Hero & Villain

Décision de justice

Moins d'une semaine de ça, un procès avait été rediffusé sur la plupart des chaînes de télévision. Un tribunal avait jugé l'un des leurs, en tant que tel. Les pouvoirs du suspect avaient étés clairement mis en avant et il avait été fait référence aux articles en usage quant à l'emploi d'armes de guerre. Depuis c'était l'ébullition médiatique. Alors que, jusque là, les débats s'attardaient surtout sur la nature de ces êtres, c'était maintenant leur situation juridique qui était mise en examen. Lorsque la majorité des scientifiques restaient totalement muets quant à leur existence, seuls les plus farfelus d'entre eux se permettant de prendre la parole face aux médias, il était difficile de savoir quoi faire. Dans un monde où la foi religieuse avait laissait place à la foi scientifique, lorsqu'on se permettait de condamné le racisme en affirmant qu'il n'y avait qu'une race humaine, là il n'y avait pas la moindre théorie crédible quant à leur origine ou leur véritable statut. Dans l'aire du numérique et de la police scientifique, ce qui n'était pas logique était généralement présumé faux, mais leur existence, bien qu'inexpliquée, était bien réelle. Cette troublante vérité, celle d'individus à l'apparence humaine et aux pouvoirs étonnants, mettait en branle toutes les presses du monde.

Faust regardait la télévision d'un air dépité alors que la présentatrice était en train de mettre à nue les conséquences possibles de cette décision de justice. "Cet évènement pourrait bien annoncer une position hostile de la justice envers ce que l'on appelle désormais plus communément les Autres." Fronçant légèrement les sourcils, la télécommande en main, il passa sur une autre chaîne de télévision. "On parle des facultés des Autres comme s'il s'agissait d'arme… Possédait un pouvoir serait-il alors un port d'arme illégal ? Faudra-t-il les désarmés ?" Sa mâchoire se carra de manière assez significative au fur et à mesure que la colère montait en lui. Il appuya de nouveau sur la télécommande. "Les droits de l'Homme et du citoyen, auxquels on fait si souvent référence, sont-ils en vigueur dans leur cas ? Sont-ils des Hommes ? Et quand bien même ils ne le seraient pas, cela les empêche-t-il d'être des citoyens ? Le gouvernement est trop discret sur cette affaire, nous aimerions savoir quelle est sa position. Notamment sur un point important : faut-il adapter la loi à la présence de ces gens ?" Ses yeux verts s'arrêtèrent sur le regard de cet homme, la caméra faisait bien transparaître toute son inquiétude… Et il était fort probable qu'il soit humain. Et lorsque les humains avaient peur, ils perdaient la raison, l'Histoire l'avait déjà montré à de nombreuses reprises.

D'une ultime pression sur un bouton il éteignit l'appareil audio-visuel et se dirigea jusqu'à la porte de son studio. Il attrapa un T-shirt et l'enfila juste avant de sortir, fermant à clef derrière lui. Ce prof, Tesla, ne lui inspirait pas vraiment confiance, il avait l'impression qu'il leur cachait quelque chose. Mais une chose était certaine, ils devraient bientôt se protéger les uns les autres. Aussi même si son véritable but n'était pas de les aider à se défendre en groupe, son idée était particulièrement bien trouvée. Il repensa à cette image qui lui était venue juste avant que leur nouveau mentor ne se mette à leur parler de la sécurité qu'apporterait un travail en groupe. Un jour il avait était faible, le seul jour de sa vie où il n'aurait pas du l'être. Ce jour où il n'avait pas que lui-même à protéger. C'était à l'époque où les humains ignoraient totalement leur existence. Il n'avait alors que onze ou douze ans.

