Village du pré Nahayu, Nord-Est du Continent :

Pendant ce temps-là, au Nord-Est du Continent Ma'Alari, dans le petit Village du Pré Nahayu, tous les habitants s'affairaient à leurs dures besognes de la journée. Les uns bêchaient la terre, d'autres puisaient de quoi se désaltérer dans le puits au centre du village. L'eau coulait lentement sous le petit pont non loin de là. Le moulin laissait ses pales être entraînées par la petite brise qui balayait la place sans grande conviction. Un peu à l'écart se trouvait une ferme d'exploitation agricole, jointe à un élevage de chèvres. C'était la bâtisse de Thierry, le vieux fermier du Village, déjà pris dans l'engrenage de temps suite à son âge fort avancé.

« -Voilà, c'est fini ! », s'exclama un jeune homme en se passant la main sur son front imbibé de sueur.

Ce jeune homme était le trublion du village depuis sa plus tendre enfance. Un bon gaillard aux cheveux noirs de jais, inutilement coiffés tellement ils étaient dans le désordre le plus total. C'était à se demander s'il avait un jour tenté de le faire. Il possédait aussi des yeux en amande, d'une couleur azurée magnifique. Un sourire quasi permanent logeait sur ses lèvres, ce qui aux yeux de tous, lui donnait un air arrogant et détestable. Pourtant, malgré ses nombreuses « qualités », tous les habitants savaient que c'était loin d'être le cas. Il n'était surement pas le modèle à suivre, mais il savait tout de même rester humble et un minimum civilisé. C'était Daichi Maze, le jeune homme le plus malchanceux que le monde ait pu connaitre… Ou peut-être était-ce dû à son incommensurable maladresse. Le jeune Daichi avait été abandonné lorsqu'il était encore un nourrisson sur le pas de la porte de l'Ancien du Village. Il avait été élevé par les habitants qui l'avaient affublé de son surnom « Dai la poisse ». Mais cela n'avait pas empêché Daichi de devenir un jeune homme respectable…

« -Reviens ici, petit chenapan ! »

Respectable, oui… Ou presque. Malgré l'approche quasi inévitable de son 18ème anniversaire, Daichi n'en restait pas moins qu'un vilain garnement. Ce dernier avait toujours été traité comme un paria malgré le fait qu'il avait été élevé par les habitants du village. Dans sa quête de reconnaissance, Daichi enchaînait bêtise sur bêtise. Et ce jour ne dérobait pas à la règle. Il venait d'ouvrir les portes de l'enclos des chèvres du fermier, en ayant bien pris soin de dévisser tous les gons de la barrière, et ce, pour la 3ème fois de la semaine. Les chèvres, tout comme ce chenapan de Daichi, s'enfuirent. Le fermier avait beau hurler après son bétail, rien n'y fit. Daichi continuait de courir en direction du village, accompagné de quelques chèvres. Il jeta un nouveau coup d'œil derrière lui, trébucha sur un caillou, se retrouva à effectuer un majestueux vol plané qui dura quelques bonnes secondes et atterrit enfin sur ses fesses. Il se gratta la tête et repoussa doucement la chèvre qui s'était approchée de lui pour lui donner un bon coup de langue sur le visage.

« -Ah là là, je me suis pas loupé, déclara Daichi en découvrant une belle coupure sur son bras.

-Mêêêh !

-Ouais, bon ça va, t'étais bien contente que je te laisse filer, hein Biquette !

-Regarde-toi, obligé de parler avec une chèvre pour ne pas en devenir une ! »

Daichi leva les yeux et soupira. Ce n'était décidément pas sa journée. Il se gratta la tête et observait avec lassitude la jeune fille qui venait d'arriver, d'une démarche assez agacée. La chèvre s'était légèrement éloignée, trouvant un certain intérêt aux quelques brins d'herbes qui poussaient le long du chemin. Du haut de son mètre 65, elle toisait Daichi de ses grands yeux verts. Elle rabattit ses longs cheveux bruns derrière ses épaules et soupira un bon coup.

« -Hé, ça fait mal n'empêche !

