~Cody~

Que feriez-vous si l'homme que vous aimez secrètement depuis presque deux ans vous propose un truc pareil ? Imaginez-vous que cela fait deux ans que vous essayez d'attirer son attention en vain, et que tout à coup, tout bascule. Qui plus est, à cause de votre propre frère jumeau !

Vous saisissez ?

Voilà exactement dans quelle situation je me trouve actuellement. Et le pire est que j'ai accepté….

Je suis plutôt un élève normal, dans la moyenne, sans aucune distinction particulière si ce n'est que j'aime les hommes. Même si je n'ai encore jamais eu d'expérience, je le sais parce que j'avais tendance à bander pour des torses nus dans les films plutôt que pour des rondeurs féminines…

Sans compter le fait que je suis fou amoureux d'un gars de ma classe depuis deux ans !

En fait, je l'ai vraiment rencontré à mon entrée au lycée. Pour la première fois, nous nous retrouvions dans la même classe et, très vite, nous nous sommes bien entendus. Nous avons été séparés en Première mais nous nous sommes retrouvés en terminal. Rien d'extraordinaire là-dedans. Le problème, c'est que ce type est un aimant à femmes - pour ne pas dire amant à femmes -, et je suis pratiquement sûr qu'il n'a jamais pensé à un mec autrement que par amitié. Moi je pense être un bon ami pour lui, mais sans être toujours là, tout le temps avec lui. Je ne fais pas vraiment parti de sa bande mais je n'y suis pas exclu. De ce fait, je l'ai toujours observé de loin.

Du côté de ma sexualité, je n'ai pas vraiment confiance en moi - quoique c'est pareil dans ma vie je pense. Je n'ai donc jamais tenté quoi que ce soit avec lui. Et j'espère que personne ne s'est jamais douté de ça. De toute façon, qui pourrait ? Personne n'est dans ma tête ! Personne à part mon jumeau Éric…

Éric et moi sommes nés le 2 mars 1992, à exactement 3 minutes d'intervalle. Je suis le premier à avoir vu le jour, et pourtant c'est lui que l'on a désigné comme étant l'ainé (une histoire de balle rouge qui rentre avant la balle bleue dans le tube mais qui en ressort en seconde après la bleue). Mais ça ne nous a jamais posé problème quand nous étions enfants. On s'entendait à merveille, faisions les 400 coups à nos parents, partagions tout, etc… De vrais jumeaux confidents et complémentaires.

Mais arrivés au collège, j'ai rencontré d'autres amis… et ça l'a rendu jaloux à en devenir violent. En 4ème, il était tellement perturbateur que personne ne savait plus quoi en faire - pas même moi ! Par conséquent, il a était mis en pension de redressement, et je n'avais droit de le voir qu'une fois par mois, et encore !, seulement s'il n'était pas privé de rencontre.

C'est comme ça que petit à petit nous nous sommes éloignés jusqu'à ne plus vraiment nous connaître. Ainsi, nous ne partagions plus rien, ne pensions plus pareil, ne nous comprenions plus… Enfin, c'est ce que je croyais ! J'ignorais que les liens du sang pouvaient être si puissants quand ils le voulaient… Du moins, n'est-ce pas le cas de mon frère ?

Je commençai mon année comme les précédentes, mais au cours du mois d'octobre, ma mère reçu un coup de fil qu'elle n'osait plus espérer. Le Directeur Richard Tourzin, de l'École de Redressement pour Perturbateurs Juvéniles, la ERPJ, venait lui annoncer en personne - du moins, il semblait qu'il s'agissait bien de lui au téléphone - que son fils était guéri. À ce moment-là, j'aurais dû sauter de joie mais j'ignorais ce qui m'en avait empêché. Les instincts de ces fameux liens peut-être ?

Quoiqu'il en soit, nous nous sommes retrouvés en ce début de novembre avec mon frère à la maison…

*~c~*

J'étais dans ma chambre, écrivant un mail à mon correspondant allemand quand la sonnerie de la porte nous indiqua la présence de visiteurs. Évidement, nous savions qui se tenait derrière cette porte. J'entendis ma mère se diriger précipitamment vers cette dernière pour l'ouvrir. Ces dernières semaines avaient été particulièrement tendues - il a fallu réaménager ma chambre pour y accueillir mon jumeau que je n'avais pas vu depuis au moins 8 mois… Ensuite, la simple attente généra une atmosphère de tension à son comble.

J'expédiai en vitesse mon mail, m'excusant et promettant de le finir plus tard, puis descendis à mon tour accueillir les invités. J'arrivai dans le salon silencieux. Mon père et ma mère se tenaient l'un à côté de l'autre, main dans la main, hésitant entre s'asseoir ou rester debout. Doute que semblait également partager le vieil homme - dont je supposai être Mr Tourzin. À ses côtés se tenait une jeune femme au regard sévère et à l'air bien stricte dans son tailleur Armani bleu marine et chemisier blanc. Même ses escarpins vernis noirs révélaient son caractère rigide. Bien qu'elle soit assez jolie de visage, elle me faisait penser à une institutrice de la vieille école avec ses lunettes carrées à monture assortie à sa jupe et sa coupe en chignon impeccable. Puis, enfin, mes yeux s'attardèrent sur la personne principale. Ses yeux bleus foncés me fixaient intensément, sans expression - du moins, je ne les devinais pas. Sa peau semblait avoir beaucoup bruni, bien plus que la mienne, et il avait une coupe à ras alors que moi je les laissais pousser un peu. Inexplicablement, je me sentis submergé par ce frère oublié.

Le directeur brisa le silence :

_Voici comme convenu le jeune Éric Mardal. Et voici Mlle Anna Zarca, notre conseillère en psychologie infantile. Anna, je vous pris…

_Merci, Mr le Directeur. Mr et Mme Mardal, bonjour. Comme nous vous l'avons fait part, nous avons constatés de grandes améliorations dans le comportement de votre fils. Ainsi, nous en sommes convenus à lui accorder un délai intemporel pour réapprendre à vivre en société. Il s'agit d'une sorte de mise à l'épreuve. Éric, je te pris…

Je vis mon frère s'avancer vers nos parents et son visage se transforma : un sourire illumina ce dernier d'une douceur inimaginable.

_Papa, maman, me revoilà…

Ma mère poussa un cri aigu et se jeta sur lui, le serrant et l'embrassant avec force. Elle remercia le ciel de lui avoir rendu son fils tel qu'il l'était avant. Je vis également mon père se détendre et s'approcher de son aîné pour lui souhaiter la bienvenue. Puis, enfin, Éric se tourna vers moi. Il me fixa une nouvelle fois puis me sortit le même sourire que précédemment. Je restai pétrifié sur place. Je le vis s'approcher de moi, m'enlacer et me murmurer :

_Comme je suis content de te revoir, mon frère adoré…

Des frissons parcoururent mon échine et je fus incapable de dire quoi que ce soit.

Indifférents à mon cas, j'entendis, de loin, la conversation se poursuivre entre les adultes :

_En cas de récidive, contactez-nous immédiatement à ce numéro. Cela risque de prendre un peu de temps pour vous réhabituer à sa présence mais j'ai toute confiance en vous. Sur ce, je vous souhaite bonne chance. Éric…

_Je vous remercie pour tout, Directeur, Mlle Zarca.

_Oui, nous vous remercions sincèrement…

J'entendais les reniflements de ma mère, les soupirs de mon père, les voix de ces étrangers, mais ne les voyais pas. Mon regard était fixé sur mon reflet vivant. Ces yeux impénétrables qui ne me lâchaient pas du regard, m'hypnotisaient.

L'esprit dans le vague, je suivis mes parents montrer notre chambre commune au nouveau résident. Pour y faire de la place, je m'étais débarrassé de ma commode et de ma bibliothèque, puis avais remplacé mon lit et mon bureau par un ensemble comprenant lit-bureau-étagères en superposition. Un deuxième ensemble, identique si ce n'est les parures de couleurs différentes, trônait de l'autre côté de la pièce. Je n'ai pas eu besoin à faire de la place dans notre armoire car, selon Mlle Zarca, il valait mieux partager nos affaires pour faciliter rapidement son intégration. Mais je n'avais plus de télé dans ma chambre, ni de jeux vidéos… À présent, cela ne pouvait se faire que dans le salon.

_Nous avons choisis une parure bleue pour toi mon chéri… Tu aimes toujours le bleu ?

L'inquiétude s'entendait dans la voix de ma mère. Mais tel un ange descendu du ciel, mon frère lui sourit en disant :

_Oui, maman. C'est toujours ma couleur préférée.

Ce qui ravit ma mère. Elle poussa un soupir de soulagement et commença à lui parler des différentes règles de la maison, pour la bonne entente de tous. Au dîner, elle ne cessa de parler de tout et de rien en faisant participer le fils jusqu'alors exilé. À croire qu'elle voulait rattraper tout ce temps perdu.

Mais moi, de mon côté, je ne pouvais dire mot…

*~c~*

Je n'ai pu fermer l'œil de la nuit, et ce, même après qu'Éric se soit endormi. Avant de se coucher, il me lança un de ses sourires incompréhensibles puis ne pipa mot. Ce qui me stressa énormément ! Je sentais quelque chose de bizarre mais étais incapable de mettre des mots dessus.

