Auteur: Ariani Lee

Bêtalecture: Lyly u / Shangreela

Hold it against me

If I said my heart was beating loud

If we could escape the crowd somehow

If I said I want your body now

Would you hold it against me?

Cause you feel like paradise

And I need a vacation tonight

(Britney Spears)

« Sacha Dorsil, 32 ans, recherche partenaire pour la soirée et/ou la nuit. »

Le blond assis sur le dernier tabouret à l'extrême gauche du bar se disait qu'il aurait tout aussi bien pu porter ce message inscrit sur un badge ou un t-shirt tant il avait l'impression que tout le monde savait pourquoi il était là. Il s'efforçait de ne pas se focaliser là-dessus mais c'était plus fort que lui.

Accoudé au comptoir et perché sur son haut tabouret, il sirotait depuis une bonne heure déjà un Margherita qu'il n'arrivait pas à finir et il se demandait ce qu'il faisait là, au fond. Il était rentré dans ce bar alors que c'était le genre d'endroit qu'il n'avait jamais fréquenté, il avait commandé ce cocktail dont il ne connaissait que le nom et qu'en définitive il n'aimait pas mais qu'il s'efforçait de descendre quand même, et il avait déjà rembarré les trois personnes qui l'avaient abordé jusqu'à présent, sans réellement prendre la peine de considérer leur offre de lui payer un verre ou de les regarder. Il était sorti pour trouver de la compagnie mais il ne faisait rien pour y arriver, au fond. Il aurait peut-être mieux fait de rentrer chez lui. C'était sans doute ce qu'il allait faire, décréta-t-il en avalant en deux gorgées écœurées ce qui restait de sa boisson qui en plus était maintenant tiédasse.

Au moment où il reposait la coupe qui tinta sur le marbre du comptoir, il entendit le tabouret à côté du sien racler le sol.

- Je peux vous offrir un verre ?

Il se tourna, intrigué. La voix était agréable, chaude, assurée mais pas suffisante. Alors qu'il s'apprêtait à opposer un quatrième et dernier refus poli pour la soirée, il se retrouva soudain pris au piège de deux iris d'un vert surprenant.

Au-delà de la couleur, les yeux de son interlocuteur étaient presque bridés, comme deux amandes et légèrement étirés vers ses tempes. Ses cheveux sombres étaient noués en catogan.

Comme dit le proverbe, qui ne dit mot consent, sembla décider l'homme. Il se pencha sur le comptoir et fit signe au barman.

- Deux orgasmes s'il vous plaît !

Sacha s'étrangla avec sa salive et se mit à tousser. L'homme lui tapa gentiment dans le dos et attendit qu'il ait fini. Quand le blond se fut calmé, il lui tendit la main.

- Leto, se présenta-t-il.

Sacha hésita puis prit la main tendue et la serra.

Il faisait partie de ces gens qui estiment qu'on peut en apprendre beaucoup sur une personne rien qu'à la manière dont il ou elle vous serre la main. Le dénommé Leto avait une bonne poigne, sa paume était sèche et il n'essayait pas non plus de lui broyer les doigts.

- Sacha, répondit-il.

- Enchanté. Ça va ?

- Oui, oui... c'est juste que... hum.

- Et voila, deux orgasmes pour ces messieurs, n'oubliez pas de sortir couverts ! Déclara la barmaid en déposant devant eux deux verres remplis d'un liquide qui ressemblait à du lait russe et légèrement mousseux.

Sacha regarda son verre d'un air un peu paumé.

- Il doit pas y avoir beaucoup de genre qui osent le commander, celui-là, dit-il, à mi-chemin entre le rire et la consternation.

- Possible, répondit Leto. Mais c'est vraiment bon.

Il prit place sur le tabouret, prit son verre et le leva, regardant Sacha. Le blond l'imita et tendit le sien pour les faire tinter.

- Gezondheit, comme disent les Belges.

- Santé.

Sacha prit une gorgée circonspecte de sa boisson, dont l'aspect crémeux le laissait dubitatif, mais le cocktail s'avéra délicieux.

- Qu'est-ce que c'est ? Demanda-t-il.

- Amaretto, Bailey's, Vodka, lait et sucre de Cannes.

- Au goût, ça n'a pas l'air si fort.

Il prit une autre gorgée, savourant le goût doux et sucré et la sensation de brûlure qui lui réchauffait l'œsophage et l'estomac. Le verre précédent ne lui avait rien fait, en lui-même, mais ce truc-là, c'était une autre histoire. Il n'avait jamais été un gros buveur.

Il risqua un coup d'œil à son « compagnon » et sentit une nouvelle chaleur éclore au creux de son ventre, en rien liée à l'alcool, celle-là. Leto était habillé tout en noir, contrairement à lui qui portait du blanc. Baskets, jean cintré et t-shirt ajusté, il était extrêmement séduisant et de surcroît, découvrit Sacha, tout à fait son genre. Ils discutèrent un long moment en sirotant leurs cocktails. Sacha découvrit que Leto avait trois ans de plus que lui et qu'il était programmeur informatique. Sacha lui dit à son tour son âge – trente-deux, sa profession – secrétaire de direction pour une grande compagnie d'assurance, et ne trouva pas grand-chose d'intéressant à dire d'autre. Il commanda lui-même les deux verres suivants, à peine étourdi mais étonnamment à l'aise.

