Bonjour !

Je m'excuse pour la longue absence mais cette année a été très difficile pour moi et je peine à m'en remettre. De plus, je me suis consacrée à quelques AT et surtout à mettre à jour mes histoires sur mon site, la mise en page, la facilité de lecture et aussi, tout nouveau, le téléchargement gratuit de mes histoires sous plusieurs formats (je vous invite d'ailleurs à venir y faire un tour si le cœur vous en dit ) ), sans parler du Magazine de l'Annuaire du Yaoi que nous avons enfin sorti ^_^

Enfin bref, voici donc la septième partie de ce roman sur Cendrian et Zeph =D

Je vous souhaite à tous une très bonne lecture ^^

Réponses aux reviews :

Bib : Je sais, je suis très sadique :p mais c'est aussi très difficile de couper un roman qui n'a pas de chapitres ^^'

Talysse : Haha x) Je dis rien ^^

Luneternelle : Merci d'avoir lu jusqu'au bout et désolée pour l'attente de la suite. Remixer les contes (Disney remix lui-même les contes Grimm, Anderson et compagnie, soit dit en passant) est pourtant un genre qui est vogue depuis pas mal d'années dans la littérature et même le cinéma. Côté M/M, je ne saurais te dire si, à l'époque où j'ai commencé cette histoire, il en existait mais ça ne m'étonnerait pas. En tout cas, aujourd'hui il en existe quelques-uns et je t'invite même à faire un tour aux éditions MxM Bookmark qui ont ouvert une catégorie sur les contes (en format nouvelle).

Pocketdragon Ryu : Oh oui, on ne les aime pas ces foutus jumeaux, n'est-ce pas ? XD

Quelques heures plus tôt, Ian se débattait pour la forme, tandis que Sandra et Banji l'habillaient, mais il n'avait pas envie de contrarier plus que ça la voyante alors il se laissait faire.

Quand il se vit pour la première fois, tout habillé, dans le miroir de la chambre d'Aryanti, Ian tomba en état de choc. L'habit le magnifiait comme un prince - ou tout du moins, comme un homme de la bourgeoisie. Le jeune domestique se dit que c'était exactement le genre de tenue que devait porter son mystérieux Zeph, mais lui se sentait étroit dans ces habits. Il n'avait pas l'habitude d'avoir si belle allure, et il ne savait pas comment se comporter.

Impatiente, Aryanti demanda :

— Alors, mon garçon ? Comment te trouves-tu ?

Le miroir de la chambre de la voyante mesurait presque deux mètres de haut. Il était joliment taillé dans du vieux marbre que le temps n'épargna pas. Il devait appartenir à l'une des maîtresses de maison qui le délaissa au profit d'un neuf. Il avait donc été mis de côté, dans cette chambre d'invité, où s'était installée la vieille dame. Aryanti l'avait correctement nettoyé, et avait réaménagé la petite chambre. Pour gagner de la place, elle avait placé l'armoire dans un coin de la pièce, non loin de la grande fenêtre qui donnait sur le jardin. Face au double-lit qu'elle avait laissé à sa place, elle y avait installé le miroir ainsi que le petit bureau sur lequel était posé son métier à tisser. Son vieux manteau rouge qu'elle portait lorsque Ian l'avait rencontré la première fois avait été négligemment jeté sur le dossier de la chaise qui se trouvait devant le bureau. À gauche de son lit, une porte vitrée donnait sur la salle de bain privée de la dame.

Fatiguée de son ouvrage, la vieille voyante s'était installée sur la chaise de bureau, tout près d'un Ian choqué qui se demandait si l'image qui se reflétait du miroir était bien la sienne.

Ian se regardait, toujours ébahi par ce qu'il voyait, sur le point de répondre à la question d'Aryanti quand cette dernière se rendit compte qu'il manquait quelque chose à la tenue du garçon :

— Sacro-Sainte Grenouille des Mers Bleues de Tzifaine ! J'allais oublier le plus important !

Malgré la tension qu'éprouvait Ian, il ne put s'empêcher de sourire à l'injure de la voyante. Cette dernière farfouilla dans les tiroirs du bureau tout en demandant au garçon :

— As-tu toujours la pierre que je t'ai fournie ?

Le garçon acquiesça et sortit de sous son veston le collier où pendait la pierre de verre.

— Donne-la moi.

