CHAPITRE 2 : LES COURS COMMENCENT

Je me réveillai le lendemain au son de l'horloge. J'avais entendu dire la veille qu'elle sonnait toutes les 90 minutes entre 7h du matin et 19h le soir. Mes cours commençant à 8h30, j'avais exactement une heure et demi pour me préparer et prendre un petit-déj'. La tête dans le coaltar, je me laissai tomber du lit comme une limace, me traînai près de mon sac et en sortis quelques vêtements et ma brosse à dent. J'emportai le tout hors de la chambre. Déjà quelques élèves émergeaient. Je me dirigeai au fond du couloir, vers les douches communes, comme on nous l'avait indiqué la veille. J'atterris devant une porte nacrée de blanc et rouge qui se fondait à merveille dans cet environnement de bois et de peinture claire. Je passai la porte et mes pieds nus entrèrent en contact avec le carrelage blanc de cette grande salle de bain. Quelques garçons s'activaient ici et là. Devant moi, une petite fontaine d'eau cristalline où de petites faës d'eau y faisaient leurs éternelles ablutions. Sur les côtés, deux grands bassins d'eau bullant de vapeur et d'odeurs agréablement parfumés à la vaiolyne. Quelques garçons nus s'y prélassaient. Derrière la fontaine, un couloir avec les mêmes portes nacrées blanc et rouge à intervalle régulier s'étendait au loin. Je m'insérai dans la première cabine libre que je pus trouver. L'intérieur me coupa le souffle : mis-à-part que le style de décoration restait le même, la pièce dans laquelle je venais d'entrée me semblait assez spacieuse pour une simple salle de bain d'étudiant ! Au fond de la pièce, une douche arrondie - et pouvant tenir facilement deux hommes - était surmonté sur un lit de nacre rouge. À ses pieds, un élégant tapis de bain rouge pelucheux. Sur le côté opposé, des latrines et un tapis de sol dans les mêmes tons. À ma gauche, un comptoir immaculé où j'avais largement de quoi poser toutes mes affaires et plus encore, surmonté d'un immense tableau aux couleurs chaudes ; à ma droite, un autre comptoir où un lavabo trônait en son centre, avec au-dessus un miroir de bonne taille. Toute la tuyauterie était d'un rouge cuivré.

J'avais le souffle coupé devant pareille merveille et je crois que si on n'avait pas frappé à ma porte pour vérifier si elle était occupée ou non, j'en serais resté ainsi un long moment.

Je fis ma petite toilette, usant des produits aux odeurs délicieusement parfumées mis à notre disposition, mais y traînai plus que nécessaire. Une fois au sec, j'enfilai mon jean et un débardeur noir dessus. Mes cheveux dorés commençaient déjà à onduler sur mes épaules. Sous la lumière factice des appliques murales rouges, mes yeux étaient marrons.

Je sortis sans hâte de la salle de bain et retournai dans ma chambre. Erza n'y était pas. Je fouillai dans mes valises et en sortis un sac en bandoulière à l'effigie d'Arko Séval, le seul centaure à avoir construit - et surtout à posséder ! - une voiture spécialement pour sa morphologie. La blinde était gigantesque et imposante : la plupart du temps, pour des raisons de sécurité, on lui interdisait l'accès aux routes. Erza revint dans la chambre alors que je cherchais un calepin et des stylos. Le tout dans le sac, chaussures aux pieds, je m'apprêtai à partir.

_Tiens.

Il me fixait comme la veille et me tendit une enveloppe de papier kraft.

_C'était devant la porte. Ça t'est adressé.

