~Sasha~

Mon érection me faisait souffrir mais pas autant que ma tête. Mon dégoût et ma peur me donnaient le tournis. Quand je les vis entrer dans la pièce, je sus que j'allais subir un supplice que je n'aurais jamais souhaité à personne.

La porte se referma sur la voix de Cody s'inquiétant de mon sort. Les jumeaux s'avancèrent vers moi dans un sourire de crapule. Derrière eux, mon professeur de mathématique se branlait déjà à ma vue. Un haut-le-cœur pointa dans ma poitrine mais je me retins de me dégobiller dessus. Mais je n'avais pas la force de jouer les durs.

— Désolé Perrin, mais on nous paye pour ça…

Je vis Jordan sortir un caméscope de son sac. Il l'alluma et le pointa dans ma direction, me filmant intimement. Jacques s'approcha de moi et dans un fol désespoir de rébellion, je lui crachai à la figure. Je crus qu'il me cognerait ma joue déjà bien enflée mais il se rabattit, pour ainsi dire, sur mes couilles. J'étais déjà tellement à bout que le simple contact de ses doigts sur son sexe me fit jouir.

— Eh ben ! T'avais l'air de souffrir mon vieux !

Je sentis sa main empli de mon fluide glisser dans ma bouche. C'était amer et dégoûtant. Comment les homos pouvaient-ils supporter ce goût et en redemander !?

— Tourne-lui un peu le visage par là, s'il te plaît.

La caméra était très près de moi de telle sorte qu'elle ne devait filmer que ses doigts dans ma bouche. Je devais avouer que chez une fille, cela m'aurait sûrement excité. Mais comme je le disais plus tôt, j'avais beau ne pas être vraiment homophobe, je ne comprenais pas les homos…

Homophobe… Pour sûr qu'à partir d'aujourd'hui je le serais !

Tout ça à cause de ce connard d'Éric ! Comme ci ce malade aurait pu changer en trois ans !

Un souvenir de lui au collège me revint en mémoire. Il traînait avec la bande de voyou de Lucas, séchait les cours et se battait souvent avec quiconque s'approchait de trop près de son frère. À présent, je comprenais pourquoi il réagissait comme ça.

Putain de merde ! Ce malade baisait son propre frère jumeau !

J'avais beau en vouloir à Cody de s'être laissé séduire par moi dans l'unique but de tirer un coup, ce qu'il venait de faire pour me sauver, je ne lui souhaitais pas ça ! À tous les coups, ce sale type devait lui faire des trucs biens pires ! Et je suis sûr que ce gentil garçon ne pourrait rien y faire… Oh, ça oui ! De ce que je le connaissais, il n'y avait pas un mec plus gentil que lui au bahut ! Toujours agréable avec les autres, très serviable, très naïf aussi, ne se rendant pas compte de la côte qu'il avait auprès des filles…

M'enfin, il est pédé ! Ce doit être pour ça…

J'entendis le souffle rauque de mon professeur :

— Je peux y aller ?

Jacques retira sa main de ma bouche et intima le professeur à venir vers moi. Avant même que je ne puisse protester, je sentis son membre petit et gluant entrer dans ma gorge. Il était chaud, baveux, avec un goût écœurant. Je sentis le haut-le-cœur refaire surface. Il prenait ma tête de ses deux mains et allait et venait en moi. Sa voix également me donnait la nausée. J'avais les yeux fermés mais je devinai la caméra filmer en gros plan la fellation que je faisais. Son sperme brûla ma gorge quand il se libéra en moi, et je recrachai le tout au sol lorsqu'il s'écarta. Je manquai de m'étouffer puis je vis le poing de Jacques s'abattre sur mon visage.

Je perdis connaissance puis me réveillai peu de temps après. Je constatai que l'on m'avait changé de place.

— Éric a été con sur ce coup-là ! C'est bien mieux dans ce sens-là !

J'étais à présent à califourchon sur la chaise, complètement nu cette fois, mes bras attachés dans mon dos libre. Je comprenais leur sens du « mieux ». Mon bas-ventre était complètement à découvert - avec un accès dégagé sur mes parties à travers le dossier de chaise - et, même si ça m'en coûtait de l'avouer, ils avaient à présent plus facilement accès à mon derrière.

Ce que je craignis ne se fit pas attendre. De mon dos, je sentis le professeur me lécher les fesses et cette partie intime que je me refusais à nommer. Mon corps, ce traître, se crispa à cette entrée et je gémis bien malgré moi. Mes cris se firent plus intenses alors que je me faisais violer pour la deuxième fois aujourd'hui.

Je crus que j'allais m'évanouir à la fin. Je n'avais plus de force et laissai les jumeaux me nettoyer puis me rhabiller. Le prof Béber s'en allait déjà sans égard pour moi.

— Bon, je suppose que t'as compris le principe : si tu parles, cette vidéo se baladera sur le net. Ok ?

Je hochai de la tête, docilement, même si je n'avais qu'une envie c'était d'envoyer une réplique bien placée. Malheureusement, je ne me trouvais pas en état de réfléchir à quoi que ce soit.

Je me relevai avec difficulté et partis finalement vomir dans la corbeille à déchet. Jordan s'avança vers moi :

— Eh, mec, ça va aller ?

Je lui lançai mon regard le plus noir et empli de sous-entendu.

— Me regarde pas comme ça. La règle d'or est d'aider les potes. Éric est un pote alors on l'a aidé. Ce n'est que le fruit du hasard que tu sois la victime.

Est-ce qu'il se moquait de moi ou quoi ce connard ?

— Laisse-le tomber, Jo. Allez viens, où on va être en retard !

