La chute ne fut pas dure comparée aux attentes de Séléna et de ses acolytes, après plusieurs mois de marche et de dérive, ils avaient trouvé la crypte des âmes et après la chute du géant qui terminait la marche, toute la petite troupe était tombée les uns après les autres en effet domino dans un trou qui devait être l'entrée.

De l'eau ?! Pensa Séléna.

Celle-ci nagea jusqu'à la surface puis guetta l'arrivée de ses compagnons en détaillant rapidement la pièce autour d'elle, des grandes fresques taillées dans la roche représentant les sacrifices et les rites d'une religion disparue, à une hauteur d'à peu près vingt-cinq mètres se trouvait le trou par lequel ils étaient tous tombés. Tif, la jeune alchimiste remonta à la surface, prit une grande bouchée d'air puis lança°:

- Où est-ce qu'on est tombé?

- Je crois qu'on y est, répondit doucement Séléna.

Bam le cyclope, cause de leur chute, remonta à son tour et sans même prendre le temps de respirer il hurla de sa voie gutturale :

- Ouais Bam dans cave !

- Bam, chuchota Séléna, il faut être silencieux.

- Bam chuchote maintenant, répondit-il de sa voix la plus basse.

- Où est Hunter, demanda l'experte en potion Tif.

Ils se regardèrent tous avant de lancer :

- Son armure !

- Séléna vas-y, tu es meilleure nageuse que nous et puis tu as la magie.

Séléna prononça quelques incantations avant de plonger.

« Avec ça, je devrais avoir assez d'air pour le repêcher »

Plus bas, elle remarqua un débris argenté descendant doucement vers le sol, nageant du plus vite qu'elle pût, elle le rattrapa. Ses craintes se révélèrent vraies, l'armure d'Hunter l'avait fait couler à pic, celui-ci se débattait pour la retirer mais rien n'y faisait, le plastron ne voulait pas lâcher prise. Celui-ci la remarqua, puis montra son dos, derrière lui, sa cotte de mailles s'était accrochée à la sangle de son plastron, elle le détacha par magie puis sentit son sort d'oxygénation faiblir.

« Bon sang pas maintenant »

La descente l'avait fatiguée et elle n'aurait pas la force de les porter tous les deux, elle défit les nœuds par magie puis inspira un grand coup avant de coller ses lèvres à celles d'Hunter et de lui donner son air restant. Juste avant de sombrer, elle vit le guerrier remuer, puis le noir total.

Bam et Tif se trouvaient à présent dans une cavité hors de l'eau.

- Bam, va les chercher s'il te plait, demanda l'alchimiste.

Le géant plongea puis remonta quelques secondes après avec Hunter et Séléna sur son dos, sur la cavité, le guerrier sauta :

- Séléna ne respire plus, fait quelque chose Tif !

Celle-ci sortit une fiole de son manteau en murmurant ;

- Deux doses et des excréments de dragon.

Avec un compte-gouttes, elle versa deux gouttes d'un liquide verdâtre dans la bouche à Séléna puis glissa une autre fiole sous son nez, celle-ci ne se réveillant toujours pas, Tif appliqua une goutte de la deuxième fiole sous le nez de la magicienne. Instantanément, Séléna ouvrit les yeux, se redressa, plongea dans l'eau et remonta en hurlant :

- Ce que ça pue bon sang ! D'où ça vient ?

- C'est des excréments de dragon, pardon d'en être arrivé là, s'excusa Tif.

Soudain, un cri suraigu à glacer le sang retenti, Bam dégaina son gourdin tandis que Hunter posait la main sur le pommeau de son épée.

- Qu'est-ce que s'était, demanda Tif.

- On les a réveillés, répondit Séléna.

Quelque chose frôla la cheville de Séléna qui murmura une vielle phrase de sa famille sensée repousser le mauvais sort, elle grimpa sur la berge puis sortit son grimoire sec de son manteau, tous la dévisageaient quand elle lança blasée :

-Vous ne connaissez toujours pas tous mes sorts de protections, ne vous exclamez pas à chaque fois. Onaga Mirdäg, Minena Lagourfa !