Je décidai d'en faire part à ma mère ce matin-même.

_Écoute, Cody…

Ma mère semblait soucieuse. Mon père reprit pour elle :

_La psychologue, Mlle Zarca, nous a dit que tu te sentirais… comment dire… rejeté, dans un premier temps. Que tu nous ferais des crises de jalousie… Mais sache, fiston, que nous t'aimons vraiment, mais que simplement…

_…nous voulons simplement redevenir une famille unie. Et cela comprend la présence de ton frère. Alors tu devras faire avec. Tu n'es plus seul, désormais.

Elle me sourit chaleureusement, mais je sentis une pointe dans mon cœur. Je savais qu'il serait inutile d'insister, alors je gardai ma peur en moi, secrètement… Après tout, peut-être la psychologue avait-elle raison et qu'il ne s'agissait que de jalousie ?

Éric entra quelques minutes après, s'excusant de son retard. Nous déjeunâmes tous ensemble puis nous partîmes à l'école. Il avait été décrété qu'il serait dans la même école que moi, suivant le même cursus. On ne dit rien pendant tout le trajet, mais je ne cessai de le fixer. Arrivé au bahut, l'accueil fut d'abord craintif - tous connaissaient son passé de trouble-fête -, puis plutôt amical lorsqu'ils constatèrent son changement si improbable.

Un jour passa, puis deux, puis trois… Et rien ne changea entre nous. Je ne lui parlais pas, lui non plus. Mais il s'était acoquiné la plupart de mes amis, et même Sacha, faisant naître des sentiments de jalousie en moi.

Un jour, je les surpris à discuter tous les deux amicalement dans un des couloirs de l'école. Ils se turent à mon approche et je dû faire une tête à l'expression devinable car Éric me sortit un sourire qui m'irrita au plus haut point. Et, cette fois-ci, je vis danser des flammes dans ses yeux. Même si je pris peur, je fis de mon mieux pour le cacher. Malgré tout, il me sourit à nouveau de ce sourire calculateur qu'il utilisait à tout bout de champs.

_Yo, Cody ! Ça va ? À plus Éric !

_Au revoir Sacha.

Un rire cristallin se déploya hors de sa gorge et je sentis mon corps entier se crisper. Je restai sur place, sans bouger. Alors mon frère se rapprocha de moi, s'arrêtant à mon niveau. Puis dans un murmure à me glacer le sang, il me dit :

_Tes sentiments se lisent sur ton visage, mon cher frère…

Mon cœur rata un battement et je l'entendis partir. Je restai là, complètement paniqué, jusqu'à ce que mes jambes se décident enfin à bouger. Je rentrai chez moi en courant, la peur au ventre, et partis me réfugier dans ma chambre - chose somme toute inutile au vu du fait que nous la partagions. Et j'attendis, encore et encore, que la journée passe…

Puis me revint en mémoire que nous étions vendredi, et que pour leur 20 ans de mariage, mais parents s'étaient offerts un week-end en amoureux au sud de la France pour des séances de spa dans les meilleurs stations du pays.

Ce qui signifiait que nous étions seuls ce soir-là.

J'avais un mauvais pressentiment…

Dîner expédié en vitesse, je filai prendre une douche pour aller au lit tout de suite après. Quelques minutes plus tard, j'entendis Éric se glisser dans la chambre. Il laissa la lumière éteinte et marcha à tâtons. Je l'entendis se cogner à mon lit, mais au lieu de poursuivre son chemin vers son propre lit, il se glissa dans le mien.

_Hé !

_Chut ! Ne cris pas…

Sa voix doucereuse me paralysa. Il se glissa sous ma couette, posa son bras sur mon corps et attendit. Je me retrouvais dos à lui et sentais son souffle sur ma nuque. Puis, d'un mouvement lent, sa main descendit vers mon bas-ventre. Je voulus me retourner mais son bras me plaqua sur le lit.

_Qu'est-ce que tu fais ?

_Je te l'ai dit…

Il se colla un peu plus à moi.

_Tes sentiments se lisent sur ton visage…

Sa main glissa un peu plus bas et se retrouva au niveau de mon entrejambe. Je rougis et me relevai en sursaut… avant de me sentir plaqué par deux puissants bras. Éric, au-dessus de moi, me dominait. Mes yeux habitués à la pénombre virent clairement son visage : il avait tombé le masque, comme mes entrailles le craignaient. La peur s'empara de moi : mon cœur battait à me vriller les tympans, mon corps tremblait, mon souffle était irrégulier.

_Qu'est-ce que tu fais !?

Un sourire diabolique, comme ceux que je lui connaissais d'avant son internement, naquit sur ses lèvres.

_Tu es encore puceau, n'est-ce pas ?

Je rougis de surprise et d'embarras. La panique me gagna et je commençai à me débattre.

_Lâche-moi !

_Donc, tu es encore puceau.

Il émit un petit rire.

_Tu ne pourras rien tenter avec lui tant que tu n'auras aucune expérience… Laisse-moi te venir en aide, mon cher frère…

Je sentis ses lèvres se plaquer sur les miennes.

Que se passait-il ? Je n'y comprenais pas.

Je le repoussai violement mais il me maintint fermement les bras relevés en arrière. Puis, de sa main libre, il m'agrippa la nuque pour y prendre appuis. Je sentis sa langue fondre dans ma gorge. Il était si puissant que j'en tremblais de peur. Je manquais de souffle mais il insistait pour y gouter une chose au loin dans ma gorge que je ne pouvais définir. Lorsqu'il sembla satisfait, il relâcha ma bouche. J'eus du mal à reprendre mon souffle, mais pendant que mon esprit tentait de comprendre ce qui venait de se passer, je sentis son membre visqueux jouer sur mon visage. Je me débattis plus fermement, mais il appuya violement sa main sur mon torse, me coupant temporairement le souffle. Je suffoquai, et pétrifié, je ne bougeai plus. Une fois libéré, je ne fis pas plus de mouvements que précédemment, tentant de reprendre mon souffle. Je sentais mes joues brûler; je pleurais. Je ne compris qu'Éric s'était momentanément dégagé de moi lorsque je le sentis me dominer à nouveau. Il souleva une nouvelle fois mes bras en arrière et me les attacha - avec une de mes ceintures, je suppose - à ma barre du lit avant que je ne puisse réagir.

_Qu… !?

Trop tard. J'étais à présent immobilisé.

_Éric ! Que fais-tu !?

_Je t'empêche de trop gesticuler.

_Arrête !

À peine ces paroles prononcées que ma voix fut à nouveau étouffée par sa bouche. Puis cette dernière joua au creux de mon cou tandis que ses mains déboutonnaient le chemisier de mon pyjama.

_Arrête !

J'avais beau crier, j'avais l'impression que ma voix ne portait pas loin. Une fois mon pyjama complètement déboutonné, les mains de mon jumeau se baladèrent sur mon torse, s'amusant avec chaque sillon, effleurant chaque bosse, et contournant mes tétons. Puis sa langue vint se mêler à cet étrange ballet; à l'exception près où elle se posa sur mes bouts de chair rose que je sentais s'endurcirent à mesure qu'il les léchait et les mordillait.

_Éric ! Stop !

Mais il ne m'écoutait pas. Depuis le début, il ne me calculait pas. Lorsque je sentis de la chaleur naître dans mon corps, je compris enfin ce qui se passait : j'étais sur le point de me faire violer par mon propre frère.

La stupeur créée par cette découverte m'immobilisa. Je ne pouvais plus rien dire; je ne faisais que soupirer et pleurer.

Éric releva la tête, des interrogations dans les yeux.

_Quoi ? T'abandonnes déjà ?

Mes yeux étaient fixés sur lui mais j'avais l'esprit dans le vague. Je ne fis même pas attention à son sourire sadique, et fermai immédiatement les yeux lorsque sa langue recommença à jouer avec mes tétons. Je soupirais bruyamment et tremblais de peur. J'émis quelques brefs refus quand sa langue atteint juste le dessus de mon entrejambe. Sans m'en rendre compte, mon pantalon avait été enlevé, et ses mains parcouraient à nouveau mon corps. Puis, sans prévenir, il tâta mon sexe de sa langue. Je me crispai d'appréhension, pleurant et suppliant de me laisser tranquille - suppliques qui redoublèrent d'intensité lorsqu'il enroba entièrement mon membre tendu. Ses mains se baladaient sur mon torse et mes jambes de façon irrégulière, ne me laissant pas le temps d'appréhender chaque assaut. Je pleurais, je tremblais, je criais, je suffoquais et enfin, je jouis. Épuisé, mon dos, jusqu'alors courbé, se détendit d'un seul coup et je m'affalai sur mon lit, la respiration haletante, bruyante. Dans un nuage, j'entrevis le reflet de mon image se lécher les lèvres en un sourire des plus sadiques. Devinant aisément ce qui allait se passer ensuite, je ne pus empêcher mes larmes de couler encore et encore.

_Pitié… Je t'en supplie Éric… Je ne dirai rien à personne…

_Évidemment que tu n'en diras rien ! Imagine la tête des vieux en découvrant ça ! Moi, je retournerai en pensionnat - ce qui ne sera pas bien différent -, mais toi… Leur regard sur toi changera, la pitié se liera dans leur yeux, peut-être même le dégoût d'avoir un fils souillé de la sorte… Finalement, ils te renieront comme ils l'ont fait pour moi…

_Non, c'est faux !