Je pris l'enveloppe, le remerciai puis m'en allai. Je descendis au réfectoire en me perdant pendant une bonne dizaine de minutes. Heureusement que des anciens passaient par là et m'ont accompagné. Je fis leur connaissance et ils m'invitèrent même à déjeuner avec eux. Ils me mirent également en garde contre certains professeurs et autres personnages du corps enseignant. Ils quittèrent la table peu de temps avant que l'horloge ne sonne et j'en fis de même. Je me renseignai et partis en quête de ma classe. Une fois arrivé sur place, je reconnu bon nombre de têtes - certaines faisant parties de mon dortoir, d'autres non. Comme au lycée, en classe de chimie-physique, les tables était de longs pupitres de plexiglas marron, mais elles n'avaient pas de lavabo ni de tubes à essai qui trainaient un peu partout. Il y avait cinq chaises hautes par table. Je m'installai à une table du milieu, vide. Quelques minutes plus tard, deux gars et une fille vinrent s'installer à mes côtés. La fille, une grande rousse aux yeux marron, m'accosta directement dans sa petite robe en flanelle rose et blanche :

_Salut ! Je m'appelle Éhara Bias. Et toi ?

Je lui souris gentiment en répondant :

_Keina Ovadia.

_Dis, Keina, t'es dans quel dortoir ?

_Le Nord.

_Ouah ! Et t'as pas flippé cette nuit ? Avec la vue sur la forêt ?

_Euh… Pourquoi ?

_On dit que la Forêt des Chênes est hantée par des esprits malfaisants qui hurlent leur désespoir la nuit !

Je me retournai vers la voix qui venait de s'exprimer et fit face à une version masculine de Éhara.

_On dit même que certaines personnes parties la nuit n'en sont jamais revenues !

_C'est des conneries, mec !

Le deuxième garçon, assis à côté de lui, avait des yeux couleur océan et des cheveux blond vénitien. Tout à fait mon genre !

_Moi c'est Liren. Et l'abruti qui cherche à te faire peur s'appelle Eythan.

_Salut.

_Dis Keina, tu sais ce qu'on a entendu sur le professeur Olun ? Paraît qu'une de ses ex lui as jeté un puissant sort et que tous les soirs il se transforme en troll ! Et qu'au fil du temps, la morphologie trollienne lui est restée collé à la peau !

Éhara semblait totalement excitée par ce qu'elle me racontait. Je lui souris poliment sans la contredire, mais Eythan enchaina dans ses absurdités :

_Moi, on m'a dit que si tu lui mettais sous le nez de l'écorce de saule, sa peau deviendrait olivâtre et granuleuse à la manière des grenouilles !

_Mais vous allez arrêtez de dire des conneries tous les deux !

_Mais c'est vrai !

_Oui, que ça l'est !

_Non, ça ne l'est pas, alors fermez-là !

Je vis les jumeaux grogner de mécontentement. Liren me fit un signe de tête en guise d'excuse. Autour de nous, les discussions allaient bon train. Elles diminuèrent lorsqu'un homme aux cheveux dégarnis entra dans la salle. Il portait une veste trop grande pour lui et ses lunettes lui faisaient de riquiqui petites billes grises en guise d'yeux. Comme Éhara l'avait prédit, il avait les traits aussi disgracieux que ceux d'un troll. Il déposa ses affaires d'une manière rustre sur son bureau derrière lequel un tableau prenant la moitié du mur y était accroché. Sa voix était rocailleuse :

_Je suis le professeur Olun. Taisez-vous s'il vous plaît. Je vais vous enseigner la magiphysique ainsi que la chimimagie. Dans cette classe…

Il fut interrompu par la porte qui s'ouvrit dans un grincement - je n'avais même remarqué qu'elle avait été fermée ! Erza regarda son professeur de la même manière qu'il me regardait et s'excusa de son retard. L'enseignant n'en tint pas compte et reprit sa tirade :

_Vous avez tous eu votre Bac, alors je pars du principe où vous avez les bases de la physique et de la chimie. Je ferais donc un simple rappel.

Erza vint s'installer à la seule place libre de la salle : à côté d'Éhara.

_Eh ! Va t'asseoir ailleurs !

Il la fixa, comme je l'avais attendu, et lui répondit droit dans les yeux :

_Il n'y a pas d'autre place.

Sa manière de lui parler lui fit fermer son clapet. Je penserai à le remercier plus tard.

_À présent, j'ai besoin de deux volontaires pour distribuer les livres.