- Dis-moi quelque chose de personnel, demanda-t-il à Leto quand on eu déposé leurs boissons devant eux et remporté les verres vides. Un truc que tu dis pas à tout le monde.

Sin interlocuteur sembla considérer sa requête un instant avant de répondre.

- Je suis un ex-drogué des jeux online.

Sacha écarquilla les yeux.

- J'ai été un no-life, le vrai cliché du mec qui sort pas de chez lui, qui vit les rideaux tirés en permanence, qui n'a aucune vie sociale sinon sur internet, qui se lève pour s'assoir devant son ordinateur et qui ne le quitte que pour se coucher. J'avais perdu mon boulot et je m'étais fait larguer, pouvoir échapper à ma réalité et me réfugier dans une vie virtuelle me semblait une bénédiction.

Le blond eut subitement envie de lui faire un câlin et un bisou mais il se contenta de lever son verre.

- A ton tour, déclara Leto. Dis-moi un truc que tu ne pensais pas mentionner ce soir.

Un tic nerveux contracta le sourcil droit du blond mais il répondit.

- Je suis divorcé.

Leto haussa les sourcils.

- Homme ou femme ? Demanda-t-il.

- Peut-être dans un autre verre, répliqua Sacha avec un sourire en coin.

Leto leva son verre à son tour et ils trinquèrent. Quand ils eurent fini leurs cocktails, Leto en commanda d'autres. Pendant que la barmaid les préparait, il posa à Sacha la question qui le travaillait depuis qu'ils avaient commencé à discuter.

- Pourquoi moi ? Demanda-t-il.

- Qu'est-ce que tu veux dire ?

- Pourquoi tu as accepté que moi, je t'invite alors que tu avais rembarré les trois autres personnes qui t'avaient accosté avant ? Je t'ai remarqué dès que tu es entré mais à chaque fois que j'amorçais le geste de me lever je voyais quelqu'un d'autre venir te parler et se manger un râteau. Ça m'a juste donné plus envie de tenter le coup parce que ça voulait dire que tu n'avais pas envie de boire avec n'importe qui, mais maintenant, je suis deux fois plus curieux. J'aimerais savoir c'est moi qui ai la chance d'être celui qui est assis à côté de toi et que la moitié de la salle assassine du regard. Je sens leurs yeux dans mon dos.

Sacha resta silencieux un instant, sans relever sa dernière remarque. En vérité, ça tenait surtout du fait que sa beauté lui avait tellement coupé le sifflet qu'il n'avait pas réussi à dire non, et après c'était trop tard - parce qu'il le regrettât, mais voilà. Il ne pouvait quand même pas lui dire ça, alors il bricola une réponse avec d'autres éléments, vrais aussi.

- A cause de tes yeux, et parce tu étais sûr de toi mais tu ne donnais pas non plus l'impression d'être prétentieux et de croire que c'était gagné d'avance.

La réponse sembla satisfaire Leto qui rit un peu.

- Tu sais qu'on me parle toujours de mes yeux ?

Sacha tordit sa bouche en un rictus comique.

- Parce que tu fais ça souvent ? Et moi qui croyais être unique ! I'm so choking !

Il rejeta sa tête sur le coté, le nez en l'air. Leto éclata franchement de rire et lui tapa dans l'épaule. Sacha ne parvint pas bien longtemps à garder son sérieux et se mit à rire à son tour et ils se retrouvèrent tous deux pris par une véritable crise d'hilarité qui s'apaisa un peu quand la barmaid vint poser leurs verres devant eux.

- Ahhhhh, soupira Leto. C'est bon de rire.

- C'est pas moi qui dirai le contraire, tu peux me croire.

- Ce que je voulais dire, c'est que déjà dans ma famille, toute mon enfance j'ai entendu parler de mes yeux. La plupart des grand-mères appellent leurs petits enfants par de noms gâteux genre « mon zoizeau des îles » ou « princesse » ou « petit papillon », des trucs du genre. Moi c'était « mon petit chat-garou ».

Et Sacha de repartir d'un grand rire qu'il réprima en plaquant une main sur sa bouche. Il en avait des larmes des yeux.

- Je serais curieux de savoir comment c'était, toi ! Le taquina Leto.

Sacha s'essuya les yeux.

- Ouhhhh, mon ventre… j'ai mal… je te le dis si tu jures de jamais m'appeler comme ça. Si tu le fais, je me casse, même si tes yeux sont sublimes.

- Promis.

Sacha pensa que le sourire de Leto était sans doute la chose la plus réconfortante qu'il avait vue depuis longtemps.

- Chacha.

- Ah ouais quand même.

Un instant s'étira sans qu'aucun des deux ne parle, Sacha se contentant de savourer cet instant. L'alcool lui tournait la tête, il se sentait légèrement effervescent, insouciant. Comme il se serait senti s'il s'était trouvé là à vingt ans plutôt qu'à trente, sans les contraintes et les inquiétudes de sa vie. Il se tourna vers Leto et leurs regards se croisèrent, s'accrochèrent, restèrent plongés l'un dans l'autre sans que l'un ou l'autre n'éprouve de gêne ni ne se détourne. Finalement, ce fut Leto qui rompit le contact. Il préleva un peu de la mousse qui flottait à la surface de son verre et tendit son doigt à Sacha.

