Et voilà, le dernier chapitre de cette version bêta des Chroniques de Carthaan. Je suis désolée de vous abandonner en si bon chemin, mais la correction viendra, c'est promis, en version Fictionpress ou en version livre, un jour, soyez-en sûr !

Merci pour les reviews, elles m'ont toutes fait chaud au coeur, et ce sont elles qui me poussent à écrire toujours plus, tous les jours, tout le temps ! A très bientôt j'espère, je vous adore tous !


Etrangement, Erwan ne se battit pas contre cette intrusion. Il serra les doigts sur le bord du buffet, pour se retenir à quelque chose de solide, et il laissa Ardal coller son torse au sien. Ils luttèrent ensemble pendant une minute ou deux, avant qu'Ardal ne décide qu'ils avaient besoin de respirer. Ils s'observèrent, essoufflés, en silence, puis le Prince de Janeva s'écarta en desserrant sa prise.

_ Je vous désire, Erwan.

_ … ah bon ?

Ils échangèrent un regard insistant. Depuis ce baiser, Ardal transpirait l'envie par tous les pores de sa peau, et Erwan n'était pas vraiment indifférent à de telles avances. Il lâcha le buffet pour s'accrocher à sa veste, et quand son poignet fut libéré, il serra ses doigts sur ceux d'Ardal. Il n'avait pas l'habitude de subir l'envie d'un autre : d'ordinaire, il était celui qui menait la danse. Ici, Ardal ouvrait la marche. Il se pencha à nouveau sur lui, et ils s'embrassèrent une fois de plus, appuyés sur le buffet. Erwan glissait sur le bord du meuble, et Ardal l'entraina dans ses bras. Ils tournèrent encore, traversant la pièce comme s'ils luttaient l'un contre l'autre, jusqu'à-ce qu'ils tombent sur le lit. Ils enlevèrent leurs bottes sans même y penser. Ils semblaient se combattre dans une curieuse danse, chacun refusant à l'autre le droit de prendre le dessus. Le lit était suffisamment grand pour qu'ils y roulent dessus plusieurs fois, jusqu'à-ce qu'Ardal réussisse à coincer Erwan entre lui et le matelas.

Il s'assit sur son bassin, l'empêchant de se débattre, et attrappa son poignet droit pour coller son dos contre les couvertures, et il se pencha pour l'embrasser encore. Erwan serra encore ses vêtements dans ses doigts, et tira même sur sa prise pour le sentir contre lui. Leurs souffles erratiques se mélangèrent, ils se regardèrent dans les yeux, et ensemble, ils partagèrent la même pensée – à quelques détails près.

Le premier à lancer les hostilités fut Erwan, cette fois-ci. Il tira avec une certaine violence sur la première couche de vêtements d'Ardal, et il envoya valser sa veste à l'autre bout de la pièce. Ils lachèrent un soupir d'envie au même moment, et Ardal posa ses doigts sur le torse de l'ancien Prince, venant délacer lentement les attaches de sa tunique. L'impatience lui arracha un grondement presque animal.

_ Je n'ai pas l'habitude de laisser quelqu'un d'autre décider dans ce genre de … ah. Situations.

Ardal venait de glisser ses doigts légèrement froids sous ses vêtements, et il s'amusait à les remonter lentement, effleurant sa peau, jusqu'à-ce qu'il ait écarté les deux pans de son vêtement défait.

_ Je peux vous apprendre, murmura Ardal.

Sa voix était tellement différente, qu'Erwan sentit un frisson remonter le long de sa colonne vertébrale. Il voulut protester, mais une bouche curieuse vint se loger dans son cou, remplaçant sa réplique cinglante par un gémissement involontaire. Il se cambra pour déloger l'intrus, mais Ardal était fermement campé, assis sur son bassin de tout son poids, et il ne fut même pas perturbé par ses tentatives. Erwan se redressa sur les coudes, mais il fut stoppé par un index posé sur ses lèvres.

_ Vous ne voulez pas ? Lui demanda le Prince.

Il laissa glisser ses doigts de ses lèvres à son cou, puis, le long de sa peau, effleurant son corps, léger comme une plume.

_ Je… pense que…

Ardal continua de descendre ses doigts, caressant son torse puis son ventre encore protégés par un fin tissu. Il pencha le visage pour nicher son nez dans le creux de son cou. Il l'embrassa doucement, alors qu'une mèche folle s'était échappée pour venir les chatouiller tous les deux. Il sentit Erwan remuer sous ses attentions, grondant presque de frustration.

_ Je peux arrêter si cela ne vous convient pas, Erwan.