— Ok, j'arrive.

Et ils m'abandonnèrent ainsi.

*~c~*

Je n'ai su que le lendemain ce qui était arrivé chez les Mardal : la fugue de Cody sans raison apparente - même si moi je pouvais la deviner -, l'état de détresse dans lequel Éric s'était retrouvé sans que personne ne comprenne pourquoi - et une fois de plus, moi, je comprenais - ainsi que son internement provisoire - juste le temps de calmer sa peine auprès de psys, sauf que moi, bien évidemment, je savais qu'il avait d'autres problèmes à résoudre, mais je n'étais pas sûr que ses parents le savaient - lorsqu'il se mit à hurler de rage et de désespoir après avoir appris la mauvaise nouvelle.

Les jumeaux Mardal n'étaient que chaos et je m'étais retrouvé engouffré dedans…

Erreur ! Éric n'était que chaos, lui et lui seul, et il nous y avait engouffré Cody et moi. Cody n'a pas eu de chance de vivre à ses côtés. Moi j'ai pu plus-ou-moins m'en remettre. Sauf que je regardais les gens d'un œil différent à présent : les élèves, les professeurs, et même les inconnus !

Bien que j'avais des réponses positives pour de bonnes écoles et mon bac en poche, je me demandai ce que j'allais pouvoir bien faire de ma vie… Je ne faisais plus confiance à personne, et ne voulais plus avoir de liens avec personne. Se faire violer était une expérience traumatisante à vie et deux choix s'offraient à moi : soit je faisais semblant que rien ne m'était arrivé, et ainsi je me voilerai la face pour le restant de mes jours, soit j'affrontais la vie à branle-combat et vivrai avec ce fardeau pour le reste de ma vie…

L'été passa sans que je n'y trouvai de solution. J'entrai à la fac Diderot, en licence de physique. Je me fis des amis et me créai une vie sociale comme tout un chacun - mais sans intimité. J'avais l'impression d'être vide à l'intérieur.

Chaque soir en rentrant chez moi je me demandais si je n'aurais pas mieux fait de tous les dénoncer. Peut-être que Cody aurait été retrouvé et sauvé. Peut-être que d'autres élèves subissaient les sévices de ce pervers d'Éric et je leur aurais été d'un secours inimaginable. Peut-être que la violence des homos déclarée au grand jour aurait pu en sauver plus d'un. Peut-être qu'une réforme contre les gays se serait mise en place…

Et indéniablement je repensais à mon expérience : attaché, à la merci de ce pervers, violé par ce malade… J'en faisais d'horribles cauchemars. Il était même fort possible que j'ai maigri à cause de cette histoire. J'abandonnai le basket - j'abandonnai même tout sport où il y avait un risque que je ne me retrouve qu'en présence de garçons nus dans un endroit clos.

J'avais l'impression d'être devenu un pantin antisocial. Je sortais tous les soirs dans des pubs dans l'espoir de me faire une fille - mais sans vouloir m'y attacher. Grâce à mon physique charmeur, elles accouraient mais une fois au lit, ma peur me rendait dominant envers elles et une fois l'acte fini, elles me déclaraient toutes n'être qu'un coup d'un soir - ce qui m'allait parfaitement.

Peut-être n'aurais-je pas dû me laisser séduire par Cody ce fameux soir. Peut-être n'aurais-je pas dû me poser une tonne de question à propos de l'homosexualité quand j'avais découvert que ce gentil garçon faisait parti de ce monde. Peut-être est-ce sa faute tout ce qui nous était arrivé. Peut-être la mienne…

Un an passa… puis deux… puis j'eus ma licence et entrai en master… sans que rien ne change dans ma tête.

Je n'ai que 22 ans, je devrais penser que j'ai la vie devant moi, mais je n'ai plus goût à la vie. Je ne comprends plus rien, ne ressens plus rien…

Le chaos a fini par me rattraper et je me sens sombrer dans le néant…

*~c~*

Je soupirai, morose comme à mon habitude. Jérôme, le barman, était un habitué de mes déprimes. Nous étions devenus aussi amis que le pouvaient être un barman et son client régulier, mais je ne lui fis jamais part de mes problèmes. Ça ne l'empêchait pourtant pas de vouloir me consoler de temps en temps :

— Dure journée ?

— Huhum…

J'avalai une gorgée de ma Vodka Orangina, reposai mon verre, levai un regard vers mon fournisseur et le détaillai. Sa barbe rousse de trois jours faisait ressortir ses taches de rousseurs et ses yeux en amande verts. Il tenait ses cheveux coupés court, excepté une mèche longue à l'arrière de son crâne. Des rides commençaient à se dessiner sur son visage pâle et mince.

Je grognai et lui demandai de m'en servir un autre.

— Ce n'est pas en te noyant dans l'alcool que tes problèmes se résoudront, mon garçon ! M'enfin… Tu conduis ?

— Nan, Jérôme. J'ai bien appris depuis la dernière fois que tu m'as empêché de retourner chez moi... Je suis venu en métro…

— Alors ne tarde pas pour ne pas manquer le dernier.

— Ou alors je prendrai un taxi !

— Ou alors tu prendras un taxi. Mais fais gaffe ! T'as pas entendu ce reportage sur les faux taxis en ville ?

— J'm'emballe les couilles du moment qu'ils me ramènent chez moi !

— Ou chez l'une de ces jolies demoiselles.

Je suivis son regard et vis en effet que deux jolies jeunes filles, sûrement des lycéennes, ne cessaient de me mater. Je leur sortis un de mes sourires charmeurs si efficaces. Elles rougirent et gloussèrent.

— Je crois que la soirée s'annonce meilleure…

— Fais gaffe si elles sont mineures !