Le blond n'hésita pas une seconde, parfaitement conscient de la signification d'un tel geste et de combien équivoque serait son attitude s'il y répondait. Etant donné qu'il savait ce qu'il voulait, et que c'était précisément ça, il enroula ses propres doigts autour du poignet de Leto, se pencha et, en le regardant droit dans les yeux, il referma ses lèvres sur la première phalange et suça tranquillement la substance crémeuse. Il vit Leto tressaillir légèrement puis il ferma les yeux et laissa sa bouche descendre sur toute la longueur de son index avec une lenteur calculée, l'avalant entièrement, enroulant sa langue autour.

S'il avait ouvert les yeux, il aurait sans mal pu lire dans les yeux de Leto le désir qui lui embrasait le sang comme de l'essence. Ce n'était dû qu'à moitié à la langue humide qui caressait son doigt – une zone érogène trop souvent négligée. Il y avait la situation, le fait de savoir qu'une douzaine de personnes au moins avait les yeux rivés sur eux, le spectacle de ces paupières baissées et de ce visage serein, comme à l'abandon, il y avait la symbolique du geste, le consentement.

Quand Sacha rouvrit les yeux et le lâcha, il emmêla ses doigts aux siens et Leto put lire dans ses prunelles claires légèrement embrumées par l'alcool qu'il était aussi allumé que lui. Sans ajouter un mot, ils abandonnèrent là leurs verres pleins et quittèrent le bar.

Sacha sentit un puissant frisson l'ébranler tout entier et ses cheveux se hérisser sur sa nuque quand Leto le plaqua sans ménagement contre un mur dans la rue déserte, et accueillit avec une fougue et une excitation décuplées par l'alcool un baiser qu'il lui semblait avoir attendu pendant des siècles, enserrant sa taille de ses deux bras.

Quand Leto se sépara de lui, un instant plus tard, ce ne fut que pour lui murmurer :

- Chez toi ou chez moi ?

Sacha emmêla ses doigts à ses cheveux, dénouant son catogan, et l'attira dans un nouvel échange passionné.

- Chez moi. J'habite tout près…, répondit-il.

Sacha réprima un grognement d'exaspération tandis qu'il fouillait désespérément ses poches à la recherche de ses clés. Leto se tenait derrière lui, dans le couloir illuminé par un éclairage minuté. Il se rapprocha et, posant les mains sur sa taille, lui murmura à l'oreille :

- Je te donne cinq secondes avant de commencer. Ici.

Le blond gloussa un peu malgré lui et poursuivit ses investigations. Avait-on idée, aussi, de fabriquer des vestes avec autant de poches ? Il avait l'impression d'en découvrir de nouvelles au fur et à mesure.

Enfin, il dénicha son trousseau enfoui tout au fond de la deuxième poche de poitrine (il y en avait deux de chaque côté, superposées). Mais au moment même où il la mettait dans la serrure, la lumière s'éteignit avec un « clac ! » et la seconde d'après, il sentait la bouche de Leto se poser sur sa nuque, parcourant du bout des lèvres la ligne de sa colonne vertébrale. Ses mains remontèrent sur son ventre et il l'enlaça, le serrant contre lui tandis que sa langue s'égarait sur la courbe délicate de son oreille avant d'en gober le lobe et de le mordiller doucement.

Sacha gémit et, abandonnant le trousseau où il était, il se retourna, noua les bras autour du cou de Leto et l'attira plus près, adossé contre la porte. L'autre profita de cette nouvelle disposition pour l'embrasser et pendant un instant, il n'y eu plus que leurs bouches, la fusion brûlante de leurs lèvres, de leurs langues. Sacha agrippa le tissu du haut de Leto et ce dernier, s'écartant juste ce qu'il fallait pour pouvoir passer une main entre eux, glissa les doigts sous son t-shirt. La peau de son ventre était tendue, douce et brûlante et elle se couvrit de chair de poule sitôt qu'il l'eut touchée. Sacha poussa un nouveau gémissement qui s'étrangla quelque part entre sa gorge et la langue de Leto et il tira sur son haut pour pouvoir à son tour passer les mains dans son dos. Il le griffa convulsivement quand il poussa une jambe entre les siennes, appuyant sa cuisse contre son périnée.

Sacha crut un bref instant qu'il allait finir par s'étouffer mais Leto s'écarta soudain. Il en fut soulagé une demi-seconde, le temps de se refaire une provision d'oxygène, après quoi la frustration prit le dessus. Il l'attira à lui et l'embrassa encore, tandis que Leto fourrageait derrière lui. La porte s'ouvrit et ils entrèrent dans l'appartement. Sacha se sépara de lui juste assez longtemps pour récupérer ses clés et claquer la porte avant de l'assaillir à nouveau, sans même prendre le temps d'allumer la lumière.

C'était ça qu'il était allé chercher, ça qu'il avait désiré trouver sans vraiment oser y croire.