Ian s'exécuta et Aryanti nicha le caillou au creux d'une broche. Puis, elle le fixa sur la poitrine du jeune homme. Sous les yeux éberlués de ce dernier, le caillou brilla et mua pour former une espèce de bourgeon.

— Aryanti ?

La vieille femme rit de sa voix rauque, jetant sa tête en arrière.

— Ton amour est pur, cher Ian. Mais l'amour, ça se vit à deux. Va donc retrouver ton homme, que cette fleur s'épanouisse convenablement, conclut-elle, la voix mystérieuse et un sourire chaleureux sur les lèvres.

« De la magie ? », pensa le jeune garçon. Il n'en avait jamais vu, seulement entendu quelques rumeurs à son propos.

Mais la remarque de la vieille femme fit gonfler le cœur de joie du garçon, et le bourgeon libéra quelques pétales.

Puis les doutes revinrent à la surface de son esprit : n'en faisait-il pas trop ? Cet étranger l'aimait-il également ? Ne serait-il pas déçu d'apprendre qui il était réellement ?...

Tant de questions qui empêchèrent Ian de se précipiter, comme l'espérait Aryanti…

— Je… Je…

Il gigotait de tous les sens, rougissant et semblant rechercher quelque chose en particulier. Élias savait ce que le garçon cherchait, aussi son cœur se serra. D'une voix ferme et résignée, il lui indiqua :

— La fontaine se trouve par là-bas.

Ian releva les yeux sur son ami. Il rencontra un regard plutôt triste qu'il ne comprit pas. S'en inquiétant, il lui demanda :

— Élias, que vous arrive-t-il ?

Reprenant contenance, le duc lui sourit.

— Va, Ian. Il t'attend.

— Quoi ? Mais…!

— Derrière la haie, tu continues jusqu'au petit espace aménagé, puis tu tournes à droite. Au bout de l'allée se trouve la fontaine. Va, dépêche-toi.

Ian regarda son ami puis le chemin qu'il lui indiqua. Il hésita mais l'horloge sonnait ses dernières tonalités.

— Vas-y, Ian.

Le garçon hésita encore une demi-seconde mais quand la dernière sonnerie de l'horloge monta dans la nuit, il se précipita sur le chemin le menant à son aimé. Élias s'écarta et le regarda partir avec une pointe d'amertume.

— Il m'a fallut que tu me sois pris pour que je me rende compte de mes sentiments à ton égard… Puisses-tu vivre heureux, Ian…

Élias soupira et retourna en salle.

Pendant ce temps-là, Ian parcourait la distance qui le séparait de l'homme tant désiré. Il courut parmi les allées dallées puis aperçu enfin la grande fontaine… mais la place était vide. Ian jeta un regard tout autour. Entourant la fontaine, des bancs de pierres y avaient été construits, entourés d'arbustes dont le nom était inconnu au garçon. Des haies plus hautes qu'un homme de taille moyenne entouraient le petit espace. La grande fontaine était l'attrait principal de l'aménagement. Mais il n'y avait pas trace d'homme et, abattu, Ian s'assit sur le rebord en pierre de la fontaine.

— Je savais bien que je n'aurais pas dû espérer…

Le garçon soupira et sentit son cœur se serrer. Il se releva lentement et trébucha sur un petit chaton qui s'était installé près de lui pendant que son esprit sombrait dans des pensées amères. Un cri de surprise, suivi d'un miaulement effrayé, se firent entendre dans les airs. Le garçon regarda le chat sauvage s'enfuir et dit dans un triste demi-sourire :

— On a pas de chance, toi et moi, ce soir…

— Ian ?

L'interpellé écarquilla les yeux. Il n'avait pas rêvé, n'est-ce pas ? C'était bien sa voix qu'il venait d'entendre ? Ce n'était pas un mirage ?

Il releva doucement la tête pour faire face à un beau regard bleu sombre tout aussi émerveillé que le sien. L'homme qu'il cherchait à rejoindre le regardait depuis l'une des entrées du petit espace, arcades taillées à même les feuillages.

— Alors vous êtes réellement venu ? demanda le prince heureux qui s'approcha vivement du garçon pour l'aider à se relever. Vous êtes vraiment venu pour me voir ?

Zephilius Zane était, en cet instant, l'homme le plus comblé du monde. Quand à Ian, il était sous le choc devant pareille beauté. Les habits du prince étaient d'un blanc si pur et ornés d'or que le garçon l'aurait pris pour un dieu.

