Chapitre 10

Une semaine plus tard, Clea était allongée, trop épuisée par cette absence, ce stress et cette angoisse permanente.

Elle ne dormait pas et ne mangeait presque plus.

Et pourtant, alors qu'elle caressait les cheveux de Camille et la joue de Rose, endormis contre elle, elle sentit un changement.

Pas vraiment physique mais...

Se relevant brusquement, elle porta une main à son abdomen.

Et là, elle n'eut aucun doute : elle était enceinte.

À travers ses larmes, elle sourit.

« Qu'est-ce qui a, maman ? »

« Rien, ma chérie, rendors-toi. »

« Mmmh, d'accord. »

La petite s'exécuta et sa maman reprit sa place initiale, les doigts toujours pressés contre son ventre.

Alors ce serait un quatrième ?

La porte s'ouvrit alors et elle sursauta.

Immédiatement, Judith s'excusa à voix basse :

« Je suis désolée, je ne voulais pas te faire peur. »

« Non, ce n'est rien. Que... que se passe-t-il ? »

« Ils arrivent. »

« Maintenant ? »

« Oui. »

Sans hésiter, elle quitta le lit, laissant ses deux cadets dormir.

Elle descendit et se précipita à l'extérieur.

La pluie venait de cesser et un grand soleil d'automne éclairait la campagne française.

Clea sentit Judith à ses côtés et elle se tourna vers elle.

La blonde lui dit alors avec un grand sourire :

« Clea, je... je suis enceinte. »

« Oh mon Dieu ! »

« Je sais, ce... c'est un miracle et... »

« Non, ce n'est pas ça ! »

« Que... comment ça ? »

« Je le suis aussi ! »

Judith écarquilla les yeux puis elles tombèrent dans les bras l'une de l'autre en riant et en pleurant, évacuant toute la tension accumulée ces derniers jours.


Enfin, les deux cavaliers arrivèrent devant la maison.

Trempés, ils dégoulinaient comme les chevaux s'ébrouaient.

Mais toujours, ils restaient parfaitement immobiles.

Pour quelle raison ?

Ils vérifiaient qu'aucun danger ne les guettait, vieille habitude de soldat qui avait la vie dure.

Finalement, ils descendirent de leurs chevaux comme un jeune écuyer venait attraper les rênes des deux canassons.

Ils s'approchèrent sans un mot vers leurs épouses et elles soupirèrent de soulagement en voyant qu'ils ne semblaient pas blessés.

Enfin, à première vue.

« Tout s'est bien passé ? »

« En effet. »

« Et Sarah ? »

« Elle est partie le soir-même de son arrivée. »

Judith hocha la tête et regarda Clea.

Elle n'avait pas ouvert la bouche, un petit sourire aux lèvres, se contentant de fixe Alexandre.

Il s'approcha d'elle et elle se dirigea vers le jardin, passant à côté de la demeure.

Il la suivit et ils disparurent aux yeux du couple.


Clea était dos à Alexandre.

Il l'appela :

« Clea ? »

« Tu... ma vision était fausse ? »

« Non. »

Elle se retourna alors, l'incompréhension peignant ses traits.

« Comment ça ? »

« Nous avons bien été attaqués. »

« Et ? »

« J'ai bien été blessé. À l'épaule. »

« Oh. »

« Qu'est-ce qui ne va pas, Clea ? »

« Rien. C'est juste que... »

« C'est la première fois que ta vision diffère de la réalité ? »

« Oui. »

Il esquissa un petit sourire.

« Il faut un début à tout, je suppose. »

« Oui, sûrement. »

« Clea, je vais bien. »

« Non, tu es blessé. »

« Elle se cicatrise parfaitement. »

Elle soupira, triturant le devant de sa robe.

Il y avait autre chose, il le savait.

Mais quoi ?


« Que se passe-t-il ? »

« R... rien. »

« Clea, ne me mens pas. »

Elle baissa la tête, ses mains se joignant naturellement sur son ventre.

Il n'eut alors pas besoin de ses explications, devinant qu'elle était enceinte, pour la quatrième fois.

Sans un mot, il la rejoignit, posant sa main sur les siennes.

Elle sursauta et releva brusquement la tête, le fixant avec surprise.

Il sourit alors :

« Depuis quand ? »

« Aujourd'hui. »

Il arqua un sourcil mais n'arrêta pas pour autant de sourire.

Penchant la tête, il l'embrassa sur le front et elle ferma les yeux, rassurée de le savoir bien vivant à ses côtés.

Malheureusement...

« Papa ! »

Il fut assailli par leurs trois enfants et Clea sourit.

Elle dit alors :

« Judith aussi. »

« Vraiment ? C'était la pleine lune ? »

Elle sourit mystérieusement.

Peut-être, qui sait.


Trois ans plus tard, deux petits enfants étaient juchés sur deux chevaux différents.

Mais malgré ça, ils arrivaient quand même à se disputer.

Et leurs pères, en costume d'apparat, levaient les yeux vers le ciel.

Erwann cria en direction de sa femme :

« Plus d'enfant ! »

« Une fille ? »

« Hors de question ! Un fils est déjà amplement suffisant. »

Clea riait comme elle surveillait ses trois enfants, sachant sa dernière totalement en sécurité auprès de son père.

Trop, peut-être.

Mais ça, elle avait encore une quinzaine d'années à attendre pour voir son père fusiller de son regard glacé tout jeune homme un peu trop proche d'elle.

Et pour Rose ?

Un peu moins longtemps...