Il peinait à réaliser qu'il n'était pas en train de rêver, que les mains qui le parcouraient et l'étreignaient, la bouche qui dévorait ses lèvres de baisers affamés et brûlants étaient bien réelles.

Il l'entraîna dans l'appartement sans cesser de l'embrasser, marcha sur quelque chose qui traînait par terre dans le vestibule - et qui n'avait rien à faire là, qu'avait-il bien pu laisser comme ça au beau milieu du chemin ? – se prit les pieds dedans et tomba en arrière.

Il entraîna Leto dans sa chute et il tomba sur lui. Sacha se frotta l'arrière de la tête en riant un peu, embarrassé.

- Excuse-moi, dit-il. Un peu trop de précipitation…

- C'est rien.

Il y eut un instant de silence immobile. L'éclairage de la rue parvenait faiblement jusque dans le salon, lui permettant de distinguer le visage de Leto, ses yeux qui le fixaient gravement dans la pénombre.

- De toute façon, souffla-t-il finalement, par terre ça m'ira très bien…

Il essaya de le prendre par la nuque pour l'embrasser mais Leto ricana doucement et, lui saisissant les poignets, plaqua ses bras sur le sol de part et d'autre de lui, l'immobilisant soigneusement. Sacha sentit une onde de chaleur lui brûler l'échine – il aimait ça, il s'en rendait compte. Être dominé, c'était ça qu'il voulait, et il ferma les yeux tandis que son partenaire réduisait progressivement la distance qui les séparait, dans l'intention manifeste de l'embrasser…

Brusquement, il fut arraché à cet état de grâce que confère une attente fébrile, quand on sait qu'elle va être comblée d'une seconde à l'autre, par trois choses qui se produisirent quasiment simultanément.

La lumière s'alluma, éblouissante, le poids si agréable et plein de promesses du corps de Leto sur le sien disparut soudain et une voix s'éleva, tremblante de peur et mouillée de larmes :

- S'il vous plaît, faites de mal à mon papa !

Ces quelques mots suffirent à jeter Sacha sur ses pieds, à le calmer et à le dessouler en moins d'une seconde. Debout à côté de lui, Leto fixait d'un air mortifié la petite fille qui se tenait dans l'embrasure de la porte, la main encore sur l'interrupteur. Vêtue d'une chemise de nuit Hello Kitty brodée, elle avait des cheveux blonds coupés au carré et de grands yeux bleus, qui pour l'heure étaient brillants, écarquillés de peur et fixés droit sur lui.

- Andy ! S'exclama Sacha. Chérie, n'aie pas peur, tout va bien !

La petite fille se tourna vers lui, l'air encore effrayé.

- Pour de vrai ? Demanda-t-elle d'une petite voix.

- Oui princesse, pour de vrai. On jouait à faire semblant de se bagarrer et on est tombés, c'est tout… Je te présente Leto, c'est un ami. Viens par là, ajouta-t-il, lui ouvrant les bras, voyant qu'elle doutait encore.

Elle hésita une seconde, puis courut vers lui. Il la souleva dans ses bras et l'embrassa sur la joue, le cœur encore battant d'angoisse. Si elle était arrivée dix secondes plus tard ? Dix minutes plus tard ?

- Comment se fait-il que tu sois là, ma puce ? Demanda-t-il en s'efforçant de ne pas laisser son agacement paraître dans sa voix. Il ne voulait surtout pas qu'elle ait l'impression qu'il était fâché de la voir.

La petite fille ne cessait de jeter des regards en coin à Leto, comme si elle n'osait pas le regarder directement. Sacha remarqua distraitement que dans un éclairage normal, ses cheveux n'étaient pas bruns mais carrément noirs, couleur aile-de-corbeau.

- Maman m'a déposée, finit-elle par dire. Elle a dit que tu répondais pas au téléphone… elle devait partir pour son travail.

Sacha réprima un soupir et se tourna vers Leto. Le pauvre, songea-t-il, le voilà bien…

- Comme je t'ai dit, Andy, c'est un ami, donc tu n'as pas la moindre raison d'avoir peur. Leto, voici ma fille, Andromeda.

Le prénom faisait toujours son petit effet et Sacha en éprouva une pointe d'amusement.

- C'est Andy, pour faire court. La maman est une passionnée de mythologie grecque, expliqua-t-il.

- Papa dit toujours qu'heureusement que je suis une fille, ajouta la petite sur un ton qui suggérait que cette anecdote avait déjà dû être racontée des dizaines de fois. Parce que pour un garçon, ma maman elle voulait Endymion ou (elle fronça le nez et prononça le prénom comme s'il lui laissait un goût bizarre dans la bouche) Télémaque.

Leto avait repris contenance et se contenta de sourire et de prendre sa main.

- Je suis confus d'avoir ainsi fait irruption, princesse, dit-il galamment. Je ne suis qu'un insignifiant ver de terre pour avoir troublé votre sommeil. Je suis votre serviteur.

Et il lui baisa la main.

La fillette, à présent conquise au-delà de toute réserve, rougit comme une tomate et se mit à glousser comme une folle. Soulagé par la tournure que prenaient les évènements, Sacha planta un baiser dans ses cheveux et la reposa par terre.