Sa sœur, quant à elle, en avait presque dix-sept, et ils revenaient tout deux à pieds jusque chez eux. Ce jour là, alors que le soleil était haut, la journée chaude et épuisante, il se souvint avoir été bousculé. Le choc l'envoyant contre un mur, sa tête percutant le ciment, le laissant étourdi. Il se souvint ne pas avoir eu la force de faire un seul mouvement, totalement désorienté par sa blessure au crâne alors que devant ses yeux le plus horrible des spectacles était en train de se déroulé. Assailli par une demi-douzaine de jeunes gens, sa sœur se débattait dans tous les sens sans pour autant pouvoir se soustraire à leur étreinte forcée. Pour la première fois de sa vie, il avait eu l'ambition de tuer quelqu'un. Pour la première fois de sa vie, il s'était rendu compte de la haine qui exister en ce monde et de la barbarie qui pouvait y naître. Depuis ce jour, il était devenu le valet de cette barbarie. Depuis, il était devenu le plus abominable des adversaires.

Son talent était pour le moins particulier, et inoffensif au premier abord. Il ne faisait pas sortir de rayons lasers de ses yeux, pas plus qu'il ne possédait une force herculéenne. A le voir au premier abord, dans ses vêtements amples, il semblait assez peu épais, si ce n'est qu'au dessous résider un entrelacs de muscle particulièrement dense et serré. Mais encore une fois, ce n'était pas de là que venait la menace. Non, son pouvoir, qu'il n'employa ses premières années que dans le but de jouer des blagues, était tout simple de… Faire disparaître l'eau. Une chose simple et bon enfant lorsqu'il s'agit de vider une bouteille. Un talent mortel lorsqu'il cible le corps d'un être vivant, qu'il soit animal ou végétal. Cette chose si courante en France, si facilement accessible que l'eau, est le berceau de la vie…. Mais la vie se finit toujours par la mort et le berceau était entre ses mains le plus commun des cercueils.

Sorti de chez lui, il n'avait fait que quelques pas avant de tomber sur une scène assez particulière. L'un des élèves de Tesla était prit à parti par des inconnus, des passants pour la plupart. Ceux-ci étaient en train de l'accusé d'être un Autre justement et prétendaient vouloir faire justice eux-mêmes. Il avança d'un pas rapide dans leur direction tout en écoutant les quelques mots qui étaient prononcés dans le lynchage. "Ils ont tués l'un des nôtres, nous tuerons l'un des leurs." Savaient-ils seulement de quoi ils parlaient ? Avaient-ils seulement conscience de leurs actes ? Une phrase disait, pardonnez-leur Seigneur parce qu'ils ne savent pas ce qu'ils font. Mais si Dieu était miséricordieux, Faust ne l'était pas ! Le jeune homme entra dans le petit groupe de personnes d'un pas rapide et posa sa main sur le crâne de l'un des lyncheurs. Au centre du cercle formé par les humains autour de son pauvre camarade, il laissa sa pensée activer son talent. Il fallut moins d'une seconde pour que le cerveau de sa victime ne soit plus qu'une masse sèche et morte. L'homme s'effondra au sol d'un seul tenant, comme un morceau de bois mort. Il y eût un battement durant lequel ils l'observèrent tous, ses yeux morts regardant l'horizon comme pour y trouver un paradis qui ne viendrait jamais. Alors, ils frémirent en voyant sa langue, elle aussi atteinte par le don de Faust, devenue solide elle s'était brisée dans la chute et n'était plus qu'un bout d'éponge sec cassé. Un cri d'horreur parcourut le groupe d'une quinzaine de personnes et d'une trentaine de badauds. Tous le regardaient avec la même expression de peur mêlée de dégoût.

"Nous ne sommes ni des animaux… ni des monstres."