-Je ne te plains pas. Tu n'as que ce que tu mérites, Daichi !, répliqua-t-elle froidement, les mains posées sur ses hanches.

-Aie, pas sympa ça Naya…

-Prends-le comme tu l'entends mais je ne changerais pas d'avis. Tu te rends compte que tu fais n'importe quoi ? Et si c'était exceptionnel, je comprendrais ! Mais ça fait 17 ans que tu fais des âneries.

-Ok, ok ! J'ai compris que t'es énervée, pas la peine d'en rajouter !

-Très bien. Si tu as compris, file présenter tes excuses à Thierry. Maintenant !

-Ouais, c'est ça…, répondit Daichi

-Je ne plaisante pas Daichi ! Tu y vas sur le champ sinon ce n'est même pas la peine que tu rentres pour dîner. »

Daichi laissa échapper un long soupir d'agacement. Il tirait très souvent une énorme fierté de ses exploits mais il détestait se faire sermonner de la sorte. Cela faisait pourtant partie des prestiges reconnus aux personnes qui souhaitaient se faire remarquer grâce à ces moyens peu conventionnels. Il se leva et fit face à son amie.

« -Et puis quoi encore Naya ? Pourquoi pas la lune tant que tu y es ?

-Et puis quoi encore ? Pourquoi ne pas aller aussi présenter tes excuses à Angélina et à Saya pour les avoir traitées de boudin ?

-Ah Ah ! Maintenant tu veux que je m'excuse parce que j'ai dit la vérité ?, se mit à rire Daichi

-Daichi, ça suffit ! , hurla Naya.

-Énerve-toi si ça t'enchante. Au cas-où tu ne t'en serais pas encore rendue compte, je suis un homme maintenant. Et dans cette optique, je ne regretterais rien des décisions que je prendrais. Allez, viens Biquette, on va se chercher à bouffer au marché ! », répliqua Daichi en laissant son amie plantée là, complètement abasourdie.

Contre toute attente, la chèvre tourna la tête, délaissa ses brins d'herbe fort appétissants et suivit Daichi jusqu'au village, ce qui fit sourire nombre des habitants qui flânaient là-bas. Voir le trublion ainsi accompagné d'une chèvre était fort inhabituel. Beaucoup pensaient que si Daichi s'acharnait tant sur les bêtes de Thierry c'était parce qu'il les détestait. En réalité, c'était surement l'un des rares animaux en lequel il avait confiance. Il ne savait expliquer pourquoi, mais la présence de celle qu'il surnommait amicalement « Biquette » le rassurait. Daichi fourra ses mains dans ses poches, frappant vivement dans un caillou qui se trouvait sur son chemin.

« -Mêêêêh ! »

Daichi tourna la tête, surpris par cette exclamation de son amie à sabots. Elle était restée un peu en arrière, bloquée par des habitants qui voulaient la ramener chez son fermier. Mais « Biquette » ne comptait pas se laisser faire et menaçait de croquer tout ce qui lui passerait à portée de crocs. Daichi fit demi-tour et s'interposa.

« -Laissez, je la ramènerais dès que j'aurais fini mes courses au marché, expliqua Daichi en s'approchant de la chèvre et lui grattant le collier.

-T'as bien de la chance qu'elle ne cherche pas à te croquer…

-Faut le coup de main, Michel !

-Si tu le dis. Ramène-la bien chez elle, gamin. Sinon tu peux être sûr que Thierry sera à ta porte dès demain matin première heure.

-T'as rien à craindre, Salomé. »

Les deux habitants s'éloignèrent, laissant Daichi seul à seul avec « Biquette ». Cette dernière lui lécha les doigts en signe de remerciement. Daichi répondit en lui grattant doucement la tête.

« -Allez, viens. Je n'en ai pas pour longtemps.