Il désigna deux élèves au hasard et indiqua en fond de salle une grande armoire de métal où récupérer les livres. Quand les deux élèves ouvrirent les deux portes, on pu tous voir les ustensiles qu'elle contenait : chaudrons, tubes à essais, chauffes-ballon, bocaux de substances inidentifiables de là où je me trouvais, etc… C'était impressionnant et inquiétant.

_Eh ben alors ? Les livres sont en bas. Vous ne les trouvez pas ?

Les élèves rassurèrent leur professeur et se mirent à la tâche. Entre-temps, Mr Olun nous pria de sortir nos affaires. Je constatai qu'Erza avait déjà un cahier et un stylo devant lui : il semblait être un gars sérieux et attentif.

Le reste du cours se passa dans le calme le plus total. J'eus l'impression de refaire tout mon programme du secondaire en une heure et demi. À la fin du cours, je m'approchai d'Erza.

_Je ne savais pas qu'on serait dans la même classe.

Même si maintenant je savais qu'il fonctionnait ainsi, le voir me regarder sans jamais ciller me mettait quand même mal-à-l'aise.

_Je suis en classe 2.

_Oui, j'avais remarqué.

Un léger silence passa alors que j'entendais les jumeaux Bias se faire disputer par Liren.

_On a cours de botanique maintenant.

_Euh… ouais, il me semble.

Il me fixa sans rien ajouter. Je proposai :

_On y va ensemble ?

_D'accord.

Il détourna enfin son regard de moi pour récupérer son sac puis on partit en direction du jardin à l'extérieur du bâtiment. Arrivés dans la place, la plupart d'entre nous furent impressionnés par les classes de bois parsemées un peu partout sur le terrain - car elles n'y étaient pas la veille ! Ma classe entra dans celle qui lui était assignée. Une petite lutine aux yeux verts et habillée d'une longue robe de feuilles d'érable vertes nous attendait. Elle sourit à notre venue et se présenta de sa voix fluette :

_Je suis Miss Leila, votre professeur de botanique pour cette année. Asseyez-vous, je vous pris.

On se regarda perplexe ; ce qui semblait être des sièges n'étaient en fait que de gros champignons colorés. Un garçon s'assit prudemment dessus ; il perdit vaguement l'équilibre puis revint à la normal. Une fille s'essaya mais en tomba, faisant rire les autres élèves. Pendant plusieurs minutes ce cirque dura. Je tentai moi aussi de m'asseoir et je serais sûrement arrivé le cul par terre si Erza ne m'avait pas rattrapé.

_Merci.

_De rien.

Plusieurs minutes passèrent et notre professeur nous observait, un sourire crispé aux lèvres. Quand tous furent assez stables, elle commença :

_Vos champichaises sont-elles assez confortables ?

Personne ne répondit mais on pensait tous à la même chose : on avait l'impression d'être assis sur de la gelée !

La lutine sourit davantage et passa entre les rangs à la manière d'une danseuse étoile.

_Les champichaises sont la création de sorciers alchimistes. Ils ont été conçus pour servir principalement de décoration dans le jardin, mais également pour servir de chaises lorsqu'il y a des invités. Quelqu'un sait comment rendre ces champignons plus tangibles et confortables ?

Aux murmures outrés provoqués dans la salle, pas difficile de comprendre que personne n'était au courant de ça - ce qu'on aurait bien aimé savoir avant !

À mes côtés, Erza ne bougeait pas. Il fixait simplement la professeur allant et venant entre les élèves.

_Quoi ? Personne n'est au courant des progrès de notre civilisation ?

Tout le monde se tut de honte.

_Tss Tss ! Ce n'est pas très bien ça les enfants !

Elle retourna à sa place et sortit d'un tiroir de son bureau de bois un exemplaire du Magic Times, un quotidien traitant de toute l'actualité du monde magique.

Robert Delawoey, grand alchimiste du 21ème siècle, résout vos problèmes ! Plus besoin d'une cave rempli à craquer et toujours désordonnée, grâce à ces champichaises décoratives, vous obtiendrez un beau jardin ET de quoi accueillir toute votre famille ! »

Plusieurs d'entre nous se regardèrent sans comprendre.