Ils lâchèrent tous un cri quand le sort s'appliqua.

- Bam aime pas poisson.

- Séléna, qu'as-tu fait, s'enquit Hunter.

- Je nous ai permis de voir s'il y avait quelque chose de nocif dans cette eau et d'après ce que nous voyons tous, c'est… Comment dire, de taille.

En effet, après application du sort de la mage, ils purent apercevoir une géante masse sombre nager dans le bassin dans lequel ils avaient atterri.

- Y'a pas un moyen de s'en débarrasser, s'exclama Tif.

- Par magie je ne peux rien contre cette créature tant que je n'ai pas pénétré son âme.

- Pourquoi ne le fais-tu pas, s'énerva l'alchimiste.

- C'est…c'est une créature ancestrale, elle a des millénaires d'expérience et si je tente un assaut, je…je vais avoir droit à une contre-attaque, hésita celle-ci. Déjà qu'on m'a déjà repérée…

Séléna tremblait, elle se mit à paniquer intérieurement jusqu'à se cloîtrer dans le coin le plus protégé de son esprit, elle s'éloigna de l'eau et se recroquevilla contre le mur du fond avant de psalmodier des propos inaudibles.

- Que fait-elle, demanda Hunter.

- Elle se retire au plus profond d'elle-même, la créature où dieu sait qui a dû passer à l'assaut, répondit Tif à voix basse, en gros elle est hors course pour un moment.

- Que faisons-nous ?

- Bam donner leçon au gros poisson.

Soudain une petite lumière sortit de l'eau non loin de la berge, Bam s'exclama :

- Loupiote ! Loupiote !

Il sauta à l'eau:

- Bam chercher lumière !

Séléna s'agita :

- Non non non !

Bam étant un cyclope qui devait bien mesurer plus de quatre mètres, mais la mâchoire qui jaillit de l'eau était si grande qu'elle aurait pu attraper une maison de fermier, le champ de celui-ci et toutes les bêtes avec. Bam n'eut pas le temps de se retourner qu'il fut gobé cru par la créature en poussant un cri tétanisé. Tif se pencha et sortit des poignées de fiole qu'elle se mit à mélanger tout en chantonnant :

- Du feu, il me faut du feu.

Séléna chuchota :

- Onaga Mirdäg, Mingra.

Un petit feu s'alluma près de Tif qui continua son mélange. Hunter tremblait de tous ses membres, quand soudain une dizaine de corps tombèrent du trou en hurlant.

- Des humains, s'exclama le guerrier.

- Ne les repêche pas lâcha Séléna froidement.

- Séléna…je suis un guerrier du roi, je suis dans l'obligation d'aider mon peuple !

La magicienne ouvrit son grimoire et prononça :

- Onaga Mirdäg, Udra no Imulcum dar Inna Portodre…

Elle fut baffée violemment par Hunter qui hurlait :

- Je t'interdis de les tuer !

- Nous n'avons pas le choix tu préfères qu'ils souffrent, lui cracha-t-elle au visage.

- Non nous allons les sauver, regarde y'en a un qui est presque là !

Hunter se pencha au bord de l'eau et attrapa la main d'un homme, l'homme affichait un grand sourire empli de gratitude, mais celui-ci s'effaça rapidement. La créature bondit et happa l'homme dans sa gueule.

Séléna et le groupe eurent le temps d'entrevoir la tête du monstre, pas d'yeux, une grande gueule remplie de dents plus acérées encore qu'un rasoir et une horrible tête couverte de croûtes.

Hunter sursauta, il ne restait plus que le bras de l'homme dans sa main, avec un mouvement de recul il lança le bras aussi loin que ses forces lui permirent.

- Fini, cria Tif, j'ai concocté un poison foudroyant à partir d'eucalyptus ! Il ne résistera pas une minute !

- Tu peux tuer quelqu'un avec de la menthe, s'exclama le guerrier.