— Fallait pas me prévenir alors !

Je lui lançai un clin d'œil et il soupira, prenant l'argent que je lui laissai sur la table du comptoir. Je m'avançai vers elles mais fut percuté de plein fouet par un géant. J'atterris sur les fesses avec un grognement. Je vis une main tendue venir à mon aide et levai les yeux vers son propriétaire. D'origine sûrement polonaise, ses cheveux étaient d'un blond pur et ses yeux d'un bleu ciel irisé d'or. Sa voix chaude, et avec une légère pointe d'accent étranger, collait bien à son physique robuste.

— Est-ce que ça va ?

Il me releva d'un seul bras puissant, l'autre tenant une mallette de travail. Il était plus grand que moi - ce qui était impressionnant, croyez-moi, quand on mesurait déjà dans les mètre 85 !

— Je suis sincèrement désolé…

— Euh…

— Évite de t'en prendre à ma clientèle, Frederik.

— Jérôme ! Je suis vraiment désolé. Je m'excuse sincèrement…

Il me sourit gentiment d'un air coupable. Je tentai de le rassurer :

— C'est bon, ne vous en faîtes pas…

— Allez viens, Fred ! Je t'ai servi.

Le prénommé Frederik me fit un signe de tête et se joignit au barman. Il semblait bien plus jeune que Jérôme, la trentaine tout au plus.

Mais je ne m'attardai pas sur cette personne je rejoignis les deux filles de tout à l'heure et passai la soirée en leur compagnie.

*~c~*

Comme l'avait deviné Jérôme, il s'agissait de deux lycéennes entrées avec de fausses cartes. Pour ça, ça m'était égal. Le problème était qu'elles ne couchaient pas au premier soir.

C'est donc frustré que je bus mon cocktail à la Tequila. Pour changer les habitudes, je grognais encore ce soir-là.

— La prochaine fois, écoute mon instinct.

— Oh, ça va !

Je bus d'un coup la moitié de la boisson et en eus le tournis.

— T'es pas bien de boire ça d'un coup, mon garçon !

Je sentis ma tête sur le point d'exploser.

— Est-ce que ça va ?

Ah ! C'est la voix de la veille, nan ?

J'ouvris les yeux pour faire face à nouveau à Frederik.

— Laisse tomber, Fred. Ce jeune homme est un cas désespéré…

J'envoyai un regard noir à Jérôme.

— Quoi ? C'est même toi qui l'avoues tout haut et tout fort à qui veut l'entendre.

Je poussai un autre grognement mais cette fois accompagné d'un joli juron. Ce qui fit rire l'étranger.

— Pardon, pardon. Les jeunes français sont si amusants.

Si tu le dis, mon vieux !

Il s'installa sur un tabouret libre du comptoir et demanda à Jérôme :

— À quelle heure tu finis ton service ?

— Quatre heures.

— Quelle froideur.

— Je suis barman je te rappelle, alors va te trouver un compagnon de beuverie autre part.

— Tu es cruel.

Aucune méchanceté ne pointait dans leur voix. Ils parlaient de ça comme s'ils parlaient de la météo. Le fameux Fred avait un sourire doux sur son visage, même quand Jérôme le repoussait…

Le repoussait ? Oh merde !

Ne me dites pas que ce sont encore des pédés !

Quelle poisse de merde alors !

— Ça ne va pas ?

Frederik semblait inquiet pour moi. Il avança sa main vers moi mais je la repoussai violement. Des interrogations se lurent dans ses yeux.

— Qu'est-ce qu'il te prend, Sacha ? Il n'a pas la peste à ce que je sache !

Je grognai et murmurai que si, justement, il était aussi intraitable que la peste !

Je sortis sans rien ajouter de plus. J'entendis, juste avant, Frederik demander :

— J'ai dit quelque chose qui ne fallait pas ?

— Non, laisse tomber. Il est taciturne de nature.

Taciturne de nature, hein ? C'est plutôt les gens dans votre espèce qui m'ont rendu si taciturne !

Je sortis en trombe du bar, percutant des passants. Un jeune homme, la trentaine peut-être, me lança un regard désapprobateur. Il avait le physique du cadre banal. À ses côtés, une jolie femme à des allures de secrétaire, l'accompagnait. Elle m'intima la prudence avant de crier le nom des deux hommes que je venais de quitter.

*~c~*

Je ne retournai pas au bar les jours suivants, et je pensais sincèrement à ne plus les revoir. Aussi, je fus bien surpris de croiser Frederik dans une bouche de métro. Enfin, croisé… Disons qu'il était sur une des machines à essayer de la faire marcher. J'ignorai pourquoi, mais son attitude d'enfant perdu me donna envie de l'aider.

Une fois n'est pas coutume, je grognai avant de venir l'aider.

— Qu'est-ce que vous faîtes ?

Il se retourna vivement, manquant de me bousculer.

— Oh, désolé. Tu m'as fait peur…

Je le regardai avec un peu de colère, mais il ne sembla pas le remarquer.

— J'essayais de me prendre un billet pour Choisy-le-roi, par le RER… je ne sais pas si j'ai bien fait…

Je poussai un soupir. Un si grand homme pas capable de se prendre un billet de métro !

— Mettez en tarif plein. Vous voulez un aller-retour ?

Il me regarda, souriant gentiment.

— Oui, s'il te plaît.

Je n'aimais vraiment pas la façon dont il me regardait, aussi, je poussai un grognement de désaccord. J'attendis que la machine sorte les billets avant de m'éloigner. J'entendis dans mon dos un « merci » avant de me retourner :

— La prochaine fois, entrez par l'autre entrée : y'a un guichet avec une dame qui peut vous aider.

