Bonjour, je n'ai pas de nom à vous offrir… Et encore moins un âge défini. Appelez-moi comme vous le souhaitez, si cela vous perturbe un peu.

Pourquoi ? Et bien, tout simplement parce que je ne suis pas encore né. Incroyable, n'est-ce pas ? Laissez-moi donc vous raconter…

Il existe un endroit, plus haut encore que le paradis des humains, plus haut encore que le siège du Dieu de ceux-ci… Un endroit nommé Uma Tôgenkyô. Cela signifie : « L'Eden des chevaux ».

Dans cet endroit réside tous les équidés qui, en attendant de trouver leur âme sœur humaine, se repaissent tranquillement dans ce lieu paradisiaque.

L'Uma Tôgenkyô est ce que vous pourriez appeler un pays, divisé en plusieurs régions. Il y a tout d'abord le Taki, une jolie cascade dont l'eau est d'une clarté et d'une pureté à vous couper le souffle. Je vous recommande beaucoup cet endroit. Elle possède un chouette toboggan qui ne cesse de tournoyer… Que de sensations !

Il y a aussi le Sekkai, une superbe vallée blanche que l'on pourrait confondre avec de la neige. Comment ? Oh, pardon. J'ai oublié de vous préciser une chose… Comme l'Uma Tôgenkyô se trouve au ciel, notre sol est fait de nuages durs.

Pour manger ? Nous ne sommes pas encore nés. Nous n'éprouvons donc pas ce besoin.

Après le Taki et le Sekkai, il y a aussi notre village, nommé Uma Sato, là où nous nous rassemblons tous pour nous amuser, nous reposer des longues heures passées à jouer et… Enfin, pour dire nos adieux à nos amis dont l'âme sœur humaine est prête à les accueillir.

Il y a tellement d'endroits à vous parler…. Comme Nagisa… Notre plage… L'eau est aussi pure et claire qu'au Taki.

Il ne pleut jamais, ni ne grêle et ni ne gèle. L'Uma Tôgenkyô est situé bien trop haut pour cela. Nous sommes suffisamment proches du soleil pour que la douceur de ses rayons nous caresse la peau mais nous sommes également assez proches de la terre que vous recevoir la légère bise du vent, fouettant notre crinière et nous rafraichissant.

C'est un endroit paisible à vivre et, bien que je sache que la vie auprès de notre âme sœur humaine nous apportera bien plus de bonheur et d'amour, je ne veux pas quitter cet endroit. Surtout en sachant que ce combien d'entre nous ont vécu, certains ne vivant pas assez longtemps que pour rencontrer sa moitié.

Car lorsque nous naissons sur terre, nous n'entrons pas directement en contact avec elle. Pour certains, cela prend quelques jours, d'autres des mois et d'autres… Des années. Je ne sais pas ce qu'il se passe durant ce laps de temps mais, par moment, lorsque je longe l'Ikken Kunou, le purgatoire du Tôgenkyô, j'aperçois d'anciens amis à moi et, lorsque je regarde leur maigreur, les blessures qui parcourent leurs corps, leurs yeux meurtris par la souffrance, je suis effrayé de découvrir ce qu'ils ont bien pu vivre, et qui pourrait m'arriver aussi…. Qu'il m'arrivera certainement. Parce que le nombre d'entre nous qui, une fois sur terre, arrivent au purgatoire grandis de jour en jour, nous effrayant nous, les non nés.

Je voudrais vraiment vous raconter ce qu'il se passe jour après jour à l'Uma Tôgenkyô, comment nous vivons, les autres endroits que je ne peux vous montrer en un jour tellement tout est vaste… Mais je me sens étrange et, entendant au loin l'appel au rassemblement au village, je me dois de vous quitter.

… Mon heure est venue…

Peut-être que mon âme sœur humaine sera vous…. Ou bien vous, là-bas, derrière votre écran d'ordinateur à lire mon histoire. Quoi qu'il en soit, j'espère que jamais, au grand jamais, je ne vivrais ce que tant d'autres vivent et que vous pourrez m'offrir ne serait-ce qu'un peu d'amour et de votre temps….

Au revoir et merci d'avoir pris du temps à m'écouter…

x-X-x

Bonjour. Je m'appelle Avril du Mury-Marais et j'ai un mois. Ma maman me dit que mon nom n'est que temporaire, que le jour où mon maitre viendra me chercher, celui-ci me donnera un nom définitif. Personnellement, j'aimerais bien qu'il le change… Parce que je suis né un premier avril et que, selon une coutume de ces étranges bipèdes, le premier avril est le jour où l'on se fait des farces.

Je m'étire tranquillement, baillant aux corneilles et tenta, désespérément, de me souvenir de mon rêve. Durant la nuit, un étrange endroit, situé bien au dessus de cet océan bleu rempli de tâches blanches que les humains appelaient « le ciel », m'était apparu en rêve. Un endroit où nous, chevaux, vivions avant de naitre. Un rêve bien ridicule n'est-ce pas ? N'empêche que, dans mon rêve, cet endroit était si magnifique…. D'une beauté à couper le souffle… Un véritable paradis !

Bref, pas le temps de rêvasser, c'est l'heure de la tétée !

FLASH !

Je détourne la tête, surpris par ce jaillissement de lumière qui était apparu derrière moi. Et je la vois, une étrange humaine plutôt petite mais pas trop. Elle avait de longs cheveux blond doré et ses yeux étaient une étrange nuance de trois couleurs : près de la pupille commençait le brun, arrivait ensuite le vert et enfin, une fine ligne de leu gris terminait ses iris. Mais, au contraire de tous ceux qui étaient déjà venu me voir, je n'eus pas peur d'elle. Mais je me rapprochais de maman quand même, ne savait-on jamais. Elle tenait dans ses mains une étrange boîte d'où je soupçonnais que l'étrange lumière apparue il y a peu en était originaire !

« Viens me voir mon beau. » Sa voix empreinte de douceur me rassura, comme se dessinait un doux sourire sur ses lèvres et que ses yeux brillaient d'émerveillement à me voir.

Je sus alors qu'elle n'était pas comme les autres. Les autres me regardaient d'un œil étrange, chuchotant tout bas que ma robe n'était pas très belle, ou bien que j'étais plutôt petit pour mon âge. Mais elle, elle me regardait comme si j'étais une merveille qu'elle voyait pour la première fois. Cette pensée me fit plaisir et je me surpris à penser que j'aimerais l'avoir pour maitre.

Mais je ne me faisais pas d'illusion… Les maitres gentils et pleins d'amour comme eux ne prenaient que les poulains qui leur étaient dignes. Moi, j'étais trop petit, et ma robe était banale… Bai noire. Je n'avais pas de balzane, ni de tâches sur le chanfrein.

« On se reverra dans quelques mois. J'ai déjà envie que tu viennes avec moi. Tu verras, je ne te frapperai jamais et je m'occuperai de toi comme si tu serais mon bébé ! »

Je poussais un petit hennissement, heureux qu'elle veuille de moi. Et j'attendis, avec impatience, les mois qui suivirent jusqu'au jour fatidique….

Le 4 août 2006.

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Bonjour, je m'appelle Saphir et j'ai deux ans et demi. Cela fait deux ans que je vis avec ma maitresse, Romina. Elle m'aime et ne cesse de me le montrer chaque jour de diverses manières. Je pense pouvoir affirmer sans modestie que je suis le poney miniature le plus chanceux du monde entier !