Séléna ferma son grimoire et prononça :

- Onaga Mirdäg, Arnakram Irugu…

- Arrête, l'interrompit Tif, tu es à sec encore un sort et c'est la mort ! Laisse moi faire.

Elle balança à l'eau le contenu de plusieurs fioles puis lança :

- Minervus Potitus, Arnakram Irugui Panajiol Deafs.

Hunter se releva et annonça :

- Faisons en sorte que ces sacrifices ne soient pas vain.

- Séléna.

- Oui, je vais voir s'il est en vie.

« Pitié mon dieu faites que cette chose soit morte. »

Séléna entrouvrit son esprit, elle perçut immédiatement les esprits autour d'eux, elle se concentra sur les esprits de Tif et de Hunter puis regarda autour d'eux.

Elle ouvrit les yeux :

- Je ne sais pas si cette chose est en vie, mais il y a des esprits partout dans cette salle, cet endroit est maudit ! Sortons d'ici !

- Séléna, on n'a pas fait tout ce chemin pour rien, objecta Hunter.

- Je prends le premier tour Hunter, toi et Séléna dormez, vous êtes à bout.

Le guerrier rejoint Séléna au fond de la cavité :

- Ferme ton esprit et repose-toi.

Hunter lui tendit son épée par le pommeau :

- Sers-toi de l'énergie se trouvant dans le rubis pour te remettre.

A peine eu-t'elle posé sa main sur la pierre qu'un flot d'énergie la submergea, toute son énergie revint à elle. Séléna sourit :

- Merci, mais dis-moi d'où sors-tu une pierre aussi puissante ?

- Mon maître a passé sa vie à la remplir de son énergie et il m'a légué son épée. Le truc, c'est que je sais même pas lancer un seul sort !

Séléna sécha ses vêtements et ceux de ses compagnons par magie puis tandis que la lumière du soleil disparaissait peu à peu de l'ouverture du plafond elle s'installa enroulée dans sa cape contre la paroi au fond de la cavité. Tif prit le premier tour de garde tandis qu'Hunter épuisé s'écroula sur le sol.

Quelques rayons du soleil filtraient à travers l'ouverture du plafond tandis que Tif ouvrait les yeux. Hunter avait pris le deuxième tour de garde au cours de la nuit pour laisser Séléna dormir.

Il s'approcha doucement de la magicienne et secoua légèrement son épaule en chuchotant :

- Séléna. On se lève.

C'est alors qu'elle tourna la tête vers lui et dans un mouvement de recul le guerrier remarqua d'énormes cernes sous les yeux de la jeune femme puis ajouta :

- Tu n'as pas dormi ?

- Tu…tu crois que j'ai…que j'ai pu, bégaya-t-elle.

Tif se levait puis s'approcha de Séléna :

- Il n'y a que toi qui les entends, comment ça se fait ?

- Quelles sont les méthodes d'éradication qu'utilisent les esprits ? demanda Hunter.

Tif hésita puis ajouta :

- Ils tuent d'abord ceux qui peuvent leur nuire, c'est-à-dire les magiciens.

- Non, ils commencent par faire quoi, insista Hunter.

- Ils s'en prennent à son esprit jusqu'à épuisement total et…

- Prennent le contrôle de leur hôte, acheva le guerrier.

- Alors, continua Tif, qu'est-ce qui nous dis si c'est encore elle ?

- Rien pas même une question privée, car ils liront instantanément dans sa mémoire.

Séléna remua puis ajouta :

- Passons, quelqu'un à un plan ?

- Non, répondirent Tif et Hunter.

- Moi si, j'en ai même deux.

Elle s'assit en tailleur puis désigna le trou au plafond :

- Alors soit je puise dans l'énergie dans l'épée de Hunter et je nous transporte tous les trois en volant à l'extérieur et on oublie cette histoire, soit…soit je vide la pièce de son eau vers le plafond pour pouvoir accéder aux étages inférieurs et trouver ce que l'on cherche.