Il me sortit un autre de ses sourires mélancoliques avant de me remercier à nouveau. Je l'abandonnai ainsi, sans répondre, et allai vers la seconde entrée pour l'éviter.

Je retournai en cours ce jour-là et reconnus le cadre de la dernière fois comme étant un des professeurs de ma fac - cours de physique quantique optionnel. Je ne sais pas s'il me reconnut, mais il ne le montra pas. En tout cas, je voulais laisser tomber cette matière, maintenant j'en avais une bonne raison… Enfin, en quelque sorte.

On était vendredi. Et qui dit vendredi dit boîte de nuit. Malheureusement, les perspectives de la soirée ne m'enchantaient pas.

— Pourquoi voulez-vous aller dans un putain de bar gay pour draguer des filles hétéros ?

— C'est pas un bar, c'est une boîte de nuit ! Et c'est quoi ton problème avec les gays ? T'es homophobe ?

— Que je le sois ou non, là n'est pas le problème ! Pourquoi vous voulez aller au Queen !?

— Parce que c'est connu que les filles y vont pour s'éclater sans être déranger par les mecs ! Et nous on y va justement pour y draguer ces filles-là ! Tu comprends ?

— Mais je ne comprends pas pourquoi dans une boîte à gays…

Je grognai.

— Oh, et puis merde, Sacha ! Si tu veux pas venir, rien ne t'en empêche !

— Et qui va empêcher les mecs de venir vous draguer ?

— Oh, allez ! Écoute : si un mec cherche à te draguer, appelle-nous et on le repousse. T'es un bon atout pour attirer les filles…

— Et les mecs !

— Mais les mecs on s'en fiche ! Écoute : la dernière fois que Suzy et ses copines y sont allées, elles y ont vu Vanessa et Barbara. T'as pas envie de te les faire toutes les deux ?

Ces deux filles ne faisaient pas partis de notre section mais on les croisait souvent dans les couloirs. Toutes deux blondes, elles ressemblaient à des pin-up américaines. Elles étaient cousines et se ressemblaient assez pour nous faire croire qu'elles étaient sœurs.

Fallait l'avouer, elles me plaisaient.

Mais me plaisaient-elles au point de m'enfermer moi-même au QG des Partisans de l'Enfer et de la Dépravation ?

J'en doutais.

Mais mes problèmes ne semblaient pas importants à leurs yeux…

Je me retrouvai donc en plein milieu d'homos en chaleur sans mon consentement. J'étais vraiment mal à l'aise, des souvenirs de mon viol me revenant en mémoire. Par deux fois deux garçons vinrent me draguer mais Antoine et Christian les repoussèrent. J'avais la tête qui tournait et une envie irrépressible de vomir. Je me dirigeai aux toilettes dans ce but quand je fis une rencontre qu'il aurait mieux valu éviter. Le professeur qui ne m'avait pas reconnu le jour-même leva un sourcil d'étonnement à ma vue. Il était collé à un mec qui semblait bien plus jeune que lui, et qui le branler. Cette fois, je ne pus contenir mon haut-le-cœur et couru au lavabo le plus proche pour y gerber. Une fois les premières vagues passées, je sentis une main caresser mon dos et une voix crier :

— Ça va !?

Non, ça n'allait pas !

Je le repoussai violemment, empêchant ce type de me toucher encore plus. La surprise se lut dans ses yeux et il se rapprocha encore plus. Je me serais éloigné si je n'avais le dos collé au mur.

— Eh, du calme ! Je veux juste savoir si ça va aller ! Ne t'en fais pas, je dirais rien à personne…

— Je suis pas gay !

J'ai dû le crier un peu trop fort parce que le couple d'homos qui se bécotaient non loin de là levèrent la tête et s'éloignèrent non sans me lancer un regard dédaigneux.

— Ok, ok, du calme…

Il leva les mains en signe de soumission, comme si je braquais une arme sur lui.

— Si tu ne te sens pas bien, tu devrais quand même sortir…

— Merci du conseil !

Et je m'en allai après cette ironie qu'il dû sûrement prendre pour un véritable remerciement.

Je retournai dans la salle à la recherche de mes amis mais abandonnai vite ; il y avait trop de monde. Alors je partis.

Je fis cette nuit-là une deuxième rencontre dont je n'aurais pas dû.

Je montai la rue jusqu'à l'arc de triomphe dans l'espoir de choper un taxi - il était inutile d'espérer un bus à 3h du matin. Et c'est là que je le vis pour la seconde fois aujourd'hui. Lui aussi attendait un taxi. Je voulus faire demi-tour avant qu'il ne remarque ma présence mais l'endroit au silence assourdissant ne me facilita pas la tâche. Au bruit de mes pas il leva la tête et fut surpris de me voir. Avec un sourire chaleureux, il vint vers moi :

— Bonsoir. Merci encore pour aujourd'hui.

Je ne pouvais plus fuir, alors je continuai mon chemin en grognant un « ce n'est rien ».

— Tu cherches un taxi ?

Je m'arrêtai et le regardai.

— J'en avais appelé un mais je l'ai laissé à deux jeunes filles qui ne se sentaient pas bien. J'en ai appelé un autre. En veux-tu un ?

— Merci, mais je n'ai pas besoin de votre aide.

— Ah… Désolé.

Il se tut, l'air un peu triste. Ça m'irritait.

— Oh, ça va, mec ! Ne jouez pas les martyres ! J'ai 22 ans, je suis bien capable de me débrouiller tout seul pour pouvoir me trouver un taxi !

Il tourna son visage amusé vers moi.