_Que crois-tu ?

Il se tint sur ses bras placés de chaque côté de ma tête, son visage juste au-dessus du mien.

_Que de fervents chrétiens comme ils le sont accepteraient le fait que leur fils aime un garçon ? Qu'ils laisseront cet enfant poursuivre son chemin sur la voie du mal ? Qu'ils pourront ne serait-ce que poser les yeux sur un pécheur souillé ?

Ces mots, crus, entaillèrent profondément mon cœur. À défaut de pouvoir pleurer encore plus, mon corps se mit en mode automatique. Je n'arrivais plus à penser, à comprendre ce qui m'arrivait. Seules les sensations parvenaient à s'extraire de cet état d'apathie. Mon corps d'être humain réagit à la moindre des caresses qui suivirent. Que ce soit ses mains sur mon sexe, sa langue dans mon anus, ou ses doigts dans ce dernier; tout mon corps réagissait, prévenant ainsi mon esprit de la situation. Je perdis pied dans la réalité, ne laissant plus que les commandes à mon corps, lorsque je sentis son membre dur et brûlant me pénétrer avec violence. J'entendis au loin des cris de douleurs avant de comprendre qu'il s'agissait des miens. La douleur fusait de partout : de mes bras attachés, de ma gorge irritée, de mes joues abimées, de mon corps sondé… Et ma voix dans tout ça, j'ignorais si elle sortait autre chose que des gémissements de souffrance et de plaisir - pas nécessairement dans cet ordre. Je crus que cela durerait éternellement, mais après un long moment d'épreuves insoutenables, un fluide chaud caressa mes entrailles de l'intérieur, laissant ainsi mon corps se libérer. Je crus que mon corps s'était paralysé tant le choc fut puissant. À bout de souffle, je tentai tant bien que mal à récupérer. Éric se releva au-dessus de moi puis glissa près de mon oreille :

_Je ferais en sorte que cela devienne un besoin pour toi. Ton corps réclamera mes caresses. Et tu verras que Sacha sera tout à toi.

Je songeai à ce qu'il me disait et le laissai me retourner à plat ventre. Puis, sans prévenir, il s'enfonça à nouveau en moi, allant et venant brutalement, sans me laisser de répit. Je n'ai pas compté le nombre de fois qu'il me prit cette nuit-là et je ne voulais même pas le savoir.

À la fin, le soleil commençait à émerger par cette froide nuit d'automne lorsqu'enfin, je pus m'endormir.

Midi sonna à peine qu'Éric m'entraina dans les toilettes des vestiaires - vides à cette heure-ci de la journée. Il me retourna et sans aucune autre précaution, s'inséra en moi. J'étouffai mes gémissements et me cramponnai à la cuvette des toilettes. Des poils avaient été laissés là, de la rouille semblait teindre les parois de l'urinoir, et il y avait même des restes de commissions. Cette vision m'écœura au point d'en avoir des remontés.

_Éric ! Att…!

Mais il ne m'écouta pas. Comme depuis la première fois qu'il me prit, il se contentait de se défouler en moi.

Voilà déjà une semaine que je me faisais violer par mon jumeau, et que je n'avais même pas la force de riposter ou de réagir. Après mon premier viol, je ne m'étais levé qu'en fin d'après-midi avec un mal de tête horrible et des envies de vomir. Je n'étais plus attaché mais je ne pouvais plus me lever. J'atteignis de justesse ma corbeille à déchet près de mon bureau avant de vider mes tripes dedans. Mais loin de me laisser tranquille ce jour-là, Éric m'avait porté jusqu'à la salle de bain où il m'avait fait découvrir de nombreuses façon de se faire plaisir…

Rien que d'y penser me donna le tournis. J'ai vécu cette semaine dans un nuage, l'esprit complètement embrumé, les jours passant sans que je ne m'en rende compte, les temps de baise de plus en plus nombreux…

Je gémis, mais empêchai ma voix de trop porter. Les yeux clos, je me contentai d'écarter un peu plus les jambes pour avoir moins mal… Cause perdue : Éric en profita pour s'enfoncer encore plus loin en moi. Cette fois, je ne pus retenir mes cris. Je hurlais, suppliais d'y mettre fin, mais mon corps en réclamait davantage aux assauts de mon frère. Puis enfin, il se libéra. Je vis là l'occasion pour moi aussi de le faire mais il m'agrippa le sexe avant ma délivrance. Je retins un cri et me crispai sous la douleur.

_Tu aimes quand ça fait mal, hein ?

Il me massa le membre péniblement éprouvé sans me laisser me libérer de ma souffrance. Puis, toujours me tenant, Éric se redressa légèrement et cria à travers la porte :

_C'est bon ? T'es assez excité pour t'y mettre ?

Mon cœur rata un battement, puis ses mouvements s'accélérèrent lorsque le battant de la porte grinça. Je poussai un cri de panique lorsque je vis Antoine, de la TS4 entrer dans l'espace étroit.

_Eh, ben, mon vieux ! J'en reviens pas ! À ton propre frère !

_No…n…

_Tu veux tirer un coup ou bien tu te contentes de regarder ?

_Du calme, Gueule d'Ange. J'arrive…

_Non !

Mes cris de protestations furent vains. À peine le membre de mon frère hors de moi que je sentis celui de mon camarade entrer. Je les suppliai de me laisser tranquille tandis qu'il me pilonnait, la main de mon frère m'empêchant toujours de me libérer. Je haletais, pleurais, mais rien n'y faisait; ce cauchemar ne voulait cesser.

Après un temps bien moins long qu'avec Éric, Antoine en finit - m'autorisant ainsi à en faire de même. Je m'affalai sur le sol, sans bouger, le corps, le cœur et l'esprit meurtris.

_Je n'aurais jamais cru pouvoir lui faire ça un jour ! Quel pied ! En tout cas, toi, t'as pas changé ! Et tu caches bien ton jeu, Gueule d'Ange !

_Merci. Le fric.

Le fric ?

_Ouais, voilà… T'es dur en affaires, mec !

Un froissement de jeans attira mon attention. Je vis Antoine sortir de sa poche deux billets et quelques pièces.

_Désolé, j'ai que ça comme cash.

L'horreur dû se peindre sur mon visage mais j'étais tellement estomaqué que je pus rien dire. Je vis le visage sadique de mon frère me sourire.

Il m'avait vendu.

L'idée me révulsa tellement que j'en vomis.

_Eh ! Dégueu !

_Casse-toi.

_Ok, ok… Je t'appelle si je veux retenter un coup !

_Hum, hum…

La porte des toilettes claqua et j'entendis Éric s'approcher de moi. Je le vis s'agenouiller à mes côtés, me fixant de ses yeux si semblables aux miens.

_C'était un bon coup ?

Je le regardai, tentant d'exprimer tout mon dégoût à travers mes yeux.

Un sourire illumina ses lèvres.

_Tu me détestes ?

Même si j'étais incapable de parler, je savais qu'il comprendrait le langage de mes yeux.

Son sourire s'accentua, puis il se releva. Je redirigeai mon regard vers la cuvette quand soudain, je sentis un poids m'écraser le dos. Peu de secondes après, une douleur vive m'ouvrit les entrailles et de la chaleur émana de tout mon corps. J'avais le cœur sur la gorge, plus de force dans mes membres, et je sentais mon corps se disloquer devant ce nouvel assaut. Je m'évanouis, ne reprenant connaissance qu'à la fin des cours, à moitié nu et seul dans les toilettes des vestiaires.

_Tu as mauvaise mine mon chéri…

Ma mère tenta de me caresser les cheveux mais je la repoussai brutalement. Surprise, elle ne fit plus un geste. Je me mordis la langue et rattrapa le coup :

_C'est rien… juste de la fatigue… J'ai les nerfs à fleur de peau, c'est rien…

Ma voix me semblait si peu convaincante ! Pourtant, elle a eut l'effet escomptée sur ma mère.

_Je sais mon cœur, ce doit être perturbant de partager à nouveau ton espace vital… Mais ne t'en fais pas, ça ne fait qu'un mois que ton frère est de retour parmi nous… Tu t'y réhabitueras…

Elle s'approcha pour m'embrasser le front. Je me crispai mais la laissai faire. Face à moi, mon frère me souriait avec son vrai visage - celui qu'il cachait à tout le monde. Enfin… tout le monde excepté les salopards qui payaient pour me tirer un coup. Quelques élèves de mon école, des professeurs même !, des gens que je n'avais jamais rencontré avant…

Éric se leva et se tourna vers notre mère :

_Je sors avec des amis…

Puis se tournant vers moi :

_Tu veux venir ?

Bien sûr que non !

Mais face à son sourire d'hypocrite, ma mère se faisait avoir.

_Mais bien sûr que oui ! En voilà une bonne idée ! Cody ! Tu feras attention à ton frère, n'est-ce pas ?

La peur et la surprise me coupèrent la voix. Éric en profita.

_On va se préparer.

Il me tira et je fus contraint de le suivre dans notre chambre partagée où il me tira des vêtements pour sortir.

_Dépêche-toi.