- On vide l'eau, lança Hunter.

- Je suis d'accord avec lui, lança Tif.

- N'oubliez aucuns détails, je ne sais pas combien de temps je pourrai encore tenir aux assauts de ses esprits.

- Tu puisera dans mon rubis, proposa Hunter.

- Mais ton rubis ne tiendra pas éternellement surtout avec la dépense pour déplacer une telle masse d'eau et je suis sûre qu'en bas le monde n'est pas rose non plus.

La magicienne ouvrit son grimoire en soupirant et effleura le pommeau de l'épée :

- Onaga Mirdäg, Hatter Junkonkus Mikarus Ornéva !

Soudain un torrent d'eau jaillit du lac pour s'engouffrer dans l'ouverture du plafond, lentement l'eau se vidait du réservoir. Au bout de quelques minutes, Séléna sentit ses forces défaillir et les esprits venir frapper ses protections mentales, elle posa un genou à terre tandis qu'Hunter lui mit l'épée en main. Elle repoussa les esprits d'une grande claque d'énergie et augmenta le débit de l'eau, soudain une conscience différente des montres effleura sa barrière de défense, puis une voix résonna clairement dans sa tête :

« Qui es-tu étranger pour puiser l'énergie du rubis de mon apprenti ? »

« Vous êtes le maître de Hunter? »

« J'ai transvidé une partie de mon esprit dans cette épée, je répète une dernière fois étranger, qui es-tu? »

« Je suis Séléna, fille de personne, apprentie magicienne et une amie de votre apprenti. »

« Pourquoi puises-tu autant d'énergie? »

« Nous sommes en pleine quête pour récupérer un objet, pour continuer il fallait dégager une grande quantité d'eau et je ne possède pas d'aussi grandes réserves d'énergie. »

Il ne restait plus que quelques centimètres d'eau quand Séléna interrompit le sort et tomba à genoux. Sa vue se troubla puis le noir complet.

Séléna se sentait comme bercée, mais avec d'horribles migraines et des hurlements perçant ses tympans. La jeune mage ouvrit doucement les yeux, d'abord surprise par le noir, puis remarqua qu'elle était sur le dos de quelqu'un, celle-ci remua pour se relever quand une voix familière la sortit de son état léthargique :

- Hé Séléna est réveillée.

- C'est pas trop tôt, s'exclama Tif.

La mage donna un léger coup de genou à son porteur pour que celui-ci la repose au sol, il s'exécuta :

-Tu peux marcher ?

- Ca ira, répondit la concernée.

- N'en fais pas trop, s'enquit le guerrier.

Se remettant doucement sur ses pieds la jeune femme continua :

- Où sommes-nous ?

- Nous avons avancé dans une galerie qui se trouvait au fond du lac, répondit l'alchimiste.

La mage se boucha les oreilles en murmurant quelques injures, Tif la coupa :

-Bon on sait qu'on est suivi par des esprits, qu'on risque de croiser des monstres à tout moment et qu'on est encore loin de cette foutue boîte.

Hunter baissa les yeux :

- Je ne suis pas sûr qu'on atteindra le bout de cet endroit.

- Qu'est-ce qui vous fait dire ça tous les deux, demanda Séléna curieuse.

- Tu ne peux même pas imaginer le nombre de corps que nous avons croisé, le comité d'accueil ne tardera pas à venir nous saluer, répondit le guerrier.

-Continuons, si on est dans la mouise autant y aller jusqu'au bout. C'est-ce qu'on a toujours fait dans cette quête non, sourit la mage.

- Jusqu'au bout, s'exclama Hunter, et aussi pour venger mon pote qui s'est fait dévoré par un poiscaille géant !

Séléna sortit son grimoire :

- Merci, grâce à vous je sais ce que je vais faire, désolée des mes doutes.

- Service, un moulinet bien placé et j'm'en vais déchiqueter leurs tronches à ces esprits, cria Hunter en dégainant son épée.

- Même si au corps à corps j'assure pas, j'ai un carquois et des flèches, s'exclama Tif.

