Amours de France

1691, faubourgs de Paris.

Clea et les enfants avaient rejoint Judith dans la demeure secondaire de la famille.

Judith qui, vingt ans plus tôt, s'était retrouvée face à un regard noisette sûr et franc, appartenant à la petite servante qui venait d'arriver.

Comment était-elle parvenue jusqu'à la capitale française ?

Mystère.

Et même aujourd'hui, seul Alexandre, son époux, connaissait l'histoire de Clea Dupuis, jeune femme effrontée qui ne craignait pas de tenir tête à plus puissant qu'elle quand elle avait raison.

En 1671, âgée de huit ans, elle était entrée dans la famille Lagardère... pour ne plus la quitter.

Un peu plus jeune que Judith, elle avait vite approché cette blonde aux yeux clairs, affreusement timide.

La moindre personne qui lui parlait la faisait rougir, c'est vous dire !

Alors le franc-parler et la sincérité de la petite paysanne n'avaient pas fini de lui mettre le rouge aux joues.

Mais malgré la différence de classe sociale, les deux filles étaient restées amies.

Elles avaient grandi ensembles, l'une entrant dans le monde des courtisans, des racontars et des rumeurs tandis que l'autre faisait la connaissance de celui qui ravirait son coeur : le capitaine Alexandre Dubois.

À 25 ans, ce soldat avait été promu à la garde royale, métier avec moins de risques mais plus de contraintes.

Il ne savait pas vraiment lequel était le mieux.

Mais c'était grâce au mariage du commandant Lavillier avec mademoiselle Lagardère qu'il avait rencontré ce regard noisette teinté de curiosité.

Son supérieur l'avait fait mander à son domicile et alors qu'il arrivait, descendant de son cheval, Clea était sortie, un panier de linge sous le bras.

Ses boucles brunes claires avaient été dissimulées sous la coiffe mais quelques mèches virevoltaient autours de son visage rosé et souriant, les prunelles brunes pétillant de malice et de gaieté.

L'échange visuel n'avait duré qu'un instant mais cet instant serait primordial aux deux, c'était un fait...