Bonne année à tous ! Et pour bien commencé l'année, voici la suite de Origine :D

CHAPITRE 12 : CHOIX

Je n'avais pas trente-six solutions : soit je devais trouver cette sorcière ermite dont je ne retins pas le nom, soit je devais me confectionner une protection à sa manière.

Le plus simple étant, par dépit, la deuxième solution, je m'empressai à mon retour à l'école d'étudier à la bibliothèque. J'utilisai les baguettes données par Miss Belka, les essayai les unes après les autres. Elles semblaient toutes marcher. Je jetai alors de menu sort pour m'entraîner. Je sentais leur énergie m'envahir, des images se succédant devant mes yeux.

— Que fais-tu ?

Je sursautai et découvris mon frère face à moi.

— Salut Colas.

Il hocha de la tête et me fixait d'un air étrange. Ses mains crispées sur la table confirmèrent mes soupçons, même si je n'avais rien remarqué jusque là. Je levai les yeux vers lui, le trouvant plutôt attirant, pris une grande inspiration, et lui expliquai :

— J'ai subis un charme sans m'en rendre compte. Maintenant tout le monde me désire et je désire tout le monde. C'est malsain, je ne sais pas qui m'a fait ça, mais ça m'a causé des petits problèmes. L'infirmier cherche un moyen d'annuler ça et j'en fais de même.

Je ne ressentis aucune culpabilité à ma semi-vérité, puis je notai la réaction de mon frère. D'abord le choc de l'étonnement, puis le soulagement quant à la raison de ses pensées perverties.

Merde ! Heureusement qu'on ne s'était pas croisé jusque là ! Je ne me serais rendu compte de rien et j'aurai cédé à mon propre frère…

Un frisson d'horreur me parcourut et je me frictionnai les bras.

— Tu as froid ?

Je hochai vivement la tête et, sans tact, dis :

— Tu devrais partir.

Il comprit, hocha la tête et sortit sans un mot.

Énervé, je courus jusqu'à ma chambre où j'y retrouvai Erza, travaillant sur son lit. Je poussai un soupir, ravi qu'il soit là, me plantai devant lui et dis :

— Ok, tu ne veux rien me dire sur eux, très bien. Mais au moins, aide-moi à confectionner un sort de protection pour que ce foutu sort n'agisse plus !

De son visage toujours impassible, il hocha de la tête. Je m'installai alors sur son lit, à ses côtés, et lui montrai mes recherches. Sa proximité me donnait envie de faire des choses pas très catholiques mais maintenant que je savais être sous l'emprise d'un charme, je me contrôlais… plus-ou-moins. Par moment, je cédais et venais caresser son bras ou son torse mais, ayant une meilleure emprise sur lui-même, Erza me repoussait gentiment.

Ce petit-jeu dura jusqu'au dîner que nous expédiâmes en quatrième vitesse. Puis nous retournâmes dans notre chambre, Erza toujours fidèle à lui-même, mais moi totalement pris sous le charme.

Alors je lui demandai à brûle-pourpoint :

— Tu en as envie ?

Il se retourna vers moi et me fixa, tout en me répondant honnêtement :

— Non, pas spécialement.

Je grognai de frustration.

— Mais ce n'est pas difficile d'exciter un homme.

Je rougis sous la remarque, m'imaginant déjà le faire réagir.

Il s'approcha de moi et je soupirai d'aise.

— Mais toi, tu en as envie ?

Je le regardai incrédule. Bien sûr que j'en avais envie ! Mon corps était tout feu tout flamme !

Je faillis lui faire une remarque acerbe quand je compris le sens profond de sa question. Avais-je vraiment envie de céder au sort pour assouvir mon désir ?

Je pensais alors à Daïwen et répondit, l'esprit un peu perdu :

— Non… non, je n'en ai pas envie…

Erza hocha la tête et prit ses affaires pour aller dans la salle de bain. Je l'imitai et une fois dans la cabine, je me laissai aller à mes désirs.

À la fin des cours, je fus appelé à l'infirmerie. Nolan m'apprit qu'il n'avait pas encore trouvé le moyen de retirer ce drôle de sort et je lui fis part d'une partie de mes découvertes et intentions. Il hocha la tête, me demanda de patienter, passa quelques coup de fil, puis m'emmena dans une salle vide où attendaient plusieurs professeurs.

— Ta situation est une première pour nous, alors ce qu'on va faire pour l'instant c'est fermer ton corps à la magie.

— Je ne comprends pas…

Miss Belka s'avança vers nous et parla doucement :

— Je sais que ça va être dur, mon garçon, mais je pense que ce sort détraque complètement ta magie, et que c'est la raison pour laquelle tu ne t'en sors pas bien. Nous ne reconnaissons pas l'origine de ton sort, et cela peut être dangereux pour tout le monde ici.