_Mais enfin !

Elle claqua son journal sur son bureau et prit une voix sévère.

_Vous ne lisez donc jamais le journal ? Cet article est parut il y a deux semaines à peine ! C'est un grand progrès dans le monde de l'alchimie !

Elle laissa filer son regard sévère sur les élèves, puis un sourire étira ses lèvres. J'avais un mauvais pressentiment.

_Bien. À présent, tout le monde debout.

On s'exécuta avec hâte, certain perdant à nouveau l'équilibre mais la plupart en bon état. Éhara s'accrocha à moi pour se maintenir ; elle s'excusa en papillonnant des yeux.

_Pour rendre dur ces champichaises, il suffit de caresser leur bulbe près de la racine. Allez ! On se dépêche !

Certains commencèrent donc à caresser la petite partie bosseuse à la racine de la plante. D'autres suivirent mais tout de suite des cris de dégoût se firent entendre.

_Ah, j'oubliais ! Faites attention, les volves sont très sensibles et secrète du sumac dès qu'on les caresse d'un peu trop.

Plusieurs élèves émirent des gémissements d'écœurement en sortant de la plante une main enduit d'une substance collante et malodorante. Je n'eus pas le choix, je m'y mis également. La substance était visqueuse, comme si je venais de plonger ma main dans un bac empli de bave d'escargot. Berk ! Mais au moins, les champichaises devinrent durs et on put s'asseoir correctement - à défaut de confortablement. Ensuite, Miss Leila nous demanda de garder la substance visqueuse dans nos mains. Elle sorti un flacon du petit placard qui trainait près de son bureau et fit couler une goutte devant chaque élève. Après avoir récité une brève formule magique, des troncs d'arbres commencèrent à sortir de terre mais s'arrêtèrent à bonne taille pour en faire des tables. Elle alla chercher un deuxième flacon puis le déversa à l'intérieur desdits troncs qui se creusèrent pour former une sorte de bac. C'était incroyable !

_Vous apprendrez à utiliser ce genre de magie en cours d'année. Pour ce premier trimestre, il est important pour vous de connaître toutes les vertus médicinales des plantes, ainsi que la préparation de potions de soin, telles la Maraforme ou l'Énergizer. Maintenant, placez la substance à l'intérieur de votre chaudriboix.

Je tentai de me débarrasser de toute cette gelée des mains et vis les autres en faire de même.

_Les alchimistes ont tenté par plusieurs moyens de se débarrasser de cette substance visqueuse qui ne ferait que repousser les clients. Robert Delawoey a cherché plus loin : il a tenté de trouver un moyen d'utiliser cette substance dans un but médical. Malheureusement, ses efforts n'ont pas porté aussi loin. Cependant, il a trouvé une solution de remplacement. En effet, grâce au mélange de plusieurs ingrédients, Robert Delawoey a constaté que le sumac des champichaises pouvait devenir un parfait fertilisant pour les plantes. Ce sumac est secrété par les mycéliums - autrement dit : les racines des champichaises. Lorsque l'on sépare ces mycéliums du tronc principal, elles ne répondent plus de leur office. Delawoey a donc trouvé un moyen pour que ce soit à la portée de tous. Les ingrédients utilisés sont achetables dans les magasins de fournitures. Ici, bien évidement, vous les chercherez dans la nature, les nettoierez comme il se doit puis les utiliserez. Le cours d'aujourd'hui portera donc sur ces différents ingrédients dont vous aurez besoin. Vous découvrirez leur fonction mais également où les cueillir. En fond de salle, il y a un bac d'eau… Vous pourrez vous nettoyer les mains. Ensuite, chacun viendra prendre un livre dans l'armoire puis nous pourrons commencer.

À peine la professeur eut fini son discours que les filles de la classe se précipitèrent au bac pour se nettoyer. Nous passâmes ensuite la fin de matinée à apprendre le nom de quelques plantes et leurs vertus.