Tremblant, je répliquai :

_Je n'irai pas avec toi.

S'arrêtant momentanément sur ce qu'il faisait, il se retourna vers moi, un sourire sadique plaqué sur les lèvres :

_Oh que si tu iras.

_Non !

Il marqua une pause, puis :

_Dans ce cas, va donc dire à notre chère mère que tu refuses de m'accompagner. Laisse-moi juste savoir ce que tu répondras à la question du « pourquoi ? », s'il te plaît.

Je réfléchis à toute vitesse.

_Je lui dirai que je suis fatigué et que j'ai beaucoup de devoir… De toute façon, c'est la stricte vérité…

J'entendais ma voix faiblir au fur et à mesure qu'il me fixait. Puis d'un ton neutre il me répondit :

_Et tu crois sincèrement qu'elle accepterait cette excuse alors que je vais être livré à moi-même dans ce monde si hostile pour un repenti comme moi ?

J'étais dégoûté et fut forcé d'admettre qu'il avait raison. Il sembla lire dans mes pensées car il poursuivit :

_Tu as 10mn pour te préparer. On va devoir prendre le RER, et je ne veux pas l'attendre une demi-heure de plus.

Pathétique révolte de ma part, je pris mon temps pour m'habiller, et l'on prit le train suivant. Mais au lieu d'en être en colère, Éric souriait et me fixait de son regard impénétrable. On prit la ligne A jusqu'à la station Bry-sur-Marne. En sortant, on prit la rue Naudin puis l'avenue de Jacques-en-Sursoit. Au début, je le suivis sans réfléchir, puis je me souvins d'une chose dérangeante. Pas très loin de là où on se trouvait, vivait un de nos oncles - un des frères de notre père. Si je me souvenais bien de son histoire, il avait perdu sa femme il y a 10 ans dans un accident de voiture; envahit par le chagrin, il était devenu alcoolique, s'était drogué, et on disait qu'il avait violé deux femmes et un enfant, voire plus, durant ses soirées de débauche - bien sûr, rien ne le prouvait et les victimes elles-mêmes ne pouvaient l'affirmer par faute de souvenir (dû au traumatisme ou non) ou simplement parce qu'elles avaient peur de témoigner. Fervent comme il l'était, mon père l'avait renié et nous avait interdit de nous approcher de lui.

Mon mauvais pressentiment me broya une fois de plus l'estomac et je paniquai.

_Éric ? … Éric, où on va ?

Il ne me répondit pas, se contenta de poursuivre sa route. Quelques minutes après, j'avais le cœur qui tambourinait dans ma poitrine tandis qu'on s'arrêtait devant un vieil immeuble. Une petite voix dans ma tête me disait de fuir mais mon corps était pétrifié de peur et de froid.

Sans un mot, je vis Éric entrer dans l'immeuble délabré. Je le suivis jusqu'au 3ème étage où il sonna à l'appartement B. Sur l'écriteau, je lus : « René Mardal ».

La panique me gagna lorsqu'un homme barbu à l'aspect négligé et puant l'alcool et la cigarette nous ouvrit. Ses traits sombres me rappelaient mon père.

_Oh, c'est toi…

L'homme-qui-devait-être-mon-oncle grogna et retourna à l'intérieur. Sans un mot, Éric entra, moi à sa suite mais avec réticence.

De ce qui semblait être la cuisine, je l'entendis dire :

_Alors, je te manquais mon ange ?

_Si on veut, oncle René.

_Ah ouais ?

Il revint vers nous, deux bouteilles de bière à la main, et en tendit une à Éric.

_Ça ne va pas faire plus de deux mois que l'on s'est vu pourtant, nan ?

De quoi ?

Il me jeta un coup d'œil puis grogna à nouveau.

_Et t'a ramené celui-là avec toi… Nom d'une pute en guenilles vertes !

Il cracha sur son sol recouvert de crasse et pris une gorgée de la bière qu'il tenait. Puis il partit s'installer sur un vieux fauteuil.

_Alors raconte à ton vieil oncle comment se passe ta réhabilitation ? J'en reviens pas qu'ils t'aient laissé sortir avec toutes les fugues que tu faisais chez moi…

_J'ai pourtant fait comme tu m'as dit, tonton : j'ai joué les gentils angelots repentis qui avaient besoin de revoir le monde extérieur et me revoilà…

Il avait accompagné ses paroles d'un mouvement circulaire destiné à le féliciter de lui-même.

_Eh bien, bienvenue dans la vraie vie mon garçon ! À la tienne !

Il fit semblant de donner un coup de bouteille à celle d'Éric, de loin, puis la finit d'une traite. Mon frère se contenta de la boire par à-coup. Et moi je restais silencieux dans un coin du studio deux pièces. Je fis le tour du studio des yeux, quand tout à coup, René apparu dans mon champ de vision, me tirant un petit cri de surprise. Il s'était levé et approché de moi.

_Une véritable gueule d'innocence.

Il m'agrippa les joues de sa main bourrue, m'enserra à m'en faire mal.

_Tu avais un si joli petit cul gamin…

La peur m'empêchait de riposter.

_Et il sait piper le mignon ?

Hein !?

J'entendis Éric répondre de loin :

_Je ne lui ai jamais fait essayé, mais tu peux le faire si ça t'amuse. Tiens, ce doit être Ben.

On sonna à la porte et Éric couru ouvrir. Un grand blond baraqué se tenait sur le pas de la porte, en vêtements chics. Sans se retourner, il nous lança :

_Je reviens ce soir. Fais-en ce que tu veux d'ici là !

Et il sortit. J'eus à peine l'idée de lui courir après qu'un puissant bras me tira en arrière pour me balancer sur le lit-double de l'unique chambre.

_Non !

Mon oncle plongea au-dessus de moi, puis me dit d'une voix haletante :

_Tu vas être gentil et t'occuper de ton pauvre vieil oncle…

Je le vis défaire sa braguette en vitesse. Je tentai de m'y échapper mais il avait ses deux jambes sur moi, et de tout son poids, m'empêchait de m'enfuir.

_Non-non !

Il sortit son membre déjà tremblant de désir et me le fourra dans la bouche. Le goût amer me fit tourner de l'œil et je voulus le recracher… Peine perdue : René m'agrippait la tête de ses deux mains et faisait des mouvements de va-et-vient sauvages dans ma gorge.

_T'es bien le fils de ta mère… hun…hun !…

Le fluide coulait dans ma gorge, laissant de douloureuses traces enflammées.

_…Les même yeux… hun !…

La tête me tournait. C'était différent de ce que me faisait subir Éric depuis 2-3 semaines.

_…La même bouche ! Humm !…

Je le sentis se vider en moi, son cœur battant à l'intérieur de son sexe. Il resta dans ma gorge, tandis que j'essayais d'avaler ou de recracher son sperme… - retrouver la possibilité de respirer quoi !

_…Et le même cul je parie !

D'un mouvement brusque, il me retourna, abaissa mon jeans et mon caleçon, puis s'enfonça en moi par mon autre orifice.

_Aaahhh !

_Oh, oui, que t'es bon fiston !

Je le sentis en moi, plus gros que tous ceux que j'avais déjà reçu, plus violent aussi, et surtout, le moins attentifs aux réactions de mon corps ! Il s'enfonçait avec difficulté, m'arrachant de puissants cris de douleur. Je ne pouvais ni penser, ni respirer. Je me sentais comme le plus vulgaire des objets. Un sextoy sur pattes. Un esclave sexuel.

Un dernier puissant coup et il jouit en moi. Je m'évanouis…

Je me réveillai quelques instants plus tard, les bras menottés à l'avant, les pieds liés par une corde. Je n'eus même pas le temps de me demander ce qui m'arrivait que je sentis un long tube froid me pénétrer. Après un premier cri de surprise et de douleur, l'objet se mit à vibrer. Je vis mon oncle partir puis revenir vers moi, un flacon dans les mains.

_Tiens… Ça te fera du bien.

Il m'empêcha de respirer par la bouche grâce à sa main, et de l'autre me fit sentir le liquide très odorant. En quelques secondes à peine, mon corps s'échauffa tout seul.

_Bien, bien… Viens par là…

Il m'entraina vers lui et je dû à nouveau lui faire une fellation. Je ne contrôlais plus mon corps à cause de l'aphrodisiaque - car j'en suis sûr que ça en était -, et me mis activement à la tache. Je me penchai et me cambrai pendant mon travail. Puis je sentis le vibro faire des va-et-vient dans mon anus. Je crispai mon corps et mordis légèrement le pénis de l'homme. Ce dernier poussa un juron, s'écarta et me donna une gifle phénoménale.

_Fils de putain !

Il se rapprocha et me tira par les cheveux pour me remettre à mon œuvre - et lui à la sienne. Cette fois, j'avais un reste de bon sens qui m'empêcha de recommencer lorsqu'il reprit le vibro en main. Je pleurais, je n'en doutais pas, mais je gémissais également de plaisir. Une vague pensée sur ma propre nature me vint à l'esprit, mais fut aussitôt repoussée par d'autres vagues plus urgentes : chaleur, douleur, peur, plaisir, désir…

Quand il décida que ça lui suffisait, il me repoussa et me mit à quatre pattes. Il me pénétra ainsi, sans retirer l'objet vibrant. Je le sentais forcer le passage en écartant au maximum mes bourses malgré mes jambes toujours attachées. C'était horriblement étrange comme expérience mais mon corps semblait apprécier davantage que mon esprit. La douleur était cuisante mais le plaisir y succédait les chevauchements. Je hurlais et pleurais - deux choses que je ne cessais de faire ces derniers temps.