— Tu n'acceptes pas que les autres te viennent en aide, c'est ça ? Tu me rappelles ma femme…

Sa femme ?

Une femme ?

Un être dépourvu de testicules ?

Il y a un truc qui clochait là…

— Votre femme ?

Il leva les yeux vers moi et je pus y voir de la tristesse mélancolique.

— Oui, ma femme…

Il rit doucement.

— Elle avait un sale caractère. Elle détestait devoir dépendre des autres. C'était une femme forte et plein de convictions…

Le silence vint orner notre conversation. Je me tus, me rendant compte de ma bêtise. Je n'osai pas lui demander confirmation mais je devinai aisément ce que cela sous-entendait.

— Elle est morte cela fait un an et demi maintenant. Accident de voiture. Classique, mais horrible. Elle ne conduisait pas, c'était son père… Un camion… Un camion n'avait pas respecté ses pauses et s'était à moitié endormi au volant… Il n'avait pas vu la file ralentir… S'il n'y avait pas eu ce deuxième camion devant eux, ils auraient pu… s'en sortir…

Cette fois, une larme solitaire coula de son œil droit.

— Pourquoi me racontez-vous cela ?

Il me regarda avec surprise.

Merde ! Quel égoïste ! J'aurais dû me taire !

Il me sourit de ce sourire si mélancolique.

— Je suis désolé. Je crois que j'avais besoin de me morfondre encore un peu… Pardon que cela soit tombé sur toi… J'aurais dû le faire plus tôt… J'étais avec des amis, j'aurais dû mais…

Je soupirai.

— C'est bon, c'est pas grave… Au moins, je n'aurais pas de quoi vous haïr pour rien…

— Pardon ?

Merde ! Je m'étais pas rendu compte que j'avais dit ça à voix haute !

— Non, rien, rien ! Je…

— Ai-je fait quelque chose qui t'ait déplu ? Je suis sincèrement désolé si c'est le cas, je…

— Nan, c'est pas vous ! C'est…

J'étais très embarrassé à présent.

— J'ai crû… avec Jérôme… que vous étiez…

J'avais du mal à formuler ma pensée mais il finit par comprendre car il lâcha un « oh » étonné.

— Mais Jérôme a une femme.

— Ah bon ?

Je levai les sourcils de surprise. Je ne savais pas qu'il était marié ce type.

— Tu l'ignorais ? Je suis désolé… Ce doit être dur pour toi…

Hein ?

— De quoi vous parlez ?

— Tu as crû que j'avais une quelconque relation intime avec Jérôme, n'est-ce pas ? Était-ce pour cette raison que tu me détestais ?

— Hein ? Quoi ? Non ! Je veux dire : je ne vous détestais pas mais je ne vous supportais pas parce que je croyais que vous étiez gay !

— Pardon ?

— N'allez pas imaginer quoi que ce soit ! Il se trouve que je suis homophobe… oui, c'est ça ! Je le suis vraiment ! C'est pour ça que je ne voulais pas que vous me touchiez… Non, en fait… Même si vous ne l'êtes pas, ne me touchez pas…

Merde, j'allais encore tomber dans la morosité.

Soudain, je sentis les bras de Frederik se nouer autour de moi.

— Que ?

— Reste calme…

— Non mais ça va pas la tête !? Lâchez-moi !

— Il faut que tu te calmes…

— C'est du harcèlement ! Lâchez-moi !

Je tentai, en vain, de me dégager de lui. Quelle force il l'avait !

J'avais du mal à respirer, la tête me tournait. Je commençais même à trembler. Ses mains me frictionnèrent quand il sentit mon corps frissonner. Il ne disait pas un mot, se contentait juste de me caresser. Ce geste me donna la nausée et je voulus me dégager à nouveau.

— Ce n'est pas en fuyant le contact que tu vas résoudre tes problèmes…

Je piquai au vif.

— De quoi je me mêle !?

— C'est vrai, je suis désolé…

Il s'écarta de moi et je sentis le froid me gagner.

— Je m'excuse, ce ne sont pas mes affaires… Tu semblais en avoir besoin, c'est tout… Tu n'es pas obligé de me pardonner… Tiens, voilà le taxi.

Il donna signe au taxi qui se dirigea vers nous.

— Tu veux le prendre ?

— Non.

— Je peux en appeler un pour toi.

— J'ai dit non !

Il me sonda de ses yeux. Puis s'excusa à nouveau avant d'entrer dans le petit véhicule. Je le regardai partir avec colère, tremblant de froid et un peu de peur.

— Marié de mon cul, ouais !

Je pris mon corps frissonnant dans mes bras et tentai de me calmer un peu. Je pris de longues inspirations que j'expulsai profondément.

L'angoisse passée, je frissonnais de froid maintenant.

— Chiotte !

Je remontai le long de la rue dans le fol espoir de trouver un taxi. Au bout d'une bonne trentaine de minute, je me retrouvai près d'un quartier comprenant boîtes et bars encore ouvert. Je pris le premier taxi qui s'y présentait et rentrai chez moi.

*~c~*

Semaine d'examens semi-semestriels. Pour oublier mes problèmes émotionnels, je ne noyai dans les études. J'abandonnai définitivement la physique quantique et me concentrai davantage sur la chimie organique avancée - deuxième cour optionnel, mais me fallait bien choisir l'un ou l'autre. Dans l'ensemble, je pense m'être bien débrouillé. Pour fêter ça, certains ont proposé de se rendre dans un bar - quel originalité !

Marion et Antoine sortait officiellement ensemble maintenant, et on n'a pas arrêté de les charrier. Il y avait également des gens à qui je ne parlais pas beaucoup, mais Laura était plutôt mignonne alors je tentai le coup.