Remarquant ce regard si impressionné, Zeph sourit et l'embrassa tendrement. Il prit plaisir à goûter à nouveau à la douceur de ses lèvres, de sa peau, de ses cheveux, à la chaleur de son frêle corps, à ses bras si menus et à ses mains si timides à le toucher en retour. Leurs ombres entrelacées se dessinaient sur l'eau, sous le clair de lune. Pour les deux hommes, plus rien au monde ne comptait plus à leurs yeux qu'eux deux. L'angoisse de l'attente, la peur d'être oublié, le temps qu'ils ont été séparés, tout ceci n'avait plus aucune importance. En cet instant, seul leur amour comptait.

— Zeph… je ne peux plus respirer…

Le prince libéra ses lèvres mais laissa son front collé au sien.

— Pardonnez-moi, la joie de vous revoir m'a fait oublier le reste. Je suis vraiment heureux, Ian, que vous soyez venu. J'ai craint de vous avoir effrayé la dernière fois…

— Moi, j'ai eu peur que vous ne vous étiez moqué de moi…

Ian finit par une toute petite voix craintive. Le prince l'embrassa sur le front et le regarda droit dans les yeux.

— Sachez que mon amour pour vous est sincère et éternel. Je ne cacherai point plus longtemps mes sentiments. Venez, je vous prie, que je vous présente à mes parents…

Le jeune garçon prit peur en voyant son compagnon le prendre par la main pour les ramener vers la salle de bal.

— Que vous arrive-t-il, Ian ?

— Je ne peux… Je ne puis vous suivre, Zeph. Cette soirée est organisée par le roi en l'honneur du prince, et mes maîtres y sont conviés… Je ne peux m'y rendre impunément au risque de les croiser…

À mesure qu'il s'exprimait, Ian parlait de plus en plus bas tout en reculant. Comprenant ce qu'il disait, le prince voulut le rassurer sans trop savoir comment. Il tenta une approche au moment-même où un serviteur vint l'appeler :

— Prince Zane, votre père, le Roi Barton, vous réclame auprès de lui. La soirée est sur le point de clore.

Le prince grogna de mécontentent mais son irritation prit fin lorsqu'il sentit la main du garçon aimé se rétracter. Il se tourna vers lui et fit alors face à son regard paniqué.

— Vous…

Ian se recula comme s'il était en danger.

— Vous êtes… le prince ?

— Ian…

Le prince s'avança doucement vers son aimé, parlant avec douceur pour ne pas l'effrayer davantage.

— Ian, j'allais vous le dire…

— Mais vous… vous ne pouvez pas…

Deux larmes, aussi fines et gracieuses que le cristal qu'il portait, s'échappèrent des yeux du petit domestique. Il secoua la tête et s'enfuit alors que le prince l'appelait. Ce dernier serait même partit à sa poursuite si le valet ne lui avait pas rappelé la demande du roi. Il jeta un regard noir au serviteur, cingla des paroles que le valet fit mine de ne pas entendre.

— Sire, il est temps d'y aller, insista froidement le valet.

Le prince serra les poings et renferma en lui-même sa colère. Cet imbécile de valet avait dévoilé son identité au garçon qu'il aimait avant qu'il ne puisse le faire lui-même. Il l'a sans aucun doute effrayé.

Alors qu'il marmonnait dans sa barbe son mécontentement, son regard fut attiré par un éclat au pied de la fontaine, à l'endroit-même où il avait retrouvé Ian à terre. Le prince s'approcha et ramassa cet éclat. Il s'agissait là d'une broche de cristal ayant la forme d'une petite fleur à moitié décharnée : un camélia en devenir ou une cousine. Le prince sut tout de suite qu'elle appartenait à Ian et espérait pouvoir le lui remettre. Oui, car Zeph comptait le revoir ! Leur statut ne devait pas interférer dans leur amour ! Il allait aimer Ian comme il le méritait, prince ou non !

Ravivé par un regain d'énergie positive, le prince suivit son valet dans la salle du roi où il allait passer une annonce. Il devait retrouver Ian et lui montrer son amour, lui prouver qu'il l'aimerait et qu'il ne serait pas malheureux à ses côtés !

Ian se précipita vers la voiture qui l'avait conduite ici et s'y enferma prestement. Il se recroquevilla alors dans un coin, les bras entourant ses jambes relevés vers son torse, la tête baissée.

