Chapitre treize : Cacher ses Larmes …

Ca faisait… Mal, oui pas d'autres moyens d'exprimer ce qu'elle avait sur le cœur… Elle recourait à une automutilation de circonstances, discrète pour que rien n'apparaisse clairement. Pourquoi fallait-il que Neils se conduise de la sorte ?! En plus elle le couvrait… Pauvre Chose ! Hildegarde souffla sur la bougie, le sommeil refusant toujours de lui apporter sa quiétude, soulager son âme meurtrie par la culpabilité. Elle ne parvint pas à une nuit complète… Demain, il partirait, que se passerait-il par la suite ? La jeune fille secoua vigoureusement la tête, de quoi se souciait-elle ?! Emilien…Ce nom maculait sa conscience de lames trempées dans de l'acide… Mais que lui apporterait-elle, il fallait se montrer lucide : rien, elle ne constituait pas une protection, ni une aillée… Un témoin principal si l'affaire venait un jour à sortir de cette maison. À cette idée, elle sentit le froid l'envahir… Non, trop de choses en tête incompatibles avec le sommeil l'agitaient ! Elle étendit le bras dans l'espoir d'atteindre le recueil de poésie.

Miha, assis au milieu de sa chambre renonça aux charmes de Morphée dès qu'il comprit que songer à dormir relevait de la pure utopie. Esteban occupait chacune de ses pensées, s'il venait à lui arriver malheur, l'adolescent ne s'en remettrait pas. Sans compter leur dispute tourbillonnant dans sa tête, les phrases passant en boucle, ces reproches cinglants qu'il lui balançait en plein visage, sans tenir compte du reste… Il se leva, avançant vers la fenêtre dont il ne tirait pas automatiquement les volets, il posa sa main sur la poigné de plastique incolore permettant l'accès au balcon. Vêtu d'un simple short gris ainsi que d'un T shirt plus que trop grand pour lui qui, à lui seul remplissait la fonction de vêtement nocturne il s'engea dehors. Il réservait à cette partie de sa chambre l'emplacement de ce que ses géniteurs, son petit frère ne devaient pas connaître l'existence : son briquet, ses cigarettes, voire davantage, en fonction de ce sur quoi il ne voulait pas que sa famille tombe.

L' adolescent caressa mécaniquement ses cheveux blonds, plia les genoux, avançant sa jambe gauche s' en servant de bâton improvisé lui permettant d' atteindre le fond du meuble, il récupéra le petit emballage en partie entamé, puis renouvela l' opération ramenant à lui l' ustensile partiellement plastifié. Le vent ne soufflait pas, les étoiles irradiaient de concert. Le garçon trouva ces bijoux célestes inexplicablement distants, froids, dénués de charme et de douceur. Son mal être altérait sa vision de son environnement, il fallait qu'il essaye de se reprendre : ou les cernes parleraient pour lui. Un frottement, une pression énergique du pouce, voilà l'Affamée, prête à dévorer le monde mais ce soir cette ravissante demoiselle de feu ne servira qu' à roussir le bâton de Thanatos. Dire qu'avant il détestait cette habitude, or le temps passait, avec lui grandissaient ses appréhensions. Là elles atteignaient leur paroxysme entrainant un besoin compulsif de...S'en griller une. Au bord du gouffre il envisagea de contacter Stern, entendre juste sa voix, si douce, si apaisante… Comme cette perspective le réconfortait. Miha Zver assumait sans honte de ne pas agir de façon virile. Honnêtement, ce concept d'un autre âge le faisait vomir !