Je me rendis enfin compte que tous les professeurs ici présents devaient probablement connaître les fonctions de ce charme. Je rougis de honte.

— Comme la plupart des charmes lancés, ils tirent leur énergie du charmé et du charmeur. Par conséquent, en bloquant ton flux d'énergie, on devrait pouvoir emprisonner ce sort…

— Et l'énergie du charmeur ?

Un silence me répondit, puis un homme que je ne connaissais pas me répondit :

— Nous n'avons pas pu retracer le charmeur, alors nous espérons que cela sera suffisant de simplement te bloquer toi.

Je hochai la tête puis posa la question fatidique :

— Si vous bloquez ma magie pour emprisonner ce sort, je n'aurais plus du tout la possibilité d'utiliser ma magie, n'est-ce pas ?

Certains baissèrent les yeux, d'autres détournèrent le regard.

Je déglutis avec peine.

— Com-combien de temps ça va durer ? Est-ce que… est-ce que je resterai quand même à Crismolt ?

La directrice s'approcha et me regarda avec tristesse.

— J'ignore combien de temps il nous faudra pour déjouer ce sort étranger… et j'ignore si tu pourras rester dans l'enceinte de l'école sans fournir la moindre preuve de magie… Je suis désolée, Keina, mais c'est la seule solution.

Je baissai la tête et retins mes larmes du mieux que je pus. Je leur demandai timidement s'ils ne pouvaient pas simplement me fabriquer un sort en lui parlant de celui de la vieille ermite.

— Ah ! Tu dois certainement parler de Cynthiavka Akadyevna !

Je relevai les yeux sur l'homme que je ne connaissais pas, le nom me paraissant bien familier, qui s'expliqua :

— Elle est assez célèbre pour ces puissants charmes ! (Puis se tournant vers la directrice, il ajouta :) On pourrait, en effet, essayer de la chercher et de lui demander conseil…

— Tu n'y penses pas, Dylan ! Nous n'allons pas demander de l'aide à une ermite !

Miss Belka semblait choquée par l'idée de Dylan, mais moi, je la trouvai bienvenue !

— Vous avez un moyen de la contacter ?

Ma question fusa avant même que je m'en rende compte et le fameux Dylan y répondit en souriant :

— Non aucun, mais non allons chercher… Nous allons même chercher à te retirer totalement ce… comment on pourrait appeler ça ? Un contre-sort ? Un retour-sort ?

La voix de la directrice se fit sévère en y répondant :

— Nous n'allons pas l'appeler pour l'instant, car c'est une nouveauté. Je vais en référer au Magistère et voir si nous devions ou non demander l'aide d'ermite. Mais en attendant, nous allons sceller la magie de Keina Ovadia par un sceau. Tout le monde en position.

Les personnes présentes hochèrent de la tête puis se mirent en cercle. Chacun d'entre eux sortit une bougie et un objet qu'ils placèrent à leur pied. Ils commencèrent à psalmodier d'inintelligibles paroles.

La directrice me chuchota quelques explications :

— L'utilisation par sceau n'est pas une magie de sorcier à proprement parler, mais nous lui insufflons assez de pouvoir pour que ça y ressemble. Va te mettre au centre et enlève ton T-shirt. Assis-toi en tailleur et attends que l'on écrive les runes sur ta peau.

Je m'exécutai et me sentis soudain très mal-à-l'aise. Mon malaise détint sur les autres qui devaient probablement ressentir les effets du charme. Certains se raclèrent la gorge, d'autres émirent quelques jurons parmi d'autres bruits de dégoût.

Je me sentais totalement humilié et mes épaules voutées le montraient bien.

— Ça suffit. Vous ne voyez pas que vous l'embarrassez, ce pauvre garçon ?

Dylan. Le seul professeur qui me soutint jusque-là. Je le remerciai timidement et il hocha la tête, un sourire amical sur les lèvres.

Miss White, qui portait son éternel costume de bibliothécaire coincée, s'approcha de moi et, comme elle me l'avait expliqué, inscrivit des runes sur ma peau. Les lettres me picotaient mais elle m'interdit de me gratter. Je grognai légèrement de frustration et la laissai terminer. Quand la dernière rune fut inscrite, les voix se turent. Les bougies s'allumèrent autour de moi. Mon cœur battait la chamade, appréhendant la suite. Puis, une douleur me fit vaciller. Je vis du coin de l'œil les objets de chacun s'enflammer dans les bougies tandis que je sentais les runes parcourir ma peau. Je hurlai de douleur et sentis quelque chose en moi se fermer. Pire, je sentais un vide.

Me soutenant sur mes deux bras, j'haletai bruyamment. J'entendis vaguement murmurer à mes côtés mais quand je voulus relever la tête, je m'évanouis.