-Mêêêhêêê ! »

Daichi sourit et reprit son chemin, la chèvre dans son sillon. Quel que soit la période de l'année, le marché (tout comme le village) était animé. Il aperçut au loin les deux demoiselles qu'il avait poliment remises en place, en les traitant de boudin. Il repensa à ce que Naya lui avait dit. Il n'avait pas l'intention de s'excuser. Il bifurqua sur la droite, préférant les éviter et prendre la précaution inutile de ne pas être tenté de les insulter de plus belle en passant à côté. Il arriva sur la place du village, là où s'établissaient tous les meilleurs commerces agricoles de la région. Perdu dans ses pensées et ne prenant pas garde à ce qui l'entourait, Daichi percuta de plein fouet un vieillard. Le pauvre homme tomba et sa canne vola quelques mètres plus loin. Daichi se sentait complètement confus. Insulter deux filles, ça passait, mais bousculer un vieillard, c'était complètement dégoûtant pour lui.

« -Biquette, va chercher la canne », demanda Daichi à la chèvre tout en lui pointant du doigt l'objet de sa convoitise.

La chèvre alla tranquillement quérir l'objet et le rapporta à Daichi sous les yeux hébétés des personnes environnantes. Certains applaudirent même, pensant que c'était une sorte de représentation. Daichi aida le vieil homme à se relever. Ce dernier s'accrocha à son bras. Soudain, ses yeux se révulsèrent. Notre héros prit peur, pensant que le vieillard faisait une attaque.

« -Ton destin t'attend ailleurs, jeune Élu. Suis le cours de la lame dont tu te porteras garant, celle qui te montrera la voie vers la Lumière. Rends-toi sans plus tarder aux portes de ton destin, celles de la ville de Garyan. Les enfants des peuples déchus attendent la venue de l'Élu, celui dont le destin sera celui du joyau funeste… »

Le vieil homme cligna plusieurs fois des yeux, reprit ses esprits mais semblait être complètement perdu. Il observait Daichi d'un air étrange. Le jeune homme n'en revenait pas de ce qu'il venait d'entendre et en restait bouche bée. Le vieil homme avait-il perdu la tête lorsque Daichi l'avait bousculé ? Daichi savait qu'il avait une bonne constitution mais tout de même…

« -Que se passe-t-il, jeune homme ? Vous me semblez bien idiot, demanda le vieil homme

-Vous…vous avez dit quelque chose à propos d'un Élu en me prenant le bras et… »

Le vieil homme éclata de rire.

« -Auriez-vous perdu la tête, mon jeune ami ?

-Mais, je vous jure que…

-Assez. Merci de m'avoir aidé. »

L'homme se détacha du bras de Daichi qui lui tendait sa canne et s'enfonça péniblement dans la foule. Daichi voulut le rattraper pour lui demander des explications sur ce qu'il avait dit, mais l'homme avait déjà disparu. Notre héros resta planté quelques minutes en plein milieu de la foule, déboussolé, mais un homme, un peu plus pressé que les autres, l'insulta copieusement, jurant contre cette jeunesse qu'il qualifiait d'inutile. Daichi reprit péniblement ses esprits et poursuivit distraitement son chemin. Biquette vint lui pincer les fesses pour le faire réagir.

« -Aieuh ! T'étais pas obligée de me mordre ! On y va chercher à manger, on y va !

-Mêêêh ! »

Daichi et Biquette se rendirent donc chez le céréalier et firent quelques provisions. Daichi donna une barre de céréales à Biquette qui l'avala goulument. Daichi croquait dans la sienne assez distraitement. Une fois leur en-cas terminé, ils se remirent en route. Comme convenu, Daichi ramena la chèvre chez Thierry. La pauvre bête semblait fort déçue que son ami l'ait ramenée. Après une ultime gratouille, Daichi quitta la ferme de Thierry. Notre héros ignorait que Thierry l'observait depuis sa ferme, le sourire aux lèvres. Le vieillard n'était pas sans savoir la relation entre le jeune homme et ses animaux. Nombreuses fois il avait pensé engager Daichi pour s'en occuper. Mais il finissait par se convaincre à chaque fois que c'était une mauvaise idée. Daichi, quant à lui, venait d'arriver chez lui. Il trouva Naya en train de diner. Il sourit à la vue de son amie dinant face à un repas pour deux. Même si elle s'énervait et menaçait de le priver de diner, Naya n'était pas du genre à laisser Daichi mourir de faim. Les paroles du vieillard en tête, Daichi avait bien du mal à se concentrer. Il jouait avec sa soupe et sa cuiller plus qu'il ne mangeait.