Melvin tentait difficilement de se relevait, il avait réussi à protéger son visage avec une certaine dextérité mais ses membres et son tronc étaient sans aucun doute couvert de contusions. Sa respiration était sifflante, comme s'il ne pouvait plus respirer aussi profondément qu'il le souhaitait et que l'air passait mal. Du peu qu'en savait Faust, son seul pouvoir était de modifier les couleurs et les facultés de réflexion physique. En somme il pouvait créer des miroirs et colorier les surfaces. Il n'y avait rien là-dedans de très hostile. Aussi s'en prendre à lui était non seulement stupide, mais lâche aussi. D'une nature de toute évidence assez pacifiste, le jeune homme tentait de raisonné ses agresseurs alors que pour le moment ils semblaient avoir le dessus.

"Vous êtes des meurtriers !

- Non… Répondit Melvin.

- Il l'a tué de sang froid !

- Pour protéger l'un des nôtres, intervint Faust. Lorsque la France a été envahie, elle s'est défendu, elle a résisté. A chaque guerre, le pays attaqué tente de résisté. Nous n'avons pas de nation, nous la partageons avec vous, si vous nous attaquez, alors nous nous défendrons ! Si vous voulez nous exterminer, alors nous vous extermineront !

- Non, ce n'est pas la solution nous devrions…"

Melvin ne put terminer sa phrase puisqu'il dut se concentrer sur le canon de la carabine qu'on pointait vers lui… Il agit alors plus par réflexe que par réflexion et en instant la chose fut faite. Les yeux de l'homme qui venait de sortir de chez lui avec une arme de chasse étaient devenus noir, comme si une couche de peinture y avait été appliquée. Le tireur, fou de rage de ne plus pouvoir prendre en joug sa cible décida alors de tirer au juger. Chacune des trois balles qu'il tira toucha quelqu'un, mais à chaque fois les victimes furent humaines. Dans le chaos créait par la cacophonie des cris et des coups de feu, les deux jeunes gens décidèrent qu'il était temps de s'éclipser… Il aurait été juste de dire que le monde devenait fou, mais il l'était déjà devenu tant de fois par le passé qu'on se demandait s'il ne l'était pas continuellement. Ils partirent au pas de course, poursuivit par les cris mais pas par les humains. En un rien de temps ils atteignirent les abords de la fac de sciences puis descendirent vers l'IUT, le premier but qu'ils avaient tentés d'atteindre avant d'être pris à parti par la foule.

Arrivés dans le département de STM, ils rejoignirent rapidement leur salle de cours… Puis le bruit tant redouter par les deux jeunes gens se fit entendre. Les sirènes de police. Lorsqu'ils entrèrent en fracas dans la salle de cours ils obtinrent une remarque cinglante du professeur… Ainsi que le regard interrogateur de dix élèves bien spécifiques. Derrière eux apparu alors Anatole Tesla qui de sa voix de stentor s'adressa à l'une des jeunes filles de leur groupe de TD.

"Mets les humains en léthargie."

Comme si elle s'attendait à cet ordre, l'élève en question se leva et immédiatement tous les humains présents dans la salle s'affaissèrent, leur muscle cessant de les porter petit à petit jusqu'à ce qu'ils soient immobiles, au sol ou sur leur table. Les douze élèves et le professeur se regroupèrent alors.

"C'est arrivé plus vite que je ne m'y attendais," commença-t-il, "à partir d'aujourd'hui, nous emploierons des surnoms pour nous parler… Il faut que personne ne puisse savoir quelles sont nos véritables identités pour éviter que nous ne nous fassions trop facilement remarquer.

- Mais ils sauront tout de suite qui manque dans le département, et l'IUT à nos dossiers.

- A moins bien entendu qu'il n'existe plus aucun dossier sur n'importe lequel d'entre nous à l'université comme dans le reste du pays ?

- Est-ce possible ?

- Lorsqu'on a les bons outils, tout est possible.

- Si nous sommes effacés du système, pourquoi éviter de dire nos noms ?

- La plupart d'entre nous à encore une famille. Nous ne savons pas encore jusqu'où ils sont prêt à aller pour nous nuire."

Ainsi commença leur réelle aventure.