Je rouvris les yeux sur un plafond beige, familier, et éclairé par la lumière du soleil. Je me relevai doucement, une douleur lancinante dans mon épaule.

— Tu es réveillé ?

Le sourire charmant de Nolan ne me fit plus le même effet.

J'hochai la tête mais en fait je ne me sentais pas bien du tout. Il y avait quelque chose en moi qui avait disparu. Je n'avais jamais remarqué que l'on sentait tout le temps la magie en nous c'était naturel, comme respirer. Et maintenant qu'elle n'était plus là, c'était comme si on m'avait retiré les poumons et qu'on me demandait de me débrouiller pour respirer.

Je secouai la tête tandis qu'un frisson remonta le long de sa colonne vertébrale.

— Ça va aller. Tu vas t'y faire, tu vas voir. C'est temporaire de toute façon. Et au moins, le sceau a marché.

Il me caressait la tête affectueusement, comme un infirmier soucieux de son patient.

— L'est qu'elle heure ?

— Un peu plus de 10h. Tu as une excuse pour la journée, si tu as besoin de te reposer… Et Alana me fait savoir que si tu as besoin d'une dispense de plusieurs jours, elle t'en ferait une. (Devant mon air de questionnement, il précisa :) Alana White. Notre directrice.

Je fis un signe de compréhension alors qu'un rictus moqueur peignait ses lèvres.

Un élève boitillant entra alors à ce moment-là et Nolan me laissa pour s'occuper de lui. Je profitai de ce détournement d'attention pour quitter l'infirmerie sans un mot.

Je parcourus les couloirs, l'air hagard. Ma poitrine me faisait souffrir de ressentir ce vide. C'était gênant… Pire : ce n'était pas naturel !

Je me glissai dans une classe vide et y restai de longues minutes, pleurant et souffrant en silence.

Qu'allais-je bien pouvoir faire maintenant que je ne pouvais plus utiliser la magie ? Qu'allais-je devenir ?

Les paroles rassurantes de Dylan me vinrent en mémoire.

Oui, c'est vrai, ils allaient trouver une solution, il me l'avait dit.

Peu rassuré, j'allais me rafraîchir le visage. À peine la figure sous l'eau que j'entendis la porte s'ouvrir. Je sursautai et l'intrus s'excusa :

— Désolé, je voulais pas t'effrayer.

Il m'observa en silence. Je devais avoir une sale tête à cause des pleurs, de la peur et de la fatigue.

— Ça ne va pas ?

— Ça ne te regarde pas !

Je me mordis la lèvre. Je ne voulais pas être plus acerbe que ce que je voulais. Je retournai à mes affaires et il en fit de même. Au moment où je sortis des toilettes, il me retint par le bras.

— Keina, c'est ça ?

Je le dévisageai. Étais-je encore sous l'emprise ?

Sa réponse me confirma que non.

— Moi c'est Gabriel. Tu sais, je possède Kowan, le familier-dragon. C'est ton colocataire, Erza, qui travaille avec moi.

Je le restituai d'un signe de tête, m'excusant de ne pas l'avoir reconnu de suite.

— Pas grave. On garde plus en mémoire Kowan que moi ! Je vais finir par être jaloux…

Il rit gentiment et me tira un sourire discret. Puis voyant qu'il ne me lâchait pas, je me tortillai, mal-à-l'aise.

— Excuse-moi. (Il me relâcha puis reprit :) C'est probablement pas mes affaires mais tu n'as pas l'air d'aller bien… Tu devrais aller à l'infirmerie…

Je ris amèrement et murmurai :

— J'en sors, justement…

— Ah, d'accord.

Il fronça les sourcils, l'air peu convaincu. Il secoua la tête, sûrement pour chasser des réflexions qu'il était le seul à connaître puis me proposa :

— Tu veux aller faire un tour ? À moins que tu doives retourner en cours ?

— J'ai une dispense pour la journée… Je crois que j'ai envie de marcher…

— Bien, alors allons-y !

Je le regardai incrédule.

— T'as pas cours ?

— Si, mais je sèche. Cours d'histoire. Et puis, ça me gêne de te laisser seul dans cet état…

— Bon samaritain, hein !

Mon petit rire moqueur s'étouffa dans ma gorge quand je vis que je l'avais vexé.

— Désolé. Dure journée. Je ne serais pas de bonne compagnie mais je ne t'empêcherai pas de m'accompagner si tu veux.

Puis je tournai les talons et commençai ma « promenade». Je l'entendis me suivre sans un mot. Très vite, nous nous retrouvâmes dehors. Je poursuivis en direction de la Forêt, m'arrêtant de temps à autre quand la tête me tournait. Gabriel s'approchait de moi dans ces moments-là, attendait que je me sente mieux avant de se retirer de quelques pas. Je ne sais pas combien de temps je marchai, mais pendant tout ce temps, Gabriel ne dit rien, se contentant de me surveiller.