- Allez, au lit, ton Altesse ! Je passerai dans cinq minutes, ordonna-t-il fermement.

Il était évident qu'elle brûlait de protester mais elle quitta quand même la pièce, non sans jeter un dernier regard étincelant à Leto qui lui fit un clin d'œil et lui souffla un baiser. Elle disparut dans le couloir.

- Oh mon Dieu.

Pris de vertiges aussi soudains qu'étourdissants, Sacha se laissa choir sur un canapé avant de perdre l'équilibre et de tomber par terre. Leto le rejoignit et posa une main sur son épaule, inquiet.

- Hé, ça va pas ? Demanda-t-il.

- Non, répondit le blond d'une voix tremblante et se prenant la tête à deux mains. Elle ne devait pas être là ce soir, c'est le week-end de sa mère… Une fois, une seule fois je laisse mon téléphone ici et… Putain, je peux même pas imaginer…

Sa voix tremblait. Leto lui caressa le dos, dans un geste qui ne se voulait qu'apaisant. Il voyait où il voulait en venir. Qu'est-ce qui se serait passé s'ils ne s'étaient pas étalés par terre, s'ils n'avaient pas claqué la porte ? Si la fillette avait été réveillée plus tard, elle aurait risqué d'être exposée à une tout autre scène, potentiellement très traumatisante. Il comprenait l'angoisse de Sacha. Il tremblait.

- Shhhhh, lui souffla-t-il à l'oreille. Calme-toi, ça aurait pu être une catastrophe, c'est clair, mais c'est pas le cas alors arrête d'angoisser. Tout va bien, tout va bien…

Il continua comme ça un moment, jusqu'à ce que le blond se calme. Finalement, ce dernier se redressa un peu, accoudé à ses genoux, et tourna vers lui un visage navré.

- Tu parles d'un fiasco, hein ? Demanda-t-il d'une voix un peu amère.

- C'est pas grave, assura Leto d'une voix assurée.

Il en était lui-même étonné mais il le pensait. Sacha soupira.

- Je vais lui dire bonne nuit.

Il se leva, fit deux pas et s'arrêta, comme s'il hésitait.

- Tu… commença-t-il.

- Oui ?

- Ce serait peut-être mieux… Tu devrais peut-être rentrer chez toi.

Leto secoua la tête, malgré qu'il lui tournât le dos.

- Non, je reste. Si ça te dérange pas. Vas-y, je t'attends.

Sacha ne répondit pas, il quitta le salon.

Andy s'était déjà bien calmée. Tirée aussi brutalement d'un sommeil profond, il n'allait pas lui en falloir beaucoup pour retourner dans les bras de Morphée. Elle dormait déjà à moitié quand Sacha l'embrassa.

- Bonne nuit ma puce, à demain, lui dit-il à voix basse.

- 'nuit papa…

Il resta assis sur le bord du lit un instant avant de sortir de la chambre, et referma la porte derrière lui.

De retour au salon, il se laissa tomber à côté de Leto qui resta silencieux, attendant simplement qu'il parle.

- Je suis désolé, répéta-t-il.

- Arrête, je t'ai déjà dit que c'était pas grave.

- Je suis désolé quand même. Un peu pour moi, aussi… C'était la première fois que je…

Il s'interrompit, hésitant.

- Vas-y, l'encouragea Leto. Vide ton sac, j't'écoute.

- T'as pas à faire ça, protesta mollement le blond. C'est pas tes problèmes, on vient de se rencontrer.

Sacha s'abstint d'ajouter « Et on se reverra sans doute jamais », mais Leto haussa les épaules.

- Je suis pas venu jusqu'ici parce que je voulais coucher avec toi, dit-il.

Le blond se tourna vers lui, les sourcils haussés si fort qu'on aurait dit qu'il n'en avait plus. Leto rit un peu, gêné.

- Ok, je reformule. Je suis pas venu jusqu'ici seulement parce que je voulais coucher avec toi. Tu m'intéresses vraiment, on aurait pu passer toute la soirée au bar à discuter, ça m'aurait fait plaisir et je t'aurais demandé ton numéro… sincèrement, Sacha, alors vas-y, défoule-toi. Parle-moi, t'as l'air d'en avoir sérieusement besoin.

- J'avais jamais fait ça, avant, dit tout à coup le blond, sans le regarder.

- Fait quoi ?

- Sortir pour essayer de… de trouver quelqu'un pour…

- Pour la nuit ?

Il hocha la tête.

- Tu es divorcé depuis combien de temps ?

- Un an.

- Tu veux me raconter ?

- Tu devrais peut-être rentrer chez toi, répéta Sacha. Honnêtement, Leto, t'es pas là pour m'écouter me lamenter sur l'échec de mon mariage.

- Honnêtement, Sacha, je suis là pour toi. Les modalités, je m'en tape.

Pendant un court instant, ils se regardèrent sans rien dire et Leto crut qu'il allait l'embrasser mais il ne le fit pas.