- Donne, je vais les enchanter, amenez-vous, ça va être une grande fête.

- Tu peux faire quelque chose pour mon armure, demanda Hunter.

- Onaga Mirdäg, Deragto utlioma.

L'armure récupérée du guerrier scintilla avant de reprendre sa forme originelle, Séléna continua :

- Onaga Mirdäg, Arteus arceus utliona.

Ce fut au tour du carquois de Tif de prendre forme, les flèches prirent une forme parfaite pour le tir ainsi qu'un enchantement pour briser d'éventuelles défenses magiques.

- Et mon épée, gémit Hunter.

- Elle est déjà protégée contre les maléfices et perce les barrières alors je n'ai plus rien à lui apporter.

- Fais la briller, allez !

- Je ne suis pas Forgemage et tu vas te faire cuire un œuf, je ne vais pas jeter mes réserves de magie dans le vide pour te faire plaisir !

Les aventuriers continuèrent leurs marches en descendant de plus en plus profondément dans les méandres des ténèbres les plus sombres que pouvait contenir Equarion.

Séléna lança un nouvel enchantement qui fit taire les esprits colériques des lieux avant de reprendre :

- Ils ne viendront plus nous déranger maintenant.

- T'en auras mis du temps, rigola Tif, surtout pour le meilleur mage de tout Equarion !

- La ferme, je fais ce que je veux et je suis loin d'être la meilleure !

- Les filles, je veux surtout pas vous déranger mais au lieu de vous disputer concernant vos cycles respectifs regardez en face de vous.

Les deux jeunes femmes sur le point d'exploser relevèrent la tête et se calmèrent soudainement à la vue de squelettes et de cadavres ambulants en face d'eux.

- Allez c'est parti, cria Hunter l'épée à la main, pas de pitié pour… Qu'Est-ce que c'est au juste ?

- Des zombies squelettes ? Onaga Mirdäg, Lucius !

Une grande lumière éclaira le couloir dévoilant la position d'ennemis derrière eux, Séléna lança :

- Je couvre derrière, Hunter, Tif allez devant !

Le guerrier se rua vers les premiers adversaires en face de lui puis d'un coup sec en décapita une rangée, se servant de son élan, il abattit sur le crâne d'un squelette le plat de sa lame qui eut pour effet de le réduire en miettes. L'alchimiste, quant à elle, tirait des volées de flèches, faisant mouche à presque tous les coups, elle aligna d'une flèche trois zombies en s'exclamant :

- Comment j'ai fait ça ?!

- Je l'ai ensorcelée, tes flèches peuvent percer la roche ! Onaga Mirdäg, Midurgo falmus.

La mage avança de quelques pas et cracha un torrent de flammes sur ses adversaires, une fois les flammes éteintes, il ne restait plus grand chose de ses adversaires, un zombie à moitié brûlé, ainsi que deux squelettes. Hunter chargea derrière elle et asséna son épée sur l'épaule du mort vivant, Séléna attrapa sa main libre :

- Renvoie-moi, Onaga Mirdäg, Midurgo falmus.

Hunter envoya la jeune femme dans un demi-cercle puis un nouveau jet de flamme, certes moins puissant que le premier, mais tout aussi dévastateur, jaillit de la bouche de la mage réduisant en cendre le peu d'ennemis qui restaient. Le guerrier rigola :

- Attention, tu vas prendre feu !

- Ne refais jamais ça, lança Tif.

- Pourquoi, demanda la mage.

- Pendant que tu craches tes flammes comment composes-tu tes sorts ?

- Je me sens exclu les filles…

- C'est un sort de mon maître, je l'ai vu l'utiliser plusieurs fois, y'a pas à s'en faire, rétorqua Séléna.

- Mais lui n'avait pas besoin d'utiliser une clé de voûte pour lancer un sort ! Tandis que toi si.

- Concernant mes sorts, je fais ce que je veux, je suis le mage et toi l'alchimiste point.