Un vrai samaritain !

Mes pieds reprirent leur route, même si mes jambes avaient du mal à suivre à présent. La prairie avait laissé sa place à des herbes sauvages, puis à une piste rocheuse. Tranchant dans cette atmosphère de terre et de pierre, une grosse tache rouge s'étalait loin devant moi. J'entendis Gabriel soupirer derrière-moi et me dépasser sans se retourner. Il s'approcha de la forme rouge et l'admonesta à distance :

— Kowan, que fais-tu là ?

Le dragon se tortilla sur lui-même pour nous faire face et émit ce qui ressembla à un grondement de contentement quand il aperçut son maître. Il vint d'ailleurs à sa rencontre et lui lécha le visage.

— Mais oui, moi aussi je suis content de te voir…

Le dragon ronronnait, je pouvais le jurer !

— Mais je peux savoir ce que tu fais là ?

Je vis de la malice dans les yeux du dragon s'il avait été humain, il aurait siffloté en levant les yeux au ciel, mais il se contenta de ronronner en relevant la tête et remuant la queue.

— Kowan… ?

Le daëmon s'assit sur ses pattes arrière et tourna légèrement la tête vers l'arrière.

Gabriel soupira et le gronda :

— Kowan de la Montagne de Feu. Qu'est-ce que je t'ai dit à propos des lucioles ?

Il avait l'air contrarié et le dragon baissa la tête, l'air coupable. Âme de dresseur, Gabriel ne se fit pas avoir par l'air adorable du dragon et lui demanda de libérer les pauvres bestioles. Cette fois-ci, le dragon grogna de mécontentement et partit vers l'arrière des rochers où, très rapidement, une nuée de lucioles s'éleva dans le ciel. Le dragon grogna à leur attention et à celle de son maître puis lui tourna le dos en s'affalant, lui indiquant clairement qu'il boudait.

À ce moment-là, j'éclatai de rire.

Surpris, Gabriel se tourna vers moi, mais c'est le dragon lui-même qui calma mon rire, avec ses oreilles relevés et son visage tourné vers moi.

— Désolé…

Mais je ne pus empêcher un sourire d'étirer mes lèvres.

Le dragon grogna à nouveau et me tourna le dos. Gabriel s'approcha de moi, un sourire en coin.

— Kowan est très capricieux.

— Son maître ne serait pas un peu trop accommodant ?

Je me pinçai la lèvre. C'était la seconde fois que j'étais mesquin envers lui.

Son sourire s'effaça et il tourna la tête vers son familier en murmurant :

— Peut-être.

— Pardon.

— Je sais : dure journée.

Je baissai les yeux, honteux.

Je me rendis compte que je me sentais crevé… et bien mieux qu'au réveil. Je me tournai alors vers lui et lui dis d'un air reconnaissant :

— Merci ! Je me sens bien mieux maintenant.

Gabriel sourit sincèrement, ravi de l'entendre.

— Si ça ne va pas un jour, tu seras toujours la bienvenue avec moi et Kowan.

Malgré la désobligeance dont j'ai quand même fait preuve, je crois que je me suis fait un ami aujourd'hui.

— Merci.

Je rentrai dans ma chambre ce soir-là. Erza était là et, dès qu'il me vit entrer, leva la tête de ses bouquins et vint vers moi. Il me fixa un long moment et déclara :

— Ils t'ont fermé. Ce n'est pas bien.

Je plaçai mes mains autour de mes bras en guise de protection.

— Je sais, mais je n'avais pas le choix…

Il n'ajouta rien et je sentis le besoin de me justifier :

— Mais tu sais, ils m'ont dit que c'est temporaire. Y'a une vieille sorcière ermite qui a conçu un sort puissant contre les charmes. Ils vont essayer de la trouver pour m'en faire un.

— Ce n'est pas bien d'utiliser la magie d'ermite et celle de la Racine ensemble. Leurs sources sont différentes.

Je m'énervai :

— Alors toi dis-moi quoi faire ! Parle-moi de cette Racine et aide-moi à me défaire de leur sort !

La panique me gagna et mon souffle se coupa. Je m'affalai à genoux sur le sol et tentai de reprendre ma respiration. Erza se baissa à mes côtés et me massa doucement le dos. Je relevai mon regard sur le sien et le suppliai :

— Je me sens mal, Erza. Vraiment très mal. Il y a quelque chose en moi qui a disparu. C'est comme si on m'avait retiré les poumons pour m'empêcher de respirer. S'il te plaît, Erza, je ne veux pas rester comme ça…

Il caressa ma joue trempée de larmes, l'essuya du mieux qu'il put, sans me lâcher des yeux. Puis enfin, il me donna sa réponse :

— C'est d'accord, je vais te dire ce que je sais et je t'aiderai.