Esteban ne dormit pas à l'instar de ces deux connaissances. Pas à cause du départ, non ce genre de désagréments n'existaient pas dans l'univers où évoluait le jeune Colombien s'il ne répondit pas aux attentes de la nature, il ne fallait pas chercher la réponse bien loin. Une fête, laquelle l'accapara jusqu'à ce que le soleil ne révèle ses premiers rayons, indiquant au garçon le moment de tirer sa révérence. Il gratifia ses hôtes d'un sourire éblouissant avant de prendre congé d'eux. Premier à la gare, il retira sa veste exposant au grand jour ses attributs de taulard, lui qui pourtant ne passa pas la plus petite nuit au poste, savoureuse ironie. Levon chargé au possible, croulant sous le poids du matériel technologique qu'il se voyait contraint d'emporter avec lui le rejoignit tenant à peine sur ses jambes. Ils n'échangèrent pas un mot, leur relation se résumait au « travail » pour l' essentiel. Ils ne détestaient pas, or leur conversation se bornait au minimum syndical. Le malaise du jeune Hacker était perceptible dans le moindre de ses gestes, il n'en pouvait plus de cette tension à couper au couteau, que quelqu'un vienne briser la glace… Une entité supérieure dut le prendre en pitié car la délivrance ne tarda pas. Matérialisée en la personne de Stern… Enfin, c'était vite dit compte tenu des évènements de la veille : un Miha en larmes passant sa rage et sa douleur sur une bouteille, la pauvre ne demandant pourtant que la tranquillité, espoir détruit, au même titre que sa forme première… Neils apparut, sûr de lui, rempli d'une suffisance appelant pratiquement au meurtre. Il salua le trio avec décontraction, visiblement : lui partait en vacances, avis que le reste du groupe ne partageait absolument pas. Quand ils affichèrent complet, vint le moment de la montée des bagages, compliqué par les affaires du jeune Arménien, lequel s' excusa muettement d' imposer cette charge impossible à assumer seul, encore plus véridique dans son cas son âge ainsi que son gabarit justifiaient cette assistance… Le train démarrait quand Miha cédant à la fatigue posa sa tête sur celle de Esteban les yeux désormais clos. Levon, alluma son ordinateur, le connecta, suivant les instructions de Neils, agissant aussi de sa propre initiative quand il pouvait se le permettre, il se conformait à son rôle, ni plus, ni moins.

Stern réfréna sa jalousie grâce l'image d'Emilien… Le revoir le réjouissait, or savoir que cela impliquait de réveiller ses souffrances… De…Non… ! Ce visage… Cette résignation… Souvenirs confus de leur nuit, basée plus sur les sensations que sur les faits, depuis le temps qu'il en crevait putain ! Il ne voulait pas le baiser, ressembler à ces types qui sortaient leurs billets pour le plaisir de lui passer dessus ! Dire qu'Esteban formula un jour le désir de le posséder, le violer ou non ne semblait pas peser lourd dans sa balance personnelle…Forcément il ne devait pas toucher un mot de cette conversation à Miha, sinon il le perdrait définitivement ! L'occasion de blesser le jeune cambrioleur se présenta à lui, cependant l'intéressé ne put se résoudre à la saisir, pas comme ça, pas de cette manière. Il valait mile fois mieux bordel ! Décidément : ce mec ne comprenait rien… Au début, il ne réagit pas, se préparant mentalement à subir, accepter, encaisser puisqu'il ne lui restait que cette option… Mais, ce ne fut pas le cas… Même s'il lui manquait jamais il n'aurait permis à Neils de le retrouver, encore moins de lui faire du mal… Oui : impossible d'appeler cette chose par son nom !

La main de Quentin tremblait presque alors qu'il s'emparait du stylo plume. Il comptait passer aux aveux, cette mascarade n'avait que trop duré : la visite d'Emilien prouvait qu'il ne pouvait plus rester ainsi… Autant tout arrêter avant que la situation ne dérape, n'échappe pour de bon à son contrôle…Irréversible…Irréparable, pas question ! Il se prépara mentalement à écrire alors que les mots naissaient sur le papier, ses larmes suivaient, constellant certains endroits de la lettre de tâches plus foncées. L'encre bavant quand elles rencontraient les eaux de l'âme, des tracés maladroits, des ratures, quelques projections bleu sombre… Sa propre lâcheté lui faisait honte…

À vous tous

Je n'ai pas été honnête avec vous concernant ma relation avec mon beau père… De qui je me moque je vous ai menti…Il ne m'a jamais rien fait, il ne se soucie pratiquement pas de moi, c'est peut être un coureur de jupons mais il ne ressemble pas du tout au type horrible que vous avez pu imaginer. Son infidélité et son besoin de nouvelles conquêtes sont les seuls traits négatifs que je peux pointer. Comment lui en vouloir puisque ma mère n'est jamais là, trop prise par sa carrière de musicienne internationale.