« -Qu'est-ce que tu as ? Tu n'as pas faim ? Le repas ne te convient pas ?, soupira Naya.

-Nan, ce n'est pas ça, Naya. Dis, tu crois aux prophéties ?

-Pourquoi tu me demandes ça ?, répondit-elle, surprise.

-Tu sais, le vieil homme qui marche avec une canne et qui vit par de-là les montagnes. Celui que tout le monde appelle le Cinglé...

-Oui, je vois qui c'est mais pas là où tu veux en venir…

-On s'est rentrés dedans alors que je flânais au marché avec Biquette. Ses yeux se sont révulsés et il a prononcé des mots incompréhensibles. Enfin si, c'était compréhensible, mais disons que ses phrases n'ont pas de sens pour moi !

-Et…il t'a dit quoi ?

-Il a dit un truc du genre : « Ton destin t'attend ailleurs, jeune Élu. Suis le cours de la lame dont tu te porteras garant, celle qui te montrera la voie vers la Lumière. Rends-toi sans plus tarder aux portes de ton destin, celles de la ville de Garyan. Les enfants des peuples déchus attendent la venue de l'Élu, celui dont le destin sera celui du joyau funeste… ».Dingue, nan ?

-Hm…Je pense qu'il voulait te faire peur. Et on dirait bien qu'il a réussi, rit Naya

-Mais ! Et si, et s'il avait raison !

-Daichi, la seule chose exceptionnelle que tu pourrais faire, c'est grandir ! Alors arrête de vouloir croire aux débilités d'un vieillard sénile ! », trancha Naya.

Elle quitta le salon après avoir attrapé tout ce qu'elle put sur la table. Daichi s'enfonça de plus belle dans sa chaise en soupirant. Il n'y avait donc qu'une seule personne capable de tirer ça au clair. Une seule personne qui l'écouterait sans se moquer de lui. Daichi se leva d'un bond et sortit de la maison en courant, sous le regard dubitatif de Naya qui revenait dans le salon pour finir de débarrasser la table. Il fonçait comme une flèche vers la maison de l'Ancien, le dirigeant du village. Tous les habitants, sans exceptions, allaient le trouver pour obtenir des conseils. Cet homme était terriblement âgé mais d'une sagesse incomparable. Certains le comparaient même à un puits de sagesse. Daichi venait d'arriver devant la porte de l'Ancien. Il frappa doucement et entendit une voix douce mais puissante le sommer d'entrer. Il s'exécuta. L'Ancien était posté devant sa cheminée, appréciant surement la chaleur provenant du foyer, de dos vis-à-vis de Daichi. Il portait son habituelle robe blanche de rituel, une magnifique robe brodée d'écritures dorées dans la langue des Elfes. Sa cape était posée délicatement sur le dossier de sa chaise à côté de lui, en face du bureau. Ses longues oreilles d'elfe étaient maintenant bien ridées par les années, et tombaient légèrement. Ses longs cheveux blancs attachés en queue de cheval restaient toujours aussi bien coiffés. Il ne prit même pas la peine de se retourner vers notre jeune humain. Il savait déjà à qui il avait affaire.

« -Daichi Maze. Ce cher hume orphelin qui me cause bien des soucis. Que me vaut l'honneur de ta visite, petit hume ?, questionna l'Ancien

-Je voudrais vous demander conseil à propos des paroles qu'a prononcées le Vieil Homme des Montagnes cet après-midi.

-Ah oui. Mon conseiller Valadiel m'a effectivement rapporté ce fait. Il était présent à ce moment-là. J'attendais ta venue. Prends donc place Daichi. Notre discussion risque d'être fort longue. »

Daichi s'assit sur l'une des chaises placées devant le bureau de l'Ancien. Celui-ci se retourna enfin et fit face au jeune Hume. L'elfe avait une cicatrice qui lui barrait le sourcil droit, des yeux gris d'une chaleur réconfortante, presque paternelle. Ses lèvres fines formaient le plus souvent ce sourire amical dont il était si fier. Il prit place sur son siège de l'autre côté du bureau.