- Qui est ton maître ? demanda l'alchimiste.

- Ça ne te regarde pas, répondit froidement Séléna.

« D'ailleurs…ce n'est pas comme si j'avais oublié son nom mais…je ne me souviens plus de qui il était quand il m'a entrainé…Enfin quand il m'a adoptée… »

Je levai mes yeux dont la pupille rouge en avait surpris plus d'un sur ce plafond noir d'encre souillé par de vieilles taches d'humidité, l'aube n'allait pas tarder à arriver maintenant et il était l'heure pour moi de quitter mon lit douillet afin de quitter cette maison et ses habitants qui selon moi étaient plus que de simples gêneurs.

-Mird, chuchotai-je.

Ma bougie s'alluma instantanément, éclairant le grenier en bois qui me servait de chambre, je fermai les derniers boutons de ma chemise, enfilai mes bottes en cuir ainsi qu'un grand manteau noir descendant jusqu'à mes chevilles, j'ouvris mon armoire -quasiment vide- et en tirai un sac de provisions préparé la veille par mes soins, de quoi tenir plusieurs jours si je me rationne. Je posai un genou sur le rebord de ma fenêtre cherchant hâtivement l'échelle que j'avais laissée la veille. Au bout de quelques minutes, je perçus dans la pénombre mon échelle, mais celle-ci avait basculé sur le sol.

Je ne connaissais pas le mot « échelle » dans la langue magique, mais un autre sort fera l'affaire si je la visualise bien. Fermant les yeux pour plus de concentration, j'articulai clairement:

- Quoy.

Un potiron du potager s'éleva du sol et décolla dans je ne sais quelle direction à une vitesse affolante, épuisée du coût du sort, je m'assis sur la bordure de la fenêtre en grognant. Je ne connaissais pas d'autre sort que « viens » ou « vole » pour déplacer un objet, il faut que je me dépêche avant de me faire remarquer.

Fermant à nouveau les yeux, je visualisai d'abord l'échelle puis je la voyai venir vers moi, une fois de plus je prononçai le mot magique « viens» :

- Quoy.

L'échelle se releva brusquement avant de s'écraser sur le rebord de ma fenêtre dans un gros fracas, le bruit ayant sûrement réveillé les habitants de la maison, je me dépêchai de passer les jambes vers l'extérieur, lançant un regard vers ce que fût ma chambre, je me disais que finalement seize ans, c'est un bon âge pour tout recommencer.

Mon père adoptif débarqua dans ma chambre :

- C'est quoi ce boucan Séléna ! Que… Reviens ici tout de suite! Femme amène-moi la cravache, hurla-t-il à l'égard de ma mère adoptive.

- Jamais tu peux toujours crever !

Je descendis l'échelle au plus vite et remarquant le soleil se lever, je pris la direction de la route en courant, en passant devant l'échoppe du forgeron, je tournai la tête pour voir si mon ami Jack était là, mais voyant le four éteint et ayant entendu les hurlements de mon père, je repris ma course.

Une fois sur la colline marquant la sortie du village, je me retournai et remarquai que les habitants essayaient de stopper la fureur de mon père, je vis Jack entamer la pente au pas de course.

- Bouge-toi! J'ai rendez-vous à Imilia, lui criai-je tout sourire.

Arrivé à ma hauteur, il me tendi un étui de la taille de mon avant bras avec un sourire satisfait :

- Tiens, c'est pour toi, je l'ai fini hier soir, tu pourras t'en servir pour dépecer ou même te défendre en cas de besoin.

Tirant sur la manche, je découvris une magnifique lame blanche aussi tranchante qu'un rasoir, je ne pus m'empêcher de verser quelques larmes :

- Merci, Jack, je te payerai un jour pour cette lame.

- Ouais ma vieille, t'as intérêt à revenir sinon je te botte le cul ! Et c'est moi qui ai prévenu les habitants de ton évasion, c'est eux qu'il faut remercier.

- Je reviendrai quand je serai mage, c'est promis !