- Andy a dix ans, commença-t-il. Quand j'étais jeune, j'ai longtemps essayé de rentrer dans le rang. J'ai eu plusieurs petites copines, beaucoup moins de petits copains mais j'étais très lucide quant à ce que je préférais. À la fac, j'ai décidé de faire un dernier essai avec ma meilleure amie, Lili, qui me tannait depuis des années pour que je lui donne une chance, alors je l'ai fait. On est sortis ensemble quelques mois. C'était une relation sans nuages, franchement, mais je suppose que ça pouvait être dû à mon absence de sentiments amoureux. On couchait peu ensemble, mais on le faisait quand même, et alors que je pensais sérieusement à mettre un terme à cette histoire et à sortir définitivement du placard, quelles qu'en aient pu être les conséquences, elle m'a annoncé qu'elle était enceinte. On a perdu pas mal de semaines à réfléchir et à discuter sans arriver à prendre une décision. Ni elle ni moi n'étions pour l'avortement, mais elle ne se sentait pas prête pour ça et moi j'étais conscient du fait que jamais je pourrais la voir autrement que comme une amie. Finalement, elle a décidé de garder le bébé, peu importait que je choisisse ou non de l'élever avec elle. Trois semaines plus tard, on était mariés.

Il se passa une main dans les cheveux et Leto, adossé contre les coussins, tenta sans grande conviction de l'attirer contre lui. À sa grande surprise, Sacha vint poser la tête sur son épaule alors qu'il passait un bras autour des siennes.

- Au début, ça se passait bien. Très bien, même. Une fois qu'on a réussi à se faire à l'idée, on a plus eu le temps de s'inquiéter, ou de se demander si on avait eu raison de se marier. La fin de sa grossesse, on l'a passée à emménager dans un appart', j'ai cherché du boulot, on a tout préparé pour la naissance. Une fois qu'Andy a été là… Honnêtement, rien n'aurait pu me préparer à ça ! Tu as des enfants, Leto ?

- Non.

- Jamais j'aurais cru que j'allais autant aimer cette petite boule rose jusqu'à ce que je la voie. À partir de ce moment-là, plus rien d'autre n'a compté. Pendant cinq ans, elle s'est substituée au lien qui n'existait pas entre moi et sa mère, et ça a suffit. Entre elle et mon boulot, j'avais pas une minute pour penser que peut-être c'était pas la vie qu'il me fallait. Et puis elle est rentrée à l'école. C'est devenu plus calme à ce moment-là, j'ai eu plus de temps libre, et là, j'ai commencé à réfléchir. À voir qu'il n'y avait rien entre Lili et moi, à part notre entente et nos intérêts communs, notre amitié toujours présente et notre fille. Je n'éprouvais aucun désir pour elle, pas d'amour non plus.

- Et tu es resté pendant cinq ans avant de partir ?

- C'est elle qui est partie… Moi, je voulais pas la quitter. Je voulais offrir un foyer uni et stable à ma fille, je voulais pas non plus qu'elle croie que son père était un de ces types qui quittent leur femme après des années de mariage parce qu'ils se sont aperçus qu'ils sont gays. Je voulais pas punir Andy, elle y est pour rien et elle est tout ce que j'ai, mais ça n'empêche pas que sur dix ans à partager le même lit, Lili et moi avions peut-être couché ensemble six fois, sept maximum, et que quand j'avais envie de quelqu'un, c'était toujours d'un homme. Il y a un an, elle a demandé le divorce, elle m'a avoué qu'elle avait rencontré quelqu'un. On s'est séparé à l'amiable, d'un commun accord. Elle avait craqué après des années, et moi, j'avais pas été un bon mari.

Sacha soupira.

- Ça fait un an qu'on se partage la garde d'Andy, elle le vit bien, d'ailleurs. Y a des soirs où quand elle est couchée, je regarde l'heure et il est encore vraiment tôt, j'ai la soirée devant moi et je suis bloqué. Je me dis que j'ai jeté dix ans de ma vie à la poubelle et que je suis tout seul. Et les soirs où elle est pas là… c'est encore pire.

Il inclina la tête, sa nuque épousant la courbe de l'épaule de Leto, pour pouvoir le regarder. À nouveau, ce dernier fut frappé par ses yeux, son regard planté droit dans le sien qui semblait vouloir tout dire mais qui gardait ses secrets.

- Ça fait quatre ans que je n'ai plus fait l'amour, finit-il par lâcher sans rougir. Et douze ans qu'un homme ne m'a plus touché alors que c'est de ça que j'ai besoin. Ce soir, pour la première fois, je voulais essayer de ne plus me définir comme un père ou comme un mari raté. Je suis parti, j'ai laissé mon téléphone parce que ma fille était chez sa mère et que j'aurais pas pensé qu'elle allait la ramener et la laisser seule ici sans s'assurer que je sois au courant. J'aurais voulu…

Il ferma les yeux un instant avant de poursuivre :

- J'aurais voulu te rencontrer et que ça se passe pas comme ça.

Leto posa une main sur la joue du blond qui ouvrit les yeux et le regarda sans se détourner. Il s'approcha jusqu'à pouvoir poser son front contre le sien.

- Je peux t'embrasser ? Murmura-t-il.

Sacha sembla hésiter.