_ Non ! S'exclama-t-il.

Ils échangèrent un regard, et Erwan eut la décence de rougir légèrement.

_ C'est-à-dire que… tenta-t-il.

Mais Ardal le coupa avec un sourire entendu :

_ Trop tard.

Il l'embrassa encore, impatient, et le souleva pour pouvoir lui retirer définitivement la première moitié de ses vêtements, jetant la tunique et la chemise légère en bas du lit. Quand il se rallongea contre lui, avec l'intention de le dévorer, il fut repoussé par les mains d'Erwan. Il avait réussi à se dégager suffisamment pour coller ses doigts sur son torse, et il poussait pour l'écarter. Il n'usait pas de violence, non, ce n'était pas comme s'il voulait qu'il s'écarte, mais plutôt qu'il se redresse. Alors Ardal céda à la légère pression, et il s'assit simplement là où il était, le chevauchant de toute sa hauteur. Erwan continua à remuer ses doigts jusqu'à trouver l'origine du laçage, et entreprit de le défaire. Ses doigts tremblaient Ardal vint poser sa main sur la sienne, et il l'aida doucement.

_ Vous êtes nerveux ? Je ne vous blesserai pas. Je vous le jure.

Ils défirent la tunique d'Ardal sans un mot de plus, et elle rejoignit le reste de leurs vêtements, au pied du lit, rapidement suivie par sa propre chemise. Ses doigts vinrent explorer chaque parcelle de sa peau, et tout deux se découvrirent un peu plus à chaque seconde. Le Prince se pencha sur lui, et commença à effleurer ses cicatrices, sur son torse, avec curiosité et respect. Erwan n'était pas si marqué, beaucoup étaient petites, discrètes. Une, en revanche, barrait son torse de haut en bas. Il se pencha à nouveau, et posa ses lèvres sur la plus grande marque, la parcourant lentement. Les abdominaux d'Erwan se contractèrent et il frissonna. Ardal sourit, embrassant son ventre tout plat, glissant sa langue sur une ancienne blessure, jouant avec son nombril, puis il planta ses dents dans sa peau, sans refermer la machoire. Erwan protesta. Ardal rit doucement, alors que ses doigts descendaient encore plus bas.

_ Aussi impatient que moi, hein… ?

_ Ardal, je… je ne suis pas sûr que…

Sa bouche vint l'empêcher de parler, et il cessa lentement de lutter, pour s'abandonner à cet ennemi. Cet ancien ennemi. Qu'était-il maintenant ? Il n'était pas un ennemi : il n'était ni en train de le menacer, ni de le blesser et les doigts d'Erwan, accrochés à Ardal en l'empêchant de s'écarter, prouvaient qu'il n'était pas non plus en train de le contraindre ou de le forcer. Non, il avait envie de lui. Il avait envie de le sentir, de le toucher, de le gouter. Il était comme hypnotisé, par ce corps élancé au dessus du sien.

Ils s'observèrent encore, alternant ainsi des moments calmes et d'autres, plus énergiques, où ils jouaient à qui aurait le dessus, sans jamais abandonner ni l'un ni l'autre. Au bout d'un moment, Erwan réussit à se dégager et se retrouva au-dessus. Il sourit, victorieux. Ardal releva le torse suffisament rapidement pour serrer ses bras autour de ses hanches et lever les yeux vers lui. Il saisit finalement le rebord de son pantalon, détachant les jambières, puis décrochant sa ceinture pour commencer à le faire glisser. Erwan se pencha alors, posa une main sur celle du Prince, et ils se dévisagèrent un moment, suspendus tous les deux dans leur action. Erwan posa une main à plat sur le matelas, juste à côté de la tête d'Ardal, et il l'utilisa comme appui pour l'aider à ôter ce qu'il lui restait de vêtements. Les frottements et la tension dans l'air avaient fini par le doter d'une certaine… envie, particulièrement visible désormais. Le brun se montra curieux. Ses doigts se faufilaient avec efficacité contre la peau d'Erwan, lui arrachant tantôt un soupir, tantôt un frémissement. Avec la main qui ne le soutenait pas, il essaya de faire ralentir Ardal, de s'échapper de son emprise, mais le Prince fut plus rapide et attrappa son poignet de l'autre main, pour venir l'attirer contre lui. Torse contre torse, Erwan était complètement à sa merci. Il serra les draps dans son poing, alors qu'un gémissement étouffé s'échappait de ses lèvres.

_ Là, dehors… commença Ardal, tu as peut-être l'illusion d'être libre. Mais dans ce lit, tu m'appartiens.