— Ian ?

Le garçon ne réagit pas à la voix inquiète. Le vieux Banji descendit de son siège et entra dans l'habitacle. Il y vit le petit Ian sangloter, mais il n'avait pas l'habitude de consoler les gens, il ne savait que faire. Alors il ressortit, sans un mot, et fit le chemin inverse.

Arrivé à destination, le garçon sortit en vitesse rejoindre sa petite chambre pour s'y enfermer - sauf que la porte ne possédait pas de verrou, ce qui permit à Aryanti d'y entrer quelques minutes plus tard. Elle s'assit sur le bord du lit où Ian était allongé, à plat ventre, les bras cachant son visage. Elle lui caressa affectueusement la tête tout en lui demandant de lui raconter ce qui s'était passé. Les Grangui vinrent se poster près de la porte pour le soutenir par leur présence. Quelques minutes de sanglots passèrent avant que Ian ne réponde d'une toute petite voix empreinte de chagrin :

— Il m'a menti.

Aryanti réagit la première de la voix la plus douce possible :

— Explique-toi mon garçon…

— Il est…

Ian resserra ses bras autour de sa tête.

— Il est… le prince.

Ian était sur le point de sangloter une nouvelle fois mais ce ne fut qu'un cri confus de douleur qui émana de sa bouche. Aryanti, qui jusqu'alors lui masser affectueusement la tête, venait de le frapper à cet endroit-même.

— Triple-idiot de garçon !

— Mais quoi Aryanti ?

Le garçon, plus perdu que jamais, se releva et chercha une réponse dans les yeux désapprobateurs de sa préceptrice.

— Comment ça « quoi » ? Tu me fais une de ses frayeurs en me faisant croire que j'ai mal interprété les signes célestes, puis tu me sors une ânerie pareille !? Fi de toi !

Ian ne comprit pas grand-chose à ce que la vieille femme dit, mais n'osa pas le lui faire savoir. Il continua de la regarder en silence, un peu apeuré lorsqu'elle se leva et arpenta la chambre en pestant.

Sandra vint alors s'assoir près de lui également. Elle prit Ian dans ses bras puis lui essuya les joues, là où des sillons de larmes s'étaient dessinés.

— Et si tu nous racontais ce que ce prince a fait ?

Ian hocha timidement la tête.

— Il m'a mentit. Il m'a dit que son amour était sincère mais…

— Mais ?

Sandra lui caressait tendrement les bras pour l'encourager à poursuivre.

— Mais c'est le prince !

La vieille femme ne comprit pas ce que ça avait de si terrible dans ce que le garçon racontait. Elle pensa même que c'était plutôt une bonne chose ! Toutes les femmes du comté rêvait d'attirer les faveurs du prince, voir même quelques hommes…

— Mais enfin, Sandra, c'est le prince !

— Oui, cela je l'ai bien compris à force de t'entendre le répéter.

— Pauvre idiot !

Aryanti cessa de faire le tour de la chambre et se planta devant lui.

— Ne me dit pas que tu crois son amour futile à cause de sa condition !

Ian hocha la tête, les épaules voutées, craintif.

— Fi ! Je n'en reviens pas ! Fi ! Fi ! Fi ! Ne t'ai-je donc pas dit de faire confiance à ce que je dis. Je sais lire les destins liés dans le ciel, et quand je te dis que le prince doit sûrement t'aimer, c'est que c'est vrai !

— Mais…

— Il n'y a pas de « mais » mon garçon ! L'amour est né entre vous, et ça, peu importe vos statuts, vous devrez vous battre pour votre amour, car c'est la chose la plus belle qui puisse arriver au monde…

Le sourire d'Aryanti se fit alors mélancolique. Elle se rappela à nouveau en peu de temps son seul et unique véritable amour, Reynard, le plus puissant magicien que les temps ont connu. Ils s'étaient sincèrement aimés, partageant des passions peu communes, échangeant toutes sortes de conversation, vivant pleinement leur histoire… Mais les années passées ensemble ne leur avaient pas suffit. Tous deux nomades de nature, ils avaient besoin de bouger énormément. Mais tandis que la diseuse de bonne aventure cherchait des endroits très peuplés pour ses affaires, le magicien lui préférait des endroits où les gens n'y venaient habituellement pas. Certes, il lui arrivait de s'installer quelques jours dans des villes pour aider ceux dans le besoin, mais la plupart du temps, il préférait la campagne, les montagnes, cherchait l'isolement… D'un triste accord commun, ils s'étaient séparés et peu revus depuis.