-Ce vieil homme n'est pas aussi fou que le prétendent les habitants du village, tu sais. Cet homme est doté un pouvoir un peu particulier. Il est capable de prononcer des prophéties. Et je sais qu'il en a formulée une cet après-midi. Ses yeux se sont révulsé, il a eu comme un moment d'égarement, et ne souvient pas de ce qui s'est passé. Je voudrais que tu me la récites. Aussi fidèlement que tu puisses.

-Bien monsieur. Il a dit : « Ton destin t'attend ailleurs, jeune Élu. Suis le cours de la lame dont tu te porteras garant, celle qui te montrera la voie vers la Lumière. Rends-toi sans plus tarder aux portes de ton destin, celles de la ville de Garyan. Les enfants des peuples déchus attendent la venue de l'Élu, celui dont le destin sera celui du joyau funeste… ». Vous pouvez me faire confiance, j'ai une excellente mémoire !

-Je vois… »

L'Ancien commença à se passer nerveusement les doigts sur le menton. Daichi sentait que le vieil elfe était en pleine réflexion. Il n'osait pas lui demander ce qu'il en pensait. Pourtant, il était clair que l'Elfe avait un avis sur les paroles du vieillard. L'Ancien reposa son regard sur Daichi. Au vu de l'expression qu'il affichait, il avait compris le message lancé par le Vieillard de la Montagne, le prophète.

« -Ainsi donc, il pense que tu serais l'Elu…Très bien. J'imagine que c'était prévisible. Non, oublie ce que je viens de dire. En revanche, Daichi, tu vas préparer tes affaires. Tu pars pour la ville de Garyan, et ce, sans plus tarder. Je sais que tu y seras attendu, et avec une certaine impatience. Tu partiras dès que possible. J'aimerais te parler d'autre chose avant que tu ne quittes la ville. Pour l'instant, va préparer ton sac de voyage, puis reviens me voir. »

Daichi remercia l'Ancien d'un signe de tête et quitta la maison, assez intrigué. Il rentra chez lui comme un diable qui sort de sa boîte et monta dans sa chambre dans le même élan. Surprise par tant de raffut, Naya monta à l'étage et entra dans la chambre de Daichi. Elle le trouva en train d'enfourner pêle-mêle ses affaires dans un sac à dos. Elle se mit à rire en voyant Daichi galérer pour faire entrer une paire de bottes dans son sac à dos.

« -Mais qu'est-ce que tu fais, bon sang ?

-L'Ancien m'a dit de préparer mes affaires pour aller à Garyan. Il pense que le vieil homme des montagnes a raison.

-Quoi ? L'Ancien croit à ces âneries ?

-Bah ouais. Tu vois, toi qui étais sceptique.

-Je viens avec toi.

-Hein ?, s'exclama Daichi, se stoppant net dans la préparation de son paquetage.

-Je viens avec toi. Il est hors de question que tu y ailles seul. T'es incapable de t'occuper correctement de toi. Je me demande comment une prophétie peut s'intéresser à toi.

-De toute façon, ça ne sert à rien que je proteste, je sais que tu ne démordras pas », soupira Daichi, prenant bien soin d'ignorer les dernières paroles de Naya.

Naya quitta la chambre de Daichi, le sourire aux lèvres. Cette perspective n'enchantait pas Daichi, mais Naya l'aurait suivi quand même. Autant accepter même si cela ne lui faisait pas plaisir, ça lui éviterait bien des disputes par la suite. Ils se retrouvèrent donc devant la maison quelques minutes plus tard, sacs de voyage sur le dos. Ils prirent le chemin de la maison de l'Ancien en silence et entrèrent tous les deux. Le visage de l'Ancien ne montra aucune surprise quant à la présence de Naya. C'était à croire qu'il s'y attendait. Daichi se rassit donc sur la chaise, Naya à ses côtés, prêt à écouter ce que l'Ancien avait à lui dire.