- Je ferai rien d'autre, promit Leto. Je veux juste t'embrasser, s'il te plaît…

Finalement, le blond hocha la tête et Leto, se dégageant, se pencha sur lui et posa ses lèvres sur les siennes, doucement, chastement. Sacha se détendit, inclinant juste la tête pour rendre la chose plus confortable. Un simple baiser sur les lèvres, tendre, presqu'hésitant, comme un premier, et malgré tous ceux qu'ils avaient déjà échangés ce soir-là, c'était l'impression qu'ils avaient tous les deux. C'était tellement différent… Leto passa un bras autour de sa taille, posant la main au creux de son dos. Ils se séparèrent au bout d'un instant et il le prit contre lui, l'enlaçant gentiment. Sacha appuya la tête au creux de son cou, se sentant à présent nettement plus détendu.

- Je suis désolé, laissa-t-il tomber dans un murmure.

Il sentit un rire muet vibrer dans la poitrine de Leto avant que celui-ci ne réponde, sur un ton qui se voulait menaçant mais qui n'arrivait qu'à être comique :

- Si tu le dis encore une fois je te traîne jusqu'à ta chambre et je te viole, et t'auras plus qu'à enfoncer la tête dans l'oreiller pour étouffer le bruit !

Le blond s'écarta en secouant la tête.

- J'aurais bien aimé… pauvre Leto, franchement, te voila en train de jouer les thérapeutes…

- J'ai beau ne pas être psy, je t'ai très bien compris, tu sais. T'as besoin de te sentir homme à nouveau, parce que t'es un être humain avant d'être un père ou un mauvais mari, si tu le dis, et que t'as négligé tout ça pendant trop longtemps en faisant passer les autres d'abord. C'est honorable, tu sais, je te respecte pour ça, mais tu peux pas continuer à refouler, sans quoi ça va t'empoisonner. Tu finiras par t'aigrir et dans quelques années, quand ta fille sera partie et que tu seras seul, tu lui en voudras.

Sacha baissa la tête.

- Je le sais bien. C'est pour ça que j'étais sorti, ce soir, pour tenter de combler au moins le besoin physique. C'est bien trop tôt pour que je pense à une vraie relation, Andy est trop jeune pour avoir cette discussion et j'ai pas envie de devoir mentir ou me cacher. Peut-être dans deux ou trois ans… Je voulais juste… coucher avec quelqu'un. Ça fait tellement longtemps que j'ai l'impression d'avoir oublié comment c'est. J'en suis arrivé à un point où je m'inquiète de ma capacité à le faire, de mon aptitude à avoir ce genre de relation avec quelqu'un, à en partager l'envie…

- Arrête de tourner autour du pot et regarde-moi.

Un peu surpris par le ton de son interlocuteur, le blond releva la tête et croisa son regard. Ses yeux paraissaient plus verts sous cet éclairage.

- Tu es sublime, lui dit-il en insistant bien sur le mot.

- Arrête de dire n'importe quoi, protesta-t-il en faisant mine de se détourner mais Leto le prit par les épaules et l'en empêcha.

- J'ai pas fini. T'arrives même plus à te percevoir en tant que créature sexuée, tu doutes de pouvoir réellement séduire quelqu'un, d'être capable de faire l'amour. Je peux pas régler tous tes problèmes Sacha, et comme je l'ai déjà dit, je suis pas psy, mais ça, je le comprends et je te jure, c'est purement psychologique. Tu es le mec le plus canon que j'ai jamais rencontré, j'ai envie de toi comme je pense pas avoir déjà eu envie de quelqu'un par le passé, et si tu me crois pas, souviens-toi combien de personnes ont essayé de t'offrir un verre avant moi.

Sacha cligna des yeux mais ne répondit pas.

- Quand à ton aptitude au sexe, ma foi, je t'ai trouvé très enthousiaste et il m'a semblé que tu me répondais très bien… Sachant ce que je sais maintenant, je suis juste atrocement frustré.

- Qu'est-ce que tu veux dire ? Interrogea le blond, pas certain de le suivre.

- T'es sorti ce soir trouver quelqu'un pour rompre ton célibat après des années de désert complet. Je donnerais beaucoup pour pouvoir être celui qui aura le bonheur de te réapprendre. De te faire redécouvrir ce que c'est que le sexe avec un homme. Crois-moi, j'aurais été attentif et très appliqué. Est-ce que j'ai définitivement raté ma chance ?

Sacha le regarda dans les yeux, y cherchant un indice qui aurait trahi une blague, ou que d'une manière ou d'une autre il ne pensait pas qu'il disait mais il n'y vit rien d'autre qu'une interrogation sincère. Finalement, il répondit lentement, choisissant avec soin ses mots.

- Non. C'est pas ta faute, ce qui s'est passé, et puis… Moi aussi, j'aimerais que ce soit toi. Mais ça serait pas un peu… Tu sais, bizarre ?

- De quoi ?

- De se revoir pour ça. En le sachant très bien.

Leto haussa les épaules.

- C'est toi qui décides si c'est uniquement pour ça. Comme je t'ai dit, j'ai envie de te connaître. Vraiment. Et si tu penses qu'Andy est encore trop jeune pour te voir en couple avec un homme, ce que je respecte, disons que ça nous laisse tout le temps de faire connaissance.