Je fis mine de partir quand il m'attrapa le bras :

- Une dernière chose, ne m'oublie pas.

Sur ces mots, il déposa un bref baiser sur mes lèvres avant de dévaler la pente en direction du village qui fut le mien, je regardai ma maison une dernière fois puis repris ma course pour l'Est où j'espérais trouver un jour le pays des mages, pleurant à chaudes larmes, je m'époumonai :

- Je t'aime, idiot.

Pour toute réponse je reçus :

- Moi aussi, crétine!

Fatigués par le combat, Hunter, Tif et moi avions décidé de nous reposer quelques minutes afin de récupérer, je vérifiai rapidement nos provisions et pestai, Tif m'entendit et commença d'une voix plus douce que d'ordinaire:

- Séléna on sait déjà, pas la peine de nous le rappeler.

Je lâchai la sacoche et entrepris de feuilleter mon grimoire dans le lexique des sorts anti-démon, Hunter reluquait son rubis et Tif avait entrepris de ramasser les flèches pouvant être réutilisées.

- Séléna, dis-moi, commença Hunter, pourquoi tu ne veux pas nous parler de ton maître ?

- Je n'aime pas parler des morts, commençai-je.

Tif s'assit à côté de Hunter en soupirant :

- Maintenant que j'y pense, tu nous connais plus que nous te connaissons, raconte nous comment tu as atteint Imilia la fameuse cité des mages ! Même moi, je n'ai pas pu y aller, pourtant je me sers également de la magie.

Je claquai mon grimoire :

- On reprend la route.

Je m'avançais dans le tunnel sombre dont les parois étaient toutes gravées des mêmes figures que le dôme, des rites sacrificiels, rien de bien sain d'esprit. Les pas de Tif et de Hunter me suivaient mais personne ne parlait, le silence était lourd et aucun danger en apparence ne semblait nous menacer.

Cette marche dura de nombreuses heures, peut-être même des jours, il n'y a pas vraiment de notion de temps dans cet endroit, c'était comme si tout était figé pour l'éternité. N'entendant plus les bruits de pas dans mon dos, je me tournai, Tif et Hunter avaient disparu, étrangement cela ne me fit rien, j'eu un bref sentiment de résignation, puis repris ma route. Ils pouvaient bien faire ce qu'ils veulent.

Des jours s'étaient écoulés, je semblais tourner en rond depuis le début, dans mon esprit une seule conclusion s'imposa, les lieux de répétitions infinies. Je m'assis ouvrant rapidement mon grimoire, les lieux d'éternelles répétitions sont rarissimes, mais ils ont toujours des failles, celle-ci se trouve généralement dans les détails, gravures, positions des rochers au sol. Pour briser ces lieux d'ordre, il faut les remplacer par des lieux chaotiques, je posai ma main sur ma taille à la recherche de ma dague, mais un pommeau plus imposant se présenta à moi. Depuis quand avais-je l'épée de Hunter ?

J'empoignai la lame et frappai le mur sur ma droite, brisant la perfection des gravures, plus je frappais, plus les alentours semblaient changer pour une autre pièce bien différente. Le mur s'écroula sur un trou sombre d'une odeur nauséabonde, je m'y aventurai sans allumer la moindre lumière, rien de me fera plus reculer.

Le bout du tunnel se présenta à moi, un débouché sur une grande pièce avec un dôme similaire au lieu de notre intrusion, au centre trônait un piédestal entouré d'une eau aussi sombre que les ténèbres eux-mêmes avec quelques marches pour arriver au centre. Une boîte flottait paisiblement au dessus du piédestal, je lâchai mon sac, ainsi que mon grimoire, pour m'y diriger, le piège sentait à plein nez, mais mourir maintenant me paraissait une bonne option. Des miroirs se dressèrent autour de moi comme un mécanisme automatique, ce que j'y vis me terrifia, une femme méconnaissable, moi, mes yeux aux pupilles rouges cernés, des cheveux plus longs que d'habitude, vêtue de haillons et surtout d'une maigreur alarmante. Je me retournai, partout je me voyais, dans le même état, étais-je encore en vie ? J'abattis l'épée sur un miroir et sortis de ce cercle, un flash traversa mon esprit lorsque je relevai la tête :

