Bonjour, bonsoir ! ^^

Voici donc ma première fic sur FictionPress. C'est un grand moment !

Eh bien, que dire au sujet de ce premier OS... C'est un texte que j'ai fait il y a pas mal de temps maintenant, qui met en scène un des personnages principaux du scénario que je crée avec ma meilleure amie. Je ne vous en dis pas plus, car si j'envisage de mettre d'autres contenus de ce scénario mieux vaut garder le suspense, qu'en pensez-vous ?

Même si vous n'avez pas le contexte de l'histoire, il est très simple de comprendre cet OS, d'ailleurs ce passage-là est lui-même un aparté du récit proprement dit, et il n'y a pas besoin de connaître qui que ce soit dès le départ. Donc voilà, je crois que c'est tout pour l'introduction, bonne lecture~

Infos:

Nom: Couteau, fardeau, moto.

Rating: T pour le thème qui peut être dérangeant, et quelques écarts de langage.

Résumé: Couteau. Fardeau. Moto. Trois mots qui le poursuivent et le poursuivront toute sa vie, trois mots qui le rendent coupable. Trois mots qui résument très bien les pires choses qu'il a dû endurer jusqu'à présent. Mais par dessus tout, il doit encore et toujours s'endurer lui-même. Mais qui est-il vraiment ? Pourquoi ces trois mots-là, et pas d'autres ? Que s'est-il vraiment passé... ? Trois mots qui contiennent la terrible vérité.


Couteau.

Un beau couteau.

Celui que tu m'as offert, Papa.

Je me rappelle encore de lui, dans ses moindres détails. La lame était brillante quand j'ai décidé de l'utiliser. Et oui, Papa, il a servi, mais ça, tu dois le savoir. Un autre couteau avait servi juste avant le mien. J'avais le torse en sang. Ton frère me regardait, son katana à la main, la lame bien rouge, aussi rouge que mon T-Shirt AC/DC préféré.

"Tu es un monstre. Tu ne dois pas rester en vie. Les monstres doivent être éliminés."

Pour ça que tu as été éliminé, oncle Charlie. Harvester Of Sorrow, c'était la chanson qui passait sur la vieille chaîne hi-fi du salon. Mon père ne t'a pas laissé faire ce que tu voulais. Tu as descendu les six étages de l'immeuble en chute libre, toi et ton sabre japonais, après être passé par la fenêtre. Je me demande si tu t'en es sorti. Parce qu'au final, tu avais raison. Ma cicatrice ne fait que me le rappeler. Me rappeler que juste après, la lame de mon couteau a cessé de briller pour de bon.
Le sang coulait toujours. Maman s'est approchée de moi. "Ne l'écoute pas", qu'elle ma dit. "Viens, je vais te soigner". Il y a eu un long silence.

"Papa, Maman, vous pensez vraiment que je suis un monstre ?"

Encore un long silence.
Depuis que je suis né, ou plutôt devrais-je dire depuis que NOUS sommes nés, nous n'avons cessé de nous battre pour exister, l'un et l'autre. Moi et moi. Les garçons de l'école n'osaient pas m'approcher. Déjà en CE1 on me traitait de monstre. J'étais le monstre au T-Shirt AC/DC, le caïd de la cour. Mais je ne voulais pas vraiment qu'ils aient peur. Au fond de moi je crois que j'ai toujours détesté la violence. Et pourtant...

... "Papa, Maman, tout est de votre faute. À cause de vous je suis né et je suis un monstre."

En réalité, cette phrase-là, je l'ai hurlée. Je n'arrivais plus à garder un ton calme, un ton d'enfant. Il fallait que le monstre que je suis sorte. J'étais furieux après ceux qui m'ont laissé vivre un enfer tout le long de ma vie. À cause d'eux j'ai souffert. Je n'ai pas eu de vrais amis. Je n'ai pas eu de vraie amoureuse. J'ai vécu dans du faux, seulement dans ce que l'on peut offrir à un monstre en échange de sa clémence, et dans mon cas, de sa naïveté. Car oui, j'ai été naïf. J'ai cru mes parents quand ils m'ont dit que j'étais quelqu'un de normal et que c'étaient les autres qui ne m'appréciaient pas pour ce que j'étais.

Toujours reporter la faute aux autres, dire que je suis innocent et sympathique... Encore aujourd'hui, on essaie de me persuader que je suis un homme bien et que les actes que j'ai commis n'étaient pas sous mon entière responsabilité. Mais si je vous raconte la suite, vous allez toujours penser ça ? Je suis un monstre et tout est de ma faute. Point final.

