela ne nous fera pas flancher pour autant. Ils doivent accepter la situation ou nous laisser partir car plus rien ne pourra nous séparer, ni leur colère, ni leur puissance d'Alpha.

- Je vous accepte, répond soudain Shoda-san avec une mine un peu défaite et une résignation affectueuse à la fois.

- Quoi ?, s'indigne Kei. Comment peux-tu ?

- Et toi, comment peux-tu condamner ce que tu vois ? Regarde mieux, Kei ! Tu n'as vu que la trahison et un piège, moi je vois de l'espoir. L'espoir que la paix perdurera. L'espoir que l'amour et la compréhension sont possibles même après tant de morts, de blessures, de souffrance et de guerre !

Kei nous regarde de son air renfrogné, toujours à deux doigts de l'explosion de colère. Ses yeux passent sur nos bras qui s'enlacent, sur nos visages effrayés et déterminés à la fois, sur nos yeux plein d'espoir et de détresse, et sur notre position défensive et protectrice à la fois. Il semble avoir du mal à se décider, malgré tout ce qu'il peut percevoir.

- Deux loups liés doivent faire partis de la même Meute, déclare-t-il en serrant les mâchoires.

- Je sais, répond Shoda-san avec un soupir. Je peux prendre Shinichi avec moi.

- Non !, réplique aussitôt Kei d'un ton sans réplique.

- Tu ne peux pas prendre Kaname ! Vu à quel point tu l'apprécies, tu finiras par le tuer et tu perdras Shinichi avec !

Voyant les deux Alphas s'entre-déchirer comme des gamins devant partager un jouet, je soupire d'exaspération. L'égo des loups dominants est plus qu'encombrant dans certaines situations.

- Alphas !, dis-je pour attirer leur attention. C'est bien gentil de vous disputer notre avenir, mais on a déjà décidé. Shinichi reste avec les Ryuudan, et je reste avec les Kuroi Tenshi. Rien ne change... à part que nous formons un couple uni.

Kei serre les mâchoires, tandis que Shoda-san se passe une main perplexe dans les cheveux. Je le sens soulagé à l'idée que je reste auprès de lui, mais dubitatif concernant notre décision.

- Nous ne pouvons pas l'autoriser, déclare Kei d'un ton tranchant. Kaname peut avoir accès à ma Meute à travers toi, Shin. C'est une faille que je ne peux le laisser exploiter.

- Il n'a pas accès à la Meute, pas plus que je n'ai accès à la sienne, répond Shinichi avec fermeté. Nous nous sentons l'un l'autre mais je ne sens aucun Kuroi Tenshi. Vérifie, Alpha. Est-ce que tu peux toucher son esprit à travers moi ? Est-ce que tu le ressens comme tu ressens tous tes loups ?

Je vois le regard des deux Alphas se faire plus lointain, alors qu'ils examinent ce lien qu'ils perçoivent. Le froncement de sourcil de Kei s'accentue mais sa colère semble refluer. C'est Shoda-san qui répond le premier.

- Je te sens Shin, mais pas comme un de mes loups. C'est presque comme si... Kaname avait deux âmes, dont l'une que je ne peux atteindre. Je sens ta présence mais tel un écho lointain, comme un murmure dans le vent, dont je ne perçois pas les mots. Et je n'ai absolument aucun moyen de t'influencer, en bien comme en mal. Tu es comme caché derrière un bouclier, une barrière invisible, sur laquelle je me heurte.

J'offre un petit sourire à mon Alpha, pour le remercier de son intervention. Il m'offre un petit clin d'œil discret avant de se tourner vers Kei et de le forcer à avouer l'évidence.

- Leur lien ne peut en aucun cas influencer sur nos Meutes.

- En effet, se résigne-t-il la mâchoire serrée. Toutefois, aucun Alpha n'a jamais laissé deux loups liés être dans des Meutes différentes. Je pensais que la raison était cette possible influence.

Shoda-san nous observe avec un air plein de réflexion avant de déclarer :

- Peut-être est-ce ce que tous les Alphas croient. Peut-être bien que mettre un couple lié dans la même Meute permet aussi d'assurer leur pérennité. Après tout, si l'un meurt, l'autre meurt et on sait à quel point un Alpha peut se montrer protecteur avec ses Loups. Les avoir tous les deux sous sa surveillance et sa protection est la seule alternative qu'un Alpha aurait pour garder le contrôle de la situation.

Kei serre les mâchoires et lui lance un regard noir.

- En effet, répète-t-il, et c'est justement pour cela que l'un de nous doit prendre le couple en charge.