Sans lâcher le poignet captif, il accentua ses caresses, et Erwan commença à se tortiller délicieusement. Encore un moment, ils luttèrent l'un avec l'autre, mais le combat était devenu différent. Le souffle erratique, Erwan avait capitulé. Il ne luttait plus pour avoir le dessus sur Ardal, non, il avait admit sa défaite, il avait accepté qu'il mène la danse, mais il luttait contre lui-même. Il voulait résister, se tenir, ne pas se laisser submerger par son envie, rester lucide encore un moment. L'abstinence imposée depuis les dernières semaines ne devait pas seule expliquer ce qu'il sentait. Ses hanches ne répondaient plus à ses pensées, il avait envie, tellement envie d'Ardal ! Là, tout de suite, maintenant !

_ Ardal ! Laissa-t-il échapper.

Leurs yeux se croisèrent, Erwan put lire sur le visage d'Ardal le même désir, la même tentation.

_ Tu es mien. Conclut le blond.

Ardal acquiesça. Ils s'embrassèrent encore, sans décoller leurs torses, puis Ardal relâcha la pression légèrement, pour commencer à se déshabiller. Erwan l'aida, puis profita d'être libre de ses mouvements pour découvrir à son tour son amant. Il descendit en baisers humides et mordillements le long de son cou, puis il sourit contre sa peau, se faisant taquin, jouant avec ce qu'il avait sous les doigts, jusqu'à venir embrasser son ventre.

Rapidement, ils furent tous deux entièrement nus, tous leurs vêtements formant un petit tas au pied du lit. Erwan avait finit sur le dos, et il reprenait son souffle doucement. Ardal, lui, avait tiré sur eux un drap pour qu'ils soient installés correctement, et il se montrait très attentionné. Leurs corps s'étaient finallement un peu détendus, juste assez pour qu'ils ne se jettent pas l'un sur l'autre comme deux bêtes sauvages. Ils frémissaient à l'unisson, peau contre peau, et s'embrassaient jusqu'à-ce qu'ils ne puissent plus respirer. Le Prince de Janeva finit par se pencher pour attrapper un petit pot, et il laissa ensuite ses doigts courir en suivant une ligne de poils, puis il vint saisir Erwan. La paume de sa main était tiède, légèrement rugueuse, mais délicieusement agréable. Ardal commença un léger mouvement, et il put sentir son amant fondre doucement sous lui. Erwan avait les joues rouges, le souffle tressautant et les yeux légèrement dans le flou. Il finit par les fermer en plantant ses ongles dans les épaules du brun. Quand ce dernier commença à étendre sa curiosité, il se tendit un peu. Sa nervosité était palpable, et les légers baisers qu'il recevait dans le cou ne le détendaient pas.

_ C'est la première fois que… ? Commença Ardal.

Erwan hocha la tête. Ardal se redressa pour venir attrapper à nouveau son pot, et il l'ouvrit précautionneusement. Le blond se tortilla un peu, ses cheveux créant de drôle d'arabesques sur les oreillers, et il sursauta en sentant quelque chose de froid devant l'entrée. Le Prince lui murmurait des mots pour le rassurer, lui disant entre autres que ça allait se réchauffer rapidement. Il se cambra légèrement quand Ardal glissa un doigt curieux en lui, et malgré ses précautions, il trouva la sensation étrangement désagréable. Il laissa échapper une plainte, et Ardal le serra contre lui en poursuivant très lentement son exploration.

_ Chut, Erwan, regardez-moi. Voilà. Ca va être très vite agréable…

Il avait raison, bien sûr, mais Erwan ne se sentait pas prêt à l'admettre. Il colla son torse au sien, le nez enfoui dans son cou, et il y étouffa un gémissement. Le froid de la substance laissa rapidement place à une chaleur intense. Son amant se montrait très attentionné, veillant à-ce qu'il se détende avant d'aller plus loin. Il prenait absolument tout son temps, parvenant même à ignorer l'adorable manière qu'avait Erwan de se retenir et de se tortiller, tentant presque de lui échapper. Il sourit dans son cou, caressant sa peau et le serrant dans ses bras pour le rassurer et le détendre. Bientôt, un second doigt s'inséra en lui, et il se tendit un peu plus, pour finalement se détendre, peu à peu. Ses hanches commencèrent à remuer doucement, et il se cambra. Il connaissait la plupart des étapes que franchissait Ardal, pour les avoir lui-même pratiquées longtemps.