Il n'était que 21h00 et le bar était déjà bondé. Les rires et cris fusaient à droite et à gauche. L'alcool coulait à flot. Le personnel ne savait plus où donner de la tête. C'était la semaine d'examens pour tout le monde apparemment.

On se sépara en petits groupes et on tenta de trouver chacun une place. En fond de salle, une table avec un seul type qui buvait seul. Marc s'assit à côté de lui et récupéra une chaise derrière. Laura et Anna se la partagèrent. Je restai debout à leurs côtés tandis que Jessica s'asseyait tranquillement sur la table. Le garçon commença à se lever et à l'insulter. Jessica lui fit un doigt d'honneur et avant que cela ne dégénèrent, Marc et moi le faisions dégager. Notre attitude sans-gêne nous fit marrer. Après un premier verre chacun, Laura réussit à récupérer une chaise et m'invita à m'asseoir près d'elle. Je ne me fis pas prier et on flirta de façon obscène. Elle me demanda de lui chercher une autre boisson, je quémandai une récompense. Elle rit aux éclats et me poussa en direction du bar. Je lui cédai volontairement et me dirigeai vers le comptoir d'Ali Baba. Je fis un détour pour pouvoir passer et m'arrêtai devant une table où quelques adultes picolaient. Je me figeai sur place et sentis mes joues se couvrirent de honte lorsque mon regard croisa ses yeux bleus.

— Tiens mon garçon ! C'est traître de ta part de venir ici !

Jérôme avait le visage rosi et ses yeux riaient. Il avait rasé sa barbe et ses cheveux avaient un peu poussés. Il portait une chemise marron ornée de coutures noires.

— Ça faisait bien longtemps que je ne t'avais pas vu ! Tu n'aimes plus ce que je te sers ? Pas grave ! Viens prendre un verre !

Il tapota le coin de sa chaise pour m'intimer à m'asseoir avec lui. J'en frissonnai, même si je le savais marié à présent. Mon regard se posa sur la femme à ses côtés, une petite brune qui ne semblait pas saoul pour un sou. Devant moi, je reconnaissais mon professeur qui se faisait un plaisir de voir ce que cachait l'oreille de son ami. J'eus un mouvement de recul, dégouté et apeuré.

— Oooh ! Laisse-le tranquille ! Il a surement des amis qui l'attendent !

Jérôme jura et la femme aux allures de secrétaire lui gifla l'épaule.

J'avais la tête qui tournait et une envie de gerber - encore. Je me fis bousculer sans ménagement et faillis me renverser sur Frederik. Mais il me retint fermement et indiqua à ses amis qu'il comptait « me faire prendre l'air parce que je n'avais pas l'air bien ». Je ne voulus pas me laisser faire mais sa forte poigne ne me laissa pas beaucoup le choix. Il se força un passage dans la foule et en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, on se retrouva devant le bar, à l'air libre et froid. Il m'emmena un peu à l'écart de l'entrée, mais une fois arrêtés, il ne me lâcha pas le bras. Il m'agrippait même plutôt fermement… Un peu trop même !

— Hey ! Vous me faites mal !

Je le vis prendre une longue inspiration et il se retourna vers moi, ses yeux brillant de colère. J'étais un peu éméché et me sentir dominé ainsi par son aura me fit trembler de peur. Mais je lui tins tête et le défiai du regard. Je m'attendais tellement à ce qu'il me crie dessus que j'en fus vraiment surpris lorsqu'il rit. Il baissa les yeux, pensant à quelque chose que je ne pouvais pas deviner, puis me regarda, sans dureté mais pas non plus aimablement.

— Tu devrais faire attention à ce que tu laisses entrevoir sur ton visage.

Je grognai :

— De quoi je me mêle !?

Il serra plus fortement mon bras et approcha son visage du mien.

— Julien est mon ami donc oui, ça me concerne. Que ça te plaise d'être homophobe, grand bien te fasse ! Mais je t'empêcherai de blesser mon ami par ton attitude inappropriée !

— Pff !

Ça y est, je sentais l'alcool dans mon esprit. Je me marrais.

— La blague ! C'est quoi votre problème ? Vous ne voulez pas le blesser ? C'est quoi ? Vous êtes amoureux de lui c'est ça !?

Frederik fronça ses sourcils et le malaise serpenta en moi. Je tentai de me libérer.

— Lâ… Lâchez-moi !

Mais il me retint plus fermement. Son regard semblait vouloir me percer la tête.

Il murmura tout doucement :

— Que t'est-il arrivé pour que tu rejettes à ce point les gens qui t'entourent ?

Un flash-back s'insémina dans mon esprit, me faisant trembler de tous mes membres. Sa poigne me blessait, m'effrayait. Comme Éric ce jour-là, Frederik m'empêchait tout mouvement. Je sentis mon corps se secouer violemment et ma vue se brouilla. La tête me tourna et tout sombra dans le noir autour de moi.

*~c~*

Je savais que j'étais en train de rêver, mais ça m'apparaissait tellement réel que j'en tremblais de peur. J'étais en hauteur, comme si je n'étais qu'un vulgaire fantôme qui regardait une scène plus bas. Je reconnaissais vaguement les murs d'un vestiaire. Je sentais la sueur empester dans la pièce. Une voix au loin se fit entendre. Un bref mouvement de tête et je me retrouvai dans une autre pièce ; une pièce qui a hanté mes cauchemar depuis le lycée.