Je n'ai pris conscience de ce que j'avais fait que très récemment, avant je n'étais pas vraiment capable de réaliser à quel point ce que je vous laissais croire était horrible, atroce… Je ne m'attends pas à ce que vous pardonniez, ni même que vous m'adressiez de nouveau la parole, j'accepterai votre rejet, de disparaître pour de bon vos vies à tous, je ne mérite pas mieux…Ce rappel de la réalité est à l'origine de ma tentative de suicide je ne pouvais pas affronter mes actes, je préférais encore fuir que d'avoir à supporter vos regards…

David, c'est à toi que je dois le plus d'excuses, même si aucune ne pourra effacer le mal que je t'ai causé. Tu sais à quel point depuis la mort de mon père et que comme ma mère n'est jamais là, j'ai besoin de quelqu'un et que j'ai toujours peur que les gens me laissent, c'est ma plus grande hantise. Je ne cherche pas à me justifier je te rassure… C'est vraiment immonde j'ai fait tout ça parce que je t'aime… Je me suis moqué de toi avec mes mensonges, mes comédies, de toi plus que de personne car ça t'affectait énormément… Voilà je ne suis pas une victime, la vraie ce n'est pas moi. Si j'ai paru souffrir, je ne peux donner comme justification que ma nature timide et craintive, cette peur de perdre les gens auxquels je tiens, qu'ils se détachent de moi. Ce que arrive aujourd'hui est la conséquence de ce faux secret que vous ai tous obligés à porter : je vous en libère pour de bon, vous n'avez pas à assumer pour moi. Merci encore, vous avez été si gentils avec moi, toujours prévenants, à m'écouter, me soutenir, parfois à passer mes caprices, mes états d'âme sans jamais me faire le moindre reproche. Je vais abréger cette confession aussi inutile que ridicule, à partir de maintenant je ne vous embêterai plus, vous n'avez plus à vous soucier de moi.

David, encore pardon, on n'oblige pas les gens à se sacrifier pour soit… Mon amour pour toi m'a complètement aveuglé, tu as tellement du porter par ma faute… Rester calme devant ma pseudo crise de jalousie. Je pense que c'était plus facile de jouer que d'admettre que je te blessais. De nous deux c'est moi le plus égoïste… J'ai voulu te garder pour moi, je t'ai privé de ta liberté pendant dix ans.

Encore une fois infiniment pardon

Quentin

Une dernière chose, s'il te plait David, je sais que je t'en demande encore beaucoup mais fais attention à Emilien, il a réagi de manière trop excessive pour que ce soit juste le choc de la personne « normale » c'est ma dernière requête je te le promets…

La chaleur…Voilà ce qui frappa Stern dès sa descente du train. Étrangement, bien que Slovène des deux côtés de sa famille, Miha n'en parut pas incommodé le moins du monde. Esteban, lui démontra son indifférence au climat local en gardant son épaisse veste, ne montrant aucun signe indiquant souffrir du soleil. Levon, plongea la main dans le sac à son dos dont il sortit une casquette basique, la posa sur sa tête de sorte que la visière dissimule aussi son visage. Neils ne disait rien, il avait choisi de les laisser dans l'ignorance, à croire

que cette conduite le confortait dans sa mégalomanie. Véridique ou totalement absurde, le jeune faussaire voyait la situation sous cet angle. Le quatuor suivait leur « Chef » d'un pas incertain.

Il guettait, assis à sa table, devant les suppliques de Nikola et Cameron il se montra trop faible pour refuser… Décidément ces deux gosses recueillis le manipulaient pour obtenir gain de cause. Il suffisait de prononcer le nom de son neveu pour que ses protégés deviennent hyperactifs…Or, il en pâtissait toujours. A l'heure actuelle, les enfants confondaient le lit et un trampoline, bondissant de plus en plus haut, entamant le concourt de qui crierait le plus fort, battrait le record de bêtises en quelques minutes… Le White Nigth n'allait plus ressembler à rien… Quelle idée de les amener avec lui ! Pourtant, ces ils avaient insisté, autant l'un comme l'autre… Vaincu par des mômes de 12 ans… Il faisait un piètre révolutionnaire. Pas d'aide, forcément, le personnel du club venait de prendre ses congés, pile quand il aurait eu besoin d'adultes supplémentaires pour tempérer le duo survolté… Dans le cas contraire ce n'aurait pas été amusant… Haha !

Enfin, la délivrance : Neils...Nikola, lui bondit dans les bras manquant de le faire chavirer alors que Cameron le gratifiait de son plus grand sourire piaillant à moitié son nom. Ce spectacle déroutait Levon, si étonnant de voir ce garçon dont il craignait le moindre changement psychique se montrer d'une telle patience, faire preuve d' autant de maturité…Il ne le reconnaissait pas, lui d' ordinaire si exigeant, si peu enclin à tenir compte de quelqu'un hormis lui… Ici, il dévoilait un aspect à l' opposé de tout ce que le jeune Arménien croyait savoir, avoir compris sur le fils Larsen, une personne inconnue se présentait presqu'à lui…