« Où sont Tif et Hunter ? »

Depuis combien de temps je les avais perdus, pourquoi j'avais cette épée, je me retournai vers mon grimoire lorsque celui-ci s'ouvrit devant moi, je m'approchai hésitante et y vis la seule et unique page rouge, une sorte de journal. J'y reconnus mon écriture et perçus la forte odeur de sang qui s'en dégageait.

« Je les regarde dormir, je leur ai dit que j'avais chassé les esprits, mais c'était un mensonge, je l'écris ici avec mon propre sang, car nous n'avons plus d'encre, je perd patience et quelque chose m'appelle inlassablement dans ces ténèbres oubliés. J'évite d'y penser, je m'imagine tant bien que mal dans un champ au printemps, cette image est bien plus agréable que ce lieu maudit. »

« Ma deuxième entrée dans ces pages, pas mal de temps s'est écoulé, enfin je pense, je ne perçois plus les esprits, mais il s'est passé quelque chose aujourd'hui, Tif est morte, je ne comprends pas vraiment ce qu'il s'est passé. Pandore s'est joué de nous, une porte s'est présentée à nous, derrière une salle remplie de tous les vœux que les humains ont un jour pu proférer, tout s'y trouvait : armures, or, livres rares, ingrédients uniques, nourritures en abondance. Je perçus l'anomalie dès le début, j'interdis à Hunter de prendre quoi que ce soit, mais une voix dans ma tête m'interdit de faire pareil avec Tif, la même que j'entends lorsque j'essaye de dormir, la même qui m'appelle au plus profond de ce trou. Les poches vides, je sortis la première de la salle, rapidement suivie de Hunter puis de Tif qui, sans s'être privée, avait pris nourritures et ingrédients de grande rareté. Une bonne heure plus tard, nous avons monté un campement, Tif n'allait pas bien, à un moment, elle est tombée et a vomi, ce n'était pas le contenu de son estomac qui s'étala sur le sol, mais bel et bien ses propres tripes. Elle n'eut pas le temps de prononcer un mot qu'une grande quantité de sang se mit à couler de chacun de ses orifices, les oreilles, le nez, la bouche, les yeux et même les pores. Elle hurla et je restais là devant cette scène, tandis que Hunter reculait horrifié, la voix dans ma tête se calma et m'intima de continuer. J'ai repris la route avec Hunter et aujourd'hui j'écris avec le sang de Tif. »

Il ne restait plus qu'une seule entrée sur le journal, je regardai l'épée de Hunter, avais-je vraiment envie de la lire.

« Ca y'est, ils sont tous morts. Je suis seule. Dans les ténèbres du temple des Nocturnes, comme j'ai pu le lire sur une gravure, à mes côtés gît le cadavre de Hunter, ma lame blanche profondément enfoncée dans sa poitrine. Ecrire avec son sang fut la chose la plus jouissive qui m'est arrivée depuis mon entrée dans ses souterrains. Je vais continuer ma route, au point où j'en suis autant trouver cette boîte et pourquoi pas faire ce que j'en veux au lieu de la rapporter au roi. »

« Plus le temps passe, moins je me sens vivante, je me vide, j'ai l'impression d'errer sans but. »

Rien d'autre, ils étaient tous les deux morts et par ma faute, je tournai les yeux vers la boîte et ça me parut comme une évidence, si j'avais survécu jusqu'ici c'était pour en prendre possession. Mais pourquoi moi ? Je ressentais une telle haine envers cette entité qui m'a volé le peu que je possédais. Mais étrangement, la colère ne me semblait pas être la solution. Je purgerai mes fautes et punirai Pandore pour son avidité, je m'avançai vers le piédestal et empoignai la boîte d'une main ferme, le destin d'Equarion était entre mes mains à présent.

À suivre