Je me voyais crier tandis qu'Éric me violait. Il me paraissait plus grand que dans mon souvenir, plus imposant. Je ne voyais pas son visage mais je devinais son regard cruel. Mes cris emplissaient l'air, mon corps immatériel me faisait souffrir. J'étais à la fois spectateur et victime. Je ressentais la douleur du Sacha violé. Moi-même je criais pour que ce cauchemar s'arrête !

Mais il ne cessait jamais. L'ombre d'Éric s'étalait sur le mur, plongeant l'espace dans un noir profond sans issue. Trois autres ombres apparurent, laissant la place à d'autres hommes. Je voyais mon image se refléter sur un écran. Ma vision devenait kaléidoscopique tandis que je continuais de subir des sévices. Une main géante apparut et s'abattit sur moi brusquement, me coupant le souffle.

Je poussai un hurlement et me réveillai en sursaut. Je sentais mon corps tout tremblant, mon cœur battait la chamade et mes oreilles sifflaient. Je n'avais plus de souffle, comme si la main de mon cauchemar m'avait réellement touché. Mais comme à chaque réveil, je me rendais compte que ce n'était plus qu'un mauvais souvenir. Je ramenai mes jambes sur mon torse et m'imposai la respiration des femmes enceintes que j'avais vu dans une émission - pour que mon esprit garde sa concentration uniquement dessus. Ma propre stupidité me fit rire amèrement, mais je réussis à reprendre mon souffle.

— Tiens.

Je sursautai violemment et reculai vers le fond de mon lit. Le mur me rappela qu'il n'y avait aucune issue de ce côté.

Ma vision s'éclaira ; une petite lampe de chevet s'était allumée sur ma droite. À gauche du lit, je pouvais voir le ciel surplombant les toitures de Paris à travers une immense fenêtre. Devant elle, assis sur une chaise, je reconnu Frederik. Instinctivement, je rabattis mes jambes sur mon corps en guise de protection.

— Tu devrais boire ce verre d'eau.

Je remarquai alors qu'il me tendait un verre. Je le fixai, sans le prendre, puis relevai les yeux sur l'homme.

— On est où ?

Sans me quitter des yeux, Frederik posa le verre sur la table de chevet déjà bien encombrée par des livres et une horloge numérique. Celle-ci m'indiqua qu'il était presque 3h du matin.

— Tu es ici chez moi.

Comme je le redoutais. J'eus à nouveau un mouvement de recul inutile. Je tremblais de peur. Je me pris la tête dans mes bras et le suppliai de me laisser tranquille.

Je sentis le lit s'affaisser avant que sa main ne vienne s'abattre sur ma tête. Tout mon corps se crispa d'appréhension à ce contact. J'avais encore oublié comment respirer et me forçai à ne pas m'étouffer. Mes yeux me piquaient, mes joues me brûlaient ; je pleurais. De peur. De désespoir.

— Calme-toi… tu ne risques rien ici…

La voix se voulut rassurante mais cela ne m'aida absolument pas. La main continuait de caresser mes cheveux, empêchant mes épaules de se détendre.

Frederik réitéra :

— Calme-toi. Tu ne risques absolument rien ici. Il faut vraiment que tu te détendes. Bois ce verre d'eau et calme-toi.

Comme si je le pouvais ! Je me retrouvais chez un inconnu en pleine nuit ; je pariais même que personne n'était au courant de ma présence ici !

— Laissez-moi partir, s'il vous plaît…

Ma plainte était sortie toute seule et je m'en voulus de lui montrer autant de faiblesses.

— Ce n'était qu'un cauchemar. Si tu le laisses prendre le dessus, tu ne t'en sortiras pas.

Il n'y avait toujours pas de colère dans sa voix, mais il prononça sa dernière phrase plus fermement. Ce qui me fit peur bien malgré moi. Les minutes passèrent et ni lui ni moi ne voulions ajouter quoi que ce soit, jusqu'à ce que je l'entende soupirer. Je relevai légèrement la tête, juste assez pour voir son visage. Il me fixait toujours puis ses lèvres remuèrent en un faible murmure :

— Je dormirai sur le fauteuil du salon. Tout ce que je te demanderai, c'est que tu ne t'enfermes pas et que tu boives un peu d'eau.

Puis il se leva et ferma la porte derrière lui. Je me précipitai à sa suite et tournai le verrou de la serrure. Avec cette sécurité, mon cœur sembla s'apaiser. Je respirai un grand coup, le front collé au bois frais de la porte, puis retournai dans le lit où je sombrai lentement dans un sommeil sans rêve.

*~c~*

Je me réveillai avec un soleil éblouissant. Un coup d'œil sur l'horloge et je compris que j'avais dormi plus de 10h d'affilée. Ouah ! Je devais être bien fatigué !

Je m'étirai sur le lit puis soupirai. Je repensai à ce qui s'était passé cette nuit, et en eus quelques frissons… mais aussi un peu honte.

Poussant un grognement, je me levai et me dirigeai vers la porte. Je l'ouvris tout doucement et avec la même discrétion, je sortis de la pièce. J'étais dans un couloir menant, je supposai, au salon. À ma droite, deux portes. J'entrai par la première ; il s'agissait d'une salle de bain et de toilettes. Je me giclai le visage d'eau et arrosai le comptoir en marbre. Je levai la tête et me regardai dans le miroir prenant une bonne partie du mur. J'avais les cheveux ébouriffés, les yeux gonflés, et le nez rouge ; comme si j'avais une gueule de bois - alors que je savais pertinemment ne pas avoir bu autant. Je me passai encore un peu d'eau et me séchai avec la serviette accrochée au mur. Je sursautai en entendant frapper à la porte que je n'avais pas fermée. Frederik se tenait dans l'embrassure dans un ensemble de jogging bleu foncé, faisant ressortir à merveille ses yeux.