« -Tout d'abord, merci d'être là, Naya. Ta présence va faciliter les choses pour moi. Comme vous le savez tous les deux, la route qui mène à Garyan est malheureusement infestée de créatures en tout genre. Mais rassurez-vous. Elles ne sont pas bien effrayantes quand on porte le bon équipement. Vous trouverez dans la pièce d'à côté quelques équipements pour un guerrier et une voleuse. Je sais que vous vous entrainez depuis votre plus tendre enfance à vous battre. Cette fois-ci, ce ne seront pas des équipements en tissu et des armes en bois qui seront vos alliés. Je vous laisser aller vous changer. »

Il leur indiquait de la main l'entrée de ladite pièce. Naya et Daichi suivirent donc le conseil de l'Ancien et allèrent revêtir les équipements qu'il avait si gentiment offerts. Ils reprirent place devant l'Ancien, non sans l'avoir remercié. Ils notèrent que durant leur absence de quelques minutes, Thierry était arrivé. Le vieux fermier s'était posté aux côtés de l'Ancien. Daichi grimaça à la vue du fermier et s'installa tout penaud.

« -Sois pas si tendu, boudiou ! J'vais pas t'manger. J'suis v'nu pour t'parler de qu'que chose, gamin. L'Ancien m'a fait v'nir car y parait qu'tu vas partir pour Garyan. Seulement v'là l'souci. J'sais qu'ma p'tite bestiole t'aime bien. J'avais songé t'engager pour les garder mais vu qu'tu t'en vas…Alors j'te d'mande un service. Prends la p'tite Biquette avec toi.

-Hein ?!, s'étrangla Daichi, étonné.

-Ouais, j'veux qu'tu prennes la p'tite Biquette. Elle s'remettra pas d'ton départ. C'pas une biquette ordinaire. Mais tu l'sais d'ja.

-Merci Thierry. Après tout ce que je vous ai fait subir…Vous n'étiez pas obligé….

-T'fais pas d'bile gamin. J'sais bien qu'tu faisais ça parce qu'tu m'aimais bien. J'connais l'dicton ! »

Daichi se leva et alla remercier vivement le fermier par une bonne poignée de main. Thierry quitta la bâtisse après avoir laissé Biquette à Daichi. L'animal s'était couché aux pieds de notre héros, visiblement ravi. L'Ancien reprit donc la parole.

« -J'attends de vous une discrétion imparable sur le village. Vous savez sans doute que beaucoup de pilleurs rôdent sur le chemin, et qu'ils n'hésiteront pas à vous extorquer des informations. Soyez toujours sur la réserve. Salomé vous y accompagnera. Elle doit se rendre à Garyan pour vendre des fleurs au marché qui s'y tient demain. Elle va venir vous chercher quand ici avant de quitter le village. Ce qui nous laisse un peu de temps pour mettre quelques points au clair.

-Vous pouvez nous faire confiance, répondit Naya

-Pas de soucis. De quoi souhaitiez-vous parler ?

-Voici une lettre à l'attention du dirigeant de la Guilde des Chasseurs Vétérans qui s'est établie à Garyan. Le dirigeant est un ami, mais pour des raisons pratiques, je ne peux quitter le village. J'aimerais aussi que cette missive lui arrive en mains propres, contenant des informations capitales dont j'ai eu vent récemment. Il va sans dire que je vous interdis de l'ouvrir. Mon ami Ylodrekk s'en rendra compte de toute façon.

-Ylodrekk ?

-C'est son nom. Si ma mémoire est bonne, l'entrée est gardée. Explicitez que vous venez de la part de Gahanderiel, l'Ancien du village du pré. Ils devraient vous laisser entrer.

-Compris.

-Autre chose.

-Oui, monsieur ?

-Faites attention à vous. Cela me peinerait qu'on m'apprenne qu'il vous soit arrivé quoique ce soit. »

Naya et Daichi répondirent en hochant la tête. Ce fut la fin de leur entretien avec l'Ancien. Salomé arriva peu après afin de les informer qu'il fallait partir. Nos deux héros remercièrent vivement le vieil homme et quittèrent la maison. L'Ancien les observait monter dans la charrue de Salomé, aidant Biquette à les rejoindre en riant. Ils prirent donc la route en direction de Garyan, la ville où leur périple allait prendre une tournure surprenante.

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