Mes parents voulaient que je taise. Je n'arrêtais pas de m'époumoner à dire ce que j'avais sur le cœur et au fond de ma pensée. C'est au tour de Papa de s'approcher de moi.

"Chéri, arrête, tu n'est pas un monstre, tu es mon fils."

Qu'est-ce que ça veut dire ? C'est génétique, ça veut dire que toi aussi, tu es un monstre ? Un monstre fils de monstre...

Couteau.

Un beau couteau.

Celui que tu m'as offert, Papa.

Je te le rends, Papa.

Je me rappelle de cet instant. La lame ne brillait plus du tout. Les yeux de mon père non plus. Les larmes de mon cœur, le fluide rouge que j'aime tant voir, coulait à flots à ce moment-là. Je ne pouvais plus m'arrêter. La lame était belle quand elle était aussi vermeil. Ma mère était belle même à ses derniers instants.

Je regarde la cuisine. Tout. J'ai tout oublié. Tout. Pourquoi mon couteau ne brillait-il plus, pourquoi la pièce à vivre était devenue une pièce à mourir ? Je recule d'un pas, de deux pas, de trois pas. Je suis un monstre. J'ai tué mes parents. Oncle Charlie ne m'a pas tué. J'ai tué mes parents. Et on peut dire que je me suis tué avec.

Les seules personnes qui étaient toujours là pour moi, celles qui me témoignaient de l'affection, là, devant moi, se noyant dans leur propre mare de sang. Cette image est impossible à retirer de ma mémoire. Je la vois en permanence. Tout est de ma faute. Je suis un monstre. Sorry Dad, sorry Mom. Vous vouliez d'un enfant et vous avez eu un meurtrier sanguinaire.

La fenêtre est encore ouverte. Mon oncle, ce monstre, est passé par là. À mon tour. Je saute du balcon sans réfléchir. Puis plus rien. Rouge complet.


Fardeau.

J'ai été un fardeau.

Pour toi aussi.

Tu n'étais pas si mauvais, pourtant.

Je me rappelle d'avoir rouvert les yeux. Je me suis retrouvé sur un lit, dans l'incapacité de bouger. Et c'est là que je t'ai revu. Parrain. Tu me fixais avec ta cigarette à la bouche.

"Alors, il parait qu't'es un monstre ?"

J'ai baissé les yeux. Je voulais oublier. Tout oublier. Laisse-moi mourir, ou bien tue-moi. Et tais-toi, surtout.

Ses lèvres se sont remises à bouger, pourtant.

"J'en crois pas un mot, petit."

J'ai relevé la tête. Du beau foutage de gueule, j'ai pensé.

Et puis, le temps a passé en sa compagnie. Il paraissait un peu dur, il travaillait dans des trucs pas très nets et pas du tout légaux, il pouvait tuer froidement sans éprouver aucun regret. Et pourtant je l'admirais. Parrain, ton couteau brille toujours, lui. Tu ne t'en es jamais servi. Pour cause, tu as un revolver. J'adore ton revolver. Même un gamin de douze ans pourrait s'en servir. D'ailleurs c'est ce qui s'est passé.

J'allais un peu mieux, alors, comme tu n'aimais pas les flemmards qui passent leurs temps à regarder la télé et à jouer aux jeux vidéos, j'ai décidé de t'aider dans ton travail. Tu es la seule personne qu'il me reste, tu me protèges, tu es persuadé que j'irai loin et que je suis une étincelle d'espoir. Mais pourquoi je parle au présent ? Tu fais partie du passé. Moi aussi.
Je t'ai aidé dans ton travail. Tous ceux qu'il fallait tuer, parce qu'ils étaient tes ennemis, je les tuais. Le sang ne me dérangeait plus, ne me faisait plus aucun effet. Tu n'aimais pas trop la tournure que je prenais, mais au fond, tu savais très bien que quoi qu'il arrivait, j'allais devenir ce genre de monstre. Alors tu as arrêté de me faire la morale. Et moi j'en ai profité.

Je prenais plaisir à t'aider, Parrain. J'avais 16 ans. Tu m'as dit qu'il fallait que j'arrête tout ça et que je retourne à l'école. Mais moi je t'ai ri au nez. Ils ne voulaient pas de moi, pour sûr. J'étais encore bien loin de savoir que grâce à toi, et grâce à toi post mortem, un petit sillon vers une sorte de rédemption s'était tracé. Alors j'ai continué de t'aider, mais ce soir-là, j'ai fait tout le contraire.