Dans un dernier élan, il se vida en moi et, une fois n'est pas coutume, je m'évanouis à nouveau.

_Eh ! Debout !

Ma tête semblait sur le point d'exploser et cette voix me vrillait les tympans.

_J'ai dit : debout !

J'ouvris avec difficulté mes deux yeux. Je vis mon propre reflet me regarder avec désapprobation.

_Allez ! Faut rentrer maintenant.

Je tentai d'ouvrir les yeux complètement - en vain.

_Tonton, j'en avais besoin en état de marche !

_Oh ta gueule le môme ! Ici c'est chez moi ! J'y fais ce que je veux !

Je vis brièvement mon image froncer les sourcils en me regardant. Elle soupira et marmonna :

_J'préviens les vieux. On couche ici.

Je n'eus même pas le courage de riposter ; je me rendormis aussitôt.

Voilà maintenant deux mois qu'Éric est revenu de sa pension de délinquants ; deux mois que j'ai perdu mon âme et mon corps.

Dans les toilettes des vestiaires vidés, Antoine me pilonnait sauvagement. Éric le faisait payer 20 euros pour qu'il ait le droit de me tirer un coup - voire plus, s'il le désirait. J'eus Rudy juste avant, et j'enchaînais avec Eythan juste après. Voilà à quoi mes heures de permanence et mes pauses étaient consacrées… Avec ça, je n'avais même plus le temps de voir ou de penser à Sacha.

Sacha…

Est-ce qu'il me prendrait lui aussi s'il en avait l'occasion ?

Un mouvement me tira de mes rêveries et je sentis le sperme d'Antoine jaillir en moi et hors de moi. Je m'affalai à même le sol, tentant de reprendre mon souffle - je n'avais même plus la force d'en finir avec mon cas. Derrière, j'entendais Antoine se rhabiller.

_Eh, mec ! Et si je veux un coup double avec toi ?

Éric lui répliqua :

_Je ne suis pas à vendre, mais si ta bite et ton cul résiste à mes assauts, je veux bien.

Je ne sus pas ce qui se dit après, mais j'entendis grogner des murmures puis la porte claquer par deux fois, avant de replonger dans les désirs de mon corps.

Les vacances de février approchaient, et mon corps semblait s'être habitué à cette cadence - à défaut de mon esprit. Mes parents, plus-ou-moins soucieux de mon bien-être, m'offrirent deux semaines dans une station de ski avec une colonie - et sans Éric.

Oui, sans lui.

Cette idée me ranima quelque peu.

Comme de logique, la colonie descendait jusqu'aux Alpes où les meilleures pistes du pays nous attendaient. Ayant déjà toutes mes étoiles et flèches, j'avais hâte d'aller skier, seul, sous l'air frais de la montagne.

La veille de mon départ, ne changea en rien les habitudes de mon frère. À plat ventre sur mon lit, il se déchainait en moi, non sans plus de violence. Il voulait me faire comprendre que cette séparation ne durerait pas et je le soupçonnai vouloir imposer à mon corps déjà si marqué un rythme que je devrais languir pendant mes vacances. J'étouffai mes gémissements pour ne pas nous faire entendre de mes parents. Alors que je croyais qu'il en finissait sans se déverser en moi, je sentis un petit objet froid prendre la place de son membre. Je me crispai davantage et attendis une suite qui ne vint pas. Au bout de quelques longues secondes, je rouvris les yeux et dirigeai mon regard vers lui. Son visage semblait perdu dans le vague, les traits froncés, son sexe toujours en érection. Je ne voulais pas lui demander ce qui lui arrivait mais ne pouvait m'empêcher de l'observer : ses muscles bien saillants sous sa peau hâlée avaient quelque chose d'érotique, son aura respirait la sensualité sous la pellicule de sueur qui parcourait son corps.

L'objet toujours dans mon anus, je sentis mon pénis durcir un peu plus et je ne pus m'empêcher de pousser un grognement. À mon grand dam, cela ramena Éric hors de sa transe. Il se ramena vers moi et, d'un signe de tête, m'ordonna d'ouvrir la bouche. Soumis comme je l'étais, je m'exécutai. Son souffle était rauque tandis qu'il poussait vers le fond de ma gorge avant de se retirer pour mieux s'enfoncer à nouveau. Le ballet dura un peu plus longtemps qu'à l'habitude et je sentais Éric résister à en finir de suite. Impossible de suivre sa cadence tant mon corps était faible, j'avais déjà jouis deux fois en l'attendant. Puis je le sentis se crisper et dans un râle qui me fit vibrer, il se déversa en moi par la gorge. Mais loin d'en rester là, il s'écarta avant d'avoir fini pour laisser le reste de son sperme décorer mon visage. C'était bien la première fois qu'il me faisait ça et j'en étais pétrifié. Il s'affala à mes côtés mais je ne fis aucun geste pour m'essuyer - je ne savais même pas si j'en avais la force…

Dans un long souffle, il me murmura :

_Tu n'as pas intérêt à l'enlever…

J'osai un bref coup d'œil vers lui et constatai que son regard me fixait intensément. Je devinai qu'il me parlait de l'objet encore présent dans mon anus.

_Demain, tu le garderas. Toute la journée jusqu'à ton arrivée à l'hôtel, puis tu t'isoleras aux toilettes et tu m'appelleras. Compris ?

Son regard effrayant me fit acquiescer. Il sortit de mon lit pour rejoindre le sien. Je touchai l'objet et instantanément, mon membre réagit. Je me crispai et attendis, en vain, que la réaction passe. Même s'il était gonflé, je doutais pouvoir libérer quoique ce soit de plus ce soir. Et pourtant, ma souffrance me domina et je ne pus m'empêcher de la calmer. Lentement, mes doigts parcoururent mon sexe si éprouvé et dansèrent sur lui. L'objet semblait être formé de deux parties : la première, la principale, un long bout de plastique logé dans mon anus, et la seconde, un fin bout de plastique partant de la colonne principale pour se terminer, incurvé et formant une boule à l'extrémité, sur mes bourses. Plus je réagissais à cette sensation, plus mes membres se crispaient, et plus le bout arrondi appuyait sur mon sexe - ce qui me faisait réagir encore plus… J'avais l'impression d'avoir été embarqué dans un cercle sans fin. Un cercle dont je n'arrivais pas à me libérer. Un cercle qui me faisait haleter de plus en plus fort. Un cercle qui me forçait à retirer l'objet et à le réclamer tout de suite après en moi.

Soudain, un poids se fit sentir sur mon lit et je sentis la bouche si familière à présent de mon frère s'écraser sur la mienne, son sperme encore collé à mon visage. Puis d'un mouvement brusque, il joua avec l'étrange godemiché pour me faire jouir.

Haletant et épuisé, je parvins néanmoins à l'entendre murmurer :

_Dors maintenant.

Avant de sombrer dans le sommeil.

Enfin la liberté !

Je suis sur le quai de la gare de Lyon, entouré d'ados de mon âge. Mais je n'ai pas la force d'aller vers eux pour leur parler.

Seul mon père m'accompagna aujourd'hui avant de se rendre au boulot. On ne dit pas un mot de tout le trajet. D'ailleurs, je n'aurais pas su quoi lui dire. Depuis plus de deux mois, je me sentais comme une épave, et je crois que mon entourage le sentait également sans comprendre vraiment la signification de mon état.

Une fois que notre moniteur eut vérifié la présence de tous les participants, nous montâmes tous à bord du train. Les deux premières heures se déroulèrent sans encombre si ce n'est que je dû me faire violence pour ne pas succomber au désir causé par l'objet. Je fis connaissance avec certains de mes camarades de vacances, et mon humeur plongea quand je reconnu un des gars qui avaient payés Éric pour me prendre. Son sourire se fit sous-entendu lorsqu'il croisa mon regard et ma morosité remonta en flèche. Il me fixait intensément, signe que, je l'avais compris à force, il attendait mon accord pour se jeter sur moi…

Et bien il peut l'attendre son accord et se le foutre là où je pense !

Peu de temps après, je reçu un coup de fil. Sur l'écran d'affichage, je pus reconnaitre le numéro de la maison. Mon estomac se noua et je sortis en direction des WC. Une fois à l'intérieur, je soupirai bruyamment avant de décrocher.

_…

_…

Hors de question que j'ouvre la bouche en premier - même si c'était pour le supplier de me laisser retirer l'objet. À son rire, je compris qu'il avait lu dans mes pensées.

_Tu te sens comment ?

Tiqué, je répliquai :

_Comme si j'avais un balai dans le cul.

Son rire s'accentua.

_Caresse-toi.

Son ton, dur et chaud à la fois, me fit frissonner. De peur, comme toujours, mais aussi d'un autre sentiment que je ne voulais pas déterminer, même si j'en connaissais les réelles implications.

Je ne bougeai pas. Et le silence se fit. La tension régnait et faisait augmenter mon désir.

