L'iPhone 5, dernier de sa génération!

Et iPhone réinventa l'iPhone. Plus fin, plus léger. Tellement plus dans tellement moins. Un écran rétina de 4 pouces. Pas simplement plus grand. Simplement plus parfait. Une connectivité plus rapide. Puce A6. Appareil photo iSight. iOS 6. Que demander de plus? Je ne sais pas. Je ne sais déjà pas ce que représente tout ce blabla. Je n'y comprends rien à la technologie moderne. Le train de l'évolution ne s'est pas arrêté à ma gare. Mais peu importe, nous vivons dans un pays où les gens naissent libres et égaux, même les plus idiots, alors je fixe la vitrine de la boutique Orange comme un bovin en attendant qu'elle ouvre.

Il pleut. Mais on s'en fout!

Les portes s'ouvrent, c'est la débandade. Plus un sourire, plus un bonjour, que le cri de guerre effrayant des adeptes d'Apple. Les heures s'écoulent sous une pluie qui n'est plus qu'un crachin, celle que l'on craint le moins, mais qui vous trempe insidieusement jusqu'à l'os à moelle.

— Tu as encore pris le noir?! s'exaspère une petite demoiselle à la tignasse sauvage.

— Le noir c'est plus élégant, lui répond la grande perche qui l'accompagne.

— Je n'aime ni le noir, ni le blanc, boude la première, c'est carrément des couleurs nulles! Ce serait sympa qu'ils fassent une édition rose.

Oui, elle doit aimer le rose. Ses vêtements me font mal aux yeux et me donne envie de vomir. Ou c'est la faim qui me noue les entrailles.

— Mais j'ai pris le 64Mo! Et grâce à mon abonnement je n'ai payé que 350€!

Vu de nez, c'est plutôt papa qui a dû débourser 350€ pour que sa chérie reste à la pointe de la mode.

— Ils m'agacent tous ces gens à se ruer sur ses portables! lâche un homme, pendu ironiquement à son téléphone, assis tranquillement à la terrasse du café qui fait l'angle à côté de l'entrée où je me suis abrité.

Ce n'est pas la première fois que je le vois. Il vient boire son café ici tous les matins en compagnie de madame qui prend toujours un décaféiné. Ils en profitent aussi pour commander des tartines beurrées auxquelles ils ajoutent de la confiture de framboise.

Elle se contente de hausser les épaules, alors qu'elle porte sa tasse fumante à ses lèvres. Je me détourne d'eux bien rapidement pour que nos regards ne se croisent pas. Les gens n'aiment pas ça.

— Yes! Enfin! s'écrit un petit gars bedonnant en sortant à son tour de la boutique, serrant son portable contre son cœur.

L'iPhone rend heureux; je rie. Je regarde tous ces gens vivre leur vie sans vraiment faire attention à eux. Une femme à hauts talons passe devant moi, s'arrête et revient sur ses pas. Dans le creux de ma main tendue et glacée, elle dépose une petite pièce jaune. Elle va rejoindre les quelques trésors que j'ai dans ma poche. Avec un peu de chance, si Dieu le veut bien, dans une heure ou deux, je pourrai m'acheter une demi-baguette. Et peut-être ma bouteille de réconfort. Ma chérie. Ma précieuse.