Ton ennemi juré s'est pointé devant chez nous. Tu étais en haut, j'étais en bas. J'ai voulu repousser ce connard qui voulait ta peau. Tu m'as dit de partir. J'ai refusé. Tu ne voulais pas que je meure. Je t'ai traité de sale con. Tu t'es tu brusquement. Encore un long silence. Tu es tombé de six étages. Pourtant tu n'étais pas un monstre. Putain, c'est qu'il visait bien, celui qui en avait après toi...

Fardeau.

J'ai été un fardeau.

Pour toi aussi.

Tu n'étais pas si mauvais, pourtant.

Je me rappelle de ton corps qui s'est écrasé sur le sol dans un bruit sourd de craquements d'os. Image inoubliable, image impossible à effacer. Pardonne-moi, Parrain. Tu voulais juste que je soie le fils que tu n'as jamais eu, tu voulais que je soie un jeune homme normal, que je ne suive pas ta route ni celle de mon oncle, et encore moins celle de mon père. Mais il est certain que je ne peux pas être normal. Je suis un monstre. C'est écrit. Et donc j'ai été un fardeau pour toi. Je comprends si tu m'as détesté à tes derniers instants. Un peu comme tous ceux que j'ai tué ou blessé jusqu'à présent.

C'est fou, je n'ai pas d'amis, mais c'est incroyable le nombre d'ennemis que je me fais...


Moto.

Une belle moto.

Une moto rapide.

Un peu trop rapide, d'ailleurs.

J'ai fini par retourner à l'école. Je ne voulais plus tuer, ce n'était pas ce que tu aurais voulu, Parrain. Repose en paix, je me suis dit, maintenant je prends les choses en main. Alors j'ai redoublé d'efforts. J'ai retrouvé mon petit frère de cœur. J'ai retrouvé une amoureuse. Cette fois, tout était vrai. Mes sentiments aussi.
Et le fait que je sois un montre encore plus.

J'allais avoir 17 ans le jour d'après. Tu étais à mes côtés, ma belle, ma douce, ma tendre Chérie. Tu adorais ce que j'adorais, tu détestais ce que je n'aimais pas. Et là encore nous avions un point commun: nous aimions les ballades sur la Suzuki que je venais d'acheter pendant les grandes vacances. Il faisait froid, pourtant le vent n'était pas désagréable. Il se faisait de plus en plus fort. Bientôt on allait arriver devant le passage à niveau. Tu aimais beaucoup cet endroit. Mais moi je t'aimais encore plus. Tu ne le savais pas, mais j'avais quelque chose pour toi. Je voulais qu'on s'arrête au bord de la voie ferrée pour que je te passe la bague au doigt.

Le vent se faisait de plus en plus fort, ainsi que le bourdonnement de mon nouveau bijou. Pourtant j'ai réussi à entendre ta voix.

"Ralentis, j'ai peur."

Je t'ai tiré la langue.

"Arrête tes conneries, Chérie, c'est encore trop marrant pour que j'ralentisse."

Pourtant, juste après, ça n'a plus été marrant du tout. Tu as crié plus fort, tu disais que tu en avais marre que je n'écoute jamais rien. Mais tu ne savais pas ce que la moto représentait pour moi, l'échappatoire à mon calvaire que c'était. Je me suis senti terriblement incompris.

"Si tu ralentis pas, je te quitte."

J'ai pas ralenti. Tu m'as quitté.

Moto.

Une belle moto.

Une moto rapide.

Un peu trop rapide, d'ailleurs.

J'ai juste eu le temps de me retourner pour te dire "ta gueule". Ensuite, ta gueule, je ne l'ai plus jamais revue. Celle du train qui nous est passé dessus, par contre, je m'en rappelle toujours. C'était un TER, il allait sans doute à Bordeaux, là où je voulais t'emmener prendre l'avion pour notre voyage de noces. Ce train, je ne l'oublierai jamais, je n'arriverai jamais à me le retirer de la mémoire.

Tu étais la seule qu'il me restait. Tu m'aimais pour ce que j'étais, monstre ou pas. Tu disais que toi aussi, tu étais un monstre, mais t'attendais-tu à ce que je t'assassine ... ?

Un couteau, un fardeau, une moto. Ces trois choses ont suffi à me rappeler qui j'étais. Ces trois mots sont ceux que je veux sur mon épitaphe si vous jugez qu'après tout ça je mérite encore d'en avoir une.