Sacha sentit le rouge lui monter aux joues en comprenant où il voulait en venir.

- Et pour… Enfin, j'ai pas envie d'attendre…

Leto rit doucement.

- Il y a plein de façons de faire connaissance. Si tu choisis de me faire confiance sur ce point, je me ferai un plaisir de t'aider, autant de fois qu'il te plaira et au moment qu'il te plaira, dans toutes les pos…

- Stop, c'est bon, j'ai compris l'idée! Protesta le blond en lui donnant un coup dans l'épaule. Leto se contenta de rire encore et de lui ébouriffer les cheveux.

- T'inquiète. Je serai le parfait sexfriend, et si un jour tu penses qu'autre chose est envisageable, on y pensera. On a le temps de voir venir. Deal ?

Sacha regarda la main tendue pendant un instant, plein d'appréhension. Il n'avait pas pensé à ça, n'avait jamais envisagé une telle possibilité. Il n'avait aucun pote gay, les seuls mecs qu'il avait connu de ce bord-là avaient été ses ex et il avait coupé les ponts avec tous quand il avait épousé Lili, précisément pour éviter d'être tenté de faire des conneries. Ce que Leto lui proposait maintenant, c'était à peu près ce qu'il aurait pu espérer de mieux. Un ami, le sexe en plus…

Finalement, il lui serra la main, sans pouvoir s'empêcher de sourire.

- Bon, déclara Leto, maintenant que c'est décidé, où est ta chambre ?

- Quoi ? Mais…

- Je repartirai pas d'ici sans t'avoir donné au moins un échantillon, histoire de m'assurer que tu changes pas d'avis demain matin ! Alors je vais te mettre au lit, et c'est pas négociable.

- Mais…

- Soit tu me montres soit je te prends dans mes bras et j'essaye toutes les portes.

Sacha se mordit la lèvre. C'était pas raisonnable, et puis qu'est-ce qu'il entendait par « échantillon » ? Il lui posa la question dans un marmonnement, en s'efforçant de ne pas laisser voir que l'idée lui plaisait beaucoup. Leto lui fit un sourire en coin.

- Étant donné que c'est l'honorable père de famille qui parle, je vais quand même te dire que je vais te déshabiller qu'à moitié. Pour le reste, je te laisse la surprise…

Le blond hésita encore un instant et finit par céder. Il se leva et Leto le suivit dans le couloir. Sacha passa devant la porte de la chambre d'Andy, devant celle de la salle de bain et ouvrit finalement la sienne. Ils entrèrent, refermèrent derrière eux et Leto l'attira contre lui pour l'embrasser doucement. Sacha se laissa aller contre lui, nouant les bras autour de son cou.

- Tu peux allumer une lumière ?

- Y a la lampe de chevet…

- Je veux te voir…

L'éclairage révéla le rouge qui lui teintait les joues. Leto le poussa sur le lit, lui laissant juste le temps de reculer pour poser sa tête sur un oreiller avant de le rejoindre et de l'embrasser à nouveau, mais cette fois d'une manière beaucoup plus débridée. Sacha accueillit avec bonheur sa langue et ses mains qui ne tardèrent pas à venir se poser un peu partout – tellement partout qu'il aurait juré qu'il y en avait plus de deux et pourtant…

Leto tint parole et ne lui enleva que sa chemise, parcourant sa gorge, son torse et son ventre nus de baisers brûlants et de morsures légères. Une main plaquée sur la bouche, Sacha frissonnait et se cambrait, haletant, le voile noir de ses paupières s'éclaboussant de blanc et de rouge au rythme des sensations que les doigts de Leto, sa langue, ses ongles et ses dents faisaient exploser en lui comme des feux d'artifice. Finalement, il revint à sa bouche le gratifier d'un dernier, interminable baiser, mordant ses lèvres avant de s'écarter et de se lever. Sacha bondit :

- Qu'est-ce que tu fais ? Protesta-t-il à voix basse.

En réalité, il le savait très bien, mais il ne pouvait admettre qu'il allait l'abandonner comme ça, à moitié délirant de frustration. Leto lui adressa un sourire contrit.

- Je te laisse mon numéro sur la table du salon et je te laisse finir. J'avais parlé d'un échantillon, et c'est déjà allé plus loin qu'il ne l'aurait fallu, je crois…

Sacha se mordit la lèvre, déchiré de savoir qu'il avait raison.

- Tu sais, je pense que ça passe aussi par là… Prends le temps de refaire toi-même connaissance avec ton corps, je t'assure que c'est très agréable.

Il y eut une minute bizarre entre le moment où Leto quitta sa chambre et le moment où il entendit la porte de l'appartement se refermer sur lui. Il se rallongea, acheva de se déshabiller tout en savourant les frissons que le frottement du tissu faisait courir sur sa peau puis, s'allongeant sous les couvertures, il resta un long moment immobile, à l'écoute du bouillonnement de son corps.

Quelques minutes plus tard, il allongea un bras lourd pour éteindre la lampe et se roula en boule. Le sommeil qui l'accueillit à bras ouverts fut plus profond, paisible et reposant qu'il ne l'avait plus été depuis bien des années.