Plus rapidement qu'il le pensait possible, il se sentit entrainé dans un tourbillon de sensations. Son souffle s'accéléra, ses joues s'empourprèrent et son cœur et son esprit se mirent à battre la campagne. Il n'y avait plus qu'Ardal, dans ses bras, et des étoiles brillantes tout autour d'eux. Le brun lui demanda quelque chose, et il hocha la tête, avant de répondre par l'affirmative. Il n'était pas bien sûr d'avoir tout compris, mais il savait qu'il lui faisait confiance, et il n'avait plus les nerfs ni l'envie de reprendre le contrôle. Il s'aggrippa à ses épaules en le laissant guider, et il sentit qu'il retirait ses doigts pour présenter autre chose à la place. Il haleta légèrement, plantant ses ongles dans sa chair alors que son amant entrait en lui. La bouche à demi ouverte, il laissa échapper un gémissement, griffant sa peau pour se retenir un peu, mais ne réussit qu'à arracher un son similaire des lèvres d'Ardal. C'était à la fois douloureux et à la fois délicieux. Erwan regardait son amant sans le voir, les yeux embués par le plaisir. Ils commençaient à bouger, à l'unisson, évacuant leur frustration dans l'acte. Leurs deux corps se choquèrent, se frottèrent, et leurs bassins se rapprochèrent encore. Il ferma les yeux, laissant au Prince de Janeva tout le contrôle. Il profitait des sensations, s'accordant instinctivement à son rythme. Il sentit ses lèvres sur son torse, mais ne rouvrit pas les yeux. Il gémit, encore, quand Ardal accéléra les choses. Ils continuèrent ainsi un temps, alternant doux baisers et envolées sauvages, jusqu'à-ce qu'ils furent tous deux comblés.

Décoiffés, exténués, mais parfaitement détendus, ils s'allongèrent ensuite côte à côte, jusqu'à-ce qu'Ardal se dise qu'Erwan avait l'air très confortable. Il posa sa tête sur son torse, enroula un bras autour de son ventre, et tira le drap, qu'ils avaient perdu pendant leurs ébats, sur eux. Epuisé, autant physiquement que nerveusement, Erwan se laissa sombrer dans un sommeil profond, sans aucun rêve pour venir troubler son repos.

A son réveil, Ardal dormait toujours, lové dans ses bras, et il n'osa pas le réveiller. Il y avait tant de choses qu'il souhaitait lui dire, tant de choses qu'il voulait savoir, mais il n'avait pas le courage de précipiter les choses. Il observa le plafond, les murs, les meubles, en se demandant s'il allait devoir vivre ici le restant de ses jours. Est-ce qu'il considèrerait un jour cet endroit comme sa maison ? Non. C'était impossible. Sa maison était à Carthaan, son peuple était à Carthaan. Qu'avait-il, ici, pour lui ? Il posa les yeux sur l'homme endormi sur son torse. Son esprit bouillonnait à présent de mille questions. Et lui, il dormait. Quel ingrat ! Erwan eut un léger sourire, comme si le côté dramatique de la situation n'avait aucune importance. Puis il se dit que c'était le cas. Son père l'avait renié, son peuple allait un jour l'oublier et lui tourner le dos. Henry allait certainement le déclarer « traitre à la nation » dès qu'il apprendrait ce qu'il avait fait ici-bas – après tout, pour une fois, ce serait peut-être justifié. Qui allait lui accorder à nouveau le pouvoir qu'il avait eu dans son pays ? Qui allait un jour lui rendre ce devoir, ces responsabilités ? Après tout, n'était-il pas mieux ici ? Après tout, n'avait-il pas été abandonné par son ancienne vie ? Est-ce qu'il avait le droit de recommencer, ici ? De mener une vie banale, de s'enrôler comme soldat et de dévouer sa vie à une cause qu'il aurait choisie ? Peut-être bien. Mais sûrement pas. Ce n'était pas son genre. Même maintenant, il se sentait terriblement attaché à ses racines. A son sang. A son pays.

Négligemment, il laissa les doigts de sa main droite dessinner quelques arabesques sur le dos endormi. Il effleurait la peau d'Ardal, et se délectait silencieusement des fremissements qu'il sentait. Il sentit un petit accroc sur le haut de son épaule, en y passant la main, et il se souvint qu'il l'avait griffé. Ils allaient sûrement avoir quelques marques, oui, tous les deux, mais rien qu'ils ne pourraient pas faire passer pour des blessures quelconques. Après tout, un soldat qui s'entrainait avait toujours des bleus partout. C'était commun. Ardal commença à remuer un peu, et Erwan continua son manège, puis commença à le chatouiller distraitement. Ardal gigota. Erwan sourit.