Et contre toute attente, Éric se mit à me séduire au téléphone - plus pour me faire réagir que par réels sentiments à mon égard.

_Mes mains, jumelles aux tiennes, sont sur ton corps. Elles caressent le haut de ton buste, pinçant fermement tes tétons…

_Arrête … !

_Ma langue… Tu la sens ma langue ? Elle aussi déguste ton corps en chaleur. Ton sexe bandant mouille comme une chienne mais mes mains te font languir…

_St-op !

Ma voix s'essoufflait et je commençais à gémir sans même me toucher - par pur esprit combatif, j'avais décidé de ne pas lui céder.

_Tu les sens te caresser ?

Mon membre me suppliait de m'occuper de lui.

_Et là ? Tu sens ma main descendre vers ton bas-ventre ?

Je me crispai et gémis, mais je luttai encore de me toucher, serrant les fesses, faisant ainsi mettre en fonction l'objet.

_Mes doigts s'abaissent délicatement vers ton pantalon, mais tu n'as pas de braguette à défaire… Au lieu de ça, je tire sur l'élastique de ton jogging noir, le descends légèrement pour plonger sous ton caleçon et enfin, entrer en contact avec ta peau…

Un râle rauque sort de ma bouche et je cède sous la pression. Je cale comme je peux le téléphone à mon oreille et commence à me caresser.

_Mes mains parcourent de haut en bas ton sexe tendu à l'extrême…

Je haletai de plus en plus.

_Ma langue jouant avec tes extrémités…

Des larmes s'échappèrent de mes yeux tandis que mes mains suivaient le mouvement imposé par sa voix.

_Une main glisse plus bas, oui… Elle se dirige vers ton anus… Lui aussi réclame de l'attention que je lui offre avec plaisir…

Un hoquet sort de ma bouche et je me force à respirer moins fort quand des voix passent près de la porte des cabinets.

_Mais qu'est-ce qu'elle voit ? Quelque chose semble déjà s'être logée là où elle voulait explorer ! Ma main tâte l'objet avec curiosité, le sortant pour mieux le voir puis le rentrant pour observer ta réaction…

Je pousse un petit cri quand je sens en effet l'objet agir ainsi. Même loin de moi, il contrôlait mon corps - ma main était devenue la sienne, laissant mon corps à sa disposition.

_Tu sens la chaleur que ton cul émet ? Tu sens le désir s'insinuer en toi ? Tu en veux plus, hein ? Sale chienne !

J'émets un pleur empli de désespoir, même si je faisais toujours attention à ne pas faire trop porter ma voix.

_Caresse-toi jusqu'à ce que je te permette de jouir.

Je m'exécutai, pressé d'en finir.

Soudain, on frappa à la porte et mon cœur faillit lâcher. Une voix que j'avais déjà eut l'occasion d'entendre quelques fois ces derniers temps se fit entendre à travers la porte. Je m'immobilisai. Dans le combiné téléphonique, la voix d'Éric demanda qui était-ce - mais j'étais incapable de lui répondre, m'attendant au pire.

_Cody !

D'une faible voix, je lui dis le nom de l'intrus. Il mit quelques secondes à se rappeler l'individu, puis me demanda de lui ouvrir.

_Mais…

_Dépêche-toi !

Je me mis de côté et ouvris la porte. Michel entra et me jeta un regard empli de désir. Dans sa tête, il se voyait déjà en train de me baiser.

_Passe-le moi.

Je fis signe au garçon et il prit le téléphone. Je m'appuyai sur les bords du lavabo et haletai bruyamment. J'entendis murmurer mais j'étais incapable d'identifier le moindre mot tant ma tête bourdonnait. N'y tenant plus, je continuai ce que j'entrepris plus tôt. J'entendis Michel siffler gravement dans mon dos et sentis ses mains me toucher. Cela m'électrisa et me fit jouir aussitôt.

_Eh !

Je peinais à reprendre mon souffle et sentais qu'au moindre mouvement, mes fesses crispées feraient naître à nouveau du désir en moi. Mais je n'eus même pas à y penser; Michel semblait avoir reçu la permission de mon frère de disposer de mon corps car il râla un « merci » avant de me pénétrer sans aucune autre précaution et toujours avec le drôle d'objet en moi. Mes deux mains plaquées sur ma bouche m'empêchèrent autant que possible d'émettre du son. Il prit son temps mais finit par jouir. Cette fois-ci, mon corps n'eut plus la force d'en faire autant.

Après m'être essuyé, je regagnai une place du compartiment qui nous était destiné, mais loin des autres - et surtout loin de Michel !

Je dormis jusqu'à la fin du trajet.

Le soir, à mon arrivée, je passai un coup de fil à Éric comme il me l'avait ordonné et, sans surprise, il recommença à m'exciter à travers le combiné - mais trop épuisé, j'expédiai l'affaire en quelques minutes avant de m'écrouler sur mon lit et de m'endormir tout habillé.

Même si je savais que j'allais le regretter plus tard, j'eus la bonne idée d'éteindre mon téléphone durant mon séjour - pour ne pas avoir de problèmes avec les parents, je leur fis croire que j'avais oublié mon chargeur mais qu'ils pouvaient m'appeler le soir à l'hôtel.

De même, je fis tout pour éviter Michel. Comme on n'était pas dans le même groupe, ce fut plus facile que ce que j'espérais.

Au bout de cinq jours, je me sentis revigoré ! Le froid dans mes poumons quand je dévalais les pistes, les nuits complètes - même si courtes - sans sexe, et surtout, mon esprit qui avait condamné toute pensée se rapprochant de près ou de loin à Éric, m'avaient redonné de la force.

Oui, je me sentais vraiment renaître.

Avec les amis que je m'étais fait au cours de ces derniers jours, nous décidâmes d'aller manger dans un des restos près des pistes. On s'installa et on commanda. Les plats arrivèrent rapidement et on mangea tranquillement.

Au moment de sortir du restaurant, une silhouette attira mon attention et mon cœur manqua un battement. Assis près de la fenêtre, des cheveux bouclés à merveilles et des yeux ambre me fixaient. Un sourire illumina son visage quand il me reconnut.

Qu'il était beau ! Je suis sûr que, telle une midinette, je devins rouge pivoine en cet instant. Je devinai une grimace involontaire se former sur mon visage en lieu de sourire. Je m'apprêtais à fuir quand Sacha m'invita à le rejoindre.

_Salut ! Ça va ?

Je hochai de la tête et saluai ses amis alentours. Les miens revinrent à l'assaut, se demandant ce que je fabriquais.

L'un des amis de Sacha lança :

_Vous montez sur les pistes, là ? Attendez-nous, on y va aussi…

_On a pas encore payé !

Une jolie brune aux yeux noirs lui donna une tape sur le bras tandis qu'il s'apprêtait à se lever.

_Ah ouais, merde…

D'un commun accord, nous les attendîmes à la sortie du restaurant, puis nous partîmes skier tous ensemble.

À la tombée de la nuit, la bande à Sacha nous invita à leur hôtel, mais chacun s'éparpilla dans un endroit ou l'autre, seul ou en groupe. Sacha voulait poser ses affaires dans sa chambre et comme nous discutions depuis un petit moment, je le suivis naturellement. Prenant l'ascenseur jusqu'au 4ème, on se dirigea vers la chambre 412. Il inséra la carte magnétique dans l'endroit approprié après l'avoir cherché un moment dans toutes les poches de sa combinaison. On fût accueilli par un cri rauque puis par des halètements. On resta tous deux figés sur place lorsqu'on vit deux garçons en pleine action sur l'un des lits-double. Pour mon plus grand malheur, je reconnus l'un deux. Ce dernier me lança un regard plein de sous-entendu alors qu'il tentait de faire dégager son compagnon de lui.

Sacha s'avança et posa ses affaires à même le sol, près dudit lit. Puis, s'adressant au garçon que je ne connaissais pas :

_T'as intérêt à appeler la réception qu'ils nous changent les draps !

L'interpellé se lécha les babines et d'un air séducteur lança :

_Sauf si tu veux jouer avec moi…

Sacha lui lança un regard méprisant mais ce dernier ne le calculait déjà plus.

_Eh, mec ! Où tu vas ?

Sans y faire attention, je vis Michel se lever et se diriger vers moi. Et avant que je ne puisse faire un seul mouvement, il m'agrippa les hanches fermement, me collant à son corps où je pouvais aisément sentir son érection.

_Salut, Gueule d'Amour ! Alors ? On est en manque de caresses ?

Sa voix était sensuellement rauque et ses yeux brûlaient encore de désir. Je rougis, embarrassé par plusieurs choses en même temps, et je n'osai pas regarder Sacha - sur le visage duquel je pouvais deviner de l'étonnement et du dégoût.

J'entendis la voix de l'autre garçon :

_Il veut tirer un coup avec nous ? Moi, ça me va un plan à trois…

Piqué, je tentai de me libérer, mais Michel glissa sa main sur mon entrejambe.

_Non !

Je le repoussai si brutalement que j'en tombai par terre. Le rouge aux joues, je ne relevai pas les yeux et m'enfuis en courant. Pas le courage d'attendre l'ascenseur, je pris les escaliers, mais à peine arrivé au 3ème étage que j'entendis la voix de Sacha crier :

_Attends !