— Comment tu te sens ?

Je me crispai mais lui répondis d'un ton résigné :

— Bien.

Je baissai les yeux, ne voulant pas le regarder.

— Tu as faim ?

Sa question me surprit un peu mais pas assez pour que je relève les yeux. Malheureusement, mon traître d'estomac se manifesta. Il attendait ma réponse, mais ma survie en dépendait.

— Ou…ouais, un peu…

Je l'entendis s'éloigner. Je relevai les yeux et vis qu'il n'était, en effet, plus là. Je suivis mon instinct et mes pas me dirigèrent vers le salon où une magnifique cuisine américaine y prenait un grand espace. Le salon lui-même était impressionnament grand. Un long fauteuil et deux petites causeuses entouraient une table basse en verre. Devant trônait un immense écran plat sous lequel un buffet comprenait tout l'attirail électronique dernier cri. Une baie vitrée donnait sur un balcon où il y avait une grande table de bois sculptée entourée de chaises assorties. Une petite nappe immaculée traînait dessus. Devant la baie, à l'intérieur, une seconde table - mais en marbre blanc - entourée de ses chaises. Le comptoir de la cuisine était d'un marbre plus foncé, et d'ici je pouvais voir qu'elle possédait tout ce dont elle avait besoin pour être fonctionnelle - et plus encore ! Frederik était là, devant une cuisinière, à préparer des œufs. Sur le côté, je pouvais apercevoir une cafetière en marche. Du pain coupé en tranche avait été agréablement placé dans une assiette en porcelaine où deux pots fermés trônaient en son centre.

— Ouaouh !

Frederik releva la tête et je bégayai une excuse, tout en me sentant rougir. Mais il me sourit en répondant :

— Oui, cela donne cet effet-là.

Il continua de sourire tout en retournant à ses fourneaux. Je continuai d'examiner le mobilier jusqu'à ce qu'une odeur désagréable ne vienne me picoter le nez.

— Mais qu'est-ce que vous faîtes !?

Frederik se retourna vers moi, incrédule :

— Une omelette.

Pourtant, c'était bien une odeur de cramé que je sentais. Je me rapprochai et lui criai dessus en regardant le désastre :

— Non mais ça ne va pas ou quoi !? Vous allez nous tuer avec ça !

— Ah ?

Je grognai et lui pris la spatule des mains. Je retournai l'omelette mais constatai qu'il était trop tard. L'œuf avait brûlé. Je cherchai la poubelle et jetai l'horrible substance brunâtre en réclamant qu'il me sorte quatre autres œufs. Il s'exécuta sans broncher. Je versai un peu de lait et préférai faire des œufs brouillés - même si je savais plus-ou-moins les faire, les omelettes n'étaient pas vraiment mon truc.

Pendant que je terminais la cuisson, je le vis mettre les assiettes à table, ainsi que deux tasses de café. Il passa près de moi pour chercher dans un placard une boite de sucre en morceaux puis alla la déposer sur la table. Une fois la cuisson finie, je plaçai le mets dans les deux assiettes qu'il avait préalablement sorties. Je mis la poêle dans le lavabo en inox noir, puis vint vers la table, les deux assiettes en mains. Frederik termina de déposer les couverts avant de s'asseoir. Je déposai son plat devant lui et m'installai en face de lui. Je crus que nous allions manger en silence mais j'eus tors.

— Merci, cela faisait bien longtemps que je n'avais pas mangé d'aussi bons œufs.

Je fronçai les sourcils en examinant les toasts d'une couleur un peu trop foncée.

— Si vous cramez tout tout le temps, c'est normal. Le brûlé est mauvais pour la santé en plus.

— Oui, j'imagine.

Il me sourit gentiment, mais cela ne me mettait pas en confiance. Frederik prit une gorgée de café avant d'ajouter.

— Je suis désolé de t'avoir effrayé hier soir. Ce n'était pas mon attention.

J'avalai ma bouchée de travers. Frederik se leva et apporta un verre d'eau. Je le bus sans hésiter.

— Je suis désolé.

Je toussai.

— Arrêtez de vous excusez, c'est pire !

Il n'ajouta rien et reprit sa place. Je mis le verre à côté et pris en main mon café que j'avais sucré. Je bus une longue gorgée amère et brûlante pour apaiser ma toux, puis avala le reste d'une traite. « Comment peut-on rater même un café ? » Mon estomac se manifesta encore et je mangeai deux tartines de pain beurre-confiture de fraise - ce que contenait les deux pots. Le reste du repas se fit en silence. Quand j'eus fini, j'eus la vague idée de me lever et de partir mais le regard de Frederik m'empêcha tout mouvement.

— Je sais que je ne suis qu'un inconnu, et que tu ne me diras jamais ce qui t'es arrivé, mais pour ton bien et pour celui de ton entourage, tu ne devrais pas généraliser.

Je me crispai et sentis la colère pointer dans mon esprit.

— Julien est mon ami. Il a subi pas mal de problèmes dont tu ignores tout, et voir ton visage haineux quand tu l'as vu ne pourrait lui faire que plus de mal.

Je me tendis davantage. Je murmurai, bougon :

— Je vois pas en quoi c'est mon problème.

Frederik claqua violemment de sa main sur la table, faisant se secouer le liquide de nos tasses. Ses yeux froids me transpercèrent avec colère. J'en tremblai de peur.

— Tu n'es qu'un égoïste sans cœur ! Je regrette de m'être fait du souci pour toi.

Puis il se leva et retourna dans sa chambre, sans claquer la porte mais non avec douceur non plus. Je pris peur et m'enfuis de chez lui.