- Et comme je te l'ai dit, tu les mèneras à leur perte en prenant Kaname sous ton aile, vu que tu ne peux pas le supporter. Tu finiras par leur causer plus de mal que de bien.

- Parce que toi, tu sauras gérer l'entêtement et l'esprit d'indépendance de Shinichi sans grincer des dents ? Ne me fais pas rire !

Je soupire de les voir se chamailler à nouveau et me détache de Shin pour avancer d'un pas, le tenant tout de même par la main pour éviter qu'il s'éloigne.

- Ok, ça suffit les deux machos !

Ma réplique a le don de les faire taire sous le coup de la surprise. Je ne me démonte pas devant leur regard indigné.

- On vient d'avoir la preuve qu'aucun de nous ne peut s'infiltrer dans vos liens de Meute, alors arrêtez de vous disputer comme deux gamins dans un bac à sable !

Shin se met à tousser, pour cacher ses éclats de rire – sans grand succès – et s'empresse d'ajouter avant que l'un d'entre eux décide de me rappeler qui détient le pouvoir ici :

- Ce que Kaname essaye de dire avec si peu de finesse, commence-t-il en m'envoyant un sourire amoureux, c'est qu'on vous aime.

Cette déclaration leur arrache un air surpris et un rien déconcerté.

- Je souhaite rester un membre de ta Meute Kei-san, parce que malgré ton caractère explosif, tu as su m'accepter et me soutenir comme je suis. Et Kaname veut rester avec vous, Shoda, sans aucun doute pour les mêmes raisons. Tout ce que nous voulons c'est que vous acceptiez notre relation. Nous sommes un couple désormais et nous souhaitons votre promesse de nous laisser nous voir aussi souvent que nous le voulons.

- Ce qui signifie pas de colère ou d'étranglement intempestif.

Shinichi me donne un coup de coude pour me faire taire mais je vois qu'il retient un rire. Merde, il me désarme ce mec. J'ai bien plus envie de l'embrasser que de faire face à ces deux Alphas aux mines tirés comme s'ils venaient de mordre dans un citron.

- Cela va nous demander un effort, déclare Shoda-san toujours plus mesuré que Kei. Un Alpha a besoin de contrôle. En vous laissant dans des Meutes différentes, nous nous retrouvons incapables de protéger votre compagnon et donc nous risquons de perdre le Loup qui fait partie de notre Meute s'il arrive malheur à l'autre.

- Raison de plus pour maintenir la paix et une bonne communication entre vous, déclare Shinichi d'un ton mesuré. Plus vous serez proches, plus vous serez soudés, et plus vous aurez la possibilité de vous assurer de notre sécurité.

Je souris, trouvant l'argument de Shin plutôt convaincant. Kei devra faire confiance à Shoda pour qu'il veille sur moi et par extension sur la vie de Shinichi, et inversement. Cette confiance devra être entretenue par de bons rapports entre eux et beaucoup de dialogue. La paix sera ainsi assurée.

- Voyez nous comme des ambassadeurs pour la paix !, dis-je avec un sourire ironique.

Shin m'adresse un regard et je m'attends à ce qu'il me reproche encore de vouloir alléger l'atmosphère, mais il a l'air de trouver mon intervention intelligente car il déclare à son tour :

- Exactement. Nous sommes ensemble la meilleure barrière contre une nouvelle guerre. Parce qu'aucun de nous ne voudra qu'elle reprenne et que nous sommes prêts à faire en sorte que les relations entre nos deux Meutes restent aussi cordiales que possible.

Shoda-san hoche la tête, semblant prendre en compte cette idée et je reporte les yeux sur Kei, craignant son entêtement légendaire.

- C'est en quelque sorte une alliance, dit-il d'un ton un rien renfrogné.

- Oui, confirme Shin doucement. Une alliance pour la paix entre nos deux Meutes.

Kei ferme les yeux un instant, en inspirant profondément, le temps sans doute de prendre sa décision. Lorsqu'il les rouvre, il semble plus calme mais toujours aussi « Alpha ».

- Très bien, j'accepte la situation. Mais attention à votre comportement à tous les deux. Au moindre dérapage, vous serez tenus pour responsable !

Il pousse alors un soupir exaspéré en se détournant.

- Y'a des jours où je me demande vraiment pourquoi je me torture à vouloir rester Alpha.

Shoda-san se met à rire et s'approche pour lui donner une tape amicale sur l'épaule.

- C'est aussi une question que je me pose. Nous devons être masochiste. Allez viens, allons vider quelques verres au club. Je crois qu'on en a bien besoin !