Je coupai net ma course, attendis qu'il me rejoigne mais ne me retournai pas vers lui quand ce fut le cas. Je sentis une main se poser sur mon épaule.

_Désolé pour les gars…

J'entendis ma voix lointaine murmurer :

_C'est pas grave…

Mais ce n'était que mensonge, et je le savais. En tout cas, mon corps le savait bien car mes épaules s'affaissèrent et mon corps frissonna.

Doucement, Sacha passa devant moi et me releva gentiment le visage de sa main, mais mes yeux refusaient de le fixer. Je l'entendis soupirer puis constater :

_T'en es.

Mes yeux s'emplirent de larmes. À coup sûr je le dégoûterai et il me rejetterait…

Mais ce n'est pas du tout ce qu'il fit.

_Ne le prend pas mal. Je ne suis pas homophobe que je sache… Bien que je ne comprenne pas votre intérêt pour les corps masculins…

Mon cœur se pinça et je ne sus si je devais en pleurer ou m'en réjouir. Mais je n'eus pas le temps d'y penser; Sacha nous sortis des escaliers et m'entraina aux toilettes de l'étage, me fit me rincer le visage puis nous intima de rejoindre ses potes.

À part cette petite crise, tout se passa à merveille. Grâce à l'alcool - rapporté par des potes plus âgés -, je me détendis énormément, et passai une bonne soirée en compagnie des autres - même si le lendemain, je regrettai d'avoir trop picolé…

À deux jours avant le retour à Paris, deux options s'offraient à moi : ou je profitais de mes derniers instants de liberté, ou je me morfondais en pensant à ce qui risquait de m'arriver en rentrant quand j'affronterai la colère d'Éric.

Je décidai d'opter pour la première option lorsque ma bande croisa celle de Sacha. Je ne le revis pas beaucoup de fois cette semaine, alors mon cœur se gonfla de joie à le voir.

Comme les deux fois précédentes, on passa la soirée à leur hôtel pour finir par picoler dans un des nombreux salons que comportait celui-ci.

J'étais, fallait l'avouer, assez éméché, à la limite saoul. Des mecs se charriaient entre eux, des couples hétéros commençaient à s'échauffer et moi j'étais là, assis près d'un Sacha dont la main baladeuse commençait à grimper vers un endroit où elle ne devait normalement pas venir - même si je le souhaitais de tout mon cœur. Un coup d'œil me suffit pour comprendre que lui aussi avait beaucoup bu, mais dans l'état nuageux où j'étais, je n'étais pas du tout réticent pour un bon coup de baise avec l'homme de ma vie. Au diable la raison ! Aussi, lorsqu'il m'entraîna discrètement en dehors du groupe, je ne fis pas le difficile. Je ne sais comment mais nous atterrîmes quelques minutes après sur son lit. Au-dessus de moi, il commença à m'embrasser puis saisit ma main pour que je le caresse en bas. Son membre dur me grisa et j'obtempérai sans discuter - de toute façon, je n'avais pas assez de bon sens pour le moment pour y réfléchir. Je sentis mon membre durcir également sous l'excitation. Mon désir, si significatif cette fois-ci, me rendait impatient et j'accélérai le mouvement de ma main. Haletant près de mon oreille, Sacha formulait des phrases incompréhensibles - ou bien était-ce moi dans mon état qui ne les déchiffrais pas… Il monta petit à petit et je me retrouvai avec son sexe sur ma figure. D'une voix rauque, j'entendis un supplice et je le pris en bouche. À peine l'eussè-je lapé une fois entièrement qu'il jouit dans ma gorge. L'alcool et l'endurance ne faisait pas bon ménage…

Bien que je le repoussais pour respirer, il ne se dégagea pas de moi. J'eus donc beaucoup de mal à reprendre ma respiration tout en avalant son fluide avec son membre encore présent dans ma bouche. Puis, sans que je m'y attende, je le sentis redonner quelques coups de bassins avant de le sentir à nouveau en pleine forme. Cela me grisa instantanément et je souffris du manque d'attention à mon endroit à moi. Et j'en voulais encore plus, bien plus que ça ! Je voulais sentir ce membre gros et chaud entrer en moi pour me faire découvrir le Septième Ciel !

Au bout de quelques secondes, il se releva, se rabaissa à mon niveau, puis me regarda intensément dans les yeux. J'hoquetai bruyamment et laissai du sperme couler sur mon menton, mon cou… Mes yeux fixaient les siens avec tant de désir et je les devinais présenter le même aspect ennuagé. Il me demanda d'une voix si sensuelle à mes oreilles :

_Tu peux écarter tes jambes ?

Mon cœur s'affola encore plus. L'homme dont j'étais amoureux depuis bien deux ans était sur le point de me faire l'amour. Et je suis sûr que si Michel ne m'avait pas allumé dans la chambre l'autre soir, Sacha, même dans son état actuel, n'aurait jamais pensé à moi comme un potentiel partenaire sexuel. Et si Michel m'avait allumé, c'est bien parce qu'il avait payé mon frère pour me baiser.

« Je ferais en sorte que cela devienne un besoin pour toi… Et tu verras que Sacha sera tout à toi. »

Cette phrase criante de vérité m'effraya au plus haut point ! J'en tremblai de peur.

Interprétant mal ma réaction, j'entendis Sacha murmurer :

_S'il te plaît… Laisse-moi te pénétrer…

Son souffle s'accéléra et je vis de la sueur perler de son corps. Cet aspect me fit perdre complètement l'esprit. Je tortillai mon corps nu - j'ignorais comment je m'étais retrouvé sans vêtements aussi vite - pour me mettre en bonne position. Je passai mes jambes sur ses hanches, pris son sexe en mains et le plaçai de telle sorte qu'il soit plus aisé pour lui d'y rentrer - et moins douloureux pour moi. Sacha donna un brusque coup de rein et s'enfonça en moi. J'arrachai un cri de douleur; bien qu'excité, mon anus n'était pas prêt à recevoir après ces deux semaines sans activité. Mais cela n'arrêta pas Sacha qui tenta malgré tout de s'immiscer en moi. Je sentis du fluide couler un peu et, tâtant de mes mains, je constatai que je saignais. Une grande panique s'insinua en moi mais je n'eus pas le temps de réagir; le désir se fit puissant et violemment douloureux. Sacha enchainait des va-et-vient bruts, irréguliers, et je devais me contenter de moi-même pour apaiser mon sexe durci de plaisir.

C'était un rapport sauvage assez effrayant qui me rappelait celui avec mon oncle. Mon corps réclamait plus tout en souhaitant que cela se finisse rapidement. Je devenais fou ! J'hurlais tellement fort que je me demandais si l'hôtel entier ne m'entendait pas. Le lit grinçait sous nos mouvements saccagés.

Avec plus de résistance que la première fois, Sacha se retira, me retourna sur le ventre puis, attrapant mes deux hanches pour les soulever, s'enfonça en moi. Le ballet reprit jusqu'à nos limites. Puis il jouit, et je le suivis de peu.

Essoufflés, on s'affala sur son lit. Lui, s'endormit aussitôt mais moi, je tentai d'analyser la situation… Mais épuisé, je ne mis pas longtemps à le rejoindre dans les bras de Morphée.

Je me réveillai avec la gueule de bois et un grognement sourd à mes côtés.

_Putain de merde !

Je levai la tête et rencontrai le regard en colère de Sacha. Une boule se noua dans mon estomac.

_Merde de merde de merde !

Il se tenait la tête et ses cris me transperçaient le crâne. Aux vus des réactions des deux autres résidents de la chambre, je constatai que ce bruyant réveil ne leur plaisait pas beaucoup non plus.

Sacha se leva, se dirigea comme un fauve vers un mur pour le cogner puis couru dans les toilettes. De là-bas, je l'entendis vomir.

Mon sang était glacé, ma tête vide, mon cœur battait à me rompre les tympans et je restai pétrifié dans le lit.

Du coin de l'œil, je vis les deux garçons retourner à leurs rêves. J'y reconnus deux des gars que j'eus souvent l'occasion de croiser cette semaine, et au vu de leur tenu d'Adam, je devinai aisément qu'eux aussi eurent une nuit mouvementé - je reconnus même le gars qui était avec Michel la dernière fois… Mais pas de trace de Michel - un blondinet l'avait remplacé aux côtés du garçon.

Sacha déboula dans la chambre, les traits du visage durcis par la colère.

_Dehors ! Casse-toi merde !

Je ne me le fis pas répéter. Je couru rassembler quelques vêtements - caleçon, pantalon, polo et veste, même si ce n'était pas les miens -, et sortis en courant. Je me dirigeai vers l'ascenseur tout en m'habillant. Arrivé dans celui-ci, je vis l'horrible image que me renvoyait le miroir : mes larmes coulaient abondamment et j'avais un énorme nez rouge en patate, sans parler de mes yeux bouffis par l'alcool, le manque de sommeil et les larmes. Même si ce n'était pas très viril pour un homme, j'éclatai en sanglot. Une fois la porte ouverte, je bousculai les gens et courus à mon hôtel où je m'y enfermai jusqu'au jour du retour à Paris.