Aujourd'hui, Aryanti commençait à le regretter. Finir ses vieux jours sans l'être aimé à ses côtés lui pesait.

— Aryanti ?

Sortant de ses tristes pensées, Aryanti fit face au regard inquiet du petit Ian. Son soudain silence l'avait perturbé tellement c'était inhabituel chez cette vieille femme à la bouche bien pendante.

Pour la première fois, elle lui sourit chaleureusement, affectueusement et tendrement, comme une grand-mère. Elle vint se rassoir à ses côtés et lui dit gentiment :

— Écoute, mon garçon, je vais te dire une chose importante : aimer d'un amour sincère plusieurs personnes au cours de sa vie, c'est tout à fait possible. Mais le Véritable Amour, l'Unique, le Grand, est si rare que lorsqu'on tombe dessus, il faut pouvoir se battre, quitte à tout sacrifier, pour le garder à ses côtés. Si tu le laisses partir, je ne dis pas que tu ne rencontreras jamais une autre personne qui sera chère à tes yeux, qui te rendra heureux et que tu aimeras de tout ton cœur… mais ce ne sera pas cet être unique qui a été envoyé ici-bas pour toi. Les dieux envoient à la même époque des âmes jumelles qui sont destinées à se retrouver. Mais ils laissent également le libre-arbitre aux hommes et ceux-ci peuvent donc partir à la recherche ou non de leur conjoint prédestiné. Ils peuvent donc ignorer l'existence de cette âme jumelle s'ils le souhaitent, même si, honnêtement, ils ne pourront réellement bannir de leur esprit l'existence de cette personne. Alors mon conseil, pour avoir moi-même été séparée de cette âme jumelle, est de tout tenter pour la garder à ses côtés.

Le naïf Ian buvait ces paroles avec émerveillement. Il n'avait jamais entendu d'histoire comme quoi les dieux prédestinés des âmes, mais il croyait ce que lui disait Aryanti car celle-ci ne lui avait jamais menti.

Mais un doute timide persistait dans l'esprit de Ian, qu'il tenta au mieux de cacher. Heureusement pour lui, Aryanti le rassura bien avant que ces doutes ne prennent une ampleur plus importante, en reprenant sa bonne vieille intonation grave :

— Une dernière chose mon garçon : ne mets pas en doute ma capacité à reconnaître deux âmes jumelles quand j'en vois. Je suis une astromancienne très réputée dans le milieu, alors ne t'en fait pas pour ça. Cet homme est bien ton âme jumelle. M'enfin, si t'as encore un doute, je peux demander à un auralogue1 de ma connaissance d'inspecter vos auras et de voir si elles sont sur la même longueur d'onde…

Ian lui sourit. Il croyait en ce que disait la femme, et là n'était pas le problème. Il avait peur et s'inquiétait parce que le garçon qu'il aimait était prince et venu en ces terres pour trouver une épouse. Il ne faisait pas le poids face à une femme, peu importe l'amour qu'ils éprouveraient l'un envers l'autre. Ian pensait vraiment que ce ne sera pas une fin ensemble

Cependant, il ne fit pas de remarque supplémentaire ; il n'avait pas envie d'attiser la colère et la peine des autres. De plus, il se faisait vraiment tard et après avoir autant pleuré, il se sentait vraiment fatigué. C'est sous un bâillement qu'il leur souhaita une bonne nuitet alla se coucher.

Moins d'une heure plus tard, les Rosigor rentraient, ignorant tout de la soirée que venait de passer leur domestique le plus démuni.

L'éveil se fit dur ce lendemain-là. Personne n'eut le droit à un jour de congé malgré l'heure tardive à laquelle ils s'étaient tous couchés. La ville entière s'éveillait péniblement : les marchands arrivèrent en retard, les artisans et boulanger n'avaient pas eu le temps d'installer leurs étalages, les boutiques n'étaient pas encore ouvertes… Seuls les maîtres de maison avaient le droit à la grasse matinée.