- Et comment !

Il se tourne vers nous, nous foudroie d'un regard qui n'a plus rien de colérique et déclare :

- Shin, j'espère que tu sais ce que tu fais.

- Je n'ai absolument aucun doute.

Son Alpha m'observe puis grogne sans menace avant de tourner les talons et de rejoindre son Humer.

- On se retrouve au club Shoda et j'espère que ta réserve d'alcool est assez conséquente parce que j'ai besoin de me mettre minable.

Shoda-san rit en ouvrant sa portière.

- Tu t'écrouleras avant de l'avoir vidée, je te le garantis.

- C'est un défi ? Relevé !

Kei grimpe dans sa voiture et démarre déjà sous les éclats de rire de Shoda-san. Ce dernier se tourne vers nous et nous sourit.

- Je vais m'assurer que Kei se fasse à cette situation. Shinichi, sois le bienvenu dans la famille.

- Merci, répond-il d'une voix un peu enrouée.

Je relâche sa main pour glisser mon bras autour de sa taille, sentant son émotion. Je souris à mon Alpha pour le remercier de sa gentillesse puis le regarde faire demi-tour et partir à son tour en direction de son club. Alors seulement je pousse un long soupir de soulagement.

Shinichi se tourne vers moi et m'enlace en lâchant quelques éclats de rire.

- T'es cinglé d'avoir traité nos Alphas de gamins !

- Ils me cassaient les couilles avec leur dispute à la con !, dis-je pour me défendre.

Il relâche ma nuque et s'appuie à la rambarde du pont pour m'offrir un sourire plus éblouissant encore que les milliers d'éclats de soleil qui enflamment le fleuve derrière lui.

- Shoda est vraiment... un Alpha de valeur.

- Je le pense aussi.

- Je suis désolé pour le comportement de Kei-san.

Il lève les doigts pour caresser ma gorge mais je doute que des traces de son étranglement subsiste. D'autant plus qu'il n'a pas vraiment serré fort.

- Ne le sois pas. Il est... particulièrement agaçant, mais au moins ça prouve à quel point il a à cœur la protection de ses Loups.

- Ouais, c'est à la fois son point faible et son point fort. Mais c'est aussi quelqu'un de bien. Et il est progressiste. Il permet à nos Louves de vivre seules et les entraîne au combat.

- Ah merde, je l'ai aussi traité de macho.

Shin rit et glisse ses bras autour de ma taille pour me rapprocher de lui. Je pose mes mains sur la rambarde de part et d'autre de ses hanches et me plonge dans ses beaux yeux.

- Il réagit au quart de tour quand une situation sort de son contrôle mais une fois qu'il a décidé quelque chose, il s'y tient. Il ne nous empêchera pas de nous voir.

- Il ne pourrait pas m'en empêcher, de toute façon.

Le cœur de Shinichi s'emballe.

- Tu le penses vraiment ?

- Tu en doutes ?

- Pourquoi tu réponds à ma question par une autre question ?, réplique-t-il avec un sourire amusé.

- Pourquoi poser cette question si tu connais déjà la réponse ?

Il rit d'amusement et je lui souris en retour.

- Tu n'aimes pas dire à voix haute ce que tu ressens, traduit-il donc de cet échange.

Je ne réponds pas, laissant le silence avouer pour moi.

- Mais tu aimes me le faire sentir à travers nos liens ou par tes gestes.

Je me contente d'un léger sourire, ne répondant pas plus à cette affirmation qu'à la précédente. Il sourit, sentant sans aucun doute les émotions qui règnent en moi et qui lui prouve qu'il a raison. Il a toujours su si bien me comprendre.

- C'est pourquoi, quand je vais te dire ces mots, tu vas me répondre autrement que par des paroles.

Il lève une main, l'installe sur ma joue et j'attends qu'il les prononce.

- Je t'aime, dit-il enfin, tout son être le soufflant avec une sincérité incontestable.

Je souris et glisse une main sur sa nuque avant de me pencher sur sa bouche et de m'emparer de ses lèvres des miennes. Je l'embrasse profondément, longuement, sans pouvoir m'en lasser, afin qu'il ait ma réponse comme si je l'avais formulée avec des mots et qu'elle se grave en lui comme une certitude.

Là, alors que le soleil se couche et que la lune se lève dans le ciel nocturne d'Osaka, pour la première fois depuis ma naissance, j'ai l'impression d'avoir enfin trouvé ma place. Et elle se trouve dans ses bras.

FIN