Je ne décrochai pas un mot durant tout le trajet Alpes-Paris, ni même pendant celui de Gare-Maison. Ma mère tenta plusieurs fois de comprendre ce qui m'arrivait mais elle était bien l'une des dernières personnes à qui je me confierais.

À peine arrivé, je partis m'enfermer dans la chambre où mon frère m'attendait. Lui aussi me jetait un regard coléreux. Je ne dis rien et partis me mettre en boule dans mon lit.

Ma mère vint quelques minutes après nous prévenir qu'elle repartait travailler, et je la sentis faire un signe dans ma direction à l'attention d'Éric : en gros elle lui demandait de s'occuper de moi, de savoir ce qui m'arrivait, etc…
En faux-cul qu'il était, mon frère acquiesça bien gentiment aux recommandations de ma mère. Elle ne repartit qu'une fois satisfaite.

Éric attendit que la porte de la maison claque et soit fermée à clé pour se jeter sur moi. Il m'arracha ma couverture et, faisant fi de mon état de détresse, s'approcha de moi :

_Oublié ton chargeur, hein !? J'espère que tu as bien profité de tes moments de répits parce que là, je suis vraiment en colère.

En ça, je me rendis compte que je ne le connaissais pas en colère. Mais sur le coup, j'étais tellement mal dans ma peau que je n'en tins pas compte.

Je le vis se diriger vers un casier fermé à clé du côté de son lit, l'ouvrir et en retirer de nombreuses boîtes. Je me relevai avec difficulté et tentai de lui tenir tête.

_Je ne suis vraiment pas en état de baiser…

Mais il ne m'écoutait pas. Je le vis sortir godemichés et autres trucs flippants, menottes, fouets et des choses innommables. La panique s'empara de moi et je réfléchis à toute vitesse.

Je fis ce qui me sembla le mieux de faire connaissant Éric. D'un air décidé, je me jetai sur lui, lui ouvrit sa braguette avant qu'il ne réagisse et commença à la lui lécher. Au début il ne réagit pas puis je sentis son membre frissonner. Après une bonne initiation, je le pris enfin en bouche. Il frissonna de plaisir puis me prit la tête de ses mains et imposa son rythme que je suivis sans protester, jusqu'à sa libération.

Il reprit calmement sa respiration puis me regarda suspicieux. Sa colère semblait avoir retombé un peu, mais pas assez pour me laisser tranquille.

_Refais-le.

Je m'exécutai à contrecœur, mais plus lentement cette fois. Je décidai de le faire languir en lui goûtant d'abord le gland à l'extrémité, puis de glisser jusqu'en bas afin de jouer un peu avec ses bourses. Ma langue lécha l'endroit humide et sensible, et mes lèvres aspirèrent cette peau poilue en la titillant. Je sentis Éric se contracter et entendis ses petits gémissements de plaisir. Puis, d'un mouvement, il me pressa d'accélérer. J'obéis et le pris en bouche entièrement. Plus calme que quelques minutes plus tôt, je pris le temps de le satisfaire entièrement, jouant encore et encore avec ses veines, ses boules bien remplies et son sexe bien tendu, son fluide débordant d'une saveur sauvage que je compris avoir languis. Je tentai de faire perdurer au maximum le plaisir afin qu'il se sente assez satisfait pour oublier ce qu'il me concoctait. Il jouit une seconde fois en moi, puis m'écarta avec un sourire malicieux.

_Mes couilles t'avaient manqué ?

Je ne répondis pas, et retournant à mes sombres pensées, je m'installai sur mon lit. Le regard fixé au sol, j'entendis Éric poursuivre ses recherches.

Ma voix sortit sans m'en rendre compte, aussi paniquée que l'était mon corps :

_Ça ne t'a pas suffit ?

Il poussa un grognement et m'ignora. Je n'eus d'autres choix que de me préparer psychologiquement à l'assaut, les larmes pointant à mes yeux.

Éric poussa un cri de satisfaction puis rangea tout ce qu'il avait sortit. Ensuite, il se dirigea vers moi, une petite boîte transparente dans les mains. Arrivé à mes côtés, je pus discerner l'intérieur. Un unique anneau de couleur or était logé en son centre, pas plus gros qu'une bague de jeune fille. Derrière, je pouvais voir une feuille de papier pliée - sûrement la notice - et une fine aiguille en fer. Mais ce qui me fit perdre les couleurs de mon visage fut sans aucun doute ce qu'il y avait écrit sur la boite elle-même, m'indiquant sans échappatoire ce dont il s'agissait. De taille moyenne, les lettres argentées me narguaient comme un lion le faisait lorsqu'il coinçait une biche au pied d'une falaise sans issues.

_Non…

Ma faible voix reflétait bien mon état : le choc m'empêchait toute réaction.

Éric s'approcha un peu plus de moi, et d'une voix sensuellement cruelle me dit :

_Soit je te le fais en douceur, soit tu risques de souffrir.

Je fixai ses yeux emplis de colère machiavélique et son sourire bien plus encore diabolique me fit décrocher la mâchoire. Je sombrai alors dans un état catatonique et ne fis aucune réaction lorsque je sentis Éric m'enlever mon T-shirt.

_Bien…

Torse nu, sa langue ne put s'empêcher de venir jouer sur ma peau, excitant mon corps bien malgré moi. À sa grande satisfaction, mes tétons durcirent mais je ne fis aucun mouvement. De même, lorsque le briquet sortit de sa poche, il ne me vint pas à l'esprit de m'enfuir.

J'étais totalement paralysé. Je me sentais basculer dans un autre monde.

Je vis la scène de loin, comme si je la regardais depuis les cieux à travers les nuages. Sa langue vint caresser le bout de métal en me regardant dans les yeux. Puis, il alluma son briquet et la flamme incandescente dansa devant nous. Sa couleur changea légèrement de jaune à bleu lorsque l'aiguille entra en contacte avec elle. La main qui la tenait la laissa suspendue ainsi quelques secondes. Puis, la flamme disparut, et je cru que la lumière de mes yeux en avait fait de même avant d'entendre mon cri se déployer avec force hors de ma gorge.

Je restai tout le weekend au lit avec une fièvre de 39°. Ma mère décida de prendre son weekend pour s'occuper de moi, et je vis rarement Éric - soit parce qu'il sortait, soit parce que je dormais. Dans tous les cas, il faisait en sorte de m'éviter en présence des parents pour ne pas gâcher sa couverture.

Mais ce matin, je me réveillai à 6h. Pas un bruit dans la maison - cela me signalait que tous dormaient encore. Je me levai et me dirigeai vers la salle de bain. N'ayant pas pris de douche depuis trois jours, je me déshabillai dans ce but quand mon geste s'arrêta. Le miroir en face de moi projetait un éclat qui attira mon attention. Au niveau de mon buste, un anneau doré y scintillait. Instinctivement, j'emmenai ma main vers mon téton gauche pour y tâter le petit bijou de plus près. Autour, ma peau prit une légère teinte rouge. Mon cœur se serra et mes yeux se vidèrent. Tel un automate, je poursuivis mon action, jouant avec le bout de métal, mon regard toujours fixé sur mon reflet. Mon téton se tendit un peu plus, l'autre le suivant de près, me faisant sentir une douleur que je trouvais agréable. Ma main trembla mais ne s'arrêta pas. Mon corps frémit sous mes titillements et j'en vins à caresser mon buste amaigri. Je vis une boule se former au niveau du bas de mon pyjama et devinai plus que je ne sentis ma réaction. Avec un souffle rauque, ma seconde main vint s'abattre sur mon membre réclamant de l'attention. Je donnai du plaisir à mon corps, étouffant mes cris au maximum.

Après satisfaction, le miroir m'envoya un reflet de moi-même luisant de sueur. Mes joues étaient rougis de plaisir et surtout de honte face à mon attitude.

Étouffant un grognement d'écœurement, je me jetai sous l'eau chaude - bien que mon corps était encore assez brûlant, je n'avais pas la force de prendre une douche froide, et ce, même si nous avions été en plein été ! L'eau me massa le corps et me détendit les muscles. Je sortis de la baignoire l'esprit bien plus clair vis-à-vis de moi-même. Une chose écœurante était venue à moi : j'aimais la douleur. Oui, j'aimais ça. J'aimais quand Éric me prenait de force, et j'aimais quand il me faisait souffrir en vendant mon corps à son aise.

Peut-être le savait-il ? Peut-être avait-il comprit qui j'étais, ou plutôt ce que j'étais, depuis le début ? Peut-être a-t-il voulu en profiter ?

Ou peut-être est-ce lui qui m'a rendu ainsi ? Peut-être savait-il que l'homme n'était pas capable de résister à ce genre de vices une fois imprégné dedans ? Peut-être avait-il fait en sorte que je ne puisse jamais le repousser ?

« Je ferais en sorte que cela devienne un besoin pour toi. Ton corps réclamera mes caresses. »

Il a pervertit mon corps pour en faire sa chose. Il m'a rendu masochiste au point de bander pour un piercing qui me fasse souffrir !

Je jetai un dernier regard à mon reflet. Celui-ci me clarifia mes pensées et je me sentis plus léger.

J'esquissai un sourire et sortis de la salle de bain, prêt à sombrer dans les vices les plus vils qu'imaginerait mon frère pour le restant de mes jours…