À la demeure des Rosigor, Ian, dont on ne supposait pas la présence au bal de la veille, redoubla d'efforts pour aider les autres employés selon leurs demandes - qui étaient, somme toute, justifiées - , d'autant plus quand il vit que les deux Grangui et Aryanti ne s'étaient pas réveillés ce matin-là, sûrement trop fatigués pour se lever de bonne heure. Bien que lui-même épuisé, il travailla ardemment à la tâche. Mais cela lui convenait parfaitement car cela l'empêchait de penser à son aimé.

La matinée passa rapidement et silencieusement, chacun trop épuisé pour parler avec l'autre pendant qu'ils devaient travailler. Les retardataires commencèrent à arriver et à accomplir leur tâche, aidant les autres. Puis enfin, peu avant midi, les maîtres de maison daignèrent se lever et passer à table. Au vu de l'heure tardive, c'étaient un brunch que leur préparèrent les cuisinières : des salades saisonnières à base de légumes frais tout juste achetés le matin-même, plusieurs sortes de préparation d'œufs et de poissons, des toasts de pains faits maison et du pain à l'ail, des pommes de terre râpées et exquisément dorée à la poêle, des viennoiseries de toute sorte, du beure frais et des accompagnements, des tranches de lardons assaisonnés, ainsi qu'une salade de fruits. Elles étaient rares les occasions où les Rosigor mangeaient autant en un seul repas, mais la satisfaction était toujours au rendez-vous après cela.

Dame Estiella fut la première à rejoindre la salle à manger, suivie de près par son fils et sa dernière fille. Au milieu du repas, Miss Anya entra toute guillerette et fraîche comme une fleur qui venait d'éclore.

— Je vous trouve bien heureuse, ma sœur.

— Ne doutez-vous pas de la raison de ma bonne humeur ? Ian ! Du lait !

Le garçon s'exécuta et versa un bol de lait frais à la jeune fille.

— Est-ce en rapport avec la déclaration du prince ?

Au nom susmentionné, Ian sursauta et renversa un peu de liquide sur la nappe. Dame Estiella intervint, mécontente :

— Qu'est-ce que cela veut dire, Ian ? Qu'est-ce qui te prend ? Tu vas me nettoyer ça immédiatement !

— Je vous demande pardon…

Ian tremblait légèrement, non pas apeuré par Dame Estiella qui l'admonestait, mais par ce que Miss Anya allait raconter sur ce qu'aurait dit le prince. Il était curieux mais inquiet également.

Le garçon essuya la nappe comme il put sous le regard contrarié de sa bienfaitrice. Il posa ensuite une serviette propre dessus et reposa le verre de Miss Anya en lui servant son lait.

— Il est évident qu'une de nous l'ait attiré pour qu'il souhaite rester parmi nous. Et en toute honnêteté, j'étais bien plus attirante que la plupart des femmes présentes. Même la princesse était moins jolie que moi ce soir-là !

— Je vous l'accorde. Elle est assez petite de taille, ce qui la rend mignonne, mais elle n'est pas aussi belle que vous ma sœur. Qui plus est, en dansant avec elle, j'ai constaté qu'elle n'était encore qu'une enfant… Chère Mère, ne vous inquiétez guère ! Je compte bien séduire cette petite fille malgré tout !

— Merci de me rassurer, mon fils, j'ai commencé à m'inquiéter. Anya, ma chérie, il est certain que vous avez dû faire bonne impression devant le prince, mais celui-ci aurait pu vous inviter à danser ! Quel toupet !

— Du calme, Mère. À présent qu'il est en ville et qu'il compte y rester, cela nous donne plus de temps. Un avantage à ne pas négliger est que nous savons précisément où la famille royale loge actuellement, grâce à Orion.

— Oui. Et je compte bien agir rapidement ! Je vais donc demander au duc un dîner en toute amitié. J'y convierai Nos Majestés au repas, ainsi vous auriez tout loisir à converser avec le prince, ma fille.

Ian écoutait en silence la conversation. Ainsi le prince souhaitait rester en ville ? Était-ce pour… lui ? Le garçon n'osait y penser ; il n'était pas vaniteux comme ses maîtres.

Alors le garçon finit de servir lesdits maîtres puis retourna à ses tâches, tout en se posant d'autant plus de questions sur les sentiments de son aimé à son égard, de leur possibilité… même si elles semblaient inexistantes aux yeux de Ian.

1 Le terme n'ayant pas (encore) trouvé sa place dans notre bon vieux dictionnaire français, je me permets le droit de l'inventer et donc de le définir : être capable de lire les auras et de les influer selon son bon-vouloir.