Ils chahutèrent gentiment quelques minutes, jusqu'à-ce qu'Ardal se redresse et le regarde fixement, le regard encore un peu ébahi.

_ Vous êtes… un démon, murmura-t-il.

_ Un grand tentateur, à-ce qu'il parrait.

Ils ne se quittèrent pas des yeux, puis ils furent pris d'un fou rire, tous les deux au même moment, sans savoir s'ils riaient de leur situation ou si c'était complètement nerveux. Il s'écoula un temps interminable avant qu'ils arrivent à se calmer. Ils s'assirent sur le lit, observant tous les deux la pièce comme s'ils essayaient de remettre dans l'ordre les évènements de la veille. Aucun des deux n'osait en parler maintenant. C'était quelque peu gênant. Ardal mit fin à ce moment de flottement en allant se laver. Malheureusement, cela laissait Erwan seul avec ses pensées. Il avait un peu mal au dos, et la veille l'avait laissé tout courbaturé. Ils échangèrent rapidement leurs places, et Erwan noya toutes ses inquiétudes dans l'eau chaude. Il voulait tout oublier. Est-ce qu'il avait le droit ? Est-ce qu'il pouvait se laisser glisser, et attendre qu'il se passe quelque chose ? Il se sentait coupable. Mais n'avait-il pas mérité une pause, après toutes ces années ?

Ardal lui donna de quoi se vêtir correctement, d'après lui, c'était quelque chose qui seyait autant à son statut qu'à ses habitudes de guerrier. Erwan avait simplement hoché la tête, mais son cœur se sentait plus léger après avoir enfilé une tenue presque familière. Ca avait l'air précieux, et en passant ses doigts sur une couture, il comprenait que c'était un travail bien fait. La tenue n'avait pourtant pas de fioritures, pas de richesses visibles, seulement du tissu et du cuir. Il resta un instant pensif, à contempler les fines gravures sur les canons en cuir de ses avant-bras. Son compagnon sortit rapidement, et revint au bout de quelques minutes. Il lui tendit un petit paquet, enveloppé dans un tissu.

_ Qu'est-ce que c'est ? Demanda-t-il en le prenant.

_ Votre laisser-passer.

Il le déplia précautionneusement, curieux. C'était une épingle, une sorte de broche peut-être, et devant son regard sceptique, Ardal lui tapota le torse.

_ Epinglez-le.

Il le fixa donc sur le col de sa veste. L'insigne représentait une sorte de dragon, peut-être simplement un serpent aîlé, dont le bout de la queue était enroulé sur elle-même, vers en haut. L'objet était en métal, peut-être du bronze peint, et d'une couleur sombre, oscillant entre le marron et le vert foncé. Une minuscule émeraude, verte et scintillante, était utilisée pour l'œil de la bête. Ardal expliqua :

_ C'est le symbole de la famille impériale de Janeva. De ses serviteurs. Cela indique à tous les habitants du pays que vous nous appartenez et qu'ils n'ont pas intérêt à venir vous chercher des problèmes.

Edward baissa la tête.

_ Je vois.

Ardal lui tendit la main, et il l'attrappa pour se lever. Il lui expliqua que la nouvelle allait très bientôt faire le tour du palais, de la capitale et du pays. Que ce ne serait qu'une question de temps avant que chacun s'habitue à la présence de cet ennemi entre les murs d'Einior. Pour accélérer les choses, il décida de lui faire visiter les lieux. Il passa une bonne partie de la journée à marcher, voire trottinner légèrement derrière Ardal, silencieux et fidèle comme un bon petit chien. Il se demanda distraitement si Ardal n'avait pas un autre devoir plus important à faire, mais il comprenait qu'il sacrifiait sa journée uniquement pour qu'il puisse se promener à sa guise sans être assaillit. Erwan essayait de faire bonne figure, ce qui n'était pas chose aisée, compte tenu de sa situation. La plupart de ceux qui le croisaient affichaient de l'indifférence. Qu'aurait-il pu obtenir d'autre ? Il était un paria. Heureusement, il préférait être ignoré qu'agressé.

Vers le milieu de l'après midi, après un repas rapide dans les appartements d'Ardal, ils se dirigèrent vers un second bâtiment, plus à l'écart des autres. Ardal poussa la porte en bois, et Erwan découvrit avec délectation une scène particulièrement agréable : deux rangées de soldats, épées à la main, qui s'entrainaient. Un vétéran apperçut Ardal, et il fit s'arrêter tous les hommes présents, qui saluèrent alors leur prince comme un seul homme. Les yeux d'Erwan brillaient autant que ceux du Prince de Janeva.